Colloques en ligne

éditos

Pour une littérature du care

Pour une littérature du <em>care</em>

Agent politique et opératrice de transformation sociale, la littérature l’est autant par son rôle dans les processus de saisie de soi et d’émancipation personnelles qu’en tant que forme de savoir et pratique attentionnelle. L’émergence des humanités médicales, l’invitation des écrivains dans les hôpitaux ou les maisons de retraite, les récits consacrés aux diverses formes de la vulnérabilité et d’invisibilité contemporaines sont autant de signes de ce tournant relationnel qui conduit à décrire un vaste pan de la littérature à travers le vocabulaire du care.

Car la littérature et les arts ont investi le terrain du care avant même sa théorisation. Nombre de créateur.rice.s contemporain.e.s ont souhaité faire des ateliers d’écriture, des résidences ou des rencontres avec leurs lecteurs dans des lieux où se produit du care à travers l’hypothèse d’une médiation réparatrice de la poésie et de la fiction. Le pouvoir de dévoilement ou de redescription de la littérature lorsqu‘elle s’intéresse aux minorisé.e.s ou aux invisibles est de plus en plus associé à l’idée d’un soin langagier, narratif ou symbolique. Or, si, d’un commun accord, on fait remonter la problématisation de la notion de care à l’étude séminale In a Different Voice (1982 ; trad. fr. Une voix différente, 1986 et 2008) de Carol Gilligan, puis à son versant politique avec Joan Tronto (Moral Boundaries, 1993, trad. fr. Un monde vulnérable, 2009) ; si la pensée du care a rapidement essaimé quasi en même temps dans d’autres champs  – en philosophie, en études politiques, en sociologie et psychologie sociale, cette problématique reste émergente, voire négligée, en littérature et plus généralement en esthétique.

Sous le titre Pour une littérature du care, les Colloques en ligne de Fabula donnent à lire les actes issus du colloque Caring lit’ (2021) réunis par  Andrea Oberhuber et Alexandre Gefen et mis en ligne par Antoine Poisson. Le sommaire s'attache à la fois aux œuvres abordant le care dans ses dimensions pratiques et affectives, y compris les œuvres des siècles précédents, aux dispositifs littéraires performant le care, comme aux approches théoriques rattachant la lecture et l’écriture aux processus de care.

Illustration : Lydia Flem, Et cetera, 2013, courtesy Galerie Françoise Paviot 

Enquêtes sur les enquêtes littéraires

Enquêtes sur les enquêtes littéraires

Du Parnasse des poètes aux enquêtes contemporaines sur la place de la littérature en passant par les « tableaux » des XVIII et XIXe siècle ou les questionnaires surréalistes, la littérature a été scrutée, soumise à des sondages, cartographie en canons, transformée en objet de reportage. Le propos du colloque "Enquêtes sur les enquêtes" dont les actes réunis par Alexandre Gefen et Guillaume Métayer sont accueillis parmi les Colloques en ligne de Fabula, consiste à regarder ces listes, cartographies et enquêtes synoptiques comme un genre critique à part entière, aussi riche en information sur l’espace littéraire qu’il vise que sur la critique qui l’interroge.

Dis/continuités textuelles

Dis/continuités textuelles

La mort de Dom Juan

La mort de Dom Juan

Foudroiement, flammes, trappes, accident de projecteur, coup de carton sur la tête ou défenestration : la mise en scène de la mort de Don Juan dans Le Festin de pierre (Don Juan) (1665) de Molière et dans le Don Giovanni (1787) de Mozart a toujours représenté pour les metteurs en scène une gageure sur le plan dramaturgique, qui n’a d’égale que leur inventivité, et parfois leur humour, à la remotiver. Sous le titre "Crime et châtiment. La mort de Don Juan", les Colloques en ligne de Fabula accueillent un sommaire réuni par Lise Michel et Gabriele Bucchi à l'initiative du Centre d'Études Théâtrales de l’Université de Lausanne : les contributions viennent interroger le dénouement de la pièce de Molière (V, 5-6) et de l’opéra de Mozart (II, 15) dans les mises en scène produites sur une longue période qui va de Marcel Bluwal (1965) aux Fondateurs (2019), en passant par celles d'Antoine Vitez, Giorgio Strehler, Matthias Langhoff, Patrice Chéreau et bien d'autres. Le sommaire offre aussi deux entretiens avec des metteurs en scène : Jean-François Sivadier et Julien Basler.

(Illustr. : Don Giovanni de Mozart, mise en scène Jean-François Sivadier, Aix-en-Provence, 2017, ©Pascal Victor/ArtComPress)

De la reconnaissance

De la reconnaissance

La question de la reconnaissance trouve sa configuration la plus courante dans l’anagnorisis théorisée par Aristote dans sa Poétique comme un élément de résolution de l’intrigue, lorsqu’une identité véritable se donne à reconnaître à un moment de paroxysme de l’histoire. Or cette reconnaissance d’une identité revêt de multiples formes au fil de l’histoire de la littérature, comme l'ont montré chacun à leur façon T. Cave et P. Ricœur. À une date où le genre romanesque est encore en voie de… reconnaissance, la question se traduit dans le thème de l’enfant trouvé ou le topos du manuscrit trouvé : la reconnaissance constitue également un enjeu des textes littéraires, lorsqu’elle est mise en œuvre par le lecteur, dans son identification d’un topos, d’une citation, d’une scène, d’un style, d’un auteur ; ou encore lorsqu’elle échoit à certains auteurs et certaines œuvres, canonisés par l’édition, la suite, l’adaptation, la traduction. Aussi diverses ces formes soient-elles, la négociation de la reconnaissance n’en est pas moins, dans tous ces cas, un processus à la fois dynamique et réciproque qui aboutit à un accord, qui a valeur de pacte : la reconnaissance littéraire est aussi une connaissance mutuelle, une invention réciproque de l’auteur et du lecteur de romans… En hommage au Prof. Jan Herman (K.U. Leuven), les études réunies par Nathalie Kremer, Kris Peeters et Beatris Vanacker dans ce nouveau volume de "La République des Lettres" (Peeters éd.) explorent le thème ancestral de la reconnaissance littéraire sous trois angles d’approche: diégétique, comme ressort de l’intrigue à l’intérieur de la diégèse; poétique, comme mécanisme par lequel l’œuvre romanesque se donne à lire et à reconnaître comme fiction; pragmatique, comme facteur de réception et de transmission culturelle des textes de l’Ancien Régime. Ces trois niveaux d’étude de la reconnaissance littéraire consolident et élargissent ainsi les travaux de Jan Herman sur la poétique romanesque du dix-huitième siècle. Fabula vous invite à parcourir la Table des matières et lire l'introduction…

Livres de voix. Narrations pluralistes et démocratie

Livres de voix. Narrations pluralistes et démocratie

Avec l’attribution en 2015 du prix Nobel de littérature à Svetlana Alexievitch, "le livre de voix" s’est vu offrir une consécration. C’est sur l’archéologie de ce qu’il faut reconnaitre comme un genre majeur du premier XXIe siècle, et sur ses enjeux épistémologiques, herméneutiques et politiques, que se sont penchés les intervenants du colloque "Livres de voix. Narrations pluralistes et démocratie" qui s’est tenu à Sciences Po les 1er et 2 octobre 2021 à l’initiative d’Alexandre Gefen et de Frédérique Leichter-Flack. De la polyphonie romanesque, qui définissait selon Bakhtine l’ambition du roman moderne à faire entendre les consciences individualisées de ses personnages, aux pratiques d’une nouvelle historiographie faisant cas des voix mineures et excentrées, un modèle, créé dans le laboratoire de la fiction romanesque comme une forme de démocratie du roman, s’est déplacé sur le terrain des sciences sociales pour inspirer des pratiques d’écriture et d’enquête dans la littérature de non-fiction contemporaine. Ni les fictions, ni les non-fictions contemporaines de voix n’avaient jusqu’alors fait l’objet d’une étude globale. C’est à une telle réflexion que les actes de ce colloque ouvrent la voie.

Charles Pennequin : poésie tapage

Charles Pennequin : poésie tapage

Sous le titre "Charles Pennequin : poésie tapage", les Colloques en ligne de Fabula accueillent les actes de la première manifestation académique consacrée à un créateur qui mêle depuis vingt-cinq ans pratiques poétiques et artistiques. Tenu en ligne en juin 2021 pour faire face aux contraintes sanitaires, le colloque a d'abord donné lieu à un blog pour recevoir en amont les communications, dans des formats divers, laissés libres, ainsi que des documents qui devaient servir de point d’appui aux échanges. Les sessions en direct ont ainsi pu être entièrement consacrées aux discussions autour des communications. Cette manière funambule, qui laissait place à l’improvisation et au risque, a aussi permis de coller à l’"objet Pennequin", d’autant que le poète, présent durant toute la durée du colloque, pouvait réagir, commenter, dialoguer avec les intervenants. Le sommaire publié aujourd'hui à l'initiative d'Anne-Christine Royère et Gaëlle Théval conserve quelque chose de ce format vivant, en s'adossant au blog qui accueille notamment l’enregistrement vidéo de la table ronde "Armée noire", un entretien avec le chorégraphe Dominique Jégou, ainsi qu’un ensemble documentaire ayant servi de point d’appui aux discussions. Certains articles y trouvent également des enrichissements documentaires (diaporama, vidéos, photographies).