Archives : Éditos accueil

Nouvelles

T'es sérieuse, là ?

Edito Accueil - Publié le 17 Janvier 2026 par Marc Escola

On doit à Laélia Véron une thèse sur le trait d'esprit chez Balzac, récemment publiée sous le titre Le Mot fatal (Classiques Garnier), mais aussi des essais incisifs sur les liens entre langage et pouvoir :  Le français est à nous ! co-signé avec Maria Candea (La Découverte) et, avec Karine Abiven, Trahir et venger (La Découverte encore), dont Jérôme Meizoz avait rendu compte pour Acta fabula. Elle publie aujourd'hui avec Guillaume Fondu (à La Découverte toujours) sous le titre assez parlant de "T'es sérieuse ?"  un nouvel essai sur les Problèmes politiques de l'ironie. Réputée critique par essence, en ce qu'elle permet par exemple de reconsidérer de manière critique les discours dominants en jouant des effets de mention et d'écho, l'iro...

Les routes d'Annemarie Schwarzenbach

Edito Accueil - Publié le 16 Janvier 2026 par Marc Escola

Écrivain, archéologue, Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) fut aussi journaliste et photographe. Ses reportages la menèrent sur les routes du monde, d’Istanbul à Persépolis, de l’Europe centrale à New York, de Lisbonne à Brazzaville, de Madrid à Tanger. Les grands lointains l’attiraient irrésistiblement, mais elle ne perdait jamais de vue le dramatique combat du moment en Europe, la lutte contre le nazisme. On lui doit un Éloge de la liberté que les éditions Payot nous redonnent à lire, en même temps que les récits trop méconnus de son séjour à Paris à l'automne 1928 : racontés par une voix androgyne, ils offrent une plongée queer et mélancolique dans le Paris de l’entre-deux-guerres, évoquent la beauté des femmes, notre fragilité, l’exi...

"Un morceau flottant d’espace" : les hétérotopies maritimes

Edito Accueil - Publié le 15 Janvier 2026 par Marie Berjon

Le huis clos des navires, qui réunit pendant un temps limité des hommes — et parfois des femmes — venus d’horizons divers, constitue un espace d’exception, à la fois profondément marqué par les déterminismes sociaux qui ont conduit à ce rassemblement, et partiellement en dehors de la société, situé dans une marge mouvante. Sa représentation ouvre les œuvres littéraires à des enjeux tant sociopolitiques et anthropologiques que métanarratifs, dans la mesure où l’espace-temps du voyage maritime constitue dans les romans ou nouvelles maritimes un motif spéculaire, une mise en abyme du chronotope de la narration. C’est à travers le concept d’hétérotopie, évoqué plus que théorisé par Michel Foucault à la fin des années 1960, qu’une journée d’é...

Aragon, Picasso et le Parti

Edito Accueil - Publié le 14 Janvier 2026 par Marc Escola

À la demande d’Aragon, Picasso réalise en mars 1953 un portrait de Staline pour illustrer la Une du numéro des Lettres Françaises consacré à la mort du Petit Père des Peuples. À peine publié, ce portrait d’un Staline juvénile provoque un scandale dans les rangs communistes, parmi les militants comme dans la direction du PCF, où certains saisissent l’occasion pour régler son compte au poète Aragon, protégé de Maurice Thorez alors en convalescence à Moscou… Lequel s’empressera dès son retour quelques semaines plus tard de clore l’affaire par un non-lieu tandis qu’Aragon, meurtri par les critiques, parachève sa revanche… Dans Un portrait de Staline. Aragon, Picasso et le parti communiste (La Fabrique), Laurent Lévy fait l'histoire de ce des...

La voix de Léona

Edito Accueil - Publié le 13 Janvier 2026 par Marc Escola

Un des plus beaux récits de la littérature française, Nadja, est écrit à partir d'une histoire vraie : celle de l’amour entre André Breton et Nadja. Longtemps, on a cru que Nadja était une actrice, Blanche Derval, sinon un être de fiction. Mais des découvertes et des ventes récentes de manuscrits, de lettres et de carnets de Breton ont permis de redécouvrir la femme derrière le récit. Une émission sur France Culture avait révélé son vrai nom, en interrogeant Olivier Wagner, conservateur chargé de collections au Service des Manuscrits modernes et contemporains de la BnF où est conservé le manuscrit original de Breton. Ella Balaert consacre aujourd'hui tout un livre à Léona D. La femme cachée dans le mythe de Nadja (éd. des Femmes), en res...

Pantagruel, suite et fin

Edito Accueil - Publié le 12 Janvier 2026 par Marc Escola

Mireille Huchon édite le Cinquième livre de Rabelais pour Folio Classiques : Panurge veut se marier mais craint d’être cocu ; pour se décider, il a consulté les sages et les fous de ce monde, en vain. Accompagné de Pantagruel, Frère Jean et Épistemon, il poursuit son voyage extraordinaire vers le temple de la Dive Bouteille, objet dont les propriétés divinatoires semblent tout indiquées pour résoudre son problème. Il lui faudra cependant faire escale sur de nombreuses îles aux habitants et aux mœurs fort étranges. Ce cinquième et dernier tome de la saga pantagruélique offre au lecteur un condensé du génie rabelaisien, entre finesse des références littéraires, humour incisif et érudition insatiable. Un livre-monde, ou...

Roussel par Foucault

Edito Accueil - Publié le 12 Janvier 2026 par Marc Escola

Gallimard réédite dans la collection Tel l'essai de Michel Foucault sur Raymond Roussel, dont la parution remonte à 1963 et qui constitua la première tentative pour analyser l'ensemble de l'œuvre d'un des auteurs les plus fascinants du premier XXe siècle. Une lecture patiente de l'œuvre qui y retrouve partout les mêmes formes : le jeu du double et du même, de la différence et de l'identité, du temps qui se répète et s'abolit, du mot qui glisse sur lui- même et dit autre chose que ce qu'il dit. L'œuvre de Roussel serait le premier inventaire, en forme de littérature, des pouvoirs dédoublants du langage. Un Traité de Rhétorique appliqué à la pure matière verbale. Rappelons qu'un fort volume de la collection "Bouquins" est ve...

Regarder le monde

Edito Accueil - Publié le 10 Janvier 2026 par Marc Escola

Après Cartes invisibles. Littérature, cinéma, politique (Mimésis, 2024), qui faisait suite à un numéro de la revue Phantasia, “Décrire la carte, écrire le monde” (2023), Isabelle Ost prolonge le dialogue entre littérature et cartographie avec Regarder le monde (Mimèsis). Modèle d’une représentation qui se joue de la mimésis, la carte exacerbe nos fantasmes de maîtrise et nos désirs d’immensité ; la littérature, du moment romantique à la période contemporaine, transpose ce regard fondateur pour explorer différentes modulations de description de l’espace et leurs effets esthétiques. De leur rencontre naît l’idée d’un "regard cartographique" des œuvres, ce regard qui s’approprie le réel en variant les angles de vue et les jeux d’échelle : r...

Claudel entre dans la GF

Edito Accueil - Publié le 09 Janvier 2026 par Marc Escola

Après Gide en 2022, c'est au tour de Claudel (1868-1955) de tomber de tout son haut dans le domaine public, et d'entrer dans la GF-Flammarion, pour qui Françoise Dubor a procuré coup sur coup les éditions du Soulier de satin (1929) et du Partage de midi (1906). De belles occasions de retrouver sous des habits neufs l'amour impossible aussi bien qu'immortel de doña Prouhèze et don Rodrigue, et de reprendre le voyage vers Hong Kong avec De Ciz, Ysé, Amalric et Mesa. On attend maintenant le retour de L’Annonce faite à Marie et la reprise de L’Échange. (Photo : Le Soulier de satin, m.e.s d'Éric Ruf, 2025, photo ©Jean-Louis Fernandez – coll. Comédie-Française)

Mme Bovary et moi

Edito Accueil - Publié le 08 Janvier 2026 par Marc Escola

Dans Madame Bovary, ma mère et moi qui paraît ces jours-ci aux éditions de l'Aube, Samira El Ayachi explore l’héritage procuré mères et les livres. L'ombre du personnage de Flaubert hante l'héroïne de ce roman qui tient sans doute beaucoup de l'autobiographie fragmentaire. Le livre tisse l’intime, la mémoire familiale et la littérature, pour approcher la relation entre une mère silencieuse et une fille soucieuse des mots, en explorant un angle mort de notre histoire collective : la santé mentale des femmes arrivées en France avec le "regroupement familial", au tournant des années 80. Signalons la parution à l'automne dernier du récit-essai de Smaïn Laacher, L'Algérie, ma mère et moi (Grasset), sur l'incommunicabilité dans les relations p...

Les meilleures années de Charles Juliet

Edito Accueil - Publié le 08 Janvier 2026 par Marc Escola

Charles Juliet nous a quitté le 26 juillet 2024. Les éditions P.O.L travaillaient avec lui à l’édition du onzième volume de son extraordinaire journal, à dater de l’année 2013. Il en avait fermement arrêté le titre : Mes meilleures années. Le volume qui était encore en chantier est paru au mois de décembre dernier, réunissant les textes inédits qu’il avait sélectionnés, dans un ordre fragmentaire qui restait à définir, mais qui peuvent être lus aujourd’hui comme sa volonté de rencontrer "ce qui appartient à tous, là où j’ai chance d’accéder au permanent, à l’intemporel". Charles Juliet évoque ses lectures, ses rencontres, revient sur son parcours, son enfance, et surtout sur l’histoire douloureuse, mais toujours déterminée, de sa vocatio...

Pensées de Perros

Edito Accueil - Publié le 07 Janvier 2026 par Marc Escola

Jean-Pierre Siméon publie une sélection des Pensées collées de Georges Perros :  un choix parmi les milliers de pages laissées par l'écrivain aussi discret que prolixe, "pour faire apparaître la constance et la cohérence de ce vœu ardent qui sous-tend toute l’œuvre de ce veilleur des embruns parti vivre à Douarnenez le compagnonnage du ciel ouvert et du grand large : vivre une vie intense et libre au plus près du réel, au cœur de la vie ordinaire, au diapason de la poésie. Mais il n’y a pas de vérité assénée ici, pas de coaching du mal-être, de voie à sens unique ni de système clefs en main, seulement du donné à penser". Fabula vous invite à découvrir quelques-uns de ces 350 fragments en feuilletant le livre… Rappelons la parution en ...

Vœux à volonté !

Edito Accueil - Publié le 04 Janvier 2026 par Marc Escola

L'équipe Fabula présente ses meilleurs vœux à ses lectrices en tous genres : que l'année 2026 vous soit riche en lectures et découvertes, généreuse en rencontres et échanges, et fertile en idées ! Et pour rendre ces souhaits immédiatement concrets : vos premières lectures sont d'ores et déjà à découvrir à la rubrique des nouvelles parutions…

Back to 1966

Edito Accueil - Publié le 03 Janvier 2026 par Marc Escola

Et si la première de nos résolutions pour 2026 consistait à rajeunir de soixante ans ? Ou tout au moins à faire un salto arrière (toujours périlleux) jusqu'à cette année 66 qui vit paraître coup sur coup Critique et vérité de Barthes, Figures de Gérard Genette, Les Mots et les Choses de Foucault, Problèmes de linguistique générale de Benveniste, ou les Ecrits de Lacan, et qui vit sortir sur les écrans Masculin féminin de Godard,  La Guerre est finie de Resnais, La Religieuse de Rivette, ou encore Au hasard Balthazar de Bresson…  Antoine Compagnon avait consacré à cette année singulière un cours au Collège de France resté fameux. Nos deux revues Fabula-LTH et Acta Fabula s'étaient alors associées pour publier les actes du séminaire lié à ...

Trois Mexique

Edito Accueil - Publié le 02 Janvier 2026 par Marc Escola

Dans son nouveau récit, J. M. G. Le Clézio se penche sur trois figures mexicaines de son panthéon personnel : la poétesse sœur Juana Inés de la Cruz (1651-1695), génie méconnu et féministe avant l’heure ; l’écrivain Juan Rulfo (1917-1986), mythique auteur du roman Pedro Páramo et d’un seul recueil de nouvelles, véritable inventeur du réalisme magique ; et Luis González y González (1925-2003), historien de son village perché natal, qui est la première expression de ce qui deviendra plus tard la microhistoire. Par leur attachement à la terre, leur "mexicanité" instinctive et leur recherche d’authenticité dans l’écriture, Cruz, Rulfo et González illustrent des thèmes chers au plus mexicain des auteurs français. Fabula vous invite à feuillet...

Marguerite & Virginia

Edito Accueil - Publié le 01 Janvier 2026 par Marc Escola

"J’ai traduit en français The Waves, l’avant-dernier roman de Virginia Woolf, et je ne le regrette pas, puisque dix mois de travail ont eu pour récompense une visite à Bloomsbury, et deux brèves heures passées aux côtés d’une femme à la fois étincelante et timide, qui me reçut dans une chambre envahie par le crépuscule. On se trompe toujours quand il s’agit des écrivains de son temps : on les surfait, ou on les dénigre. Je ne crois pourtant pas commettre d’erreur quand je place Virginia Woolf parmi les quatre ou cinq grands virtuoses de la langue anglaise et entre les rares romanciers contemporains dont l’œuvre a quelques chances de durer plus de dix ans. Et j’espère même, malgré tant de signes du contraire, qu’il y aura ...

Affichage de 16 nouvelles sur 16