Questions de société

éditos

Une plantation à Saint-Domingue au XVIIIe siècle

Une plantation à Saint-Domingue au XVIIIe siècle

En suivant l’ascension et la chute d’une famille de planteurs au tournant des XVIIIe et XIXe siècles à Saint-Domingue, Paul Cheney redonne vie à un monde disparu, celui du premier capitalisme marchand, fondé sur l’esclavage. Dans Cul de sac. Une plantation à Saint-Domingue au XVIIIe siècle (Fayard), Paul Cheney suit l’ascension et la chute d'une famille de planteurs sur près de soixante ans, et redonne vie à un monde disparu : celui d’une aristocratie française œuvrant à sa fortune par-delà les mers, de ses associés jouant de leurs relations et connaissance des lieux, d’esclaves africains sur le travail desquels repose l’ensemble d’un édifice finalement fragile. Car malgré les richesses produites, ces destinées s’inscrivent dans un contexte social, politique et environnemental incertain. Un portrait inédit du capitalisme marchand dans le premier empire colonial, celui d’un système qui, loin d’être source de progrès, se maintint par une inertie qui devait le mener dans une impasse économique et idéologique. Fabula vous invite à lire l'introduction et le premier chapitre de l'ouvrage…

Signé Roy Pinker

Signé Roy Pinker

Le 12 septembre 2020, Dominique Kalifa se résignait à quitter ce monde. Ses nombreux amis lui rendent aujourd'hui hommage dans Faits divers & vies déviantes. XIXe-XXIe s., qui paraît ces jours-ci sous la signature de Roy Pinker — pseudonyme collectif utilisé par les journalistes de Détective dans les années trente (pour faire croire que leur hebdomadaire avait aux États-Unis un dynamique correspondant particulier et pratiquer un journalisme inventif et parfois romancé), repris depuis peu par une équipe d’historiens de la presse (liée au projet Numapresse) qui ont donné sous ce nom deux livres déjà, dont Fabula s'était fait l'écho :  Faire sensation. De l’enlèvement du bébé Lindbergh au barnum médiatique (Agone, 2017) et Fake news et viralité avant Internet (CNRS éd., 2020).

Un "chourinage" dans la Seine en 1890, l’empoisonnement d’une archiduchesse d’Autriche par ses bas noirs en 1894, l’inquiétude autour d’une maison hantée à Yzeures-sur-Creuse en 1897, la mystérieuse disparition d’un étudiant en 1906, l’explosion de l’outil piégé d’un marbrier en 1914, un meurtre de chien en 2015 : voilà quelques-unes des affaires sélectionnées ici par Roy Pinker dans la presse du XIXe au XXIe siècle. Ces faits divers, incidents, accidents, canulars, délits, voire crimes, mettent en scène une incongruité du quotidien, un déraillement de la logique, une petite vie obscure ou infâme soudainement rendue visible par un journal. Autant de symptômes des inquiétudes ou des enthousiasmes d’une société : ils forment les éléments significatifs d’un vaste imaginaire social et médiatique, qui passionnait Dominique Kalifa.

Les lieux de l'Afrique

Les lieux de l'Afrique

Xavier Garnier fait paraître Écopoétiques africaines. Une expérience décoloniale des lieux (Karthala, 2022) : une lecture écopoétique des littératures africaines qui s’intéresse aux moments où des textes se nouent à des lieux pour lancer l’alerte sur un état du monde menacé par une catastrophe écologique dont la genèse coloniale reste encore peu explorée. Parce que l’extractivisme qui a présidé à l’aventure coloniale a soumis le continent à une gigantesque opération de zonage dont il souffre encore aujourd’hui, se réclamer des lieux est un enjeu important pour les littératures africaines. Dès la première moitié du XXe siècle et jusqu'à nos jours, des écrivains africains ont cherché à capter la puissance des lieux pour mener un combat contre l’exploitation économique et la réification culturelle. Xavier Garnier nous invite ainsi à revisiter l’histoire littéraire africaine : de Senghor à Ahmadou Kourouma, Ben Okri, Yvonne Vera, Ngugi wa Thiong’o ou encore Sinzo Aanza et Abdourahman Waberi.

Titulaire de la chaire "Histoire et archéologie des mondes africains" au Collège de France, François -Xavier Fauvelle a récemment donné un volume à la collection "De vive voix" des éditions du CNRS, déjà saluée par Fabula : Penser l’histoire de l’Afrique, où il retrace un parcours de recherche qui l’a mené de l’Afrique du Sud au Maroc en passant par l’Éthiopie, pointe les défis d’une documentation fragmentaire qui suppose d’employer fouilles archéologiques et écrits anciens, traditions orales et usages contemporains du passé, tout en déconstruisant les représentations héritées des siècles de la traite des esclaves puis du colonialisme… Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Il publie aujourd'hui avec Anne Lafont L'Afrique et le monde : histoires renouées. De la Préhistoire au XXIe siècle (La Découverte) : une histoire mondiale de l’Afrique, une histoire africaine du monde. Tel est le double pari de l'ouvrage qui nous plonge dans la conversation que les sociétés du continent africain ont, au cours de l’histoire, toujours entretenue avec celles du reste du monde. Une conversation multimillénaire, depuis la dispersion des humains modernes jusqu’à nos jours, dont les auteurs et autrices nous invitent à écouter toutes les tonalités. Car cette histoire est faite de rapports de domination et de violences, de rejets et de révoltes, mais également d’interactions à toutes les échelles, de circulations de biens et d’idées, d’innovations et d’adaptations locales, de mutations globales. Fabula vous offre de lire l'introduction, le premier chapitre et de parcourir la Table des matières…

Que cherchons-nous en lisant ?

Que cherchons-nous en lisant ?

Sociologue de la littérature, Alain Viala nous a quitté il y a un peu plus d'un an. Dans les derniers mois de sa vie, il préparait un ouvrage de théorie littéraire conçu comme un essai très personnel, où il revenait sur sa longue carrière d'enseignant à la Sorbonne nouvelle, à Oxford et dans nombre d'universités dans le monde. Ce livre-testament paraît aujourd'hui par les bons soins de M. Roussillon et P. Aron aux éditions du Temps des Cerises sous le titre L'adhésion littéraire. Plutôt que de revenir à la vieille question "qu’est-ce que la littérature ?", Alain Viala nous invite à nous demander : "que faisons-nous quand nous faisons de la littérature ?". À partir de textes classiques (Racine, Proust) aussi bien que populaires (La Chanson de Craonne), il refuse le discours réactionnaire de la "crise de la littérature", revendique une conception large et ouverte de la littérature, et en affirme la nécessité pour la démocratie.

Signalons que les deux volumes de l'ouvrage collectif Littéraire. Pour Alain Viala paru en 2018 (Artois Presses Université) est désormais accessible en ligne sur OpenEditionBooks ; une occasion de découvrir un recueil d'hommages originaux, qui dessine aussi un parcours au fil des opérations critiques qui ont marqué de manière décisive la pratique des études littéraires : historiciser la littérature, mettre à jour les mécanismes de la valeur, exhiber les tensions et leur fécondité, traverser les frontières, s'engager... "Le trajet d'une révolution qui refuse (l'histoire littéraire des grands hommes), revendique (une méthode), désordonne et brouille pour créer du nouveau."

Vivre avec son temps (ou pas)

Vivre avec son temps (ou pas)

Dans un essai paru le 7 septembre dernier chez Flammarion sous le titre L'Impitoyable aujourd'hui, Emmanuelle Loyer livre un journal de lectures : en cheminant dans les grands romans de ces deux derniers siècles, en les faisant dialoguer avec les enseignements des sciences sociales, l'historienne interroge la façon dont les écrivains ont mis en scène le temps vécu. Cet essai – en organisant des rencontres, des relances, des ripostes et des contrepoints entre des romans et des réflexions, des notions, des concepts développés en sciences sociales – permet de repenser nos modes d’existence.

"Les grands textes de fiction inventent leur puissance de vérité propre, y compris historique. Ils figurent des formes et des savoirs du temps, une pensée de l’événement, de l’attente, du recyclage, de la disparition et de la perte ; ils enregistrent, parfois malgré eux, un nécessaire travail du négatif opposé au tropisme progressiste de notre modernité. Ils nous enjoignent non pas seulement de ralentir ou de tourner le dos au « Progrès » – déjà tout un programme ! –, mais bien de réviser nos cadres temporels eux-mêmes. Ce faisant, depuis la Révolution française, les écrivains interrogent affectivement ce que signifie « être contemporain » de son époque ; de quelle façon vivre – ou ne pas – vivre avec son temps."

Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Écrivains, levez-vous !

Écrivains, levez-vous !

La rencontre entre le droit et la création artistique peut générer des conflits, dont témoigne l'abondant contentieux judiciaire au fil des siècles. Nombreux sont les romanciers ayant dû répondre de leurs œuvres devant un tribunal : les frères Goncourt, Baudelaire, Flaubert, Barbey d'Aurevilly, Sue, Zola, Maupassant, Aragon, et bien d'autres, si l'on se réfère à la seule période postérieure à la Révolution française, date de l'abolition du régime juridique des privilèges en France. Certaines périodes ont été plus intenses en procès que d'autres : la Restauration, le Second Empire ou encore le régime de Vichy. Le contentieux ne disparaît jamais totalement, mais sa fréquence varie au cours de l'histoire selon que le régime en place est plus ou moins répressif et/ou que la littérature ou l'art est plus ou moins transgressif. Or, pour la période contemporaine, on observe une certaine convergence de discours qui y voient un moment particulier des relations entre droit et création artistique. L'époque verrait une judiciarisation croissante des productions artistiques et littéraires. Dans La Création artistique et littéraire en procès. 1999-2019 (Classiques Garnier), Anna Arzoumanov examine une série de contentieux, en combinant des analyses quantitatives et qualitatives de la jurisprudence et les résultats d’entretiens menés avec des acteurs de ces procès. Fabula donne à lire la Table des matières…

Rappelons qu'Anna Arzoumanov avait dirigé en 2017 avec A. Latil et J. Sarfati Lanter un ouvrage sur les rapports entre droit et littérature : Le Démon de la catégorie. Retour sur la qualification en droit et en littérature (Mare et Martin / Presses universitaires de Sceaux), dont l'Atelier de théorie littéraire de Fabula a accueilli le texte introductif.

On peut également trouver au sommaire du numéro de Fabula-LhT "Débattre d'une fiction", un essai d'Anna Arzoumanov intitulé "Débattre d’une fiction au tribunal. Pour une étude de la jurisprudence en droit de la presse depuis les années 2000", et dans le colloque en ligne Marges et contraintes du discours indirect libre réuni par G. Philippe et J. Zufferey un article consacré au "discours indirect libre au tribunal. Aperçu de la jurisprudence contemporaine en droit de la presse".



Ginzburg cependant

Ginzburg cependant

Les lecteurs et lectrices francophones l'attendaient avec une sereine impatience depuis sa première publication dans sa version italienne (2018) : l'essai de Carlo Ginzburg consacré à Machiavel et Pascal paraît sous le titre Néanmoins aux éditions Verdier dans une traduction de Martin Rueff. Rapprocher Machiavel de Pascal, c'est pour l'historien poser de front la question de la modernité politique : celle d'un découplage supposé du politique et du théologique, et proposer une série d’éclairages nouveaux sur une manière de penser la règle et l’exception, à l’épreuve des faits.

"À l’heure où l’on déplore que les intellectuels n’orientent plus la vie politique (en supposant confusément qu’ils le firent par le passé), à l’heure où semble s’imposer une vision "machiavélienne” selon laquelle les plus forts dictent le droit au nom d’un réalisme implacable, la leçon de Carlo Ginzburg est précieuse". On se rangera volontiers à ces mots du traducteur, comme à cet impératif : "Penser, ce n’est pas reformuler les réponses de l’opinion, c’est changer de questionnement."

Fabula vous invite à lire la Préface de Carlo Ginzbug et parcourir la Table des matières…

Du 9 au 15 septembre 2022, le Centre Cerisy réunit les amis de Carlo Ginzburg pour un colloque qui met "L'Historien sur le métier"…