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Le questionnaire de Bolaño, avec Iuvan, par Emmanuel Bouju (en-attendant-nadeau.fr)

Le questionnaire de Bolaño, avec Iuvan, par Emmanuel Bouju (en-attendant-nadeau.fr)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne

Iuvan : « le monde se sauve et se détruit à chaque instant »

par Emmanuel Bouju, à lire sur en-attendant-nadeau.fr

Iuvan est une figure majeure des littératures de l’imaginaire. Elle se prête au jeu du Questionnaire de Bolaño. À l’image de son œuvre, ses réponses possèdent une pétillante et un humour remarquables et témoignent de la puissance de nos imaginaires.

Quel est le premier mot qui vous vient à l’esprit ? 

Mónica.

Parce que ce questionnaire pourrait s’appeler le questionnaire de Maristain. Curieuse de ne pas connaître l’origine de ce prénom, j’apprends qu’on en a perdu le sens d’origine. Monnica (deux n) était la berbère mère de saint Augustin. Un nom d’origine punique ou phénicienne. Que signifiait-il ? Peu importait aux Romains, qui lui trouvaient une ressemblance avec le monos grec. Monica la solitaire, mère de saint Augustin, que cette histoire est jolie. Pourtant, Monnica signifiait peut-être « celle qui rassemble les foules » ou « amitié ».

Quelle est la différence entre ce mot et le mot « écrivain » ?

Il n’y en a aucune. Ce sont deux mots qui peuvent tout signifier, sur lesquels on peut tout projeter.

Qu’est-ce que la littérature française ?

Un ensemble de textes que s’approprient les Français·es ? Écrits en langue française ou non. Je suppose qu’il y en a autant que de personnes se définissant comme françaises, et qu’elle change à chaque seconde. Méfiez-vous des gens qui prétendent l’inverse. Je les soupçonne de ne pas être très bien intentionnés.

Marcel Proust, Claude Simon ou Annie Ernaux ?

Annie Ernaux, mais c’est faux. Ou bien injuste. Car c’est la seule que j’ai lue et je n’ai lu d’elle qu’un ouvrage, une entreprise immense qui m’a transformée : Les années. Un ami du lycée écoutait Claude Simon. Il a bien écrit des chansons ? Il m’a prêté une cassette, je crois. Tiens, cet ami s’appelait Simon, justement. Je n’ai aucun souvenir de cette cassette. L’ai-je égarée ? Ah non, je vois ici que c’était Yves. Yves Simon, pas Claude. Bon, pas lu. Marcel Proust m’a chassée hors de sa sphère. Je ne sais pas bien pourquoi. Les groupes, les classes, m’angoissent. Pourtant, Austen, qui a fait un travail similaire de peinture d’un milieu insulaire – la gentry – me touche éperdument. Elle devrait me perdre. On sent chez elle, comme chez Proust, un déni constant d’intimité. Mais Proust a cette manière de nous projeter constamment dans un regard, nous empêche d’être soi. Cette aliénation – peut-être due au fait que Proust, contrairement à Austen, ne faisait pas partie du milieu qu’il raconte – me glace le sang. Le fait est que je suis mal dans Proust. J’ai l’impression de débarquer, pas tout à fait bienvenue, dans une cousinade. De la même manière, l’humour d’Austen me fait rire aux larmes alors que celui de Proust m’attriste. Ces deux humours reposent pourtant sur les situations, les dialogues taillés sur mesure pour leurs personnages. Peut-être Proust est-il moqueur et Austen juste perspicace et pointue ? Existe-t-il des personnes qui aiment autant Proust qu’Austen ou bien formons-nous deux clans opposés qui ne s’attirent pas ? (C’est une vraie question. Si vous avez la réponse, je la veux bien en commentaire.) Pour reboucler sur l’entreprise autobiographique, j’ajouterai que j’ai lu avec une grande fascination le Proust, roman familial, de Laure Murat. […]

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