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La mort est leur métier

La mort est leur métier

Depuis plus d'une décennie, les éditions AFITT publient des ouvrages techniques dédiés à la formation… des spécialistes de la mort que l’on nomme thanatopracteurs. La mort leur va si bien qu'en cette rentrée, les éditeurs ont décidé, avec la rigueur qui les caractérise, d'ouvrir leurs presses aux polars, aux romans noirs, aux romans historiques et aux essais : médecins légistes, officiers de la police scientifique, psychiatres, thanatopracteurs, gardiens de cimetière, etc. sont ainsi appelés à devenir les héros de leurs ouvrages. La (prospère) maison a décidé de frapper fort d'emblée, en proposant à dix auteurs d'imaginer dix crimes "parfaits". Partenaire de cette sombre opération, le site ActuaLitté.com donne à lire ces dix récits : le crime parfait en dix leçons.

Siamo tutti pasoliniani !

Siamo tutti pasoliniani !

Depuis le début de l'été, Hervé Joubert-Laurencin accompagne sur en-attendant-nadeau.fr les publications du Centenaire de Pier Paolo Pasolini. Une série en quatre épisodes affichée à cette belle enseigne : Siamo tutti pasoliniani !

Premier épisode: Pasolini et Fellini (sur Anne-Violaine Houcke, L’Antiquité n’a jamais existé. Fellini et Pasolini archéologues). Le second : Pasolini, le craquement de la langue (sur Biagio Marin et Pier Paolo Pasolini, Une amitié poétique et Silvana Cirilo, Roberto Chiesi, Jean Gili, Piero Spila (dir.), Tout sur Pasolini). Le troisième : Pour ou contre Pasolini  (sur Virilio Fantuzzi in Pasolini. Gli scritti della Civiltà cattolica, Walter Siti, Qunindici riprese. Cinquant’anni di studi su Pasolini et Dacia Maraini, Caro Pier Paolo). Et le quatrième et dernier : Pasolini épistolier (sur le volume de 1 258 lettres édité par Nico Naldini et Antonella Giordano).

Le long voyage de Léna : à travers les disciplines

Le long voyage de Léna : à travers les disciplines

Issu d’une Master-class organisée par le Groupe d’étude sur la bande dessinée (GrEBD) de l'Université de Lausanne, le cinquième dossier de la revue en lige Transpositio propose un modèle d’étude des récits graphiques, souvent qualifiés de forme hybride ou inclassable. Sous le titre "Le Long Voyage de Léna : regards croisés sur une bande dessinée", il fait suite et complète le dossier Enseigner la bande dessinée comme (de la) littérature qui visait à aborder l’enseignement de la bande dessinée en s’interrogeant sur les conditions nécessaires pour une scolarisation de cet objet particulier. Le Long Voyage de Léna d’André Juillard et Pierre Christin est pris en charge par cinq contributions qui se fondent sur de riches archives inédites et varient les angles de lecture selon la discipline propre à chaque auteur : Raphaël Baroni (École de français langue étrangère), Alain Boillat (Section d’histoire et esthétique du cinéma), Danielle Chaperon (Section de français), Alain Corbellari (Section de français), Philippe Kaenel (Section d’histoire de l’art). Les études en question montrent ce qu’une approche interdisciplinaire peut apporter à l’enseignement de la bande dessinée. L’enjeu de ces essais croisés est de ne laisser dans l’ombre aucune des spécificités de cette forme d’expression mixte, inventée et théorisée par un écrivain, dramaturge et artiste genevois, Rodolphe Töpffer. Ni littérature graphique, ni storyboard proto-filmique, ni théâtre en estampes, ni récit enluminé, ni architecture narrative, la bande dessinée est un peu tout cela en même temps.

Impostures et impropriétés

Impostures et impropriétés

En 2018, Maxime Decout consacrait aux Pouvoirs de l'imposture un authentique essai, dont Irina De Herdt avait rendu compte tout aussi sérieusement pour Acta fabula : "De l’imposture dissimulée à la simulation d’enquête". Le même essayiste récidivait trois ans plus tard, en s'associant à Caroline Julliot et Cassie Bérard pour entraîner la revue Littérature à se pencher sur l'"Imposture du roman", dans un sommaire dont Eleonora Norcini avait proposé la recension : "Le plaisir paradoxal de l’imposture romanesque".

Emmanuel Bouju, Loïse Lelevé et Mazarine Pingeot s'emparent à leur tour de la question, pour un numéro de Raison publique intitulé "Titres d’impropriété. Dette, imposture, désappropriation", qui vient parachever le projet "Propriétés du propre et de l’impropre", inscrit dans le programme "Littérature à crédit. Roman européen contemporain et paradigme fiduciaire" d’Emmanuel Bouju à l’Institut Universitaire de France. Ce riche programme de recherches avait donné lieu à deux séminaires, 'La propriété du propre. Dettes et appartenance" en 2018 et "La propriété de l’impropre. Faux et appropriation" en 2019, à la Villa Finaly de Florence. Les deux séminaires, interdisciplinaires, ont réuni chercheurs et écrivains autour de tables rondes, de lectures et de communications portant sur les notions de propriété et d’appartenance examinées au prisme de celles de crédit, de confiance et de dette, aussi bien dans la littérature et les arts contemporains qu’en sociologie, en philosophie ou en économie. Fabula vous propose de découvrir l'Introduction de ce riche sommaire, intégralement accessible en ligne via Cairn…

Rappelons au passage le volume édité naguère dans la collection "La République des Lettres" (Hermann) par Nathalie Kremer avec Jean-Paul Sermain et Yen-Mai Tran-Gervat : Imposture et fiction dans les récits d’Ancien Régime, qui recensait quelques imposteurs célèbres, de Renart à Diderot. Les études portent sur l’imposture dans la fiction en analysant les ruses et procédés des imposteurs selon une perspective topique ; mais c’est aussi l’imposture de la fiction qui est examinée, pour autant que le roman s’affuble volontiers du masque de l’illusion vraisemblable pour créer une réalité trompeuse. Quand y a-t-il imposture et comment peut-on la reconnaître ? L'Atelier de théorie littéraire offre un extrait de l'introduction au volume : Petite phénoménologie de l'imposture, par Nathalie Kremer…

Le monde est moins seul avec la poésie

Le monde est moins seul avec la poésie

Po&sie publie en ce début d'été son numéro double 179-180, le premier à paraître après la disparition de son fondateur, Michel Deguy, auquel le prochain numéro sera consacré. Que la présente livraison s'ouvre sur un dossier consacré à la guerre en Ukraine est encore et toujours fidèle à son exigence : "La poésie n’est pas seule et le monde est moins seul avec la poésie. Po&sie sera plus seule sans Michel Deguy", comme vient le souligner l'éditorial.

Le sommaire offre aussi un dossier supervisé par Pierre Vinclair sous le titre  "L'Agencement des mobiles. Manifestes" :  "Autant dans ses enjeux, qui peuvent sembler variés (du travail sur la forme à l’engagement face à la disparition des espèces, de la géographie à l’autobiographie), que dans ses médiums, aujourd’hui multipliés (de la page du carnet à la plateforme vidéo en passant par la scène), la poésie française semble aussi déroutante que florissante. Existe-t-il des groupes, des écoles, des courants ? Quelles sont les affinités en jeu ? Dessinent-elles un paysage ? Quelles forces le structurent ? Que cherchent celles et ceux qui le peuplent, à quels obstacles sont-ils confrontés ? À quels instruments ont-ils recours ?" Afin d’avoir une vue d’ensemble, ouverte mais plurielle, s’autorisant autant le dissensus qu’elle refuse la vaine polémique, Pierre Vinclair a demandé à une quarantaine de poétesses et de poètes de nous parler de leur pratique, de dialoguer — et de donner leurs mobiles.

Longs formats

Longs formats

À rebours des injonctions médiatiques de rapidité et de concision dans un contexte d’infobésité, force est de constater que le long format se porte bien dans la presse papier comme dans les médias en ligne. Le lectorat contemporain qu’on dit pressé, peu enclin à lire long, est pourtant en recherche d’une information de qualité qui saurait prendre le temps, à la fois dans le travail d’enquête et dans l’écriture. C’est précisément dans cette optique que La Croix propose depuis l’automne 2019 son magazine L’Hebdo, avec comme credo : "Rencontrer / Explorer / S’inspirer / Ralentir". Ce ralentissement préside également au projet éditorial de la revue Long Cours qui vise à « donne[r] la place (de raconter une histoire) » à des auteurs, des écrivains, des écrivains-voyageurs, et d’offrir ainsi un espace de résonance, de débat, hors des sentiers battus de la presse traditionnelle et des médias d’information enchaînés au live et au flux ininterrompu. La 16e livraison de la revue Komodo 21 traite des "Longs formats dans la presse". Le sommaire montre que, pour être en vogue dans la presse actuelle, le long format n’est pour autant pas complètement nouveau. Il s’inscrit dans l’histoire de la presse depuis ses débuts, sous forme de feuilletons en rez-de-chaussée, de périodiques modernistes ou de grands reportages, et a toujours été un support privilégié de rencontre entre le journalisme et la littérature. Longueur et littérarisation sont des caractéristiques liées dans l’histoire du journalisme littéraire, que le journalisme narratif contemporain déploie, par excellence sous la plume de Florence Aubenas aux écrits de laquelle Marie-Éve Thérenty consacre un bel essai, sous le titre "Lâcher la rampe. Configuration et mise en intrigue dans les longs formats de Florence Aubenas".

Ce que Mai 1968 a fait à la littérature

Ce que Mai 1968 a fait à la littérature

En 2020, Nelly Wolf et Matthieu Rémy (dir.), faisaient paraître Ce que Mai 68 a fait à la littérature (P.U. du Septentrion), désormais intégralement accessible en ligne sur OpenEdition. L'ouvrage réunissait les contributions d'une douzaine d'auteurs au sein d'un sommaire dont Emma Duquet avait rendu compte pour Acta Fabula. Les éditeurs reviennent aujourd'hui dans un entretien avec Alexandre Prstojevic publié par Vox Poetica sur les raisons qui ont présidé à la publication du volume, et en amont sur la tenue d'un colloque à Nancy, comme sur les acquis de cette réflexion pleinement collective : "En revenant aux auteurs et aux livres publiés de 1969 jusqu’au début des années 1980, nous avons constaté que Mai 68 n’avait abouti à aucun abandon de l’outil littéraire et avait probablement démocratisé son usage. Il nous semblait donc intéressant de participer pour notre faible part à un effort scientifique de réélaboration de l’histoire littéraire des années 70, en mettant de côté les croyances et les affects."