éditoriaux

Les derniers jours de Max Jacob

Les derniers jours de Max Jacob

En 1941, lors d’un dîner de notables à Montargis, le poète Max Jacob rencontre Jacques Évrard, un jeune homme de 17 ans qui vient de publier son premier recueil de poésie. En rentrant chez lui, Max Jacob écrira ses célèbres Conseils à un jeune poète. Le jeune et son aîné vont échanger trois lettres et ne se reverront plus. Trois ans plus tard, Max Jacob est arrêté par la police parce juif, puis transféré à Drancy, où il meurt. Quelques mois après, le jeune Jacques Évrard s’engage dans la LVF, qui sera bientôt intégrée à la Waffen SS. À la fin de sa vie, en 1993, Évrard publie un livre étrange, Correspondance entre Max Jacob et un jeune poète, qui n’est pas tout à fait un hommage... Philippe Duroux revient sur cette rencontre entre Max Jacob et le jeune SS dans un récit qui paraît chez Flammarion. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Olivier Rasimi revient sur les derniers jours du poète converti au catholicisme et tenté par la mystique dans un essai intitulé Saint Max (Actes Sud). Fabula en donne à lire un extrait…

Rappelons la parution en 2024, déjà saluée par Fabula, des Miroirs d'astrologie (Gallimard) co-signé par Max Jacob et Claude Valence, avec des illustrations par Christian Lacroix. Ainsi que le Dictionnaire Max Jacob dirigé par Alexander Dickow et Patricia Sustrac (Classiques Garnier), et, plus haut dans le temps, le volume des Œuvres paru dans la collection Quarto (Gallimard).

(Illustr. : Portrait de Max Jacob, une huile sur toile peinte par Jean Metzinger en 1913)

Littérature générale

Littérature générale

La "langue noëlle" de Marc Graciano

La

Inaugurée il y a treize ans par Liberté dans la montagne (Corti, 2013), la bibliographie de Marc Graciano compte dix-sept titres à ce jour, sans rien céder de l’exigence qui avait caractérisé son entrée sur la scène littéraire. D’abord exclusivement attachée aux formes narratives, elle s’est récemment ouverte à la poésie : Noirlac (Le Tripode, 2023) et 137 pairons (Le Tripode, 2024) confirment le caractère expérimental d’une écriture qui n’a jamais cessé de renouveler ses terrains d’exploration. La reconnaissance critique dont Graciano a bénéficié dès ses premiers textes va croissant, y compris de la part de ses pairs ; alors que le rythme soutenu des parutions commence de tracer les contours d’une œuvre, il est temps que la recherche académique accorde à celle-ci l’attention qu’elle mérite. C’était l’ambition d’une journée d’études, organisée à la Sorbonne nouvelle le 4 juin 2024, que d’engager ce travail sous l’angle de la langue. Les Colloques en ligne de Fabula en accueillent aujourd'hui les actes réunis par par Clara de Courson et Marie Vigy.

Le prix de la liberté

Le prix de la liberté

En avril dernier, un édito. de Fabula signalait une salve de publications sur Germaine de Staël. Il y manquait la biographie que Stéphanie Genand fait paraître aux éditions Perrin sous le titre Le prix de la liberté. Car Germaine de Staël (1766-1817) fut une femme libre. Non seulement parce qu'elle a 23 ans au début de la Révolution et que les fonctions de son père Jacques Necker lui permettent de vivre au plus près la chute de l'Ancien Régime ; mais parce que son entrée dans la vie adulte coïncide avec la naissance de la Nation. À l'heure où une partie du pays brise ses chaînes et revendique l'autonomie politique, la jeune femme se lance sur la scène du monde. S'affranchir, malheureusement, ne se fait pas sans heurts. Tant la jeune nation française que Germaine de Staël déclenchent des passions. Contre elles, les obstacles s'accumulent, les haines fermentent et l'horizon du bonheur s'éloigne, quand il ne dégénère pas en violence. Comme si une femme qui pense, aime en dépit des conventions et met son talent au service du bien commun était par essence scandaleuse. Faut-il alors se résigner ? Ou préférer à la tradition rassurante la complexité du monde moderne ? Germaine de Staël, sans hésiter, choisit l'audace. Et de vivre une vie romanesque, ponctuée de voyages et d'exils, d'amitiés fortes (le groupe de Coppet) et de ruptures éclatantes (Benjamin Constant) qui fait d'elle une prophète de l'Europe et de la cause des femmes. "La" biographie espérée, par la meilleure spécialiste actuelle. Signalons encore l'essai de Lucia Omacini, L'atelier de Madame de Staël. Corinne ou l'Italie (Champion).

On peut aussi retrouver sur france.tv l'émission Secrets d'histoire : "Madame de Staël : la liberté à tout prix !", et entrer au Château de Coppet sur les pas de quelques spécialistes de l'autrice.

D'un phare à l'autre

D'un phare à l'autre

De 1904 à 1941, Virginia Woolf et sa sœur Vanessa Bell s’écrivent presque quotidiennement. Leurs lettres racontent les débuts du Bloomsbury Group, les années de guerre et les joies de l’accomplissement artistique et littéraire. Mais ce sont avant tout les lettres de deux femmes émancipées, qui partagent dans l’intimité leurs questionnements sur l’amour, la maternité et les convenances, commentent la vie intellectuelle et politique de leur époque, sans pour autant exclure les tracas du quotidien et les potins dont elles raffolent. Chacune y apparaît comme le phare de l’autre, mêlant la tendresse de la sororité à des réflexions plus vastes sur la création. Sous le titre Le Baiser du singe, les éditions La Table Ronde publient une sélection de deux cent quinze lettres qui forment une correspondance croisée inédite.

Signalons avec un peu d'avance la prochaine parution aux éditions Hermann de l'essai de Chantal Delourme Phraser les vagues, qui s'attache à cette cheville ouvrière qu’est la phrase dans ce que l'autrice nommait un “playpoem”. Incarnant au travers de prénoms des formes de vie stylisées par des leitmotive différenciés, les voix sont des instances de la passagèreté de la vie, dont la phrase woolfienne fait s’entrechoquer les échelles. Exilées dans un présent pur, elles sont ensuite recueillies dans la mémoire de celui qui tient lieu de narrateur. Agencées telles une partition fuguée, elles sont à la fois multiples et une, laissent trace de l’effraction de la mort et de l’effroi, disent les vertiges de la finitude… Fabula vous invite à en découvrir la Table des matières… et à en lire l'Avant-Propos…

(Illustr. : Peinture de Vanessa Bell, Virginia Woolf, c. 1912. National Trust Photographic Library. ©ADAGP & Peinture de Vanessa Bell, Autoportrait, c. 1915. ©ADAGP)

Signé d'Artagnan

Signé d'Artagnan

La principale source d'inspiration de Dumas pour Les Trois Mousquetaires était devenue introuvable. La voici de nouveau disponible dans une édition pour la première fois intégrale et richement annotée par Érik Leborgne, Carole Atem, Nicolas Fréry pour un volume de "Bouquins". Courtilz de Sandras (1644-1712) est longtemps demeuré "l'homme invisible" de la littérature au tournant du Grand Siècle. Il est pourtant l'inventeur dès 1687 d'une forme littéraire nouvelle : les pseudo-mémoires. Il a attribué à des personnages célèbres en leur temps comme hommes de cour, militaires ou hauts magistrats (Montbrun, d'Artagnan, Guillaume de Bordeaux) des mémoires apocryphes rapportant des anecdotes connues des contemporains ; celles-ci sont cousues dans une trame biographique, puis augmentées d'épisodes plus ou moins romancés de leurs carrières occultes d'émissaires secrets au service de Richelieu, Mazarin ou Louvois. Telle fut la carrière de d'Artagnan, qui servit sous les ministres Mazarin et Colbert. Si les aventures de d'Artagnan (Charles de Batz de Castelmore, né vers 1613, mort en 1673 au cours du siège de Maastricht) sont connues grâce à Dumas, la perspective introspective des pseudo-mémoires  à la première personne composés par Courtilz dote le personnage d'une profondeur insoupçonnée – et restée inconnue depuis trois siècles puisqu'il n'existait toujours pas d'édition intégrale moderne des Mémoires de Mr d'Artagnan.

Du droit d'intervention littéraire

Du droit d'intervention littéraire

Outre le retentissement que le livre a connu dans la presse lors de sa parution en 2020 aux éditions du Seuil, le "Prix de l’essai" que Les Inrockuptibles lui ont décerné, et son succès en librairie encouragé par sa rapide réédition en "Points", Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert devait interpeller le monde académique par les formes d’analyse, de réflexion et d’argumentation forgées par l’autrice. Au-delà du champ des études littéraires, des chercheuses et chercheurs en sciences humaines et sociales (sociologues, politologues, économistes et linguistes, notamment) ainsi que dans les domaines afférents de la philosophie (histoire des idées, philosophie politique) pouvaient trouver en effet dans ce livre, non seulement des préoccupations communes, mais encore des manières originales d’en rendre compte – si originales qu’elles ont provoqué chez certains d’entre eux le souhait de les interroger, avec Sandra Lucbert et entre eux. Sous le titre "Situation critique, intervention littéraire. Autour de Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert" et à l'initiative de Driss Ablal et Sémir Badir, la revue COnTEXTES accueille les actes d'une journée d’études tenue à l’université de Liège en mai 2022. Le sommaire en est directement accessible sur Fabula via OpenEdition…

La (même ?) Sandra Lucbert fait paraître ces jours-ci un essai inattendu, qui vient inaugurer aux éditions de L'Arche une collection efficacement intitulée "Uppercut" : une relecture de Mademoiselle Julie de Strinberg, adossée à une réimpression de la traduction de la pièce par Boris Vian.

Lire les éditos de la rubrique Questions de société…

Voir aussi les éditos de la rubrique Web littéraire…

Ou feuilleter l'album de l'année…

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