Questions de société

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Qui a peur des bibliothèques ?

Qui a peur des bibliothèques ?

Qui a peur des bibliothèques ? On doit se poser la question, avec la dernière livraison de la NrF. Elles vivent depuis la nuit des temps à l’ombre de la censure, nous rappelle l’écrivain, traducteur et ancien directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine Alberto Manguel dans un éloge à ces temples du livre. Lieux de savoir à l’usage du pouvoir depuis leur création, nous rappelle, avec Ovide, le professeur au Collège de France William Marx. Lieux de fantasmes et de symboles aussi, pour l’éditeur Julien Brocard, qui échafaude la vertigineuse bibliothèque des livres qui n’ont jamais été écrits. Tandis que Vanessa de Senarclens, enseignante à l’université Humboldt de Berlin, revient sur « les pertes de guerre » des bibliothèques allemandes. Quel scénario d’avenir à l’heure de l’IA et de la numérisation des collections ? L’avenir appartient aux rats de bibliothèque, affirme dans une fiction déjantée le romancier et directeur de la Bibliothèque de littérature française et comparée de la Sorbonne, Cyrille Martinez.

Les États-Unis sont-ils en train de renouer avec les pratiques de l'autodafé ? Un second dossier donne la parole à l’ancien directeur de la bibliothèque de Harvard, Robert Darnton, qui revient sur la multiplication des interdictions de livres aux États-Unis, tandis que les écrivaines Alice Kaplan et Isabelle Jarry passent au crible deux livres-symboles de cette censure nouvelle : Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain et 1984 de George Orwell.

Mythologies du web

Mythologies du web

Au gré de ses trois principales évolutions (des sites et moteurs de recherche aux chatbots de l’Intelligence artificielle, en passant par les réseaux sociaux), le web a eu de plus en plus tendance à devenir le propre de la communication individuelle et collective. Instance de validation des informations et de formation des croyances, agent supplétif de connaissance et de création, il infléchit la dynamique même de l’expression et de la cristallisation des identités humaines. Dans Mythologies web, Jean-Marie Schaeffer montre comment le web nous impose ses "mythologies", comme s’il s’agissait de nous immuniser contre l’épreuve du réel. "Nous commençons à en payer le prix. Il est sans doute temps de nous réveiller... en commençant par dire ce que nous sommes et ce que le Web – et l’IA en particulier–n’est pas ni ne sera probablement jamais".

Chemins de la ruralité

Chemins de la ruralité

Else von Freytag-Loringhoven à la table des grands

Else von Freytag-Loringhoven à la table des grands

Longtemps oubliée, l’artiste et écrivaine Else von Freytag-Loringhoven (1874-1927) a été redécouverte à partir des années 1980. Celle que l’avant-garde new-yorkaise surnommait "la Baronne" s’est alors vu attribuer Fontaine, le célèbre urinoir de 1917 signé R. Mutt, même s’il est désormais établi qu’elle n’en est pas l’auteure. À New York dans les années 1910, on admire cette baronne allemande sans le sou pour sa manière d’incarner Dada, dans son travail de modèle comme dans les performances qu’elle improvise hors de l’atelier. Elle écrit aussi : des poèmes, publiés par la revue d’avant-garde The Little Review avant d’être censurés pour obscénité (à côté de l’Ulysse de Joyce dont elle prit la défense), ou un récit autobiographique, qu’elle centre sur sa quête de l’orgasme en réclamant ses sex rights… Ce qui caractérise EvFL (sa signature), c’est que L’art, c’est la vie. Tel est aussi le titre de l'essai qu'Éric Fassin et Joana Masó consacre à Else von Freytag-Loringhoven critique de Marcel Duchamp (Macula). Ils font la démonstration qu'il ne suffit pas d’ajouter des artistes femmes à un panthéon de grands hommes : "L’enjeu de cette première monographie française consacrée à Else von Freytag-Loringhoven n’est pas de faire admettre une artiste méconnue à la table des grands hommes, mais de redessiner cette table". Fabula vous invite à feuilleter le livre sur le site de l'éditeur…

(Illustr. : George Grantham Bain, Baroness von Freytag-Loringhoven, circa 1922)

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Le romantisme français et la renaissance arabe

Le romantisme français et la renaissance arabe

Notre vie à l'écran

Notre vie à l'écran

La collection Traits et portraits (Mercure de France) accueille cet automne un nouveau titre, récompensé il y a quelques jours par le Prix Médicis essai 2025 : Au cinéma Central. Une éducation sentimentale de Fabrice Gabriel. Le Central fut bien pour l'auteur le centre du monde : "c’est à cette place que je m’installe, une place en corbeille, au deuxième rang derrière la petite rambarde de fer forgé marquant la frontière avec le parquet, dans cette salle aujourd’hui disparue. J’y ai vécu, et continue peut-être d’y vivre, l’imagination n’en étant pas morte, les moments les plus heureux de mon enfance, de mon adolescence aussi."

On se souviendra que Jean-Luc Godard avait choisi un cinéaste pour figurer l'écrivain dans À bout de souffle : Jean-Pierre Melville, affublé de lunettes noires devenues elles-mêmes mythiques (et qui ne vont pas mal à Tom Novembre dans le récent Nouvelle vague de Richard Linklater). Ce qui suffit à faire de ce film une date décisive de l'histoire de la littérature. Et comme il n'y a jamais de vraie raison de quitter une salle de cinéma, et de sortir d'un film de Melville, on se plongera dans le récent essai de Bernard Stora, Dans Le Cercle Rouge. Le tournage du film de Jean-Pierre Melville au jour le jour (Denoël). En attendant la toute prochaine rediffusion, le vendredi 28 novembre (black friday) de L'armée des ombres adapté du roman de Joseph Kessel, à l'occasion de la soirée exceptionnelle que France 5 consacre à l'écrivain.

Rappelons aussi, parmi les Colloques en ligne de Fabula, l'article de Marie Blaise, "Melville, l’homme-confiance et le faiseur de nœuds", au sein d'un sommaire intitulé "Le coup de la panne. Ratés et dysfonctionnements textuels" (2018), ainsi que l'essai de Pierre-Olivier Toulza, "Un millefeuille sonore : la bande-son des films policiers de Jean-Pierre Melville, entre stylisation et nostalgie générique", dans le sommaire "Styles du roman policier" (2024)

(Illustr. Jean-Pierre Melville, archives de Rémy Grumbach)