éditoriaux

Back to 1966

Back to 1966

Et si la première de nos résolutions pour 2026 consistait à rajeunir de soixante ans ? Ou tout au moins à faire un salto arrière (toujours périlleux) jusqu'à cette année 66 qui vit paraître coup sur coup Critique et vérité de Barthes, Figures de Gérard Genette, Les Mots et les Choses de Foucault, Problèmes de linguistique générale de Benveniste, ou les Ecrits de Lacan, et qui vit sortir sur les écrans Masculin féminin de Godard,  La Guerre est finie de Resnais, La Religieuse de Rivette, ou encore Au hasard Balthazar de Bresson…  Antoine Compagnon avait consacré à cette année singulière un cours au Collège de France resté fameux. Nos deux revues Fabula-LTH et Acta Fabula s'étaient alors associées pour publier les actes du séminaire lié à ce cours sous le titre "1966, annus mirabilis" et pour relire quelques-unes des publications et sorties les plus marquantes de cette année analytique dans un copieux "Dossier critique". Les deux sommaires montraient que la révolution théorique alors à l'œuvre croisait sans cesse de profondes mutations sociologiques : 66 fut notamment l'année où entra en vigueur la réforme des régimes matrimoniaux qui rendait effective la capacité juridique de la femme mariée - les femmes et la jeunesse, auscultées par Godard, étaient bien les agents de la modernisation alors en cours.

Antoine Compagnon fait paraître ces jours-ci dans la Bibliothèque des Histoires (Gallimard) un nouvel essai : 1966, année mirifique, qui s'attache à en restituer le tissu, au fil d'une enquête profondément novatrice où se croisent, entre marée structuraliste et Nouvelle Vague, Georges Perec, Michel Foucault, le briquet jetable, André Malraux, les livres de poche, La Grande Vadrouille, la microcassette Philips, ainsi que Marguerite Duras, Aragon, Jean-Luc Godard, Roland Barthes et bien d’autres. Il y est question de choses et de mots, de sons et d’images, mais encore d’histoire et de sociologie, de cinéma et de télévision, de poésie et de musique, de révolte aussi — deux ans avant Mai —, et de mémoire, avec le débat sur les camps d’extermination. Il n’en faut pas moins pour recomposer cet incendie prodigieux qui marque un seuil entre deux époques. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage… Se trouve réédité dans le même temps un précédent essai de l'Académicien : La littérature, ça paye ! dans la collection Folio Actuel (Gallimard toujours).

Trois Mexique

Trois Mexique

Marguerite & Virginia

Marguerite & Virginia

"J’ai traduit en français The Waves, l’avant-dernier roman de Virginia Woolf, et je ne le regrette pas, puisque dix mois de travail ont eu pour récompense une visite à Bloomsbury, et deux brèves heures passées aux côtés d’une femme à la fois étincelante et timide, qui me reçut dans une chambre envahie par le crépuscule. On se trompe toujours quand il s’agit des écrivains de son temps : on les surfait, ou on les dénigre. Je ne crois pourtant pas commettre d’erreur quand je place Virginia Woolf parmi les quatre ou cinq grands virtuoses de la langue anglaise et entre les rares romanciers contemporains dont l’œuvre a quelques chances de durer plus de dix ans. Et j’espère même, malgré tant de signes du contraire, qu’il y aura encore vers l’an 2500 quelques esprits assez avertis pour goûter les subtilités de cet art." Sous le titre Sur Virginia Woolf. Une femme étincelante et timide et autres textes brefs la collection Folio accueille quatre courts essais critiques de Marguerite Yourcenar consacrés à Woolf, Poussin, Mozart et Borges ; comme le volume paraît dans la série "Folio 3 €", chacun de ces essais vous reviendra à moins d'un euro : l'intelligence n'a jamais été si bon marché. Fabula donne à lire quelques pages du volume…

Rappelons la récente publication dans Bibliothèque de la Pléiade d'un volume Mrs Dalloway et autres écrits de Virginia Woolf, préfacé par Gilles Philippe.

L'adieu au journal

L'adieu au journal

À une époque pas si lointaine, le journal était partout. On le recevait chez soi et on le feuilletait en buvant son café. Objet de la mobilité connectée, on le lisait dans les transports. Il se logeait dans nos fictions, dans nos œuvres d’art et dans la conscience du monde. Il donnait accès aux émotions de la vie publique, reflétait l’univers sensible et permettait de saisir la dimension des territoires humains. Avec l’arrivée d’Internet, le journal s’est lentement retiré de la vie quotidienne. Les cris des camelots ont cessé de résonner dans les villes. Les foyers ont résilié leurs abonnements. De nombreux points de vente ont fermé. Nombre de titres et tirages se sont effondrés. Le journal s’est effacé, discrètement. Dans L’adieu au journal (CNRS éd.), Guillaume Pinson vient rappeller l’extraordinaire richesse du journal en plongeant dans son âge d’or, entre le XIXe et le XXe siècle. La réflexion se fonde sur quatre hypothèses, moyens originaux d’entrer dans cette histoire.: le journal comme générateur d’émotions et d’un «.nouvel âge des affects.».; le journal comme appareil fabuleux et paradoxal à enregistrer les sons.; le journal comme empire de papier, dont l’influence s’étendait à l’échelle du globe.; le journal, enfin, comme machine à explorer le temps, en particulier le futur. "Or, nous sommes aujourd’hui ce futur, et il est numérique. L’essai se penche sur la tension qui résulte de la comparaison entre l’ère médiatique et l’ère numérique, mais plaide aussi pour que nous disions enfin adieu au journal, sereinement et résolument. Car le journal nous hante, et avec lui une vieille conception du journalisme, qui nous empêche de voir que quelque chose de neuf est en train de s’inventer".

Renvoyons à cette occasion à la riche entrée "Presse" de l'index de notre revue des parutions Acta fabula.

(Illustr. Crieurs de journaux à la sortie des anciens locaux de La Dépêche rue Bayard à Toulouse au début du 20e siècle. Photo DDM archives)

Poétique, n° 198

Poétique, n° 198

La revue Poétique publie son 198e numéro (toujours au Seuil, et toujours sous la direction de Michel Charles), à retrouver en librairie ou à lire en ligne via Cairn. Si la revue se refuse encore et toujours aux appels à contributions, il lui arrive de proposer des dossiers, en procédant à des regroupements parmi les articles spontanément adressés. Le nouveau sommaire accueille ainsi deux "questions d'esthétique théâtrale" : Jean de Guardia inaugure une "Poétique des situations dramatiques" et Tsolag Paloyan fait passer les textes dramatiques de "La rampe [à] l’étagère". Un second ensemble se met à l'écoute des "voix plurielles" de la fiction romanesque : Christian Michel milite "Pour une poétique du roman choral", Diane Kalms s'attache aux "Résonances narratives de la sixième personne", et Régine Borderie aux Émotions collectives dans les fictions du premier XIXe siècle. Karine Abiven se demande par ailleurs si les "Pensées" ne constitueraient pas un "Pascaliana", ce qui est une belle façon de lire le volume mis en circulation en 1670. Et Samuel Bidet fait entrer la bande-dessinée dans Poétique, en nous lançant à la poursuite d'un inattendu "Tintin" baroque.

L'assassin du genre humain

L'assassin du genre humain

Le lundi 18 mars 1946, au Palais de justice de Paris, s’ouvre le procès du docteur Marcel Petiot, accusé de vingt-sept assassinats mais dont il est permis de penser qu’il y en eût beaucoup d’autres. Prétendant appartenir à un réseau de résistants et faciliter l’évasion de familles juives, Petiot les dévalisait, les droguait, et les achevait dans le calorifère du 21 rue Le Sueur, où l’on retrouva les traces d’une dizaine de ses victimes. De nos jours, à Paris. Jade, brillante étudiante, prépare une thèse de doctorat en criminologie sous la direction de l’ambigu professeur Nagral : "Personnalité et meurtres du docteur Marcel Petiot (1897-1946)". Jade, possédée par son sujet au point d’avoir des visions du passé comme du futur, est persuadée que Petiot est un idéologue en action, le sismographe d’une époque où la barbarie emporta tout sur son passage. Mais en a-t-on vraiment terminé avec l’horreur ? Est-ce que le passé peut resurgir ? Et les démons revenir hanter nos nuits ? Tobie Nathan fait paraître L'assassin du genre humain (Stock). Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

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Ou feuilleter l'album de l'année écoulée…

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