éditoriaux

Une mémoire des savoirs

Une mémoire des savoirs

À une époque où les éditeurs les mieux nantis se hâtent d’enterrer leurs propres revues en même temps que leur directeur (ainsi des Temps modernes au lendemain de la disparition de Claude Lanzmann en 2018, ou de L’Infini à la mort de Philippe Sollers en 2023), et dans un âge où les périodiques naissent spontanément sur le web pour disparaître après quelques années d’existence, l’un chassant l’autre au rythme de la succession des générations, rares sont les revues à pouvoir fêter leurs cent ans. Pour son (premier) centenaire, Études de lettres, la revue de la Faculté des Lettres de l'Université de Lausanne, a invité ses actuels enseignants et chercheurs à se plonger dans les archives de la revue, désormais entièrement numérisées, et à se réapproprier avec elles la longue histoire des disciplines. Les contributeurs ont ainsi choisi de distinguer un article isolé, ou plusieurs articles traitant d’un même sujet, ou encore tout un sommaire, en lui associant un texte de présentation destiné à introduire le ou les textes retenus pour proposer une réflexion sur l’histoire de la discipline concernée, ses évolutions épistémologiques, ses options méthodologiques ou la permanence de ses enjeux, et, le cas échéant, sa place au sein de la Faculté comme du monde académique. Se trouvent ainsi mis en lumière des articles qui témoignent d’une époque dans l’histoire d’une discipline, ou qui permettent de mesurer un tournant dans les méthodes, d’un déplacement des frontières de tel champ du savoir, ou à l’inverse d’une stabilité des interrogations spécifiques à la discipline concernée. Que signifie au fond pour une production dans le domaine des sciences humaines le fait de "faire date" ? Et comment s’opèrent les renouvellements, voire les "redécouvertes" ? Ce numéro anniversaire paraît à l'initiative de Marc Escola, Constance Frei et Martine Hennard Dutheil de la Rochère sous le titre "Mémoire des savoirs. Cent ans d’Études de lettres".

(Illustr. : Nature morte avec livres, ca. 1907-1908, Giacomo Giacometti, ©Musée Cantonal des Beaux-Arts, Lausanne)

Fictions platoniciennes

Fictions platoniciennes

Des dialogues de Platon, on retient d’abord et avant tout leurs nombreux mythes. Leur sens ne va cependant pas de soi : comment en comprendre l’usage dans le cadre d’oeuvres philosophiques, et plus encore de la part d’un penseur auquel on a fait la réputation d’être "l’ennemi des poètes" ? Comment les lire ? Dans Le philosophe qui aimait les histoires. L’anthropologie platonicienne du fait poétique (Les Belles Lettres), Létitia Mouze montre que les mythes (mûthoi), c’est-à-dire les histoires, sont au coeur du projet philosophique platonicien. Ils le sont d’abord en tant qu’objet d’analyse : on trouve dans les Dialogues les éléments d’une théorie littéraire qui rejoint les réflexions contemporaines sur la fonction anthropologique fondamentale de la fiction. En mettant en lumière la manière dont elles influent sur les âmes, Platon montre que les histoires transmettent des valeurs et sont le socle de toute éducation et de toute cité. Il s’ensuit qu’elles ont un rôle philosophique à jouer, lorsque leur contenu, tout en étant fictionnel, est vrai, c’est-à-dire cohérent avec ce qui est réellement : parce qu’elles touchent l’âme au plus profond en lui procurant du plaisir, elles sont tout particulièrement aptes à susciter cet état d’âme et cette attitude en quoi consiste ce que Platon appelle philosophia. Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage… ou à écouter une présentation audio…

Que Platon puisse être l'un des saints patrons de la fiction, Rabelais en avait eu un peu plus que l'intuition, comme Romain Menini en a fait naguère la complète démonstation dans Rabelais et l’intertexte platonicien (Droz), dont on peut toujours lire dans Acta fabula un compte rendu sous la signature de Peter Frei dans "Rabelais et l’intertexte platonicien".

(Illustr. : Papyrus d'Oxyrhynque LII 3679, contenant des fragments de La République de Platon, IIIe s.)

Poétique, n° 199

Poétique, n° 199

La livraison de printemps de la revue Poétique, sous livrée verte, nous vaut une floraison de propositions théoriques. Le sommaire du n° 199 fait la part belle à la poétique des récits factuels, avec deux articles qui se donnent les Mémoires du cardinal de Retz comme terrain d'exercice : Michel Charles s'interroge sur les rapports entre "Récit factuel et effet de fiction", à l'enseigne de "Retz né de la nuit", quand Arnaud Welfringer s'attache aux Transitions factuelles dans ces Mémoires très tôt fameux. Bertrand Gendrel esquisse quant à lui une théorie de la tonalité, pensée comme la part de vie qui anime les mots et qui permet aux œuvres de perdurer à travers le temps. Guy Larroux nous invite à renouer avec "Un malaimé des lettres, le roman politique du XIXe s.", quand Boris Lyon-Caen prend au sérieux les relations de Balzac et la psychologie cognitive. ("Quel opéra qu’une cervelle d’homme !"). Jean-François Louette isole Sartre aux bords du poème en prose, pendant que Jean-Daniel Gollut et Joël Zufferey reviennent sur "La schématisation stylisante du discours indirect libre".

Plumes de presse

Plumes de presse

Depuis une vingtaine d’années, les rentrées littéraires sont marquées par des ouvrages d’écrivains-journalistes ou de journalistes-écrivains et par les prix littéraires qui leur sont souvent attribués. La littérature française s’ouvre de plus en plus à un genre littéraire qui semblait l’apanage des États-Unis : la non-fiction. Parallèlement, la presse écrite, entrée en crise au moins depuis le développement d’Internet, cherche une légitimité dans le développement de nouvelles écritures. Sont également apparus aussi bien du côté de la presse, de la production éditoriale que du web, des dispositifs hybrides se rattachant à la fois à la littérature et à l’information : des mooks, des bd-reportages, des sites de journalisme narratif, des maisons d’édition… C’est à ces phénomènes et à bien d’autres qui font bouger la frontière depuis longtemps poreuse entre journalisme et littérature que se consacre, du 20 au 22 mai à Montpellier, un festival imaginé par Marie-Ève Thérenty : "Plumes de presse" propose une déambulation à travers des expositions, des rencontres, des activités ludiques, des projections, des dédicaces, des conférences, des ateliers…

Anachronisme et violence

Anachronisme et violence

Passion de George Sand

Passion de George Sand

"À force de peindre la passion amoureuse, je la connaîtrai peut-être un jour. Tout ce que j’écris l’appelle." George Sand a aimé, nous disent ses biographes. Aimer et écrire, en effet, ont été les deux grandes affaires de son existence. Mais qu’en sait-on, au juste ? Les documents butent sur bien des silences et bien des censures. Dans Les amours de George, Stéphane Guéguan cherche à révéler une femme de désirs qui brûle à la hauteur de ses sentiments et de ses héroïnes inoubliables. Sandeau, Mérimée, Musset, Balzac, Chopin et Delacroix, autant que Marie Dorval et quelques autres amazones, rentrent en scène, et redonnent chair au romantisme comme à un âge d’or de la vraie vie. Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage…

Pour les 150 ans de sa disparition, les éditions Gallimard nous offrent une salve de rééditions dont Fabula propose un extrait : les Écrits politiques, pour certains méconnus, réunis par Philippe Roger, François le Champi dans une nouvelle édition procurée par Martine Reid, et Lélia, préfacé par José-Luis Diaz.

Paraît également ces jours-ci aux éditions Perrin la biographie signée par Marie-Hélène Baylac, Georges Sand. La passion de la vie, mais il faudra attendre quelques semaines encore pour découvrir l'essai de Sophie Ménard sur Indiana de George Sand, un roman des possibles annoncé aux éditions Hermann sous ce titre énergique sinon efficace :  Se débarrasser d'un époux violent. Fabula vous offre d'en parcourir la Table des matières… et de lire d'ores et déjà l'introduction de l'ouvrage…

Rappelons que la revue Écolittératures a consacé sa première livraison à "George Sand et les espaces naturels", à l'initiative de Pascale Auraix-Jonchière. Et signalons que se tiendra en mai 2027 à la Sorbonne nouvelle un colloque intitulé "George Sand, une écrivaine face à la démocratie" ; l'appel à contributions court jusqu'au 15 septembre.

(Illustr: Détail d'un carton de la tapisserie d'hommage à George Sand tissée pour Aubusson par Françoise Pétrovitch ©Zoé Forget)

Théorie du roman

Théorie du roman
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