Web littéraire
Actualités du web littéraire

éditos

Voyages incertains

Voyages incertains

A beau mentir qui vient de loin. Si le proverbe n’est attesté pour la première fois qu’à la fin du xviie siècle – on le trouve dans les dictionnaires de Furetière (1690) et de l’Académie (1694) –, il a toutes les chances de remonter au moins à l’époque des premières explorations océaniques, des récits merveilleux qu’en rapportaient, entre autres singularités, les marins au long cours. Sans doute a-t-il perdu aujourd’hui une grande partie de sa pertinence : la circulation instantanée de l’information à l’échelle du globe a considérablement réduit l’avantage du menteur nomade sur le menteur sédentaire, et le paramètre géographique paraît bien secondaire dans la dynamique sans fin des fake news et du fact checking. En conséquence, ce sont surtout les spécialistes de la littérature viatique qui perpétuent l’existence de l’adage, le convoquant volontiers dès lors que se pose la traditionnelle question du déficit de crédibilité dont souffre le voyageur. À l'initiative de Frédéric Tinguly, la revue Viatica consacre un sommaire aux  "Voyages incertains. La littérature viatique à la croisée du fictionnel et du référentiel".

(Illustr. : Ivan Konstantinovich Aivazovsky (1817-1900, Corvette in the Mist, 1886).

À tâtons

À tâtons

Trop souvent réduite à un envers négatif de la clarté et du visible, l’obscurité s’avère remarquablement féconde dans les domaines artistique et littéraire. Le volume À tâtons. L’obscurité dans les arts et la littérature (P.U. Rennes), désormais accessible en ligne sur OpenEdition, explore cette fécondité qui est explorée à partir d’œuvres provenant d’époques diverses, du XVIIIe au XXIe siècle, et dans des aires géographiques et culturelles variées, du Congo à la Suède, en passant par l’Espagne, l’Italie et la France. La perspective adoptée est résolument interdisciplinaire, l’obscurité nourrissant à parts égales la littérature, le théâtre, la philosophie, la musique et les arts visuels. L’obscurité, ou plutôt les obscurités, du flou à la tache d’encre, du clair-obscur à la nuit noire. Ainsi se révèlent sa richesse et sa diversité : elle est non seulement une image ou un symbole (celui d’époques troublées, de traumatismes individuels ou collectifs), mais aussi le lieu d’expériences métaphysiques et esthétiques, de révélations paradoxales, d’égarements et de tâtonnements toujours fructueux.

(Illustr. Joseph le Charpentier, Georges de la Tour, 1642, Musée du Louvre)

La littérature française en Europe centrale

La littérature française en Europe centrale

Écrivains sociologues

Écrivains sociologues

Le manifeste s'éclate

Le manifeste s'éclate

"Le manifeste est mort, vive le manifeste !" Aujourd’hui plus que jamais, cet adage d’inspiration royaliste affirme toute son actualité : en dépit de sa mort, annoncée dans les années 1980, le manifeste est de retour, dans les lettres, dans les arts, et bien au-delà. Si dès le début des années 2000 la critique s’accorde sur le constat de ce retour, le territoire du manifeste contemporain reste encore relativement inexploré. Comment décrire et analyser ces « manifestes après le manifeste », dont le caractère transversal et les formes largement atypiques rendent caduque la plupart des modèles critiques développés pour les étudier, fondés exclusivement, le plus souvent, sur les productions des avant-gardes historiques ? Prenant la suite d'un numéro intitulé "Manifeste à travers les arts : devenirs d’un genre indiscipliné", la nouvelle livraison de la revue Itinéraire(s) initiée par Jean-Marc Baud, Viviana Birolli et Camille Bloomfiel dexplore plus spécifiquement, dans le prolongement du projet Manart et de sa base de données regroupant plus de 750 références, le vaste panorama des manifestes des années 1960 jusqu’à l’extrême contemporain, en littérature, mais aussi en design, en photographie ou au cinéma, pour tenter de saisir ce genre protéiforme en constante évolution. Le sommaire est directement accessible en ligne sur OpenEdition…

(Illustr. : Gilles Barbier, 2009 ; Collection particulière, galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris)

L'autobiographie selon Ricœur

L'autobiographie selon Ricœur

Le désir de se raconter accompagne la philosophie occidentale depuis son origine. Pourtant celle-ci a longtemps ignoré l’autobiographie – silence que Paul Ricœur est venu rompre. Que révèle le geste de se raconter ? Que signifie donner voix à son passé, à ses doutes, à ses aveux ? Que se joue-t-il, pour la pensée, dans l’acte de confession ? Monica Gorza consacre un essai à la réflexion de Ricœur sur la narration de soi. : L'autobiographie à l'épreuve de la confession. Penser avec Paul Ricœur (Hermann). 

Rappelons, au sein des Colloques en ligne de Fabula, le sommaire "L’héritage littéraire de Paul Ricœur" dans lequel Micheline Cambron a réuni les actes du colloque organisé par la Chaire du Québec contemporain de l’Université Sorbonne Nouvelle, en collaboration avec le Centre de recherche sur les arts et le langage (EHESS/CNRS) et avec le concours du Fonds Ricœur.

(Illustr : J.-J. Rousseau écrivant, gravure issue d'une édition des Confessions datant de 1934)

Dix versions de Kafka

Dix versions de Kafka

La collection Champs Flammarion réédite l'essai de Maïa Hruska couronné par plusieurs prix lors de sa parution en 2024 : dans Dix versions de Kafka, l'essayiste s'attache aux premiers traducteurs de Kafka, qui ne le sont pas devenus par hasard : tous y projettent quelque chose d’eux-mêmes. Paul Celan et Primo Levi le traduisent à leur retour des camps, en roumain et en italien. Milena Jesenská le traduit amoureusement en tchèque avant d’être déportée et Jorge Luis Borges en espagnol avant de perdre la vue. Son traducteur français, Alexandre Vialatte, décèle en lui une nouvelle forme d’hilarité… Maïa Hruska tire le fil des échevaux littéraires et politiques du xxe siècle, délivre dux versions du romancier pragois qui sont autant de leçons d'Histoire, en dévoilant comment Kafka est devenu Kafka.

Au lendemain du Centenaire de la disparition de Franz Kafka (2024) et dans le prolongement d'un séminaire qui se tient ce semestre à l'Université de Lausanne, la revue des parutions Acta fabula se propose de publier un dossier critique sur ceux des essais parus ou réédités durant la dernière décennie qui témoignent d'un renouvellement des interprétations (politiques, éthiques et philosophiques), mais aussi de l'intérêt porté à l'histoire de la réception de l'écrivain pragois comme au destin de ses manuscrits. Toute personne intéressée peut se porter librement candidate pour la recension d'un des titres proposés.