éditoriaux
Fabula en villégiature
L'équipe Fabula se déclare en vacances (…de bénévolat) jusqu'au lundi 26 août, mais elle ne laisse jamais ses amis sans lectures. Dans l'intervalle, vous êtes invités à feuilleter l'album du printemps pour y puiser des idées de lectures estivales, à vagabonder parmi les derniers articles d'Acta fabula, ou dans les récents dossiers critiques de notre revue de parutions (merci à Matthieu Vernet et à toute son équipe renouvelée) ; à vous égayer dans les sommaires de nos Colloques en ligne, qui se sont enrichis d'une douzaine de titres depuis la rentrée dernière (merci à Aurélien Maignant) ; à butiner dans le parterre de fleurs nouvellement écloses de notre Atelier de théorie littéraire (merci à Bérenger Boulay) ; ou encore à flâner parmi les sommaires de Fabula-LhT, dont le dernier numéro en date (mais non l'ultime) est consacré à "La mort de l'auteur", sans métaphore aucune (merci à Romain Bionda et Jean-Louis Jeannelle), en chinant aussi à l'occasion dans les appels à contributions des prochains numéros…
Débattre d'une fiction
Chimène pouvait-elle épouser Le Cid ? La Princesse de Clèves a-t-elle bien fait d’avouer à son mari qu’elle était aimée d’un autre homme ? Pourquoi Cendrillon ne s’est-elle pas rebellée plus tôt ? Meursault était-il raciste ? Hercule Poirot a-t-il commis une erreur sur l’identité du meurtrier ? Les Lannister devaient-ils absoudre Ned Stark ? Don José pouvait-il épargner Carmen ? Néo aurait-il dû se soumettre à la prophétie de l’Oracle ? Peut-on accepter d’entrer dans les raisons de Humbert Humbert et faut-il faire lire Lolita aux adolescents d’aujourd’hui ? Horace devait-il s’abstenir du meurtre de Camille ? Fallait-il vraiment que Dumbledore cache la vérité sur le destin d’Harry ? Manon a-t-elle sincèrement aimé Des Grieux, et le récit du chevalier est-il toujours bien honnête ? Faut-il blâmer Charles de la mort d’Emma ?
De quelle nature sont nos jugements sur les fictions ? À quelles opérations se livre-t-on pour simplement en parler et très régulièrement en débattre ? Car la fiction n’est pas seulement l’objet d’une expérience individuelle vouée à rester silencieuse : elle est aussi ce dont on parle avec d’autres lecteurs ou spectateurs, ce qu’on partage à condition d’en débattre, de confronter des opinions et de soumettre un jugement à la discussion. Mais de quoi discourt-on au juste lorsqu’on s’interroge sur la conduite d’un être de papier, qu’on débat d’une situation fictive ou qu’on revient sur un dénouement arbitraire ? Telles sont quelques-unes des questions inscrites au programme d'un prochain numéro de Fabula-LhT, dont l'appel à contributions court jusqu'en février 2020: "Débattre d’une fiction", sous la direction de Marc Escola, Françoise Lavocat et Aurélien Maignant, un projet Fabula en partenariat avec l'Université de Lausanne et la Société internationale de recherches sur la Fiction et la Fictionnalité.
Théâtre et scandale : une autre histoire de la scène occidentale
L’histoire du scandale au théâtre est, en Occident, aussi ancienne que celle du théâtre lui-même. Depuis la Prise de Milet de Phrynicos (ca 492-490 avant notre ère), jusqu’aux "affaires" Castellucci et García et aux controverses soulevées par les spectacles de Brett Bailey ou Falk Richter, les scandales ponctuent l’histoire du théâtre, voire en signale les ruptures, tant poétiques que politiques. Les Colloques en ligne de Fabula accueillent un riche sommaire issu de deux colloques organisés par Bruna Filippi, François Lecercle, Larry Norman et Clotilde Thouret dans le cadre du projet "Haine du théâtre" du Labex OBVIL en mars 2017 et mai 2018. Elles analysent cette propension du théâtre à susciter l’hostilité et à cristalliser les débats, en interrogeant la notion même de scandale et son évolution au fil des siècles, en tentant de cerner les contours et les dynamiques du phénomène, en identifiant les transgressions – dramaturgiques, religieuses, morales, politiques – qui sont à l’origine de réactions souvent violentes, en analysant des cas précis afin de mieux comprendre ce que révèle ou ce qu’occulte le scandale de théâtre mais aussi ce qu’il fait, ce qu’il change ou ce qu’il reconduit du contexte politique et esthétique, toujours déterminant, dans lequel il a lieu.
(Illustr.: manifestation contre les Paravents de Jean Genet à l'Odéon-Théâtre de France, avril 1966)
L'auteur est mort. Vive l'auteur !
Cinq décennies après «La mort de l'auteur» de Roland Barthes, qui plaçait cette mort sur un plan métaphorique, nos deux revues Acta fabula et Fabula-LhT livrent un double numéro intitulé La Mort de l'auteur, qui entend réfléchir aux conséquences de la mort réelle des auteurs et autrices sur la production et la réception de leurs œuvres, mais aussi sur la constitution de l’histoire artistique et/ou littéraire. Ces deux dossiers rassemblent, sous la direction de Romain Bionda et Jean-Louis Jeannelle, le travail de vingt-et-un chercheurs et chercheuses établi.e.s en Afrique du Sud, en Allemagne, en Belgique, au Canada, aux États-Unis, en France et en Suisse, dont les champs d'expertise concernent le cinéma, la littérature, la peinture, la performance et le théâtre des deux derniers siècles.
La littérature s'écrit (aussi) sur YouTube
Un corpus nouveau est en train d’apparaître sur Internet, constitué de capsules vidéo, qui mêlent sons, images et textes, pour donner naissance à de nouvelles formes d’expression littéraire. Gilles Bonnet a proposé de nommer LittéraTube un tel corpus qui constitue un écosystème littéraire évolutif et inédit. Les Colloques en lignes de Fabula accueillent une série de contributions réunies qui prennent au mot le manifeste du groupe Facebook nommé "Vidéo-écriture" : "La littérature s’écrit aussi en vidéo sur des chaînes YouTube". Comment parler ici d’une écriture, quand le texte n’est plus roi ? Quel rapport au réel la caméra et l’écran induisent-ils ? Quelles interactions entre les systèmes médiatiques et sémiotiques trament ces productions hybrides ? Une poétique en est-elle possible, quand la variété des formats et des intentions s’impose, de la prescription à la création, en passant par le commentaire et la vulgarisation?
Une nouvelle journée d'études sur la littérature sur la littératube est agendée pour le 26 novembre prochain à Montpellier pour laquelle un appel à contributions court jusqu'au 15 septembre.
Nos premières autrices
Les colloques en ligne de Fabula accueillent deux sommaires issus de journées tenues à l'École normale supérieure à l'initiative de Mireille Séguy et Nathale Koble. Le premier dossier, consacré à l’auctorialité féminine dans les fictions courtoises, se place sous l’égide inventive de cette invitation, et dans le sillage des travaux critiques proposés par les études de genre. Des trobairitz à Christine de Pizan, les questions d’aujourd’hui remettent en circulation d’anciennes voix d’autrices, réelles ou imaginées, qui ont proposé dans la littérature vernaculaire une réflexion sur l’invention de la parole des femmes et sur leur place au sein de la communauté courtoise, du XIIe au XVe siècle.
Un dossier parallèle, consacré à Marie de France, s’attache à comprendre l’œuvre de cette écrivaine pionnière, en la rattachant aux modèles littéraires, sociaux, religieux et politiques de son temps, en revenant sur les mots inscrits au fronton des Lais : "Oëz, seignurs, ke dit Marie, / Ki en sun tens pas ne s’oblie". Ils disent la détermination d’une autrice à se faire un nom sur la scène courtoise de son époque, mais ils interrogent aussi la manière dont une œuvre fait date. Qu’est-ce donc qu’être de "son temps" ? Et comment s’assurer que d’autres temps garderont la mémoire vivante, dans leur propre contemporain, de ce présent devenu passé ?
Lire (pour) Acta fabula
Mois après mois, et semaine après semaine, vous appréciez de lire dans Acta fabula des comptes rendus des ouvrages récemment parus ? Vous êtes très impatient de découvrir dans un prochain sommaire la recension de votre dernier livre, essai ou volume collectif ? Mieux encore: vous vous félicitez qu'un article de notre revue des parutions ait contribué à la notoriété de l'un de vos précédents ouvrages ? Le moment est peut-être venu de parcourir d'un œil curieux et reconnaissant la (longue) liste des ouvrages en attente de rédacteur, et, à la veille de l'été, de choisir un titre pour en proposer le compte rendu. L'équipe Fabula vous en adressera aussitôt un exemplaire, à glisser dans vos bagages au moment du départ.