Questions de société

éditos

Vocabulaire de l'extrême-droite

Vocabulaire de l'extrême-droite

Le préalable à l’acceptation sociale des partis d’extrême droite, c’est la normalisation des idées et des propositions qu’ils diffusent. Ce n’est qu’une fois ce travail accompli que des partis marginaux peuvent aspirer à devenir des acteurs centraux. Or, ce processus passe d’abord par une guerre sur le terrain des mots : le vocabulaire est la porte d’entrée de l’extrême droite, et souvent le premier signal d’alarme. Depuis le début de l'été, le site le Grand Continent donne à lire en accès libre les différents lemmes du Vocabulaire de l’extrême droite, fruit du travail collectif d’un ensemble de chercheuses et de chercheurs — sociologues, historiens, politistes, socio-linguistes — venus de toute l’Europe. Pour découvrir le projet, Fabula vous invite à lire l'entretien avec Steven Forti, historien et spécialiste des droites radicales à l’échelle globale : "Le premier pas de l’extrême droite, c’est de normaliser des mots extrêmes", et à parcourir cet édifiant glossaire…

De la bouche même des indigènes

De la bouche même des indigènes

"De la bouche même des indigènes". On retrouve cette expression à l’ouverture d’écrits du XIXe s., publiant des collectes de données linguistiques ou ethnographiques. Elle fonctionne comme un argument d’autorité, attestant de l’authenticité des faits décrits, et dispense de donner le nom des individus qui ont permis la production de ce savoir, ou quelque information que ce soit les concernant. Partant de cette expression, l’essai de Cécile Van den Avenne initialement paru aux éditions Vendémiaire (2017) proposait de mettre au jour la part langagière de l’entreprise coloniale en Afrique de l’Ouest, en redonnant la voix à ceux qui ont été largement invisibilisés dans les archives. Deux langues servent de fil directeur dans cette histoire : le bambara, langue de commerce d’Afrique de l’Ouest, qui a accompagné les explorations puis la conquête militaire ; le français, langue coloniale, qui se diffuse et s’impose, de façon paradoxale, en tâchant de maintenir les Africains colonisés dans une place subalterne. L'autrice vient de donner aux éditions Africae une version révisée et augmentée de l'ouvrage, accessible en ligne sur OpenEdition. Rendue possible grâce au soutien du programme "Science ouverte pour les études africaines" (Fonds national pour la science ouverte) et de l’Institut des mondes africains (IMAF), cette seconde édition permet d’avoir accès aux sources mobilisées (Récits de voyage, carnets de route, manuels de langue, correspondances, romans coloniaux, grammaires, dictionnaires…), et donne à voir la façon dont l’analyse s’est construite.

Rappelons à cette occasion l'essai de Vincent Debaene, La Source et le Signe. Anthropologie, littérature et parole indigène (Seuil, "La Librairie du XXIe s."), dont on peut lire un compte-rendu dans Acta Fabula : "L’ère de la bienveillance", par Frédéric Nau ; ainsi que la livraison de la revue Gradhiva supervisée par Irene Albers et Éléonore Devevey : "Paroles spoliées. Itinéraires de la littérature orale".

(Photo : Bronislaw Malinowski avec des indigènes, aux îles Trobriand, ca 1918)

La vie brute

La vie brute

Dans La vie brute (Flammarion), Joy Sorman fait le récit de la relation qu'elle a établie avec la peintre Irène Gérard, au sein d'un centre d’art brut et contemporain qui accueille, dans les Ardennes, ceux qu’on désigne comme "handicapés mentaux". L'autrice a passé toute une année aux côtés d’Irène Gérard, à regarder cette femme peindre des toiles sans titre ni signature, réalisées à partir de modèles trouvés dans des beaux livres ou des magazines : une madone de Botticelli, Tintin et Milou, un portrait de Vélasquez. Irène Gérard qui pense copier sans interpréter, et pourtant crée des tableaux neufs, inédits, saisissants ; des œuvres exposées dans les musées mais que ne saurait commenter cette femme "neuroatypique". En tentant d’approcher Irène Gérard, Joy Sorman se rapproche d’elle-même, de l’enfant amoureuse du kitsch qu’elle était, de la femme au goût pour la marge qu’elle est devenue. Chemin faisant, elle nous montre que l’art ne vient pas se coucher dans les lits qu’on a faits pour lui, comme le disait Jean Dubuffet, inventeur de l’art brut. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Comment parler d'un film que l'on vient de voir ?

Comment parler d'un film que l'on vient de voir ?

Joseph dans la nuit

Joseph dans la nuit

Olivier Grondeau est un voyageur épris de liberté qui, depuis des années, voyage en autostop, sans téléphone, avec un grand sourire et peu de moyens. Il était en route vers Lahore et avait le projet d’aller fêter la fin d’année sur une plage indienne. Mais un matin, dans une auberge de Chiraz en Iran, Olivier Grondeau est arrêté sans explication par quatre policiers et il est transféré pour des interrogatoires dans les locaux gérés par le Renseignement. On lui passe un uniforme bleu à rayures et on l’enferme dans une cellule exiguë. Personne n’a été averti de son arrestation, ni l’ambassade de France, ni sa famille. La première expression en persan qu’il y apprend est Fekr nakon “Ne réfléchis pas”… Pour survivre, ce passionné de littérature mobilise alors tout ce qui peut lui apporter de la lumière, la poésie persane comme les chansons de Britney Spears. Il se projette mentalement des films aimés. Au coeur de l’enfermement, il cultive les gestes de survie : écrire chaque jour un mot de Nerval, convoquer chaque nuit un.e ami.e en rêve. Dans ces conditions, l’imaginaire est aussi une forme de transgression. Les éditions de L'Iconoclaste, une maison qui tient, comme nous tous, que "la littérature est la meilleure chose qui puisse nous arriver", publie sous le titre Joseph dans la nuit, un récit d'Olivier Grondeau, interpellé en Iran en octobre 2022 puis condamné en février 2024 pour "espionnage" et finalement libéré en janvier 2025. Fabula donne à lire un extrait de l'ouvrage…

(Photo. : La prison d'Evin à Téhéran, le 1er février 2004, en Iran, ©Ulrich Baumgarten/Getty Images)

L'histoire du genre par anachronismes

L'histoire du genre par anachronismes

Peut-on parler d’homosexualité, d’hétérosexualité ou de transidentité avant l’invention de ces mots ? Depuis la controverse suscitée il y a près d'un demi-siècle déjà par l’ouvrage Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality de John Boswell en 1980, cette question traverse les études médiévales anglophones, où elle a nourri un débat fécond entre approches essentialistes et constructivistes autour de la conception d’un Moyen Âge queer. Sous le titre "L’histoire du genre par anachronismes" et à l'initiative de Rory G. Critten et Leticia Ding, un dossier des Cahiers de recherches médiévales et humanistes - Journal of Medieval and Humanistic Studies propose de rouvrir ce débat dans un contexte francophone, qui possède ses propres traditions critiques mais où la discussion reste à mener autrement. Réunissant des contributions consacrées au changement de sexe dans l’hagiographie et l’épopée, aux amitiés masculines ambiguës, aux mariages improbables ou aux réécritures contemporaines de figures médiévales, il montre comment la confrontation entre nos catégories actuelles et les sources médiévales permet d’éclairer aussi bien le passé que le présent. Fabula vous propose de découvrir son Sommaire… ou d'en lire les résumés…

La fabrique du présent

La fabrique du présent