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La dévoration de Ploutos

La dévoration de Ploutos

Le terme de postextractivisme, apparu en 2012 chez les penseurs sud-américains tels Eduardo Gudynas ou Gabriela Massuh, envisage le dépassement nécessaire d’un modèle économique fondé sur l’extraction massive des ressources qui génère un progrès à deux vitesses, canalise des richesses, tout en détruisant des écosystèmes et des habitats humains. La littérature et l’art, bien qu’agitateurs de consciences, semblent bien impuissants à peser face à des décideurs toujours plus puissants. Pourtant, lors du colloque organisé en Martinique du 23 au 25 octobre 2025 avec le soutien de l’UR Crillash, les chercheurs réunis ont identifié une parole artistique qui a multiplié les alertes depuis le début de l’ère industrielle et qui s’est nettement renforcée dans les années 2010, en plaidant pour un postextractivisme symbiotique. Les Colloques en ligne en accueillent les actes réunis par Franck Collin : "La dévoration de Ploutos. Comment la littérature et l’art pensent aujourd’hui le postextractivisme ?".

Une littérature relationnelle

Une littérature relationnelle

La littérature fait relation du monde. Elle en relate les histoires, les événements, en décrit les espaces, les fonctionnements, les modes d’être. Elle met en œuvre les relations humaines et les relations que les humains développent avec leur environnement, leurs territoires. Elle fait mémoire de ce qui fut, dessine ce qui pourrait être, arpente les contrées de l’imaginaire. C’est là sa vocation originelle. Notre temps se caractérise peut-être par les dialogues qu'elle engage avec les disciplines qui se sont donné ces questions pour objet : l’histoire, la sociologie, l’anthropologie… S’inventent alors des échanges inédits, des emprunts réciproques, des partages singuliers. C’est à cette dimension relationnelle de la littérature contemporaine que, reprenant à Édouard Glissant sa formule, que s'attache le sommaire préparé par Tiphaine Samoyault, Ana Kiffer, Alexandre Gefen et Dominique Viart et accueilli au sein des Colloques en ligne de Fabula sous le titre "Littérature et relations : l’hypothèse d’une littérature relationnelle".

(Illustr. : Clara Moreira, tous droits réservés)

La voix d'Antoinette

La voix d'Antoinette

La mise au programme des agrégations de lettres des Poésies d’Antoinette Deshoulières (1633-1694) est venue rappeler l’importance de cette poétesse que l’histoire littéraire avait eu tendance à minorer, voire oublier. Sur le terreau des pratiques mondaines, poésie de circonstances et épitres animalières, et des formes de la pastorale et de l’idylle, Deshoulières fait entendre une voix féminine singulière et des inflexions philosophiques. Les communications présentées à l’Université de Lille le 15 janvier 2026 entendaient participer à cette redécouverte, en montrant combien ce corpus croise de nombreux questionnements de la recherche actuelle. Les Colloques en ligne de Fabula en accueillent les actes, réunie par Sophie Hache et Charles-Olivier Stiker-Métral.

(Illustr. : Musée de Grenoble-J.L. Lacroix. Domaine public.)

Faire événement

Faire événement

Dans le domaine de la pensée, on croit parfois qu’il n’est d’événement que dans l’intimité d’une lecture qui produit, au milieu d’un parcours, un véritable choc intellectuel. Il en va pourtant des lectures et des leçons intellectuelles comme des expériences de la vie : certaines se taisent, d’autres remontent, et parfois, pour le meilleur et pour le pire, nous sont rappelées. Deux journées d'études tenues les 1er et 2 mai 2025 à l’Université de Lausanne ont été l'occasion de réfléchir sur cette forme singulière de l’expérience, celle qui fait événement. En s’appuyant diversement sur l’histoire de la philosophie, la phénoménologie, la science et la littérature, chacune de ces contributions tente, à sa manière, d’en approcher la vérité. Les Colloques en ligne de Fabula en accueillent aujourd'hui les actes réunis par Michaël Hinterberger, précédés d'un entretien avec l'auteur de L'événement et le monde : Claude Romano.

"Un morceau flottant d’espace" : les hétérotopies maritimes

Le huis clos des navires, qui réunit pendant un temps limité des hommes — et parfois des femmes — venus d’horizons divers, constitue un espace d’exception, à la fois profondément marqué par les déterminismes sociaux qui ont conduit à ce rassemblement, et partiellement en dehors de la société, situé dans une marge mouvante. Sa représentation ouvre les œuvres littéraires à des enjeux tant sociopolitiques et anthropologiques que métanarratifs, dans la mesure où l’espace-temps du voyage maritime constitue dans les romans ou nouvelles maritimes un motif spéculaire, une mise en abyme du chronotope de la narration. C’est à travers le concept d’hétérotopie, évoqué plus que théorisé par Michel Foucault à la fin des années 1960, qu’une journée d’études tenue à Boulogne-sur-Mer le jeudi 15 juin 2023 a choisi d’étudier la représentation littéraire de l’espace étroit et souvent densément peuplé qui va de la poupe à la proue. La confrontation des différents exemples analysés invite à dresser un panorama des hétérotopies maritimes des littératures française et britannique des XIXe et XXe siècles, tout en apportant une pierre à l’édifice déjà considérable des réflexions suscitées par le concept foucaldien. Les Colloques en ligne de Fabula en accueillent aujourdh'ui les actes réunis par Julie Gay et Marie-Agathe Tilliette.

Espèces en voie d'apparition

Espèces en voie d'apparition

Après Littérature et zoomorphie satirique (XVIe-XXIe siècles) qui donnait à lire les actes du colloque tenu à Paris en novembre 2024 à l'initiative d'Anne Simon et Nicolas Corréard, les Colloques en ligne de Fabula accueillent un sommaire Espèces en voie d’apparition. Bestiaires imaginaires et encyclopédies fictives réuni par Émilie Frémond à l'issue d'un colloque coorganisé à l'INHA avec Alain Schaffner en mai de la même année. S’il n’existe qu’une façon de s’éteindre pour une espèce animale, il existe mille façons d’apparaître : dans la nomenclature du zoologiste, dans le système de l’utopiste, dans la fiction du romancier d’anticipation, dans la fable de l’auteur jeunesse ou dans la galerie du musée. Si de nouvelles espèces jusqu’alors inconnues continuent aujourd’hui d’apparaître et posent des questions qui touchent autant aux sciences du vivant qu’aux politiques d’exploitation ou de protection des écosystèmes, la littérature et les arts n’ont pourtant cessé depuis l’émergence de la science moderne de questionner les frontières entre les règnes et les espèces, les manières de classer et d’apprendre. Inventer de nouvelles espèces, de nouveaux noms et de nouvelles formes, en reprenant les genres hérités d’une tradition encyclopédique ou en élaborant le cadre fictionnel nécessaire à l’épanouissement d’une animalité alternative tient sans doute du jeu – un jeu dont on ne saurait croire qu’il puise au seul plaisir des chimères et mots-valises. 

(Illustr. Ruth Mc Enery Stuart and Albert Bigelow Paine, Gobolinks, or Shadow-Pictures for Young and Old, New York, The Century Co, 1896)

Littératures sauvages : le surréalisme hors du livre

Littératures sauvages : le surréalisme hors du livre

Récurrente au fil du temps, l’exploration des alternatives au livre s’intensifie au début du XXe siècle, en devenant une constante des mouvements modernistes et avant-gardistes. Le surréalisme n’y échappe pas, créant même en ce domaine une position originale, mais non dépourvue d’ambiguïtés : porté par le désir d’une poésie exprimée dans la vie même ou, en Belgique, par le refus de toute forme d’institutionnalisation, ce mouvement exploitera assidument les possibilités offertes par les littératures sauvages, ces productions élaborées hors du circuit traditionnel de l’édition, le plus souvent sur des supports de fortune ; mais il apparaîtra également, en France à tout le moins, comme la plus livresque des avant-gardes. La journée d’étude « Le surréalisme hors du livre », qui s’est tenue le 20 juin 2023 à l’université de Namur, déplie les tensions au cœur des usages surréalistes de la littérature hors du livre à partir des surréalismes français et belge, sans exhaustivité mais avec le souci d’interroger les points les plus représentatifs de l’histoire de ce mouvement. Les Colloques en ligne de Fabula en accueille les actes, réunis par Manon Houtart et David Vrydaghs.