Questions de société

éditos

Survivances de la révolte

Survivances de la révolte

Comme il y a une dialectique de la raison, il y a une dialectique de la mémoire qui métamorphose le souvenir de la révolte en culte de l’ordre, les anniversaires des révolutions en défilés militaires, l’héritage de l’Holocauste en légitimation d’un État génocidaire. Dans Survivances de la révolte. Essai sur la dialectique de la mémoire (La Découverte), Enzo Traverso montre comment s’affrontent les romans nationaux et la tradition des vaincus, le culte des héros et les traces laissées par les sans-nom, les monuments et les remémorations dissidentes. "Face aux mémoires figées, passives et réactionnaires, qui semblent aujourd’hui dominer, les révoltes du passé sont des legs vivants à réactiver pour façonner notre présent".

(Illustr. : Tardi, Le Cri du peuple, Castermann, 2021)

Violence de la propriété

Violence de la propriété

Anthologie de la subversion

Anthologie de la subversion

Devenu "entarteur professionnel" par la force de la bêtise, Noël Godin s'est récemment résolu à aller faire ses emplettes dans la pâtisserie de l'au-delà. Rappelons que son Anthologie de la subversion, bible de l'anarchie qui date déjà de 1988, a été rééditée par les éditions Noir sur Blanc au printemps dernier, dans une version revue et complétée par l'auteur. À ranger parmi les chefs-d’œuvre de l'érudition insolite, à côté de l’Anthologie de l'humour noir de Breton, du Dictionnaire de la bêtise de Carrère et Bechtel ou des Fous littéraires d'André Blavier.

Faire sans eux ?

Faire sans eux ?

Les auteurs de Marine Le Pen présidente. Dystopie politique 2026-2029 poursuivent leur exploration d'un avenir qu'il nous appartient de laisser à la fiction : dans Sans eux. La France sans les immigrés, un roman paru aux éditions Les Petits Matins, ils nous donnent à imaginer une France devenue en 2030 un pays sans plus aucun immigrés, chassés par des lois anti-immigration toujours plus restrictives ou ayant rejoint d'eux-mêmes des horizons plus hospitaliers. Le pouvoir jubile, le pays beaucoup moins : hôpital exsangue, restaurants sans cuisiniers, Ehpad abandonnés... La mort subite du président de la République changera-t-elle la donne ? Qui sera son successeur ? Un récit haletant s'enclenche, entre campagne présidentielle, enquête policière, voyage au pays des cryptos, délocalisation des patients, hausse de la criminalité. Décidément, la France sans ses immigrés n'est plus... la France.

On pourra lire en parallèle l'essai signé par Hein de Haas, La logique de la migration. Comment les faits établis réfutent les mythes répandus (éd. Markus Haller), qui propose un nouveau paradigme pour penser la migration, invitant les lecteurs de tous bords politiques à revoir leurs certitudes. Examinant les tendances et les perspectives dans les « pays de destination » occidentaux (États-Unis et Europe), ainsi que dans les « pays d’origine » (Asie, Afrique et Amérique latine), l’auteur démontre que la migration fait partie intégrante des transformations qui forgent le monde contemporain. Comme n’importe qui, les migrants cherchent à améliorer leurs vies, réagissant aux contraintes et aux opportunités qui en résultent. Admettre ce simple fait est une prémisse nécessaire à toute politique migratoire intelligente.

Terrain vague

Terrain vague

Working

Working

Une histoire culturelle de l'intelligence artificielle

Une histoire culturelle de l'intelligence artificielle

Faire l'histoire de l'intelligence artificielle ne consiste pas à raconter les progrès d'une discipline née en 1956 à Dartmouth. C'est restituer la généalogie longue d'une idée –; celle d'une intelligence détachable de l'humain –; qui s'est élaborée simultanément dans la philosophie, les mathématiques, les arts, les techniques et les fictions. Du géant Talos aux automates de Vaucanson, de Leibniz aux neurones formels, des hivers de l'IA aux modèles génératifs : une même histoire culturelle, dont ChatGPT n'est qu'un épisode récent. Sous le titre Une histoire culturelle de l'intelligence artificielle, un ouvrage collectif dirigé par Alexandre Gefen pour les éd. du CNRS réunit historiens des sciences, philosophes, informaticiens et théoriciens des arts. Richement illustré, ponctué de chronologies et d'essais transversaux, il déploie un panorama d'une ampleur et d'une originalité inédites. Contre la panique morale et la fascination béate, contre les récits de la rupture radicale comme les prophéties de la fin de l'homme, il s'agit de replacer l'IA dans une continuité historique tout en prenant au sérieux ce qu'elle transforme. On peut découvrir sur Fabula le sommaire de l'ouvrage… et en lire les premières pages…

Rapellons qu'Alexandre Gefen a fait paraître il y a quelques mois aux éd. Hermann un essai intitulé Humanités numériques. Le savoir et l'enseignement à l'heure de l'IA, qui réfléchissait sur la conversion numérique des pratiques académiques et l’impact de la numérisation du patrimoine . En quoi l’utilisation de bases de données et de moteurs de recherche, l’édition et la fouille numérique des textes, la  production de cartes et de lectures à distance de vastes corpus, le recours à des grands modèles de langage, changent – ou pas – nos manières de produire et de transmettre le savoir ? Quels en sont les bénéfices et les  écueils ? On peut également lire sur Fabula l'introduction de l'ouvrage, dont le sommaire est accessible en ligne via Cairn…