éditoriaux

Annie Ernaux et la photographie

Annie Ernaux et la photographie

Accueillie par la Maison Européenne de la Photographie à Paris du 28 février au 26 mai prochains, l'exposition Extérieurs — Annie Ernaux et la Photographie associe des textes tirés du livre d’Annie Ernaux Journal du dehors, 1993 – une retranscription de scènes de vie quotidienne dans les rues, les trains, les magasins entre Cergy-Pontoise et Paris de 1985 et 1992 – à des œuvres de la collection de la MEP. La sélection de 150 tirages réalisés par 29 photographes parmi lesquel·les Harry Callahan, Claude Dityvon, Dolorès Marat, Daido Moriyama, Janine Niepce, Issei Suda, Henry Wessel et Bernard Pierre Wolff, couvre la période de 1940 à 2010. L'exposition est le fruit d'une résidence menée par la commissaire et écrivaine Lou Stoppard en mai 2022 : pendant un mois, elle s'est appuyée sur la collection de la MEP pour une recherche liant photographie et littérature.

"Sauvages d'aucune idée" : la critique au féminin au XIXe siècle

Les femmes critiques ont fait l'objet au XIXe siècle une double réprobation : non seulement elles ont pris la plume, mais elles l’ont fait pour se livrer à une activité souvent décriée, la critique étant volontiers accusée de vénalité, de partialité et d’impuretés diverses. Ces femmes ont été remises à l’honneur et en lumière lors de deux journées d’étude organisées à l’université de Caen Normandie les 21 et 22 octobre 2022 par Julie Anselmini et Lucie Barette, qui ont dressé la liste des préjugés dont elles ont fait l’objet, des accusations qu’elles ont subies, et des stratégies et scénographies qu’elles ont adoptées pour se justifier et pour surmonter les contradictions dans lesquelles on voulait les enfermer. Qui sont ces femmes critiques ? Où écrivent-elles ? Quels commentaires méta-critiques produisent-elles ? Quelles postures critiques construisent-elles, quelles stratégies adoptent-elles ? Comment défendent-elles la légitimité de la pratique littéraire et critique des femmes ? Les Colloques en ligne de Fabula en accueillent les actes dans la nouvelle collection Le fond de l’air

Rappelons au passage le sommaire récemment réuni par Camille Islert et Wendy Prin-Conti sur la Théorie littéraire féminine à la Belle Époque.

Portraits de pays

Portraits de pays

Longtemps absent des nomenclatures génériques, le portrait de pays peut être considéré comme un genre à part entière, qui se donne pour finalité non pas de proposer le récit d'un voyage ou de fournir des indications pratiques comme celles que l'on trouve dans les guides, mais bien plutôt de décrire des contrées : pays, régions ou villes. L'une de ses déclinaisons conjugue texte et photographies, depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Sous le titre "Portraits phototextuels de pays (XIXe-XXIe siècle). Généalogie et mutations d’un genre polymorphe", le numéro en libre accès de Mémoires du livre/Studies in book Culture supervisé par David Martens au lendemain d'un colloque de Cerisy examine la généalogie et certaines des principales évolutions de ce genre méconnu - il est souvent issu de commandes - qui présente par ailleurs cette particularité de se décliner à travers différents médiums : texte et photographies, mais aussi cinéma ou encore arts sonores... 

Paraît dans le même temps aux Presses Universitaires de Rennes un volume collectif égalemennt consacré aux Portraits de pays. Textes, images, sons, à l'initiative de David Martens toujours avec Jean-Pierre Montier et Sophie Lécole Solnychkine, qui offre une approche globale du portrait de pays dans ces principales déclinaisons médiatiques : la littérature, la photographie, le cinéma, la télévision, mais aussi les arts sonores, les arts graphiques et visuels, ainsi que l’urbanisme et la communication des territoires. Le sommaire donne aussi une grande place à des entretiens d’artistes tels que Thomas Clerc, Raymond Depardon, Joachim Glaude, Julien Poidevin, et accueille en outre une intervention de Bruno Goosse. Fabula vous invite à parcourir la Table des matières… et à lire son introduction…

Avec qui aller au lit (au Moyen Âge)

Avec qui aller au lit (au Moyen Âge)

Au Moyen Âge, le lit est un extraordinaire lieu de vie. On le trouve non seulement dans la traditionnelle chambre à coucher de tout un chacun, mais aussi dans quantité de lieux différents, prêt à accueillir des hommes et des femmes désireux de s’y reposer et de donner libre cours à leurs pensées et à leurs émotions. Symbole de reconnaissance sociale, refuge contre le froid et les vicissitudes de la nuit, le lit médiéval est la pièce maîtresse où l’on reçoit et s’entretient avec ses hôtes, où l’on prend ses repas, joue aux échecs ou tient des rendez-vous galants… Sous le titre Au lit, au Moyen Âge, comment et avec qui qui paraît aux Belles Lettres, Chiara Frugoni raconte cette histoire dans un album agrémenté d’illustrations somptueuses. Fabula vous invite à feuilleter un extrait de l'ouvrage… et à écouter la présentation audio…

La manie épistolaire de Cioran

La manie épistolaire de Cioran

"La lettre, conversation avec un absent, représente un événement majeur de la solitude. Cherchez la vérité sur un auteur plutôt dans sa correspondance que dans son œuvre. L’œuvre est le plus souvent un masque", soutenait Cioran dont Gallimard révélèle la Manie épistolaire avec un recueil de Lettres choisies,1930-1991 éditées par Nicolas Cavaillès : cent soixante lettres sélectionnées parmi plusieurs milliers dans les archives personnelles de l'auteur, pour la plupart inédites, adressées à sa famille et à ses amis, en Roumanie puis en France, à ses pairs et à ses lecteurs. On y croise notamment Aurel, son petit frère séminariste, Mircea Eliade, Carl Schmitt, Jean Paulhan, François Mauriac, María Zambrano, Samuel Beckett, Armel Guerne, Roland Jaccard, Clément Rosset, mais aussi la "Tzigane", sa dernière histoire sentimentale. Lucides, ironiques, existentielles, elles composent entre dix-neuf et soixante-dix-neuf ans un autoportrait intime et intellectuel de l’auteur de Précis de décomposition, et révèlent le génie de Cioran pour un art épistolaire qu’il mettait au-dessus de tout. Fabula vous invite à feuilleter le livre…

Les questions d'Eugène Ionesco

Les questions d'Eugène Ionesco

En donnant corps au théâtre de l’absurde, aux côtés de Samuel Beckett, Eugène Ionesco (1909-1994) a bouleversé à jamais les fondements et les codes du théâtre européen. Défenseur d’un art irréaliste prenant à contre-pied la tradition, il prône la dérision, l’action minimaliste, la répétition incessante qui fait perdre au temps tout son sens, l’impossible communication et ses conséquences (quiproquos, non-sens). La présence discrète du dramaturge s’impose avec l’invention de Bérenger, double assumé et récurrent, qui donne à voir non seulement toutes les angoisses, la peur de la mort, les questions métaphysiques qui assaillent le dramaturge, mais aussi son engagement à dénoncer les totalitarismes et leur rapide propagation, la monstruosité des hommes animés par la folie de destruction et l’horreur des camps concentrationnaires. L'édition des Œuvres procurée pour la collection Quarto (Gallimard) par Marie-Claude Hubert avec la collaboration de Marie-France Ionesco propose de mettre en lumière la parfaite unité et la modernité de cette œuvre avant-gardiste, en retraçant le parcours biographique, intellectuel et artistique d’un dramaturge, d’"un homme en questions".
 

L'Astrée : un roman troublé

L'Astrée : un roman troublé

En 2023-2024, le programme des agrégations de Lettres faisait place, pour la première fois, au célèbre chef-d’œuvre d’Honoré d'Urfé, L’Astrée (1607-1628). Une belle occasion s’offrait pour remettre sur les chemins de la lecture ce roman pastoral qui fut un véritable best-seller en son temps, et d’en mesurer la richesse et l’ambition au-delà de la seule histoire littéraire où il occupe une place déterminante. Le 25 novembre 2023 s’est tenue en Sorbonne une Journée d’étude organisée par Delphine Denis, dont elle a réuni les actes pour les Colloques en ligne de Fabula. Le sommaire qui réunit des approches diverses (politique, morale et philosophie, poétique, rhétorique et stylistique) offre l’image d’un roman complexe, traversé de nombreuses tensions, mais aux propositions profondément cohérentes.

Lire aussi les éditos de la rubrique Questions de société…

Et les éditos de la rubrique Web littéraire…

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