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Toujours Médée

Toujours Médée

Le mythe de Médée est de tous les usages. Il a pu servir de caution à des discours essentialistes sur les ruses d’une figure de magicienne maléfique définie comme l’étrangère venue d’Orient. Dans le volume supervisé par Maxime Pierre et Marie Saint Martin sous le titre Corinthe et ses ailleurs. Voyages de Médée au théâtre, d'Euripide au contemporain (P.U. de Franche-Comté) directement accessible en ligne via OpenEdition, le mythe  fait l’objet de relectures multiples où l’imaginaire de l’altérité se trouve déployé sous de nouvelles catégories : c’est la permanence politique de cette figure, perméable aux reconfigurations successives, qui se trouve mise en question depuis l’âge classique jusqu’à nos jours où elle est interrogée à nouveau à la lumière du féminisme et des approches postcoloniales (Dea Loher, Christa Wolf, Werewere-Linking, Miyagi Satoshi, Ninagawa Yukio, etc.).

Signalons la parution aux Belles Lettres d'une nouvelle traduction de la Médée d'Euripide par Christine Mauduit, puissamment illustrée par Scott Pennor’s. Fabula vous invite à feuilleter cet album… Mais aussi, plus inattendue : l'édition par Tristan Alonge de la Médée d'Etienne Azéma (1849)La première tragédie réunionnaise (P.U. Indianocéaniques), longtemps restée dans les tiroirs d’un petit-fils de gouverneur passionné d’Antiquité. Loin de constituer une simple synthèse des sources d’Euripide à Corneille, la pièce renouvelle de fond en comble les éléments traditionnels de la légende en accordant une place prépondérante à la figure de Créuse, et en révélant un étonnant jeu intertextuel avec l’œuvre racinienne.

Et rappelons, parmi les Colloques en ligne de Fabula, le sommaire "Droit et littérature : la fiction en pouvoir ?", supervisé par Charlotte Dufour au sein du Laboratoire Droit et Littérature (Université de Lausanne), de l'essai signé par Peggy Larrieu : "Le mythe de Médée et la criminalité des femmes".

(Illustr. : Médée par Gustav Klimt, Leopold Museum, Vienne.)

L'année Critique

L'année Critique

Penser queer en français

Penser queer en français

Scènes d'incivilité

Scènes d'incivilité

La scène française de la première modernité n’a pas échappé au processus de civilisation des mœurs décrit par Norbert Elias. Elle a dû composer, quand elle ne s’y est pas pleinement soumise, avec le développement de la pudeur, la régulation de l’agressivité, le contrôle des émotions et de leur expression, ce que l’histoire littéraire a retenu sous le terme de « bienséances ». Ne fallut-il pas attendre le XIXe siècle pour que Shakespeare ne paraisse plus aux Français "grossier" ou "barbare" ? Ainsi le jugeait Voltaire dans sa Dissertation sur la tragédie ancienne et moderne. À partir des années 1630, la brutalité, l’obscène et le malséant tendent à s’effacer au théâtre, qui se plie à un idéal de civilité et s’efforce de faire oublier la production des décennies précédentes. Les querelles du théâtre, querelle du Cid ou querelle de L’École des femmes par exemple, tournent en partie autour de la définition de la civilité, et la comédie devient à partir du XVIIe siècle une école de politesse, soit en moquant des incivils comme Arnolphe ou Alceste, soit en représentant la conversation des honnêtes gens, ainsi que le prétendent Corneille, ou Marivaux dans Les Serments indiscrets. Il reste que ce processus, et la place qu’il occupe dans l’histoire littéraire, relèvent en partie, en France, du grand récit national et ne rendent qu’imparfaitement compte non seulement de l’existence de lieux et de formes de résistance, mais surtout de la permanence de l’incivilité sur les scènes françaises et plus largement européennes. C'est ce que s’emploie à montrer la nouvelle livraison de la revue Arrêt sur scène / Scene focus supervisé par Fabrice Chassot et Bénédicte Louvat, à partir de huit contributions qui couvrent un empan chronologique de trois siècles, trois aires géographiques et culturelles (France, Italie et Angleterre) et quatre langues (français, italien, anglais et occitan).

Ce volume fait suite à un précédent sommaire de Littératures classiques : "L’incivilité et ses récits (XVIIe-XVIIIe s.)", à l'initiative de Fabrice Chassot.

Usages contemporains de Roland Barthes

Usages contemporains de Roland Barthes

Après un sommaire consacré à "Barthes et la question homosexuelle", la huitième livraison de la revue Roland Barthes s'intéresse aux "Usages contemporains de Roland Barthes", à l'initiative d'Alexandru Matei qui a réuni les interventions prononcées au colloque de Tours en 2021. Les deux numéros sont au menu de la séance de l’équipe Barthes se tient à l’École normale supérieure (45 rue d’Ulm) ce samedi 17 janvier.

Rappelons au sein des Colloques en ligne de Fabula le volume "Roland Barthes, contemporanéités intempestives", qui donne à lire les actes de la journée d'étude tenu en novembre 2016 à l'Université de Lausanne, réunis par Antonin Wiser. Mais aussi, au sommaire de la quinzième livraison de Fabula-LhT consacré aux "Vertus passives. Une anthropologie à contretemps", l'essai d'Adrien Chassain : "Roland Barthes, les pratiques et les valeurs de l’amateur".

(Photo : Roland Barthes en 1943, au sanatorium de Leysin en Suisse, ©Bnf)

Un bon imprimé vaut-il mieux qu’un comprimé?

Un bon imprimé vaut-il mieux qu’un comprimé?

Les livres prennent-ils soin de nous ? Adrien Berger s’était posé la question dans le dossier d’Acta Fabula : « Nouveaux regards sur la lecture », en rendant compte de Lire pour relier, dernier titre de la trilogie de Régine Detambel, consacrée à la bibliothérapie créative. Le dialogue se poursuit cette semaine dans Acta Fabula grâce à Jean-François Vernay qui s’est entretenu avec l’autrice pour discuter des bienfaits, parfois contestés, de la bibliothérapie et plus largement de la littérature. L’occasion donc de se demander si un bon imprimé vaut mieux qu’un comprimé.

La Troisième République des Lettres au féminin

La Troisième République des Lettres au féminin

Depuis 2021, la collection L'Imaginaire des éditions Gallimard s’est engagée dans la réédition d’autrices parfois méconnues, à l’instar de la série "Les œuvres du matrimoine" dans la collection Librio chez Flammarion, qui propose des rééditions d’œuvres d’autrices de l’Ancien Régime jusqu’au XIXsiècle. Mais bien d'autres maisons, dont les plus précaires maisons indépendantes comme La Variation, et beaucoup d'autres mains, œuvrent à la revalorisation d'un canon féminisé. À l'initiative de Valentine Bovey, le 91e dossier critique d'Acta fabula se demande ce que signifie "Rééditer la Troisième République des lettres au féminin". Le dernier tiers du XIXe s. et les premières décennies du XXe s. ont vu en effet s'accroître le nombres de titres signés par des femmes, sur fond des premières luttes féministes, et concurremment à l’émergence d’un nouveau discours sur les sexualités — en particulier sur l’homosexualité qui, si elle est toujours très stigmatisée, devient un sujet littéraire à part entière. Le dossier s'intéresse à la réception de certaines de ces œuvres et au discours qui les accompagne, dans un péritexte repensé souvent à partir des clés d’analyse offertes par les études genre et queer. Valorisation parfois ambigüe, qui peut confiner ces œuvres dans un contre-canon, au sein de collections qui visent un public militant, en leur refusant le passage du particulier à l’universel que souhaitait Monique Wittig pour la littérature minoritaire.

(Illustr. : Caroline Dufau, vignette du journal féministe La Fronde (1897-1905), ©Gallica / Bibliothèque nationale de France)