éditoriaux

Abolis bibelots

Abolis bibelots

Pourquoi un mot serait-il plus poétique qu’un autre ? Et qu’est-ce qui fait la poéticité d’un mot ? Est-ce le produit d’une norme plus ou moins intériorisée, ou bien d’une sensibilité individuelle ? Pour comprendre ce qu’est un "mot poétique", il faut d’abord explorer le discours lexicographique sur le statut de la langue poétique, mais il faut surtout plonger dans le travail du style accompli par les poètes et relever les réseaux de mots poétiques qu’ils constituent. L’éclatement des registres et la recherche d’une langue sans cesse renouvelée pn’empêchent pas de conserver des formes d’archaïsme et de rémanence, ou encore d’innover à partir de celles-ci, en opérant des glissements sémantiques ou en créant des néologismes. Loin d’être une recherche autonome et individuelle, la fabrication du lexique poétique est un fait de positionnement, relatif à un certain état du champ littéraire, qui permet aux poètes de se différencier d’autres positions esthétiques et, pour certains mouvements littéraires, de constituer "la langue de la tribu". Les Colloques en ligne de Fabula donnent à lire les contributions issues de la journée d’étude Définitions et illustrations du « mot poétique » dans les espaces francophones (XIXe-XXIe s.), tenue à la Sorbonne en décembre 2022. Les contributions réunies par Edoardo Cagnan, Jacques Dürrenmatt et Aurélie Frighetto considèrent les usages du "mot poétique" comme autant de prises de position, en analysant des corpus français et francophones, ainsi que le rôle de la traduction.

(Illustr. : Cy Twombly, Proem, 1983 © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne)

Raymond Guérin, le revenant

Raymond Guérin, le revenant

Les éditions Finitude s'emploient depuis plusieurs années à faire (re)connaître l'œuvre de Raymond Guérin (1905-1955), éternel méconnu. Après Zobain, son premier roman en 2015, elles font paraître coup sur coup deux titres. Retour de Barbarie, préfacé par Jean-Paul Kauffmann : en décembre 1943, Guérin est libéré du stalag où il vient de passer plus de trois ans. De retour à Paris, il découvre la France de l’Occupation, bien différente de celle qu’il avait laissée en 1940. "La sottise bat son plein", écrit-il dans son journal, en constatant que la vie culturelle continue comme si de rien n’était et combien les Parisiens se sont habitués à l’occupant et au marché noir. Piloté par Jean Paulhan ou Gaston Gallimard, il reprend contact avec le petit monde littéraire. Il rend visite à Camus, Sartre, Queneau, Chardonne, à son compagnon de détention Henri Cartier-Bresson. Mais à son ami Henri Calet, il écrit: "Je me fais l’effet d’un revenant, d’un fantôme. Je n’ai plus ma place dans ce monde étouffant et fascisé". Épuisé, écœuré, Guérin rentre chez lui, dans le Sud-Ouest. Quelques mois plus tard, c’est avec un enthousiasme ému qu’il commente la Libération de la France. Mais l’euphorie des premiers jours ne dure pas. Dans des pages décapantes, il commente la veulerie des procès d’épuration auxquels il assiste. Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage… Cinq ans plus tard, Guérin est pour trois semaines l'invité de Curzio Malaparte, dans sa célèbre maison surplombant la Méditerranée, qui n’a pas encore été immortalisée par Godard. Du côté de chez Malaparte est le récit de ce séjour. Guérin y consigne ses impressions, les conversations avec son hôte, le récit des soirées avec les nombreux artistes qui habitent l’île. L'édition est illustrée de nombreuses photographies prises par Raymond Guérin lors de son séjour à Capri. Fabula en donne à lire les premières pages…

L'écrire classique en régime contemporain

L'écrire classique en régime contemporain

Avec Les choses

Avec Les choses

Premier livre publié de Georges Perec en 1965, Les Choses lui valut, avec le prix Renaudot, une réputation de sociologue. Réputation évidemment abusive, sauf à préciser qu’il s’agit de sociologie du langage : tissé d’imaginaire, le roman entrelace rêves, rêveries et fantasmes – soit autant de discours dont l’économie donne son vrai fil conducteur à un récit où la consommation des marchandises tient en réalité très peu de place. Dans un essai intitulé Les Choses de Georges Perec, ou l'économie du rêve et qui paraît dans la salutaire collection "Champion Commentaires", Christelle Reggiani réfléchir la force esthétique singulière du petit roman de Perec, que sa brièveté semble alors constituer en véritable "miroir de concentration" d’une certaine poétique romanesque. Fabula donne à lire un extrait de l'introduction de l'ouvrage...

Rappelons le bel essai par lequel Claude Burgelin nous invitait naguère à "Retrouver Les Choses" dans un essai accueilli au sein du dossier d'Acta fabula sur l'année 1966, annus mirabilis issu du séminaire tenu par A. Compagnon au Collège de France. Et saluons la réédition aux éditions nantaises de L'Œil ébloui des 50 choses qu’il ne faut tout de même pas oublier de faire avant de mourir inventoriées à l'automne 1981 par Georges Perec et par Jacques Bens.

Une journée d'études réunit à la Sorbonne ce samedi 8 juin les spécialistes et amis de Georges Perec, à l'initiative de Célia Gallina et Christelle Reggiani.

(Vignette : éd. du cinquantenaire des Choses, 2015)

La peau du renard

La peau du renard

Le renard roux est plus que jamais chez lui dans l'Europe de ce début du XXIe siècle. Il est présent dans les campagnes où les ruraux prennent conscience de son utilité. Mais également dans les villes qu’il est en train de coloniser à une vitesse surprenante. Et même dans nos esprits et dans nos pratiques quotidiennes puisque nous pouvons régulièrement croiser le petit canidé sur nos écrans, dans nos livres ou encore sur divers objets. Qu’elles semblent loin ces longues décennies du XXe siècle au cours desquelles le goupil fut victime de massacres de grande ampleur en raison de ses prédations et surtout de son rôle dans l’épidémie de rage. Dans Vivre en renard. La traversée du siècle, paru il y a quelques moins collection "Mondes sauvages" des éditions Actes Sud, Nicolas Baron croise les sciences humaines et sociales avec les sciences du vivant pour étudier ce renversement d’image du renard roux. Fabula vous propose de lire un extrait de l'ouvrage… On fera un saut dans le temps de six siècles en découvrant aux éditions de l'Université Grenoble Alpes la traduction René Pérennec d'une version néerlandaise du Roman de Renart : Du goupil nommé Reynaert de Van den vos Reynaerde, composé autour de 1250, mais aussi l'Adaptation alsacienne du Roman de Renart de Reinhart Fuchs, traduit et annoté par Patrick del Duca, qui date de la fin du XIIe s..

(Illustr. : Renart et Noiret. Miniature du XIIIe siècle extraite du Roman de Renart)

Chère Simone

Chère Simone

Simone de Beauvoir a sans doute été l’intellectuelle de gauche la plus influente en France et dans le monde, des années 1950 jusqu’à sa mort, en 1986, ce qui lui a valu des milliers de lettres. Elle en a conservé environ 20 000 et a entretenu de nombreuses correspondances suivies, notamment avec ses lectrices "ordinaires". Marine Rouch s'est plongée pendant une décennie dans cet océan épistolaire, et a pu rencontrer cinq des correspondantes les plus assidues de Simone de Beauvoir : Colette Avrane, Huguette-Céline Bastide, Mireille Cardot, Claire Cayron et Blossom Margaret Douthat Segaloff. Elle publie aujourd'hui le recueil de leurs lettres, accompagnées des réponses de l’écrivaine dans Chère Simone de Beauvoir. Vies et voix de femmes « ordinaires ». Correspondances croisées 1958-1986 (Flammarion). Si elles lèvent le voile sur l’intimité de cinq femmes, ces lettres donnent aussi à voir le tissu culturel et social des Trente Glorieuses, l’adolescence, le lesbianisme, la contraception, le couple, les violences conjugales, la lutte contre l’ordre dominant bourgeois ou encore l’anticolonialisme et le racisme… Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Judith Coffin avait préalablement rédigé un essai sur cette correspondance, traduit l'an passé par M. Vaslin et L. Delavaud : Sexe, amour et féminisme (Plon).

Rappelons l'article qu'Anne Strasser a consacré, dans le récent numéro de Fabula-LhT : "Corps souffrants, corps politiques", à la réception par les lecteurs ordinaires d’Une mort très douce et de La Cérémonie des adieux : "Du corps souffrant au corps politique". Mais aussi dans Acta fabulal'entretien d'Esther Demoulin avec Sylvie Le Bon de Beauvoir sur la récente édition de la correspondance de Simone de Beauvoir, Élisabeth Lacoin et Maurice Merleau-Ponty, Lettres d’amitié. 1920-1959 (Gallimard).

Paris en lettres arabes

Paris en lettres arabes
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