Questions de société

éditos

Paroles folles

Paroles folles

L’observation du langage est aujourd’hui centrale dans l’examen psychiatrique et l’échange verbal est au cœur de nombreuses pratiques psychothérapeutiques. Quand la médecine mentale a-t-elle commencé à appréhender les propos des patients ? Sur quelles normes les médecins d’asile ont-ils désigné une parole comme pathologique ? Pourquoi certains sons ou mots jugés étranges sont-ils devenus des symptômes permettant de fonder des diagnostics ? Dans Paroles folles dans la psychiatrie du XIXe siècle qui paraît ces jours-ci aux éditions Hermann avec une préface de Vincent Barras, Camille Jaccard retrace les étapes de la constitution d’une véritable clinique de la parole dans l’aliénisme de la première moitié du XIXe siècle jusque dans la sémiologie psychiatrique des années 1910, principalement en France et en Allemagne. Il dresse un panorama des ressources pratiques et théoriques avec lesquelles les auteurs d’études médicales ont observé, défini et analysé l’expression orale des "fous". Fabula donne à lire la Préface de Vincent Barras… ainsi que la Table des matières de l'ouvrage…

Rappelons à cette occasion l'essai de Gérard Dessons, La Manière folle. Essai sur la manie littéraire et artistique (Manucius, 2010), dont on peut lire l'introduction dans l'Atelier de théorie littéraire de Fabula : "Qu'est-ce qu'une œuvre folle", et dont Chloé Laplantine avait rendu compte pour Acta fabula : "Le poème est le nom de la folie dans le langage".

Les nouveaux prédateurs

Les nouveaux prédateurs

Les milliardaires ne sont pas les seuls à avoir conduit une opération de prédation sur la presse et l’édition. Amazon est devenu le premier distributeur de livres. Google et Facebook sont devenus des acteurs majeurs de la presse via leurs régies publicitaires. S’il y a urgence à faire barrage à Bolloré et consorts pour défendre le droit de savoir des citoyens, il faut aussi combattre ces géants du numérique qui veulent remettre en cause le prix unique du livre et asservir la presse. Dans Vous ne me trouverez pas sur Amazon ! qui paraît ces jours-ci aux éditions Divergences, Laurent Mauduit livre les résultats d'une enquête sur le monde de l’édition et les médias, et montre les dangers que les géants du numérique font peser sur la liberté de l’information et la liberté d’opinion. Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage…

L'université de tous les possibles

L'université de tous les possibles

Le 27 août 1980, à 3 heures du matin, les bulldozers entrent à Vincennes et dévastent tout sur leur passage, bâtiments comme arbres. Du Centre universitaire expérimental de Vincennes, il ne reste plus rien. Pas un débris, pas même une pancarte. Dans le Bois, les rêves se sont éteints. Fruit des luttes de Mai 68, cette expérience unique mit la liberté académique au cœur de sa construction : pédagogie révolutionnaire, abolition des rapports hiérarchiques et ouverture à tous. Foucault, Deleuze, Cixous ou Rancière y enseignèrent. Lacan, Pasolini, Marcuse ou Chomsky y marquèrent les esprits. Dans Vincennes. Heurs et malheurs de l'université de tous les possibles (Payot), François Dosse brosse le portrait de ces douze années: de la création de la crèche à celle des souks, des cours d’un bagnard à ceux sans maître ; des premiers enseignements de sexologie aux premières manifestations du MLF. Autant d’événements qui forgeront le mythe Vincennes.

Tout contre la littérature politique

Tout contre la littérature politique

Dans Qu'est-ce que la littérature ?, Sartre disait que les "mots sont des pistolets chargés". Des pistolets de Sartre aux fusils de Sandra Lucbert, le vocabulaire martial ne semble guère avoir changé pour décrire le pouvoir politique de la littérature. La confiance accordée dans le pouvoir des mots n'est pourtant plus la même : critiques et auteur·ices semblent concéder volontiers le caractère limité de l’opérativité de la littérature, sans pour autant y renoncer totalement. Ce sont les paradoxes et les ambiguïtés de la relation entre littérature et politique qu'interroge le nouveau dossier critique d'Acta fabula dirigé par Esther Demoulin et Léo Mesguich et intitulé "Littérature et politique. Nouvelles perspectives théoriques". Réunissant pas moins de dix-sept contributions, le sommaire rend aussi hommage à l'engagement des "petites maisons" d'édition.

On ne compte pas pour du beurre !

On ne compte pas pour du beurre !

La collection "J’aimerais t’y voir" des éditions (On ne compte pas) Pour du beurre propose un espace de pensée sur les recherches et pratiques en cours autour des représentations en littérature jeunesse, plus précisément à l’intérieur de la production d’albums jeunesse en France. Priscille Croce y publie Où sont les albums jeunesse antisexiste ?, qui se penche sur toute la production d’albums jeunesse questionnant les normes genrées, soit près de 200 albums de 1975 à 2023, Sarah Ghelam et Spencer Robinson Où sont les personnages LGBTQI+ en littérature jeunesse ? et Sarah Ghelam, Où sont les personnages d'enfants non blancs en littérature jeunesse ?. Chaque ouvrage offre des listes bibliographiques commentées et des outils pour développer un regard critique et des outils concrets pour (re)penser sa bibliothèque.

Parmi les gisants

Parmi les gisants

Lieu de mystère séparé des espaces ordinaires de la vie, où les morts connaissent un éternel repos, le cimetière constitue une source de fascination sans cesse renouvelée aux yeux des vivants. Que dit de nous cette fascination, qui a aussi traversé toute l’histoire de la littérature et des arts ? Voyageant dans les cimetières et les mémoriaux des États-Unis, de Paris ou de Berlin en même temps que dans les livres, les tableaux ou les films qui les prennent pour décor, Robert Harvey propose dans un essai intitulé Parmi les gisants (PUF) une réponse impressionniste et délicate. Cette réponse tient en un seul mot : "survie". Et si la survie des morts était la chance de notre survie propre ? Et si c’était des morts qu’il fallait apprendre à vivre ? Fabula vous invite à lire un extrait…

Le 24 février prochain de 14h à 16h, dans l'amphithéâtre Oury de la Sorbonne, Robert Harvey dialoguera avec Jean-Michel Rey, qui a fait paraître l'an passé un essai déjà salué par Fabula : Des indésirables. Quatre manières de traiter un embarras (Fario).