éditoriaux

Le bleu dans les yeux de Francis Ponge

Le bleu dans les yeux de Francis Ponge

Éditeurs parisiens de l'avant-siècle

Éditeurs parisiens de l'avant-siècle

L’éminent spécialiste de Rimbaud et de Lautréamont, Jean-Jacques Lefrère, en écrivant les phrases qui suivent, rend compte d’une forme d’injustice que ce livre espère contribuer à réparer : "Bien que leur nom figure en bonne place sur les ouvrages qu’ils publient, les éditeurs sont généralement appelés à demeurer des laissés-pour-compte de l’histoire littéraire. Pour un Poulet-Malassis ou un Hetzel dans leur siècle, pour un Gallimard ou un Grasset dans le nôtre, la plupart des éditeurs sont restés des hommes de l’ombre, négligés par les historiens et confinés dans un oubli peu mérité." L'injustice dénoncé par Jean-Jacques Lefrère trouve un début de réparation dans le livre que Gilles Picq fait paraître aux éd. de l'Echappée : Les Éditeurs parisiens de l'avant-siècle (1870-1914). Que savons-nous de ces noms se répétant invariablement sur les couvertures des livres du tournant du XIXe s. : Savine, Vanier, Carrington, Genonceaux, Ollendorff, etc. ? Aurions-nous pu lire sans deux les Jean Lorrain, Rachilde, Pierre Louÿs, Hugues Rebell, Léon Bloy, Georges Darien, etc. ?

 

Mémoire de la critique

Mémoire de la critique

Après Albert Thibaudet. Une cité des livres, Sorbonne Université Presses vient de publier dans la belle collection "Mémoire de la critique" un nouvel ouvrage consacré à l'un des grands critiques du XXe siècle, Gaëtan Picon. Une pensée de la création. Sous la direction de Bernard Vouilloux, ce volume revient sur la richesse de l'œuvre du critique-écrivain qui était aussi directeur général des Arts et des Lettres au ministère des Affaires culturelles d'André Malraux. Cette parution est l'occasion de souligner la vivacité des études "métacritiques", comme en témoignent plusieurs monographies importantes parues ces dernières années. Jean Rousset a ainsi fait l'objet de deux essais de Maxime Cartron qu'on peut lire dans la collection "Courant critique" des éditions Droz, Jean Rousset. Traduire et compiler le baroque et « Au seuil d'une présence nue ». Phénoménologies baroques ; Charles du Bos a été minutieusement étudié dans l'ouvrage que Louis Pailloux a tiré de sa thèse de doctorat, Charles du Bos. Un homme sans œuvre et le style de Genette a été au centre d'un essai de 2018 de David Turgeon, dont on peut lire dans l'Atelier de théorie littéraire un essai inédit sur Northrop Frye. Les revues ne sont pas en reste : le dernier numéro de la Revue d'Histoire littéraire de la France publie les actes d'un colloque sur "Gustave Lanson en son temps", comme Europe avait consacré son numéro d'avril 2019 à Jean-Pierre Richard et Jean Starobinski. Concernant le parcours de Jean-Pierre Richard, après ce qu'en a dit Marta Sábado Novau dans L'École de Genève. Histoire, geste et imagination critiques, signalons la thèse en cours de Zoé Perrier Jean-Pierre Richard, de la critique à l'écriture, sous la direction de Guillaume Bridet.

(Illustr. : Gaëtan Picon à Genève en 1948. Source : site de l'Association des amis de Gaëtan Picon)

Centenaire Butor

Centenaire Butor

Le 14 septembre 2026 Michel Butor aurait eu cent ans. Ce centenaire avait été fêté avec un peu d'avance, en octobre 2025, par un colloque tenu au Collège de France Michel Butor. Une histoire entière de l’humanité, dont il est loisible d'écouter les interventions en podcasts. L'Archipel Butor, qui abrite à Lucinges le Manoir des livres, la maison d'écrivain Michel Butor et une bibliothèque de lecture publique dédiée aux livres d'artiste, orchestre les festivités pour l'année 2026 et propose également une série de podcasts. Signalons le colloque qui se tiendra à la Sorbonne nouvelle, les 15 & 16 oct. prochains : "Permettez-moi de naviguer en votre compagnie. Michel Butor au rendez-vous des artistes". Et saluons la réédition au format de poche aux éditions de Minuit de Passage de Milan, le premier roman de Butor, écrit dans les années 1952-53, avec une postface de Mireille Calle-Gruber et des documents génétiques, et dans la collection "Tel" de Gallimard des Essais sur les essais initialement paru en 1968. Rappelons que l'œuvre monumentale du romancier poète, essayiste, collagiste a été rassemblé en 12 volumes de mille pages chacun par Colette Lambrichs aux éditions de la Différence. Aujourd’hui à la tête des édition du Canoë, Colette Lambrichs donne un prolongement entrepris avec Conversation sur le temps publié en 2023, dialogue entre Michel Butor et Carlo Ossola, et Les cartes postales de Michel Butor, beau livre de Pauline Basso et Adèle Godefroy publié en 2024, en donnant à lire les Improvisations sur Michel Butor, dernier volume de la série des "Improvisations", nom que l’auteur avait donné à ses cours dispensés à l’université de Genève, avec une préface de Nathalie Piégay, laquelle signe aussi la première édition critique de La Modification, à paraître dans quelques semaines aux éditions Droz.

Écrire la ville

Écrire la ville

La ville serait-elle romanesque ? Depuis le milieu du XIXe s., l’urbanisation affecte toutes les sociétés et les écrivains en témoignent. On associe bien souvent un auteur à une ville : Paul Auster à Brooklyn, Naguib Mahfouz au Caire, Jorge Amado à Bahia… La ville s’enveloppe de mystères pour mieux attirer à elle toute une population composite, ce qui réjouit les auteurs qui y trouvent matière à intrigues. Il leur suffit d’observer une ville pour y saisir toute une société, ses travers, ses désirs, ses illusions, ses paysages, ses sentiments, ses émotions et autres transports… Dans La ville est un roman. Essai sur la littérature de l'urbain (Eterotopia), Thierry Paquot arpente la ville sur les pas de quelques écrivains, de Zola à Annie Ernaux, en passant par Eugène Dabit, Jean Giono, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, Georges Perec, Italo Calvino, et Julien Gracq, ou encore François Bon, Jean Échenoz et quelques autres, pour baliser la géohistoire des villes. Rappelons qu'on doit aussi Thierry Paquot un essai voué à L'amour des lieux (Presses Universitaires de France), ce sentiment aussi familier qu'exigeant, qui nous récompense de notre attention envers nos demeures et leurs paysages — pour autant que nous les ménageons. Avec Les situationnistes en ville  (in folio éd.), l'essayiste supervise aussi un volume aux thèses célèbres de L’Internationale Situationniste sur la "psychogéographie", la "dérive", "l’urbanisme unitaire"… Autant de notions forgées pour combattre l’architecture fonctionnaliste et exalter la ville labyrinthique, les rencontres, les surprises, les détournements, la gratuité, et dénoncent les conformismes. 

Thomas B. Reverdy fait paraître de son côté chez Flammarion une anthologie littéraire Écrire la ville, avec des illustrations d'Hubert Van Rie, un voyage de ville en ville, d’auteur en autrice, de siècle en siècle, de poèmes en romans. Fabula vous invite feuilleter l'ouvrage et à découvrir son sommaire… On arpente la ville en cheminant dans une bibliothèque.

Voix de Saint-John Perse

Voix de Saint-John Perse

Le cinquantenaire de la mort de Saint-John Perse avait donné lieu à un volume intitulé Priorité à la poésie (dir. H. Levillain et C. Mayaux, Paris, Champion, 2025). Afin que ces rencontres de papier prennent une forme plus vivante et incarnée, il fut alors suggéré de réunir les contributeurs, à qui serait posée la même question personnelle : quelle fut votre rencontre de la poésie de Perse, votre émotion initiale, votre contact premier avec sa voix même ? C’est ainsi que chacun(e) aura cherché à expliquer comment ce souvenir l’avait accompagné tout au long de ses années, en faisant mûrir l’émotion première. Les Colloques en ligne accueillent un ensemble des textes d’abord présenté les 26 et 27 mars 2026 en Sorbonne, dans un cadre qui invitait à délaisser le cadre académique au profit de la voix personnelle. L’œuvre de Saint-John Perse y est abordée dans l’ordre chronologique, dans une libre anthologie réunie par Olivier Belin et Henriette Levillain, et qui prend volontiers le chemin des écoliers.

Moteur !

Moteur !

Fabula vient de se doter d'un nouveau moteur de recherche. Si la lenteur du précédent vous décourageait, celui-ci fouille en une dizaine de millisecondes près de trente ans d'archives, soient les quelque 112 000 annonces déjà en ligne, mais aussi les 4 000 comptes rendus parus sur Acta fabula, les 500 articles de Fabula-LhT, les 2 600 textes accueillis au sein des Colloques en ligne, et même les 1 200 fiches de l'Annuaire des chercheurs. Un jeu de filtres permet de trier les résultats déjà classés : par rubrique, type de document ou intervalle chronologique. Faites l'essai, et vous renoncerez à Google pour vos recherches sur la littérature critique.

Dans la foulée, l'index de nos deux revues a été également refondu pour devenir un index général, intégrant les mots clés des articles parus dans Acta fabula, de Fabula-LhT mais aussi désormais dans les Colloques en ligne, soit près de 7000 vrais articles, garantis sans IA (pourvu que ça dure…) et efficacement distingués par un code couleur. Le système d'alertes par courriel a été remis en fonction pour tous les lecteurs qui disposent déjà d'un compte (aussi gratuit que le reste du site), et une nouvelle fonctionnalité voit le jour : "Mon fabula", qui permet de naviguer sur Fabula comme sur une application pour tablette ou smartphone, de définir ses propres usages et alertes, et d'enregistrer des pages pour les lire hors-ligne.

Un nouvel outil d'analyse des tendances est également proposé, au centre de la page d'accueil principale. Merci à Alexandre Gefen d'avoir pris l'initiative de cette nouvelle étape dans la modernisation du site.