éditoriaux

Peter & Wendy

Peter & Wendy

Tout le monde connaît Peter Pan, mais rares sont les lecteurs qui, aujourd’hui, se souviennent du nom de son créateur, J. M. Barrie ((1860-1937). Le personnage apparaît au sein d’une sorte de conte pour enfants inséré au cœur d’un roman pour adultes, Le Petit Oiseau blanc (1902). Dès 1904, Peter fait ses débuts sur les planches, en compagnie de la fée Clochette, du capitaine Crochet et des autres figures d’un pays imaginaire, le Neverland. La pièce s’intitule Peter Pan ou le Petit Garçon qui ne voulait pas grandir. Deux ans plus tard, les chapitres du roman de 1902 où figure ce jeune héros sont repris sous le titre Peter Pan dans les jardins de Kensington en un volume orné de planches d’Arthur Rackham. En 1911, un nouveau roman, Peter et Wendy, réorganise et complète l’histoire portée à la scène et restée inédite. Barrie ne publia qu’en 1928 sa pièce, dont il a retouché le texte pendant plus de vingt ans. Toujours jouée avec succès sur les scènes anglophones, elle restait jusqu’ici confidentielle en français. Un volume de "La Bibliothèque de la Pléiade" procuré par Cornelius Crowley, Jean-Michel Déprats et Philippe Forest vient présenter dans des traductions nouvelles les textes participant du mythe de Peter Pan – dont certains étaient restés inédits du vivant de l’auteur – et les accompagne d’importants dossiers iconographiques. On peut lire sur le site des éditions de Gallimard un entretien avec Philippe Forest, l'auteur de L'Enfant éternel.

(Illustr. : Peter Pan, éd. 1911 ©The Granger Collection)

L'imaginaire prédateur

L'imaginaire prédateur

Les Belles Lettres font paraître L'Imaginaire prédateur de Noémie Beslon-Monsacré dans une édition procurée par Hélène L’Heuillet et Souleymane Bachir Diagne : la culpabilité, l’angoisse, la haine de soi, autant de "symptômes" du caractère profondément mortifère et destructeur de la prédation érigée en système. C’est pour ouvrir à un autre niveau de réflexion que la fin de ce travail donne à entendre d’autres voix qui osent rêver à une autre réalité, une autre façon d’être au monde : dépasser la seule survie du corps pour se jeter tout entier dans la conquête de l’existence, s’efforcer d’aller vers la reconnaissance réciproque, l’altruisme, vers un monde où l’on crée et où l’on ne se contente plus de dévorer, un monde où l’identité prédatrice et les segmentations qu’elle opère laisseront la place à une identité relationnelle pensée comme une arborescence. Fabula vous propose de lire un extrait de l'ouvrage…

(Illustr. : couverture de Native Son de Richard Wright, Penguin Books, 2020)

Le mystère de la chambre jaune

Le mystère de la chambre jaune

Au début du XXe siècle, au château du Glandier, un cri déchirant vient troubler le silence de la nuit. La fille du propriétaire, Mathilde Stangerson, est victime d’une tentative de meurtre. Contredisant toute logique, le malfrat parvient à s’échapper alors que la pièce est fermée de l’intérieur. Ainsi commence l’énigme vertigineuse à laquelle s’attelle le reporter Rouletabille et qu’on appellera bientôt le "mystère de la chambre jaune". Mathieu Letourneux procure dans la GF-Flammarion une édition du célèbre roman policier par lequel Gaston Leroux entendait s'inscrire dans dans la lignée des enquêtes d’Edgar Allan Poe et de Conan Doyle, mêlant déductions savantes et touches d’humour.

Rappelons à cette occasion le sommaire récemment accueilli parmi les Colloques en ligne de Fabula à l'initiative de Caroline Julliot et Maxime Decout : "Chambres closes et ouvertures théoriques".

(Illustr. : Denis Podalydès est Rouletabille dans Le Mystère de la Chambre jaune de Bruno Podalydès, 2003)

Compter les jours

Compter les jours

On connaissait Alain Veinstein comme producteur à France Culture des émissions Nuits magnétiques, Surpris par la nuit et Du jour au lendemain. Il est aussi l'auteur d'une œuvre poétique considérable, lauréat du prix Mallarmé et du Prix de la langue française, ainsi que de plusieurs romans. On ignorait que depuis quelques années, il avait renoué avec sa passion de jeunesse : la peinture. Et c'est elle qui l'aide à vivre dans l’intemporel, en regardant de plus près le temps passer. Au temps du confinement, il a noté sur des papiers ce qui faisait que tous ces jours comptaient malgré tout pour lui. "Comme je n’avais pas assez de bouteilles pour disperser tout ça dans la mer la plus proche, j’ai eu l’idée d’en faire des newsletters, envoyées en principe chaque mois à la liste de mes amis et connaissances, augmentée des personnes qui s’étaient inscrites. Je crois bien qu’on ne peut écrire une lettre, comme n’importe quel texte qu’on écrit, si vraiment on l’écrit, qu’en étant sur le qui-vive. Là, ce n’était pas difficile, on était entré dans une époque où tout un chacun existait sous la menace d’un événement qui pouvait troubler du jour au lendemain le cours habituel de sa vie". Il fait aujourd'hui recueil de ces lettres dans la collection "Fiction & Cie" (Seuil), pour nous inviter à Compter les jours avec lui. Fabula donne à lire les premières pages : "L'heure tourne…"

(Photo © Franck Ferville, pour Flammarion)

Toutes les vies d'Hector Biancotti

Toutes les vies d'Hector Biancotti

Le romancier Hector Bianciotti (1930-2012) était aussi un grand critique et un éditeur enthousiaste. La publication d’un premier recueil (Une passion en toutes lettres, 2001) avait prouvé quel lecteur il était des œuvres classiques. Il avait alors exclu de sa sélection les écrivains vivants, qu’il lisait pourtant avec autant de respect et de passion et avec lesquels souvent il entretenait un dialogue très personnel. Ses critiques, parues dans La Quinzaine littéraireLe Nouvel Observateur et Le Monde des livres, ne sont jamais des jugements froids : elles sont actes d’amour, compagnonnages ardents, invitations à partager l’émotion d’une découverte. Bianciotti lit ses confrères en romancier, en poète, en homme d’exil et de ferveur. Aux comptes rendus s’ajoutent des entretiens, des portraits, des articles plus généraux sur le cinéma, l’opéra, la mode, le théâtre. Le volume qui paraît aujourd'hui à l'initiative de René de Ceccaty sous le titre Un jeune homme étonné. Critiques, entretiens et portraits (Gallimard) forme le journal spirituel d’un écrivain qui se cherche et se découvre à travers les autres. Ce "jeune homme étonné" qu’il resta toute sa vie nous tend un miroir : celui de l’incessant émerveillement que procure la littérature quand elle devient vie enrichie et souffle transmis. Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage…

René de Ceccatty fait paraître par ailleurs aux éditions Séguier la biographie du critique et romancier : Les Trois Vies d’Hector Bianciotti, fruit d'une amitié de près de trente ans qui lui a donné accès à de nombreux témoignages ainsi qu’aux archives de l’écrivain. Il en a exhumé un florilège de textes rares ou inédits, rassemblés en fin d’ouvrage, qui viennent compléter idéalement cette biographie magistrale.

Mélanippe la philosophe

Mélanippe la philosophe

Elle n'était jusqu'ici qu'un nom attaché par un personnage du Banquet de Platon à son propre discours, ou le titre d'une tragédie d'Euripide dont septante huit vers seulement nous sont conservés, outre une rapide mention du personnage dans la Poétique d'Aristote et une citation dans le Dialogue sur l'amour de Plutarque. Un article de Maria Paola Castiglioni avait commencé à lever le voile sur "La sophia de Mélanippe" dans le volume La Poésie dramatique comme discours de savoir supervisé par Marie-Laurence Desclos. Mais c'est à Sévérine Auffret que revient le mérite de nous avoir rendu Mélanippe la philosophe dans un essai publié en 1988 et réédité trop discrètement par les éditions Des Femmes en 2004. Partant des fragments d'Euripide, l'autrice fait l'hypothèse que la pièce portait la trace d’une pensée philosophique portée par des femmes dès les temps anciens et totalement refoulée par l’histoire de la philosophie, qu'elle entreprend de reconstituer en prolongeant l'enquête archéologique par les moyens d'une fiction poétique. Elle nous introduit ainsi à un imaginaire de ce qu’a pu être la "préhistoire de la philosophie". Fabula vous propose de découvrir un extrait de l'ouvrage…

Roger Vailland dans les ruines de Berchtesgaden

Roger Vailland dans les ruines de Berchtesgaden

Roger Vailland ne retient plus guère l'attention des chercheurs, et moins encore des éditeurs depuis 25 ans : sauf erreur, les rares rééditions de ses œuvres datent de la fin du siècle dernier. Saluons donc comme il convient l'initiative de Marie-Noël Rio qui a réuni sous le titre Les ruines de Berchtesgaden pour la collection "Les Cahiers rouges" (Grasset) les articles rédigé par celui qui fut en 1944 et 1945 correspondant de guerre pour les journaux Action et Libération. Il raconte la fin du conflit et l’avancée, d’un côté du Rhin puis de l’autre, de l’armée alliée jusqu’à la capitulation de l’Allemagne. Il la célèbre dans les ruines de Berchtesgaden, la petite ville d’altitude où Hitler avait une maison de vacances. Vailland ne documente pas la guerre mais la vit, jusque dans ses moments confus, absurdes, déroutants. Ces articles, qui constituent une précieuse archive de la période la plus tragique du XXe siècle, rassemble les observations, anecdotes et pensées d’un esprit libre et combatif. Dans quel autre volume peut-on lire la discussion d’écrivains résistants voulant assassiner Louis-Ferdinand Céline et conclure que ce n’est pas la peine, puisqu’il s’est assassiné lui-même, en tant qu’homme et en tant qu’artiste, en collaborant ?

Rappelons qu'on peut lire  dans Acta fabula le compte rendu donné par Marc Le Monnier de l'essai déjà lointain d'Alain Georges Leduc, Roger Vailland (1907-1965). Un homme encombrant. (L’Harmattan, 2008) : "Roger Vailland, un homme encombrant ?".

Lire les éditos de la rubrique Questions de société…

Voir aussi les éditos de la rubrique Web littéraire…

Ou feuilleter l'album de l'année…

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