éditoriaux

Littérature générale

Littérature générale

Les Bas bleus

Les Bas bleus

On les a lues, applaudies, admirées. Puis on les a fait taire. Au XIXᵉ siècle, les femmes qui écrivent dérangent. C'est à elles que Françoise Lavocat voue son premier roman qui paraît aux éditions sétoises Station Zapata (dites SZ) sous le titre Darwin et les bas-bleus, pour revisiter l'histoire littéraire par la fiction. En dessinant les destins croisés de Sophie Gay, célèbre romancière, et Adélaïde Hadot, fille d’une autrice prolifique, elle fait revivre un monde en pleine effervescence, marqué par l’essor prodigieux de la presse, la restauration politique et morale, sans oublier la théorie de l’évolution qui commence à se répandre. Des Cent-Jours à Louis-Philippe, du congrès de Vienne aux barricades de 1848, de l’apothéose de Germaine de Staël à la campagne menée contre les bas-bleus, personnages historiques et personnages imaginaires se donnent la main. Autour de Sophie Gay et d’Adélaïde Hadot gravitent un polytechnicien bonapartiste, un polisseur de verres et un jésuite aux manières doucereuses. De Paris à Vienne, de Philadelphie à Mexico et jusqu’à Tokyo, d’énigmatiques chauve-souris les poursuivent. Dans quel but ? Le livre fera l'objet d'une présentation à la Bibliothèque de la Sorbonne Nouvelle, mardi 26 mai 2026 à partir de 18 heures.

Les écritures de soi, un objet transdisciplinaire ?

Les écritures de soi, un objet transdisciplinaire ?

Du droit d'intervention littéraire

Du droit d'intervention littéraire

Outre le retentissement que le livre a connu dans la presse lors de sa parution en 2020 aux éditions du Seuil, le "Prix de l’essai" que Les Inrockuptibles lui ont décerné, et son succès en librairie encouragé par sa rapide réédition en "Points", Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert devait interpeller le monde académique par les formes d’analyse, de réflexion et d’argumentation forgées par l’autrice. Au-delà du champ des études littéraires, des chercheuses et chercheurs en sciences humaines et sociales (sociologues, politologues, économistes et linguistes, notamment) ainsi que dans les domaines afférents de la philosophie (histoire des idées, philosophie politique) pouvaient trouver en effet dans ce livre, non seulement des préoccupations communes, mais encore des manières originales d’en rendre compte – si originales qu’elles ont provoqué chez certains d’entre eux le souhait de les interroger, avec Sandra Lucbert et entre eux. Sous le titre "Situation critique, intervention littéraire. Autour de Personne ne sort les fusils de Sandra Lucbert" et à l'initiative de Driss Ablal et Sémir Badir, la revue COnTEXTES accueille les actes d'une journée d’études tenue à l’université de Liège en mai 2022. Le sommaire en est directement accessible sur Fabula via OpenEdition…

Les Plaisirs et les jours de Jacques Guérin

Les Plaisirs et les jours de Jacques Guérin

"Comme Violette, comme Genet je suis un bâtard et le roman de ma vie peut surprendre quand on me voit aujourd’hui installé dans une sorte de luxe qui s’acharne à éloigner tout le monde !". Le livre de Lorenza Foschini, Le Manteau de Proust, avait sorti de l'ombre en 2008 le personnage de Jacques Guérin (1902-2000), parfumeur devenu collectionneur d’œuvres d’art et de manuscrits, dont ceux de Proust qu’il sauva dans des circonstances rocambolesques. Proche de Jean Cocteau, de Maurice Sachs, de Madeleine Castaing, d’Erik Satie, de Ninette Linder, l’épouse de Max, ce grand bibliophile traversa le siècle avec fougue. Ses amours furent tumultueuses et parfois tragiques.  Dans Les Plaisirs et les jours de Jacques Guérin (Seuil), Carlo Jansiti évoque la vie quotidienne et le passé de ce richissime industriel, qui connut la foisonnante créativité des Années folles (New York, Paris, Berlin). C’est un monde disparu que reconstitue le récit, écrit avec l’accord de son protagoniste, conscient de passer le relais à un fin et fidèle témoin.

Travail de Zola

Travail de Zola

Publié en feuilleton dans L’Aurore avant sa sortie en volume en 1901, Travail s’inscrit dans le sillage des grands débats sociaux de la Troisième République, alors que la France est secouée par les grèves et la question sociale. L’intrigue suit Luc Froment, jeune ingénieur utopiste, qui quitte Paris pour fonder dans les Ardennes la cité idéale de Beaurepaire, où il expérimente une organisation du travail fondée sur la coopération, l’innovation technique et le partage des savoirs. Entre récits de chantiers collectifs (comme la construction du canal d’irrigation en Beauce, symbole de l’alliance entre science et labeur paysan), conflits acharnés avec les propriétaires terriens accaparant les sources et les terres, et scènes de vie paysanne, Zola y déploie une fresque où chaque épisode illustre sa conviction : le progrès naît de l’alliance entre la science, l’effort commun et la volonté de justice. Jacques Noiray réédite testament politique de Zola pour la première fois dans un format de poche (Folio Classiques). Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Mais pour voir Zola lui-même au travail, on pourra se tourner vers l'essai d'Olivier Lumbroso, Dans l’atelier d’Émile Zola, déjà salué par Fabula et dont Acta fabula vient de rendre compte : Zola vu d’en haut, par Élisabeth Darrobers. Mais aussi se plonger dans l'édition numérique comparative d'Une Page d'amour (1877-1878) tout juste établie par Hortense Delair et Chiara Corpace pour la plateforme Variance.ch vouée à la génétique post-éditoriale.

Des cahiers russes

Des cahiers russes

Les éditions Ligne d'Ombre ont inauguré une collection "Revies" avec la réédition Prisons de Paris (1841) de Pierre Joigneaux, condamné en 1836 à quatre années de prison pour ses articles dans la presse républicaine clandestine, dont on peut lire sur Fabula les premières pages… Les mêmes presses nous offrent ces jours-ci une nouvelle découverte avec Mes Cahiers russes, publié pour la première fois en 1920 aux éditions Georges Crès par un témoin oublié de la révolution bolchévique : Maurice Verstraete (1866-1955). Observateur lucide de la fin de l’Empire russe, à partir de mai 1915, et des douze premiers mois du futur Empire soviétique, sa situation de banquier et diplomate lui a fait tôt fréquenter les sphères du pouvoir et tenu bien informé à des moments clefs de cette histoire. Un index de plus de deux cents noms, pour la plupart des acteurs contemporains des événements, reflète sa position un temps privilégiée. Son style est celui de quelqu’un qui sait regarder et écouter des événements dont il a vite conscience que, "cataclysme formidable", ils bouleversent le monde. Mais nulle grandiloquence chez lui, et le commentaire personnel se limite le plus souvent à tenter de mesurer leur portée. Fabula vous invite à en découvrir les premières pages…

Les éditions Bartillat rééditent de leur côté un autre des rares récits sur le vif de cette époque chaotique où le destin de la Russie a basculé : Jours maudits d'Ivan Bounine (1870-1953), journal tenu de janvier 1918 à juin 1919, à Moscou puis Odessa l’année suivante. Bounine rapporte des conversations saisies dans la rue, cite des extraits de journaux ou de discours de hautes personnalités politiques, évoque les grandes figures littéraires et politiques de cette époque (Maïakovski, Trotski, Lounatcharski…). Bounine reste l’écrivain souverain, qui, dans l’apocalypse de son temps, a saisi la signification secrète de ces jours qui ont ébranlé l’Histoire. 

Lire les éditos de la rubrique Questions de société…

Voir aussi les éditos de la rubrique Web littéraire…

Ou feuilleter l'album de l'année…

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