Questions de société

éditos

Le tour du monde en 80 aliments

Le tour du monde en 80 aliments

En 202O, Sylvain Venayre, Pierre Singaravélou nous ouvraient les portes du grand Magasin du monde. La mondialisation par les objets du XVIIIe siècle à nos jours (Fayard), un riche volume qui nous apprenait que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse, et que la passion du piano a accéléré l'extermination des éléphants des savanes africaines. Les deux associés récidivent chez le même éditeur, avec L'épicerie du monde. La mondialisation par les aliments, du XVIIIe siècle à nos jours : des frites au parmesan, de la chorba au ceviche en passant par la margarine, ces aliments, tantôt simples, tantôt savamment préparés, nous permettent de comprendre, au plus près de nos pratiques intimes, la mondialisation et ses limites. Un voyage insolite et passionnant dans la grande épicerie du monde. Saviez-vous que le Christmas pudding est une recette impériale, composée de rhum jamaïcain, de raisins secs d’Australie, de sucre des Antilles, de cannelle de Ceylan, de clous de girofle de Zanzibar, d’épices d’Inde et de brandy de Chypre ? Ou qu’un des symboles de l’américanisation, le ketchup, est aujourd’hui confectionné en grande partie à partir de concentré de tomates chinois? Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage…

Sains et saufs

Sains et saufs

Sains et saufs. Récits minuscules du sauvetage maritime (Anacharsis), Philippe Artières présente des drames maritimes au dénouement heureux : en une quarantaine de vignettes dotées d’une forte puissance suggestive, il rapporte les actes salvateurs accomplis par des gens ordinaires. De Nouméa à Douarnenez, de la Vendée aux côtes provençales, au large ou sur les plages, il relate des incidents brièvement archivés dans les Annales du sauvetage maritime entre 1891 et 1931 : les gestes d’individus qui, parce que la mer le demande partout et toujours, sont allés sans y penser porter secours à leur prochain. À considérer cet ensemble de récits minuscules, Philippe Artières propose l’ébauche d’une "histoire du moindre", une histoire du bas bruit profondément arrimée au quotidien et au sens commun, qui vient questionner la fabrique de l’événement et des héros.

Hadéesse et Thésea

Hadéesse et Thésea

Culture Pop

Culture Pop

L’histoire littéraire s’est construite sur un mensonge : elle a largement occulté sa part populaire et la conquête du grand public par l’édition, fruit d’une dynamique qui la place au cœur des industries culturelles. C’est cet autre visage de la littérature que Loïc Artiaga et Matthieu Letourneuxdonne donnent à voir dans Aux origines de la pop culture. Le Fleuve noir et les Presses de la Cité au cœur du transmédia à la française, 1945-1990 (La Découverte, 2022). Puisant dans des archives inédites, il retrace l’histoire chorale de celles et ceux qui, autour des Presses de la Cité et du Fleuve Noir, ont façonné à partir des années 1950 les genres majeurs de l’imaginaire contemporain : espionnage, policier, science-fiction, érotisme…

Par-delà les romanciers les plus fameux (Simenon, Frédéric Dard), les professionnels de cette édition populaire ont contribué à forger une nouvelle culture médiatique, dans un contexte de circulation internationale des fictions et de transformation du travail des auteurs. Loin de se résumer à une invasion des modèles américains, la culture de masse "à la française" s’en approprie les conventions au temps de la guerre froide et de la décolonisation ; et dans ces romans tirés à plus de 100 000 exemplaires s’inventent aussi les nouveaux codes de la masculinité et de la consommation des "Trente Glorieuses". Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Une histoire du flou

Une histoire du flou

Les éditions Le Félin rééditent Une histoire du flou. Aux frontières du visible, qu'Olivier Schefer avait pu publier quelques années après la disparition de l'auteur, Michel Makarius (1948-2009). Forme souvent déconsidérée – vague ou indécise –, le flou n’est-il pas, suggère Makarius, comparable à la couleur dans le débat qui l’a longtemps opposé au dessin, soit une manière de déstabiliser notre perception pour exprimer ce qui échappe à la vision nette et à l’emprise de la rationalité ? La vision floue, écrit M. Makarius, nous palce sur une ligne de crête : "D’un côté, elle avalise la représentation du visible ; d’un autre, elle décrète ce visible irreprésentable ou représentable seulement de manière approximative. État intermédiaire d’une réalité qui se donne et se dérobe à la fois, le flou est le lieu où s’exerce une critique de la représentation par les moyens même de la représentation. L’altération du lien visuel exprime ainsi un rapport problématique au monde. Cette faille qui ne cesse de grandir au sein de l’histoire de la peinture vise donc, au-delà du visible, le réel représenté. Telle est la fonction critique de l’art enfin retrouvée." Fabula vous invite à (re)lire un extrait de l'ouvrage…

Illustr.: Josef Sudek. Series "The Window of my Studio", 1941-1954

Qu'est-ce qu'être humain ?

Qu'est-ce qu'être humain ?

Qu’est-ce donc qu’être humain aujourd’hui ? La question, très actuelle, est celle de l’éthique et de ses conditions de possibilité. À quels gestes reconnaît-on une personne qui se comporte de façon humaine, simplement et solidement humaine ? Si "se montrer" humain, c’est offrir cette "épiphanie du visage" que Levinas affirmait être la condition de tout lien et de toute justice, peut-on encore "être humain" quand on doit être masqué ? Voulons-nous d’une humanité démissionnaire et spectatrice d’elle-même, confiant à des algorithmes le soin de maîtriser les aléas de l’existence ? Réussirons-nous à mettre fin à la hiérarchisation sexuée de notre monde commun afin que les femmes deviennent pour de bon les égales des hommes ? Telles sont quelques-unes des questions essentielles auxquelles tentent de répondre les auteurs réunis par Jean Birnbaum dans le volume Être humain ? qui paraît directement au format poche dans la collection Folio Essais. Fabula vous invite à découvrir le sommaire et à feuilleter l'ouvrage…

Fabula salue aussi avec un coupable retard le volume réunissant sous le titre L'identité humaine les principaux essais d'Élisabeth de Fontenay, dont nombre d'entre eux q'attachent à mettre la philosophie "à l’épreuve de l’animalité", sans pour autant "offenser le genre humain". Elle dénonce une tradition philosophique responsable, à ses yeux, de la longue méconnaissance de l’animal au nom du « propre de l’homme », et rappelle avec force que l’attention portée aux animaux ne saurait entrer en contradiction avec celle que l’on porte aux êtres humains et à leur propre identité.

Ces images qui font battre notre cœur

Ces images qui font battre notre cœur

On savait Mona Chollet capable de vivre une odyssée dans son espace domestique, acoquinée avec les sorcières, et soucieuse de réinventer l'amour,  On ne la savait pas collectionneuse d'images et adonnée à la culture numérique. Dans D'images et d'eau fraîche (Flammarion), elle s'interroge sur une communauté qu'elle a rejointe il y a bientôt dix ans : celle des collectionneurs d’images en ligne, qui accumulent et partagent au fil des jours, sur Instagram, Tumblr, Flickr ou Pinterest, des photographies d’art, des tableaux, des dessins qu’ils aiment. L'essayiste le confesse volontiers : "cette activité en apparence anodine représente mon équivalent de la liste des "Choses qui font battre le cœur" dressée par Sei Shônagon, dame de compagnie de l’impératrice consort du Japon, dans ses Notes de chevet, au XIᵉ siècle. Dans un monde de plus en plus désespérant, j’ai envie de revendiquer ce rapport primaire et entêté à la beauté, cette confiance dans l’appui qu’elle offre, faisant de nous des perchistes arrachés momentanément à la gravité et catapultés dans les airs, libres et légers, avant de retomber… ailleurs." Fabula vous propose de feuilleter le livre…

Les indispensables Presses du Réel font paraître la traduction de la somme d'Andrea Pinotti et Antonio Somaini publiée en 2016 en Italie, qui offre un état des lieux des études sur la Culture visuelle, de ses origines dans l'histoire de l'art aux perspectives actuelles ouvertes par les nouvelles technologies, la réalité virtuelle et l'intelligence artificielle et les nouvelles technologies de machine vision. Fabula vous invite à en découvrir un extrait sur le site de l'éditeur…

Avec l’essor du numérique, on aurait pu croire l'usage des cartes postales résolument obsolète. Constamment réinventée, de manière souvent critique par les artistes et les écrivains, sa fabrique et son histoire restent pourtant plus que jamais d’actualité, autant que ses liens avec les représentations géographiques et culturelles. Dans Un monde en cartes postales. Cultures en circulation (ed.(Le Mot et le reste), l'équipe d'artistes et de spécialistes en histoire de l’art, littérature et philosophie réunie par Magali Nachtergael, Anne Reverseau donne à voir les circulations d’un médium d’apparence banale dans la culture moderne. Richement illustré, cet ouvrage renouvelle notre regard sur un objet patrimonial toujours séduisant, et à portée de main.

Rappelons la parution l'an passé du volume supervisé par Ludovic Cortade et Guillaume Soulez, déjà salué par Fabula :  Littérature et cinéma. La culture visuelle en partage (Peter Lang), qui est venu révéler comment les études visuelles ont transformé le champ des sciences humaines en introduisant de nouvelles perspectives d’analyse interdisciplinaires pour penser la culture visuelle: étude des dispositifs de vision, anthropologie de l’image, intermédialité. S'y trouvent abordées les relations entre littérature occultiste et lanterne magique, le paradigme visuel chez Stendhal, le role des revues littéraires des années 1910, la visualité dans la poésie moderniste française des années 1920, la mise en page des films dans les collections littéraires, l’origine littéraire du glamour hollywoodien….