éditoriaux

Le coup du canon

Le coup du canon

Les débats sur le canon n'ont pas en France la même vivacité que dans d'autres pays, mais les enjeux en sont régulièrement soulevés : quant à l’autorité habilitée à décerner le statut d'œuvre canonique et à dresser une telle liste, quant à l’universalité culturelle véritable des œuvres qui la composent. La profondeur temporelle de la notion constitue aussi une vraie question théorique : une œuvre désignée comme canonique le reste-t-elle pour toujours ? L’est-elle partout, dans tous les milieux sociaux, d’une langue, d’une nation ou d’un territoire à l’autre ? Et l’est-elle de manière incontestée parce qu’une institution est en mesure d’imposer l’évidence de sa valeur ? Guillaume Bridet et Jacques Poirier font paraître le premier ouvrage d'envergure sur Le Canon littéraire une somme en trois volumes aux Presses de la Sorbonne nouvelle. Intitulé Le Canon à travers le monde, le premier volume est consacré aux différentes échelles dans lesquelles s’inscrit un canon littéraire. Le deuxième volume, Le Canon remis en cause, évoque les tentatives multiples de repenser un canon longtemps figé en intégrant des œuvres nouvelles, voire en proposant un contre-canon, ou encore, plus radicalement, en se débarrassant de l’idée même de canon. Le troisième tome aborde Le Canon de la littérature française, pour observer son évolution et la contribution des différents siècles à sa composition, en s’interrogeant notamment sur la place qu’occupent les littératures dites francophones, et tenter de comprendre pourquoi, aujourd’hui encore, la France semble préférer le terme de classiques au terme de canon.

Rappelons qu'on peut lire dans Acta fabula l'essai de Gisèle Sapiro, "Créer un canon littéraire international. Roger Caillois et le programme des Œuvres représentatives de l’Unesco", au sein d'un dossier critique d'Acta fabula qui accueillait les conférences données au Collège de France au printemps 2023 à l'invitation de William Marx, sous le titre "Nouvelles recherches sur la littérature".

Mais aussi, dans le récent sommaire "Rééditer la Troisième République des Lettres au féminin", un entretien de Valentine Bovey avec Astrid Chauvineau sur la série "Les œuvres du matrimoine". Ou encore au sommaire sur l'idée de "littérature générale", adossé à la nouvelle livraison de Fabula LhT, l'entretien de Josefa Terribilini avec Franco Moretti sur la world literature.

(Illustr. : Tour Babel de livres – Jakob Gautel)

(S'é)veiller à la douceur des choses

(S'é)veiller à la douceur des choses

Est-il bien sérieux de s’étendre sur le sujet de la douceur alors que nous vivons à l’ère des prédateurs, de la multiplication des guerres et des massacres, à l’heure des populismes brutalisant les discours et l’action politiques, à l’heure du harcèlement dopé par les réseaux sociaux, de la dureté du monde socio-économique, de la violence quotidienne des "faits divers" ? Pourquoi revenir à la douceur quand, douceâtrement, ce monde glisse vers la docilité, la résignation, l’absence de résistance aux entreprises de domination, aspiré par un devenir-mouton sous la vigilance des loups ? La douceur est au sommaire de la nouvelle livraison de la revue Littérature, à l'initiative de Patrick Brasart et Patrick Wald Lasowski et d'ores et déjà accessible en ligne sur Cairn, qui nous offre l'occasion de méditer le mot de Paul-Jean Toulet  : "Prends garde à la douceur des choses".

(Le déjeuner, François Boucher, 1739, détail, Musée du Louvre)

Retour à Ulysse

Retour à Ulysse

Les arts de lire

Les arts de lire

Fabula a déjà signalé la collection "Les arts de lire" imaginée par les éditions Verdier, en partenariat avec le centre culturel du même nom, à Lagrasse, où se tient chaque été Le Banquet du Livre, en saluant notamment son premier titre signé par Laure Murat sous le titre Toutes les époques sont dégueulasses. Paraissent ces jours-ci deux nouveaux titres : La lentille et le roman de Maylis de Kerangal, qui sonde les liens entre optique et littérature et revient sur le bricolage de sa propre lentille, qu’elle appelle roman (Fabula vous invite à en lire les premières pages…) ; et De quoi l’histoire est-elle faite, sinon du monde ?, où Pierre Singaravélou se propose de faire histoire de soi pour mieux saisir ce qui nous pousse à écrire celle du monde – et comprendre comment, en retour, cette histoire traverse et façonne nos existences (les premières pages… sont à lire sur Fabula).

Rimbaud reloaded

Rimbaud reloaded

Adrien Cavallero donne à la collection Folio Classiques une nouvelle édition de l'ensemble de l'œuvre de Rimbaud en deux volumes, fruit d’un travail extrêmement rigoureux sur les manuscrits de Rimbaud. Toutes les versions connues de ses textes y sont reproduites : on y retrouve la nouveauté radicale d’un poète au destin fulgurant, qui voulait changer la vie. Le premier tome donne à lire ses débuts d’une éblouissante précocité: les compositions latines de l’écolier prodige ; les premiers poèmes( traditionnellement rassemblés dans les « Cahiers de Douai ») ; et les pièces de 1871, année de la Commune de Paris. C’est l’entrée en littérature d’un poète qui brûle ce qu’il adore et invente à mesure qu’il détruit. Compositions latines, traduction inédite de Damien Crelier ; « Recueil Demeny V» ou « Cahiers de Douai » ; Poèmes de 1871 et autres textes.Le second tome regroupe les Poèmes de 1872 ; Une saison en enfer ; Les Illuminations et une sélection de lettres de 1872 à 1875, l’année où Rimbaud se tait, et où il entre dans la légende.

Les écrivains russes étaient aussi des femmes

Les écrivains russes étaient aussi des femmes

Les noms d’Alexandre Pouchkine, Nikolaï Gogol, Ivan Tourguéniev, Fiodor Dostoïevski, Lev Tolstoï ou Anton Tchekhov sont depuis longtemps familiers des lecteurs du monde entier. Mais qui sait que ces "monstres sacrés" de la littérature russe ont côtoyé des écrivaines de talent qui furent célèbres en leur temps, et dont les œuvres sont entrées en interaction avec celles de leurs homologues masculins  ? Qui connaît les noms d’Anna Bounina, Elena Gan, Maria Joukova, Karolina Pavlova, Nadejda Khvochtchinskaïa, Olga Chapir, sans même parler de les avoir lues  ? Catherine Géry nous introduit dans L'Archipel noir de la littérature russe sous-titré Les écrivains russes étaient aussi des femmes (Hermann). L’ouvrage propose aussi une réflexion sur les mécanismes qui régissent l’écriture de l’histoire littéraire et les processus de canonisation. Le texte féminin et l’analyse du grand récit de la littérature russe sont en effet les deux points aveugles des recherches menées en France sur la Russie  : en croisant les études de genre et l’histoire littéraire, culturelle, sociale et matérielle, L’Archipel noir de la littérature russe comble à la fois un vide de publication et un impensé de la russistique française. On peut lire sur Fabula l'introduction de l'ouvrage…

Portrait de Caroline Pavlova par Vasili Fyodorovich Binemann (1795-1842).

Acta en mai

Acta en mai

La livraison du mois de mai d'Acta fabula affiche son 93e dossier critique, qui propose un parcours poétique jalonné par quelques figures majeures : Novalis, Coleridge, Vigny, Rimbaud, Valéry et Char sont tour à tour envisagés pour leur rôle inaugural ou pour la façon singulière dont leur œuvre entremêle la pensée et l’art. Se dessine un paysage poétique, teinté de politique, d’éthique, d’humanisme et de philosophie, sans jamais renoncer ni aux images ni à la musicalité. Au terme de ce parcours, se pose la question des contemporains. Si la poésie est devenue un art d’initiés, quels en sont aujourd’hui les figures qui comptent et quelles en sont les lignes directrices ?

Le sommaire courant accueille notamment un compte rendu en guise d'hommage du dernier livre de Georges Benrekassa par S. Lojkine et S. Sugino, et au sein de la nouvelle rubrique le "Club de lecture", inaugurée pour les 25 ans de la revue, une analyse par Anne-Marie-Paillet de l'humour "semi-moqueur" de Lise Charles dans son récent Paranoia, mais aussi, au chapitre des essais critiques, une réflexion de Marc Escola sur les essais de Tiphaine Samoyault et Laure Murat : "Gommer ou dégommer ? La littérature est une branloire pérenne". Ou encore le compte rendu donné par Bénédice Louvat de l'édition par Emanuele De Luca d'une précoce traduction italienne du Misanthrope jusqu'ici inconnue. Rappelons, à la veille de l'été, la liste des ouvrages en attente de rédacteurs pour lesquels chacun peut se porter candidat au profit de son propre programme de lectures de vacances.

Fabula-LhT, la revue généraliste du site, affiche de son côté un nouvel appel à contributions sur le "doux pouvoir de la littérature", à l'initiative de Joséphine Vodoz et Jérémy Naïm.

Signalons enfin que chacune des pages de Fabula affiche désormais la possibilité de diffuser l'information sur les réseaux BlueSky et LinkedIn, outre Facebook et X (que l'équipe vous encourage toutefois à quitter, si vous ne l'avez déjà fait). Et qu'il reste loisible à chacun de créer sur Fabula son propre compte pour personnaliser son usage du site en définissant notamment des alertes : voyez en haut à droite de cette page.

(Illustr. : Jef Rosman, Rimbaud blessé, Musée-Bibliothèque Arthur Rimbaud de Charleville-Mézières)

Lire les éditos de la rubrique Questions de société…

Voir aussi les éditos de la rubrique Web littéraire…

Ou feuilleter l'album de l'année…

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