éditoriaux

Littérature générale

Littérature générale

Céline et ses maîtres

Céline et ses maîtres

Entre 1947 et 1953, alors qu’il est menacé d’extradition du Danemark afin d’être jugé pour collaboration avec les Allemands, Louis-Ferdinand Céline entretient une relation épistolaire cruciale avec les deux avocats français chargés de le défendre. Le premier, Maître Albert Naud, est un ancien résistant ; le second, Maître Jean-Louis Tixier-Vignancour, a été lui aussi suspecté de collaboration avant de bénéficier d’un non-lieu. La correspondance des trois hommes que fait paraître aujourd'hui Jean-Paul Louis dans "Les Cahiers de la NrF" sous le titre Lettres de Céline à ses avocats français 1947-1953 tient de la pièce à suspense et à rebondissements. Par-devers lui, Céline surnomme Naud le "cabotin" et Tixier "l’hurluberlu", et joue l’un contre l’autre, les deux avocats ne s’appréciant guère. Dans les coulisses passe le fidèle avocat danois de Céline, Maître Thorvald Mikkelsen, qui vient souvent en renfort. Après une manœuvre maladroite auprès de la Cour, Maître Tixier-Vignancour finit par trouver la solution du côté du tribunal militaire en mars 1951. Quelques mois plus tard, l’homme qui quitta précipitamment Paris en 1944 pour Baden-Baden puis Sigmaringen se retrouve installé à Meudon, amnistié, son casier blanchi… et toute son œuvre (avouable) reprise par les Éditions Gallimard.

(Photo : L’écrivain français Louis-Ferdinand Céline s’entretient avec son avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, le 12 octobre 1951 ©AFP)

"Vous oublierez mon nom trop fatal et trop doux"

Née vers 1663 à Rouen dans une famille protestante qui lui assure la meilleure éducation, Catherine Bernard connaît ses premiers succès littéraires à dix-sept ans. Venue à Paris, elle intègre le monde littéraire et reçoit à trois reprises le prix de poésie de l’Académie française. Romancière, conteuse et dramaturge, membre de l’Académie des Ricovrati de Padoue, elle devient l’une des plumes les plus reconnues de son temps. Alors qu'elle fut la première dramaturge féminine à avoir donné deux tragédies à la Comédie-Française, son œuvre lui fut dérobée, au lendemain de sa mort en 1712, pour être attribuée à Fontenelle dont elle était proche.  On ne cesse de la redécouvrir sans qu'elle parvienne à intégrer vraiment le canon de nos grands classiques. La collection GF-Flammarion avait toutefois fait une place à deux de ses brefs romans, Le Comte d'Amboise (1688) et Inès de Cordoue (1696), dans l'anthologie des Nouvelles galantes du XVIIe siècle procurée naguère par Marc Escola.

Paraissent aujourd'hui dans la même collection ses deux tragédies Laodamie, reine d’Épire (1689), suivi de Brutus (1691) dans un texte établi par Pierre Lyraud. Catherine Bernard y renouvelle avec finesse et audace la tradition classique en détournant le modèle de l’héroïsme masculin. Tandis que Laodamie met en scène une reine puissante, tiraillée entre son amour pour Gélon et ses devoirs royaux, Brutus est un consul tyrannique, prêt à sacrifier ses propres fils pour se maintenir au pouvoir. Signalons au passage que Laodamie a été récemment mise en scène par Aurore Evain au Théâtre des Îlets à Montluçon (notre photo), laquelle a également signé en 2025 une réédition de trois récits de C. Bernard : Frédéric de Sicile, Inès de Cordoue et Le Commerce galant.

On pourra également découvrir les talents de conteuse de Catherine Bernard dans l'anthologie Finette Cendron et autres contes féministes du XVIIe s. préfacée par Julien Marsay (Payot), pour mieux s'interroger sur "L'auctorialité "fantôme" de Catherine Bernard" dans l'une des livraisons de la Revue Fontenelle supervisée par avec Claudine Poulouin.

Animer le monde

Animer le monde

Les Colloques en ligne de Fabula avaient accueilli à deux reprises les prolégomènes de la réflexion de Judith Sarfati Lanter sur les nouvelles formes d'animisme dans la littérature contemporaine : "Qui parlera pour le fleuve ? La crédibilité des voix de la nature en droit et en littérature", au sein du sommaire "Fiducia (I). Crédibilité, confiance, crédit dans les récits de soi" (2024), et  "Les éléments naturels : nouveaux personnages du roman contemporain ?" dans les Actes 43e Congrès de la Société française de littérature générale et comparée réunis sous le titre "Populations fictionnelles" (2025).

Elle fait paraître aujourd'hui un essai aux éditions Hermann, Littérature et animisme. Représenter les entités de nature à l'ère de la crise climatique. Littérature, droit, anthropologie. Comment raconter un monde où les arbres meurent comme des êtres chers, où les plantes travaillent, où les vents agissent, où les rivières réclament justice ? Comment décrire ces vies autres qu’humaines, que la modernité a longtemps reléguées à l’arrière-plan ou aux marges de nos représentations ? La littérature n’a jamais cessé d’animer le monde, mais l’attention portée à ces autres vies s’inscrit désormais dans la conscience aigüe de la crise climatique et de l’effondrement du vivant. Les entités de nature – plantes, animaux, rivières, montagnes, glaciers, vents, êtres hybrides – n’y sont plus seulement décor ou symbole : elles deviennent des forces agissantes qui bousculent nos récits et nos manières d’écrire la relation entre humains et autres qu’humains. Fabula donne à lire l'introduction de l'ouvrage…

Le plus grand des voleurs

Le plus grand des voleurs

Passées les portes du Domaine

Passées les portes du Domaine

La collection "Le Domaine" dirigée par Olivier Philiponnat aux (trop discrètes) éditions Archipoche s'est donnée pour mission d'offrir à lire des "classiques insoupçonnés". Elle accueille aujourd'hui un copieux volume de chroniques de Colette, préfacé par Frédéric Maget : Voici Landru !. Chroniques judiciaires et faits divers (1912-1939). Au mois d'avril 1912, Colette est envoyée par Le Matin assister au siège du garage où est retranché Jules Bonnot, le dernier membre de la célèbre bande de criminels anarchistes. C'est le début d'une carrière de chroniqueuse judiciaire captivée par l'apparente banalité du fait divers, notant ce que d'autres ne voient pas, cherchant dans les traits d'un visage le "sceau de la bête". Jusqu'en 1939, Colette couvrira les procès du féminicide Landru, du "gentleman cambrioleur" Serge de Lenz, de l'anarchiste Germaine Berton, de la parricide Violette Nozière, de la "veuve noire " Marie Becker, de la tortionnaire Moulay Hassen, ou encore du tueur en série Eugène Weidmann. Elle livrera aussi ses souvenirs sur l'escroc mondain Stavisky et sur diverses affaires plus ou moins sanglantes de l'entre-deux-guerres

Saluons encore l'entrée dans ce même Domaine de deux titres de Rénée Hamon, Aux îles de lumière, suivi de Amants de l'aventure, préfacés par Colette, un ensemble de reportages et de récits d'aventure sur la Polynésie d'avant-guerre, mais aussi du roman resté inédit de Stephen Crane (1871-1900) : La troisième violette suivi de quatre Croquis newyorkais. Fabula vous invite à en lire lire un extrait…

Avec Télumé Miracle

Avec Télumé Miracle

Paru en 1972, disponible au format de poche (Points) depuis 1995, Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart sera l'an prochain dans les mains de tous les lycéens, dès lors qu'inscrit au programme du Bac. Ils pourront prendre cet été un peu d'avance en se plongeant dans le Dossier sur Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart conçu par Alice Desquilbet pour la collection Foliothèque Lycée (Gallimard).

Rappelons que les Colloques en ligne de Fabula hébergent les actes du colloque tenu à Lausanne en 2021 : "Les univers des Schwarz-Bart. Sources et traces dans les textes et les avant-textes", réunis par Jean-Pierre Orban, Claire Riffard et Anaïs Stampfli.

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Voir aussi les éditos de la rubrique Web littéraire…

Ou feuilleter l'album de l'année…

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