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Penser depuis la montagne d'ordures

Penser depuis la montagne d'ordures

Décharges à la périphérie, poubelles invisibles, circuits de collecte : où vont nos restes ? Bénédicte Florin, Lucie Taïeb, Raphaëlle Guidée, Claudia Cirelli et Adeline Pierrat nous invite à Penser depuis la montagne d'ordures et à mettre Littérature et sciences sociales en dialogue (Raison publique). Le livre nous entraîne dans des zones de relégation, à la rencontre de celles et ceux qui travaillent ou vivent au contact des déchets. Longtemps tenus à distance, les rebuts imposent aujourd’hui leur force matérielle : ils s’accumulent, résistent, débordent nos catégories, et disent quelque chose de notre monde au temps de l’anthropocène. Les contributions montrent comment la langue et les formes donnent sens aux paysages incertains des décharges, déplacent nos émotions – du dégoût à la fierté – et interrogent les logiques de la mise au rebut. Car il n’existe pas de déchet pur : ce qui est jeté est toujours relatif à des pratiques, des usages ou des luttes. En ouvrant la possibilité d’un "au-delà du déchet", l’ouvrage invite enfin à regarder autrement les rebuts qui nous entourent… et les mots qui nous enjoignent à leur prêter attention. Il est désormais accessible en ligne via Cairn…

Merveilles électriques

Merveilles électriques

Objet d’expériences spectaculaires dans les salons au XVIIIe siècle, l’électricité bouleverse progressivement tous les domaines de l’existence. À la Belle Époque, elle transforme les villes, les transports et les communications, tout en émerveillant les foules lors des expositions universelles et sur les scènes parisiennes. Omniprésentes dans la presse, la littérature et la culture visuelle, ses  représentations construisent un puissant imaginaire de la modernité, entre fascination, espoirs et terreurs. Au-delà d’une révolution technique, l’électricité incarne dès lors les valeurs d’une société en mutation : vitesse, intensité, nouveau rapport au temps. Des spectacles populaires aux avant-gardes, elle stimule la créativité artistique et suscite l’invention de nouvelles esthétiques. Depuis les Lumières jusqu’à l’entre-deux-guerres, l'ouvrage supervisé par Claire Barel-Moisan et Delphine Gleizes sous le titre Merveilles électriques. Littérature, culture visuelle et vulgarisation (1740-1940) explore ainsi deux siècles où la fée Électricité a profondément métamorphosé la vie en société et la culture.

Rappelons que la livraison de la revue Itinéraires consacré au "merveilleux scientifique en spectacle", à l'initiative de Claire Barel-Moisan, est également accessible en ligne.

Voyages incertains

Voyages incertains

A beau mentir qui vient de loin. Si le proverbe n’est attesté pour la première fois qu’à la fin du xviie siècle – on le trouve dans les dictionnaires de Furetière (1690) et de l’Académie (1694) –, il a toutes les chances de remonter au moins à l’époque des premières explorations océaniques, des récits merveilleux qu’en rapportaient, entre autres singularités, les marins au long cours. Sans doute a-t-il perdu aujourd’hui une grande partie de sa pertinence : la circulation instantanée de l’information à l’échelle du globe a considérablement réduit l’avantage du menteur nomade sur le menteur sédentaire, et le paramètre géographique paraît bien secondaire dans la dynamique sans fin des fake news et du fact checking. En conséquence, ce sont surtout les spécialistes de la littérature viatique qui perpétuent l’existence de l’adage, le convoquant volontiers dès lors que se pose la traditionnelle question du déficit de crédibilité dont souffre le voyageur. À l'initiative de Frédéric Tinguly, la revue Viatica consacre un sommaire aux  "Voyages incertains. La littérature viatique à la croisée du fictionnel et du référentiel".

(Illustr. : Ivan Konstantinovich Aivazovsky (1817-1900, Corvette in the Mist, 1886).

Le manifeste s'éclate

Le manifeste s'éclate

"Le manifeste est mort, vive le manifeste !" Aujourd’hui plus que jamais, cet adage d’inspiration royaliste affirme toute son actualité : en dépit de sa mort, annoncée dans les années 1980, le manifeste est de retour, dans les lettres, dans les arts, et bien au-delà. Si dès le début des années 2000 la critique s’accorde sur le constat de ce retour, le territoire du manifeste contemporain reste encore relativement inexploré. Comment décrire et analyser ces « manifestes après le manifeste », dont le caractère transversal et les formes largement atypiques rendent caduque la plupart des modèles critiques développés pour les étudier, fondés exclusivement, le plus souvent, sur les productions des avant-gardes historiques ? Prenant la suite d'un numéro intitulé "Manifeste à travers les arts : devenirs d’un genre indiscipliné", la nouvelle livraison de la revue Itinéraire(s) initiée par Jean-Marc Baud, Viviana Birolli et Camille Bloomfiel dexplore plus spécifiquement, dans le prolongement du projet Manart et de sa base de données regroupant plus de 750 références, le vaste panorama des manifestes des années 1960 jusqu’à l’extrême contemporain, en littérature, mais aussi en design, en photographie ou au cinéma, pour tenter de saisir ce genre protéiforme en constante évolution. Le sommaire est directement accessible en ligne sur OpenEdition…

(Illustr. : Gilles Barbier, 2009 ; Collection particulière, galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris)

Raconter l'histoire du théâtre

Raconter l'histoire du théâtre

Que raconte l’histoire du théâtre ? Soumise à l’histoire littéraire qui valorisait le canon, elle s’est longtemps focalisée sur l’histoire des œuvres et des auteurs, sans toutefois méconnaître l’influence des grands interprètes sur leurs rôles, ni celle des institutions, du champ économique et de la sociologie des publics dans la hiérarchie et la poétique des genres. Le renouveau insufflé par l’histoire culturelle à l’étude du théâtre a ouvert celle-ci à de nouveaux objets et à une pluralité croissante des approches, auxquelles contribuent aujourd’hui notamment les gender studies et les post-colonial studies. L’émergence dans le discours savant de nouveaux agents du fait théâtral (métiers de l’ombre ou des coulisses, pratiques amateur, troupes, auteurs et autrices invisibilisés, formes réputées mineures car populaires, etc.) et le crédit croissant porté aux archives du spectacle, en élargissant le champ des connaissances, font aussi s’écrouler nombre de légendes d’une historiographie fondée sur des mythèmes obligés, liés notamment au récit national, à une périodisation par le succès, la chute, le scandale, la rupture et la polarisation parfois forcée entre tradition et nouveauté, à des storytellings de l’affrontement, de l’idéalisation ou de l’héroïsation… Le volume Raconter l’histoire du théâtre. Comment et pourquoi ? réunit des réflexions sur les méthodes (comment ?) et les enjeux (pourquoi ?) du récit en histoire du théâtre. En quoi celui-ci varie-t-il selon la position discursive de ses auteurs et autrices, doctes, universitaires, curieux ou artistes ? Quelle incidence le genre et le support (dictionnaire, traité, manuel, revue engagée, bande dessinée, mémoires, pièce métathéâtrale…) ont-ils sur la forme et l’orientation mémorielle du récit ? Comment les périmètres évolutifs du champ des différentes disciplines qui ont le théâtre pour objet, et dont l’intersection forme les études théâtrales, reconfigurent-ils l’histoire du théâtre ? Autant de questions auxquelles répondent ici, chacun à sa manière, les spécialistes réunis dans ce collectif, universitaires et professionnels du théâtre, selon trois modes de discours : études, entretiens et pièce de théâtre… L'ouvrage en accès ouvert, disponible gratuitement en téléchargement.

(Illustr. : Scènes du Roman Comique de Paul Scarron (1610-60) 1712-16, Jean de Coulom. Musée de Tesse, Le Mans)

À tâtons

À tâtons

Trop souvent réduite à un envers négatif de la clarté et du visible, l’obscurité s’avère remarquablement féconde dans les domaines artistique et littéraire. Le volume À tâtons. L’obscurité dans les arts et la littérature (P.U. Rennes), désormais accessible en ligne sur OpenEdition, explore cette fécondité qui est explorée à partir d’œuvres provenant d’époques diverses, du XVIIIe au XXIe siècle, et dans des aires géographiques et culturelles variées, du Congo à la Suède, en passant par l’Espagne, l’Italie et la France. La perspective adoptée est résolument interdisciplinaire, l’obscurité nourrissant à parts égales la littérature, le théâtre, la philosophie, la musique et les arts visuels. L’obscurité, ou plutôt les obscurités, du flou à la tache d’encre, du clair-obscur à la nuit noire. Ainsi se révèlent sa richesse et sa diversité : elle est non seulement une image ou un symbole (celui d’époques troublées, de traumatismes individuels ou collectifs), mais aussi le lieu d’expériences métaphysiques et esthétiques, de révélations paradoxales, d’égarements et de tâtonnements toujours fructueux.

(Illustr. Joseph le Charpentier, Georges de la Tour, 1642, Musée du Louvre)

La littérature française en Europe centrale

La littérature française en Europe centrale