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Politique du polar. Entretien avec Lucie Amir (blog Écritures contemporaines)

Politique du polar. Entretien avec Lucie Amir (blog Écritures contemporaines)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Laurent Demanze)

Entretien avec Lucie Amir, à l'occasion de la parution de son essai Politiques du polar (Amsterdam, 2025)

Les éditions Amsterdam s’imposent de plus en plus comme un des éditeurs les plus engagés dans l’analyse critique de la littérature contemporaine. Après le bel essai de Justine Huppe, et en attendant celui de Jean-François Hamel, le livre de Lucie Amir invite à tordre le lieu commun d’un polar constitutivement politique pour interroger ses engagements réels. 

Laurent Demanze : Avant de parcourir ton essai, j’aimerais peut-être que tu dessines la silhouette de la lectrice de polar que tu es ? Et savoir si l’écriture de ce livre, issu d’un doctorat, a déplacé tes préférences ?

Lucie Amir : Il existe dans le secteur du polar de véritables grands lecteurs, qui entretiennent une « polarophilie » digne de ce nom (si tu me permets le néologisme), soit sur le modèle des collectionneurs du populaire (la librairie d’occasion L’Amour du noir, à Paris, offrant un véritable QG à ces passionnés), soit sur le modèle plus récent (et sans doute plus féminin également) de la culture fan, plus resserré sur quelques auteurs contemporains à succès (Franck Thilliez, Michel Bussi, Karine Giébel…). Je ne suis, à titre personnel, ni une très grande dévoreuse de thrillers ni une amatrice de pépites méconnues de la culture pop. J’ai découvert le genre comme toute lectrice moyenne du genre, à travers Fred Vargas ou Jean-Christophe Grangé, deux auteurs très grand public. Je crois que mon intérêt pour les genres policiers se situe moins dans le goût que je prends à lire des polars que dans le vertige que provoque chez moi la culture, dans sa dimension inévitablement massive aujourd’hui, et dont le polar offre mieux que tout autre genre l’expérience (une expérience ambivalente, à la fois plaisante et souvent oubliable !). Travailler sur ces corpus m’a aidée à objectiver des préférences parfois équivoques, à faire la part des choses entre différentes sortes de plaisir : le plaisir du suspense, cette mécanique de la curiosité qui opère même quand on connaît les ficelles (et qui parfois opère tout en nous agaçant !), le plaisir du pastiche et de la connivence intertextuelle, assez présent dans le roman noir de la fin du XXe siècle, et puis ce plaisir plus sérieux et plus savant qui innerve le roman noir contemporain, qui est un plaisir de la documentation et de l’apprentissage. Ce dernier, qui est central dans la redéfinition récente des fonctions du genre, je m’y suis moi-même initiée en le documentant : difficile de ne pas être impressionnée par les efforts rassemblés par Dominique Manotti pour restituer la complexité de l’affaire du rachat d’Alstom dans Racket ! (Les Arènes, 2017). […]

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