Questions de société

éditos

Sombres Lumières

Sombres Lumières

Au cours des années 2010 et 2020, aux États-Unis, une nouvelle contre-culture de droite radicale s’est développée sur internet. Ses figures centrales, comme Curtis Yarvin ou Nick Land, écrivent le plus souvent sous pseudonymes, sur des blogs et sur les réseaux sociaux. Ils ont donné à ce mouvement son nom, la "néoréaction", ou encore les "Lumières sombres". Les idées qu’ils défendent sont à la fois anciennes et hypermodernes : détruire la démocratie, établir une monarchie, diriger l’État comme une entreprise, rétablir les inégalités entre hommes et femmes, affirmer les différences entre patrimoines génétiques… D’abord marginaux, ils ont peu à peu obtenu le soutien de certains milliardaires de la Silicon Valley, et leur audience n’a cessé de s’élargir depuis. Avec la victoire de Donald Trump en novembre 2024, ils estiment avoir désormais les mains libres pour faire de l’Amérique le laboratoire de leurs vœux les plus fous. Dans Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire (Gallimard/Le Grand Continent), Arnaud Miranda en livre une première analyse qui met en lumière l’originalité des néoréactionnaires tout en les inscrivant dans l’histoire longue des idées. Elle donne à lire leurs textes et permet de prendre la mesure de ce qui pourrait bien devenir notre futur. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Signalons au passage les six épisodes de la série "Lumières, anatomie d'un idéal" créée par Antoine Lilti pour France Inter, dont le dernier est consacré au "Dark Enlightenment", qui irrigue le cœur de la pensée trumpiste.

(Illustr. Thomas Trutschel ©Getty, source : Radio France)

Prendre la parole

Prendre la parole

Sous le titre Prendre la parole. L'histoire orale entre récits, imaginaires et dialogues, les éditions marseillaises Agone offre à la fois une somme polyphonique du travail d’Alessandro Portelli et une introduction à son œuvre, inédite en français. Le livre repose sur deux lignes directrices. La première d’ordre social et politique : elle aborde l’histoire de la ville ouvrière et de l’usine en Italie, en lien avec l’histoire des conflits sociaux et politiques à l’époque contemporaine ; elle se déploie également vers l’analyse de l’histoire syndicale et des luttes pour les droit civiques aux États-Unis. La seconde ligne est celle du rôle de l’histoire orale comme moteur du récit historique et comme révélateur des pratiques de la langue. La richesse des terrains s’étend à l’étude des musiques populaires américaines et italiennes ; à l’histoire de la résistance ouvrière italienne pendant la Seconde Guerre mondiale face aux répressions fascistes ; à l’histoire de conflits plus récents et des mouvements étudiants contemporains. Le recueil est notamment constitué des matériaux inédits issus des deux terrains majeurs de Portelli : la mémoire ouvrière des mines de la région des Appalaches à Harlan County (Kentucky, États-Unis) et celle de la ville sidérurgique de Terni (Ombrie, Italie). Ces deux terrains ont fait l’objet de publications de référence qui paraîtront aux mêmes éditions dans les mois qui viennent. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Sur la question de l'histoire orale, rappelons le récent numéro de Gradhiva, supervisé par Irene Albers et Éléonore Devevey et déjà salué par Fabula : "Paroles spoliées. Itinéraires de la littérature orale".

Sur les traces du temps

Sur les traces du temps

Norbert Elias dans la solitude des mourants

Norbert Elias dans la solitude des mourants

Alors que les tabous liés à la sexualité s’effacent peu à peu, la mort, elle, tend à disparaître de l’imaginaire collectif. Autrefois vécue comme un événement social, l’agonie apparaît aujourd’hui comme une expérience solitaire. Entre progrès de médecine et recul du sentiment religieux, c’est cette contradiction entre une existence à la fois mieux maîtrisée dans son déroulement et de plus en plus insaisissable dans son issue que Norbert Elias explore ici. En croisant approches historiques, psychologiques et philosophiques, il nous confronte à ces angoisses fondamentales. Flammarion réédite dans la collection "Champs" et avec une postface signée par Didier Éribon ce titre Indisponible en français depuis 10 ans.

Leçons de la Commune

Leçons de la Commune

Le 18 mars 1871 sonne comme une date ineffaçable, glorieuse pour les uns, maudite pour les autres. Ce jour-là Paris s’insurge. Après avoir subi le siège des Prussiens, la ville refuse d’être désarmée par le gouvernement de M. Thiers. S’ensuit l’instauration de la Commune, qui se maintiendra soixante-douze jours avant d’être écrasée par l’armée versaillaise au terme d’une "Semaine sanglante". Dans La Commune. La guerre civile des Français (18 mars 1871) qui paraît dans la série "Les journées qui ont fait la France" des éditions Gallimard, Michel Winock retrace cette journée dramatique. Il met au jour les déchirements de la nation, la genèse de la révolution qui prendra le caractère d’une guerre civile dont il s’efforce de sonder les ressorts. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage… Signalons au passage la réédition dans la collection Folio de Jours anciens de l'historien, paru en 2020.

Les mêmes presses rééditent avec une préface de Michelle Perrot la célèbre biographie de Louise Michel par Édith Thomas, paru à titre posthume en 1971, l’année du centenaire de la Commune. Fabula vous propose de feuilleter l'ouvrage…

(Illustr. : Vue générale du parc d'artillerie de la Butte Montmartre, 18 mars 1871 ©AFP)

Passions publiques

Passions publiques

L’emprise des émotions, dit-on souvent aujourd’hui, emporte tout sur son passage, à commencer par les conditions même du débat public. Mais l’absence d’émotion est-elle la condition d’une raison publique qui ne saurait s’exercer que dans le silence des passions ? Dans un essai intitulé Passions publiques (Seuil), Myriam Revault d’Allonnes s’attache à défaire le grand partage du sensible et de l’intelligible, de la raison et des passions. En montrant comment s’entrelacent la rationalité politique, la sensibilité collective et les conditions de l’agir humain, elle revisite des traditions de pensée qui, non seulement ont prêté attention au caractère irréductible des passions, mais ont interrogé les conditions auxquelles elles pouvaient se situer au principe même de la production du lien social. Un chemin de pensée pour nous aider à mieux comprendre les nouvelles mobilisations où le vécu, le sentiment d’injustice, le souci de l’égale dignité jouent un rôle majeur. 

(Illustr. : Portement de Croix, ca. 1510, attrib. à Jérôme Bosch, Musée des beaux-arts de Gand)

La philosophie selon Jean-Baptiste Brenet

La philosophie selon Jean-Baptiste Brenet