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Théâtre et pensée

Théâtre et pensée

La nouvelle livraison de la revue Études théâtrales nous offre à revenir sur la relation dialectique entre pensée théorique et pratique théâtrale. Cette relation demeure-t-elle toujours féconde aujourd’hui ? Et si oui, comment est-elle vécue, expérimentée, analysée ? Le sommaire accueille quelques spécialistes en études théâtrales pour faire le point sur leur rapport à la pratique. Ces réflexions sont suivies d’un florilège de textes de Jean-Marie Piemme, qui présentent un exemple remarquable de la complémentarité entre théorie et création, et forment le deuxième volume de ses Accents toniques(2017-2023). Trois entretiens avec des artistes viennent ensuite éclairer la relation qu’ils établissent entre théorie et pratique dans leurs créations. Fabula vous invite à feuilleter le volume, ou à vous plonger dans son sommaire accessible en ligne via Cairn…

Rappelons à cette occasion le compte rendu donné en son temps par Danielle Chaperon de l'essai d'Olivier Saccomano, Le Théâtre comme pensée (Les Solitaires intempestifs) : "Le théâtre est-il pensable ?".

(Illustr. : Les personnages de la pensée de Valère Novarina, Théâtre de la Colline, 2023)

Écrire du côté des animaux

Écrire du côté des animaux

OpenEdition rend accessible un volume paru aux Éditions de la Sorbonne en 2023 sous la direction d'Éric Baratay : Écrire du côté des animaux. Comment écrire pour bien restituer le passage du côté des animaux, pour bien reconstituer des individualités, des sociabilités, pour bien faire saisir et faire ressentir des expériences, des sensations, des vécus différents des nôtres ? La question n’est pas oiseuse, elle est même tout à fait scientifique, contrairement à ce que d’aucuns croient depuis le grand partage instauré entre les sciences et les arts – partage sur lequel d’autres conviennent qu’il faudrait revenir, non pas pour faire ou pour dire n’importe quoi, mais pour mieux faire et mieux dire. D’autant que toutes les sciences sont humaines, avec des questions, des méthodes, des concepts, des lectures forgés par les humains pour parler en l’occurrence d’autres vivants, d’autres animaux. Tout discours scientifique est aussi une littérature et une mise en scène, même en éthologie comme dans les grands livres d’un Charles Darwin, d’un Jakob von Uexküll, d’une Jane Goodall, d’une Diane Fossey. Dans les autres disciplines, en histoire, en anthropologie, en sociologie, en abordant les animaux pour eux-mêmes, cette question de l’écriture doit être posée, et elle peut l’être avec une grande franchise, à la fois salutaire – il s’agit de ne pas être dupe de l’acte d’écrire – et fructueuse, pour s’en servir comme d’un instrument scientifique supplémentaire.

(Illustr. : Archibald Belaney (1888 - 1938), aka Grey Owl)

La Troisième République des Lettres au féminin

La Troisième République des Lettres au féminin

Depuis 2021, la collection L'Imaginaire des éditions Gallimard s’est engagée dans la réédition d’autrices parfois méconnues, à l’instar de la série "Les œuvres du matrimoine" dans la collection Librio chez Flammarion, qui propose des rééditions d’œuvres d’autrices de l’Ancien Régime jusqu’au XIXsiècle. Mais bien d'autres maisons, dont les plus précaires maisons indépendantes comme La Variation, et beaucoup d'autres mains, œuvrent à la revalorisation d'un canon féminisé. À l'initiative de Valentine Bovey, le 91e dossier critique d'Acta fabula se demande ce que signifie "Rééditer la Troisième République des lettres au féminin". Le dernier tiers du XIXe s. et les premières décennies du XXe s. ont vu en effet s'accroître le nombres de titres signés par des femmes, sur fond des premières luttes féministes, et concurremment à l’émergence d’un nouveau discours sur les sexualités — en particulier sur l’homosexualité qui, si elle est toujours très stigmatisée, devient un sujet littéraire à part entière. Le dossier s'intéresse à la réception de certaines de ces œuvres et au discours qui les accompagne, dans un péritexte repensé souvent à partir des clés d’analyse offertes par les études genre et queer. Valorisation parfois ambigüe, qui peut confiner ces œuvres dans un contre-canon, au sein de collections qui visent un public militant, en leur refusant le passage du particulier à l’universel que souhaitait Monique Wittig pour la littérature minoritaire.

(Illustr. : Caroline Dufau, vignette du journal féministe La Fronde (1897-1905), ©Gallica / Bibliothèque nationale de France)

Pleurer dans les chaumières

Pleurer dans les chaumières

Au début des années 2000, on pouvait décrire un pan majeur de la littérature française contemporaine au prisme des “récits indécidables” (selon le terme de Bruno Blanckeman) ou du “roman ludique” (pour citer cette fois Olivier Bessard-Banquy). Ce temps semble lointain. Le “roman impassible” des éditions de Minuit ne paraît plus de mise, et les œuvres d’abord plus marginales de Marie NDiaye revisitant le mélodrame avec En famille en 1991, ou de Laurent Mauvignier faisant du monologue l’outil de la séparation des consciences dans Loin d’eux en 1999, témoignent au sein de cette maison influente de ce changement d’inflexion. L’ironie et le second degré qui avaient, depuis le Nouveau Roman, été revendiqués comme modes d’expression privilégiés d’une partie de la production littéraire en langue française se font certainement plus discrets. Avec le recul d’une évaluation formaliste de la littérature, ce sont aussi les caractéristiques ludiques et savantes de la littérature qui connaissent la même disgrâce. Le roman des années 2000 a peut-être renoué avec l'émotion et les larmes. À l'initiative de Dominique Rabaté et Maïté Snauwaert, la nouvelle livraison de Fixxion vient faire le point sur les liens entre "Roman et pathétique depuis les années 2000".

Lecteur et lecture : un état des lieux

Lecteur et lecture : un état des lieux

À l'initiative de Léo Mesguich, Marion Moll et Capucine Zgraja, Acta fabula consacrait en mars dernier l'un de ses dossiers critiques aux "Nouveaux regards sur la lecture", en témoignant ainsi de la grande vitalité de ce champ de recherches. Les Colloques en ligne de Fabula en donnaient quelques mois plus tard une autre preuve en accueillant les actes du colloque "Écrire la lecture" réunis par Maxime Decout et Léo Mesguich. Le sommaire montrait combien l’écriture de la lecture semble être devenue l'une des préoccupations de notre époque, tant du côté des œuvres mêmes, où les écrivains interrogent ce moment de la lecture où un texte échappe à son auteur, que de la théorie littéraire, qui se démarque des études sur la réception des années 1970-1980 en tentant de cerner une possible "lecture réelle". L'interrogation sur les manières d’écrire la lecture ne se laisse évidemment pas dissocer d’un questionnement sur la lecture de ces lectures écrites — lecture à la puissance deux et comme par procuration. Que signifie lire une lecture ?

C'est au tour de la revue suisse Versants de prendre la question de la lecture à bras le corps : "Lecteur et lecture : un état des lieux", à l'initiative de M. Bagyan, A. Buchs et A. Paschoud. Si Barthes avait voulu consacrer la mort de l'auteur par la naissance du lecteur, le chassé-croisé escompté semble surtout avoir permis une reconfiguration féconde de la figure même de l’écrivain, lequel n’hésite plus désormais à inviter ses lecteurs et ses lectrices au cœur de l’univers fictionnel. Aussi lecteur, auteur et critique – sans qu’il soit d’ailleurs toujours possible de distinguer ces trois figures – ont-ils depuis plus d’un demi-siècle initié un dialogue passionnant dont ce sommaire de Versants cherche à se faire l'écho.

Penser queer en français

Penser queer en français

Ésotérique Belgique

Ésotérique Belgique

L’ésotérisme connaît, depuis quelques années, un intérêt renouvelé tant dans le champ culturel que dans le champ académique, où une curiosité croissante se manifeste à l’égard des savoirs dits « cachés » et de certains imaginaires littéraires. Pourtant, si la littérature française du XIXe siècle a été largement explorée sous cet angle, la richesse des lettres belges sur le plan des savoirs occultes reste encore largement méconnue. Supervisé par Laurence Brogniez et Stéphanie Peel, le nouveau dossier de la revue belge Textyles entend combler cette lacune en examinant les formes et les fonctions de l’ésotérisme dans la littérature belge, du symbolisme fin-de-siècle à la première moitié du XXe siècle, de Maurice Maeterlinck à Jean Ray, en passant par Charles Van Lerberghe, Georges Rodenbach, Jeanne de Tallenay ou encore Pierre Goemaere. Théâtre mystique, récits visionnaires, nouvelles initiatiques, critiques musicales ou réécritures fantastiques de mythes anciens : les œuvres analysées témoignent d’une profonde perméabilité entre lettres et pensée ésotérique. Avec pour objectif de rendre compte de la diversité des formes, des registres et des imaginaires mobilisés, il s’agit d’inviter à une relecture inédite d’œuvres patrimoniales, pour en révéler les dimensions originales, mais aussi d’exhumer des textes peu connus qui méritent attention tout en éclairant la place, dans les lettres belges, qu’a occupée cette subculture – ou cette occulture – qui fascine autant qu’elle interroge.

Illustr. : Portrait d’Irène Hamoir (ca. 1935) ©D.R. – Archives Tom Gutt – Archives & Musée de la Littérature)