éditoriaux

Fabula fait peau neuve

Fabula fait peau neuve

On se souvient que le Chat botté a pu craindre un moment que l'on fît un manchon de sa fourrure, mais voilà que Fabula fait peau neuve grâce à un financement du Fonds National pour la Science Ouverte abondé par le CNRS : une salve de nouveautés, qui vont faciliter votre usage du site et de ses ressources, en favorisant les échanges au sein de la communauté Fabula !

Parmi celles-ci, outre un affichage (vraiment) optimisé pour vos différents écrans : une cartographie des tendances globales du site et surtout des outils de recherche avancée (adossés à de nouveaux modes d'indexation) qui offrent la possibilité de fouiller les 150 000 pages et articles du site par catégories et par dates.

Mais aussi un annuaire dont le besoin se faisait sentir depuis longtemps : Fabula permet désormais à chacun et chacune de créer son propre compte, à partir de quoi il lui devient loisible d'ouvrir sur le site une page personnelle, mais aussi de s'abonner à des notifications spécifiques pour toutes les annonces touchant à ses centres d'intérêts. Une fois authentifié, chaque visiteur ou visiteuse peut par la suite souscrire à de telles notifications depuis l'une ou l'autre des différentes rubriques.

Autre nouveauté, moins technique : la promotion d'une rubrique "Questions de société", destinée à afficher les informations qui débordent par un biais ou un autre la sphère des études littéraires, notamment les parutions relatives aux sciences humaines générales et/ou les ouvrages (mais aussi les appels, programmes, etc.) en prise sur des… questions de société. La rubrique "Web littéraire" continue de signaler quant à elle toutes les initiatives et productions directement accessibles en ligne. Fabula compte ainsi désormais trois pages d'accueil , auxquelles il est également possible de s'abonner, séparément ou solidairement.

Le prochain gros chantier de cette refondation du site ?  L'Atelier de théorie littéraire, promis à une complète refonte au lendemain du colloque anniversaire des 25 ans du site, "Vingt-cinq ans de théorie littéraire avec Fabula" (Paris, 2-3 juin 2023). L'appel, récemment affiché, court jusqu'au 23 décembre ; retrouvez-le ici… 

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Merci à Perrine Coudurier et Esther Demoulin, qui accompagnent la patiente mue de Fabula, et à Pierre Serin, qui sait rendre le web serein…

Signé Roy Pinker

Signé Roy Pinker

Le 12 septembre 2020, Dominique Kalifa se résignait à quitter ce monde. Ses nombreux amis lui rendent aujourd'hui hommage dans Faits divers & vies déviantes. XIXe-XXIe s., qui paraît ces jours-ci sous la signature de Roy Pinker — pseudonyme collectif utilisé par les journalistes de Détective dans les années trente (pour faire croire que leur hebdomadaire avait aux États-Unis un dynamique correspondant particulier et pratiquer un journalisme inventif et parfois romancé), repris depuis peu par une équipe d’historiens de la presse (liée au projet Numapresse) qui ont donné sous ce nom deux livres déjà, dont Fabula s'était fait l'écho :  Faire sensation. De l’enlèvement du bébé Lindbergh au barnum médiatique (Agone, 2017) et Fake news et viralité avant Internet (CNRS éd., 2020).

Un "chourinage" dans la Seine en 1890, l’empoisonnement d’une archiduchesse d’Autriche par ses bas noirs en 1894, l’inquiétude autour d’une maison hantée à Yzeures-sur-Creuse en 1897, la mystérieuse disparition d’un étudiant en 1906, l’explosion de l’outil piégé d’un marbrier en 1914, un meurtre de chien en 2015 : voilà quelques-unes des affaires sélectionnées ici par Roy Pinker dans la presse du XIXe au XXIe siècle. Ces faits divers, incidents, accidents, canulars, délits, voire crimes, mettent en scène une incongruité du quotidien, un déraillement de la logique, une petite vie obscure ou infâme soudainement rendue visible par un journal. Autant de symptômes des inquiétudes ou des enthousiasmes d’une société : ils forment les éléments significatifs d’un vaste imaginaire social et médiatique, qui passionnait Dominique Kalifa.

Vivre avec son temps (ou pas)

Vivre avec son temps (ou pas)

Dans un essai paru le 7 septembre dernier chez Flammarion sous le titre L'Impitoyable aujourd'hui, Emmanuelle Loyer livre un journal de lectures : en cheminant dans les grands romans de ces deux derniers siècles, en les faisant dialoguer avec les enseignements des sciences sociales, l'historienne interroge la façon dont les écrivains ont mis en scène le temps vécu. Cet essai – en organisant des rencontres, des relances, des ripostes et des contrepoints entre des romans et des réflexions, des notions, des concepts développés en sciences sociales – permet de repenser nos modes d’existence.

"Les grands textes de fiction inventent leur puissance de vérité propre, y compris historique. Ils figurent des formes et des savoirs du temps, une pensée de l’événement, de l’attente, du recyclage, de la disparition et de la perte ; ils enregistrent, parfois malgré eux, un nécessaire travail du négatif opposé au tropisme progressiste de notre modernité. Ils nous enjoignent non pas seulement de ralentir ou de tourner le dos au « Progrès » – déjà tout un programme ! –, mais bien de réviser nos cadres temporels eux-mêmes. Ce faisant, depuis la Révolution française, les écrivains interrogent affectivement ce que signifie « être contemporain » de son époque ; de quelle façon vivre – ou ne pas – vivre avec son temps."

Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Juliette Drouet, compagne du siècle

Juliette Drouet, compagne du siècle

Contre les clichés misogynes, et à bien des égards contradictoires, colportés depuis le XIXe siècle – qui firent de Juliette Drouet aussi bien une fille légère manipulant vilement le plus grand écrivain du siècle qu'une pauvre esclave soumise aux désirs de ce dernier – Florence Naugrette propose dans Juliette Drouet. Compagne du siècle (Flammarion) de déconstruire les rumeurs infondées pour s'approcher au plus près d'une vie vécue. Florence Naugrette y adopte une méthode historienne qui s'appuie sur des archives tangibles : les 22 000 lettres envoyées à Victor Hugo, ainsi que les lettres, carnets et agendas de Hugo (dont certains inédits). Si l'on a longtemps jugé inconcevable de penser Juliette Drouet sans Victor Hugo, la lecture de cette biographie généreuse révèle que l'on pourra difficilement penser à l'avenir Victor Hugo sans Juliette Drouet. Fabula vous invite à feuilleter le livre…

Parmi les 22 000 lettres envoyées par Juliette Drouet à Victor Hugo (une par jour pendant cinquante années), plus de 14 000, écrites entre 1833 et 1882, sont disponibles en ligne grâce à l'édition numérique dirigée par Florence Naugrette, en collaboration avec l'université de Rouen et Sorbonne Université. Ce corpus avait donné lieu en 2017 à un colloque co-organisé par Florence Naugrette et Françoise Simonet-Tenant dont les actes ont été publiés sous le titre Juliette Drouet épistolière (Eurédit, 2019).

La collection Folio Classiques donne à lire dans un fort volume une partie de l'échange épistolaire entre Victor Hugo et Juliette Drouet au début de leur idylle (entre 1833 et 1834), sous le titre Carnets d'amour à Juliette Drouet, dans une édition établie par Danièle Gasiglia-Laster, Jean-Marc Hovasse, Arnaud Laster, Charles Méla et Florence Naugrette.

Les lieux de l'Afrique

Les lieux de l'Afrique

Xavier Garnier fait paraître Écopoétiques africaines. Une expérience décoloniale des lieux (Karthala, 2022) : une lecture écopoétique des littératures africaines qui s’intéresse aux moments où des textes se nouent à des lieux pour lancer l’alerte sur un état du monde menacé par une catastrophe écologique dont la genèse coloniale reste encore peu explorée. Parce que l’extractivisme qui a présidé à l’aventure coloniale a soumis le continent à une gigantesque opération de zonage dont il souffre encore aujourd’hui, se réclamer des lieux est un enjeu important pour les littératures africaines. Dès la première moitié du XXe siècle et jusqu'à nos jours, des écrivains africains ont cherché à capter la puissance des lieux pour mener un combat contre l’exploitation économique et la réification culturelle. Xavier Garnier nous invite ainsi à revisiter l’histoire littéraire africaine : de Senghor à Ahmadou Kourouma, Ben Okri, Yvonne Vera, Ngugi wa Thiong’o ou encore Sinzo Aanza et Abdourahman Waberi.

Titulaire de la chaire "Histoire et archéologie des mondes africains" au Collège de France, François -Xavier Fauvelle a récemment donné un volume à la collection "De vive voix" des éditions du CNRS, déjà saluée par Fabula : Penser l’histoire de l’Afrique, où il retrace un parcours de recherche qui l’a mené de l’Afrique du Sud au Maroc en passant par l’Éthiopie, pointe les défis d’une documentation fragmentaire qui suppose d’employer fouilles archéologiques et écrits anciens, traditions orales et usages contemporains du passé, tout en déconstruisant les représentations héritées des siècles de la traite des esclaves puis du colonialisme… Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Il publie aujourd'hui avec Anne Lafont L'Afrique et le monde : histoires renouées. De la Préhistoire au XXIe siècle (La Découverte) : une histoire mondiale de l’Afrique, une histoire africaine du monde. Tel est le double pari de l'ouvrage qui nous plonge dans la conversation que les sociétés du continent africain ont, au cours de l’histoire, toujours entretenue avec celles du reste du monde. Une conversation multimillénaire, depuis la dispersion des humains modernes jusqu’à nos jours, dont les auteurs et autrices nous invitent à écouter toutes les tonalités. Car cette histoire est faite de rapports de domination et de violences, de rejets et de révoltes, mais également d’interactions à toutes les échelles, de circulations de biens et d’idées, d’innovations et d’adaptations locales, de mutations globales. Fabula vous offre de lire l'introduction, le premier chapitre et de parcourir la Table des matières…

Gadda est de retour

Gadda est de retour

C'est peu dire que Carlo Emilio Gadda (1893-1973) ne jouit pas de la notoriété qu'il mérite, en dépit du Prix international de littérature qui est venu couronner son œuvre en 1963 : à l'instar de Céline ou Joyce, l'écrivain italien a révolutionné la forme narrative et le langage romanesque. En France, il a sans doute souffert de la première traduction proposée d'un de ses plus beaux livres, qui nous a été heureusement rendu par Jean-Paul Manganaro, en 2016 seulement, sous le titre L'affreuse embrouille de via Merulana (Seuil). Philippe Bordas consacre aujourd'hui à ce géant du XXe siècle un livre inattendu : Le célibataire absolu. Pour Carlo Emilio Gadda (Gallimard). Une biographie de ce "Rabelais transalpin", dont l’œuvre virtuose agrège les parlers des petites gens et la grande langue des classiques, qui tient de l'équipée policière et du testament amoureux, une autobiographie aussi tant Philippe Bordas s'avoue hanté par Gadda depuis ses vingt ans, et une rafale d’images qui emporte le lecteur de Paris vers Milan et Rome, de Moscou vers Nairobi et Cythère… Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Signalons la récente parution de l'essai de Cecilia Benaglia, Engagements de la forme. Une sociolecture des œuvres de Carlo Emilio Gadda et Claude Simon (Classiques Garnier), qui examine la dimension sociopolitique des deux œuvres et leurs interactions avec les discours idéologiques et les représentations sociales.

La meilleure façon d'échouer

La meilleure façon d'échouer

Pierre Bayard nous apprenait naguère à améliorer les œuvres ratées, et Marc Escola nous invitait il y a peu à corriger les chefs-d'œuvre, mais c'est bien Samuel Beckett qui nous a durablement appris à rater mieux. Guillaume Erner vient en faire la démonstration : Rater est un art (Grasset). Car il n’est pas si facile de réussir à échouer. Pour y parvenir (à la perfection), il faut suivre des règles précises, que le journaliste a étudiées, semaine après semaine, dans l’émission  Superfail sur France Culture. On en retiendra que la meilleure façon d’échouer consiste à s’y mettre à plusieurs. "Rassemblez des gens intelligents, compétents, qui ont fait leurs preuves. Ce n’est qu’à cette condition que l’on peut envisager un superfail. D’une part, il faut que le projet ait été superbement conçu au départ. D’autre part, de l’intelligence de chacun peut naître la bêtise collective. On sait bien que si on demande à une commission de dessiner un cheval, on obtiendra un chameau". Au travers d’une multitude de cas, ce livre à la fois savant et humoristique se propose de livrer les dix secrets de l’échec collectif. Et par exemple : comment réussir à incendier Notre-Dame ? Fabula, qui est un succès collectif (mais sait-on jamais…), vous invite à lire un extrait de l'ouvrage…

Rappelons que les Colloques en ligne de Fabula proposent un sommaire sur Le négatif de l’écriture. Enquêtes sur le pouvoir de décréer, courageusement réuni par Jean-Louis Jeannelle et François Vanoosthuyse qui nous invitent à nous pencher sur la face la plus obscure de la création : "la part active que les écrivains eux-mêmes prennent au processus d’inadvenue des œuvres, ce que l’on pourrait désigner comme leur pouvoir de décréer", soient toutes les raisons qui peuvent expliquer qu’un texte devienne, par la volonté de son auteur, un "rebut" de son œuvre (abandon d’une œuvre en cours d’écriture, remodelage par un remaniement structurel ou réorientation idéologique, reniement d’une œuvre publiée…).

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