Questions de société

éditos

Passions publiques

Passions publiques

L’emprise des émotions, dit-on souvent aujourd’hui, emporte tout sur son passage, à commencer par les conditions même du débat public. Mais l’absence d’émotion est-elle la condition d’une raison publique qui ne saurait s’exercer que dans le silence des passions ? Dans un essai intitulé Passions publiques (Seuil), Myriam Revault d’Allonnes s’attache à défaire le grand partage du sensible et de l’intelligible, de la raison et des passions. En montrant comment s’entrelacent la rationalité politique, la sensibilité collective et les conditions de l’agir humain, elle revisite des traditions de pensée qui, non seulement ont prêté attention au caractère irréductible des passions, mais ont interrogé les conditions auxquelles elles pouvaient se situer au principe même de la production du lien social. Un chemin de pensée pour nous aider à mieux comprendre les nouvelles mobilisations où le vécu, le sentiment d’injustice, le souci de l’égale dignité jouent un rôle majeur. 

(Illustr. : Portement de Croix, ca. 1510, attrib. à Jérôme Bosch, Musée des beaux-arts de Gand)

Norbert Elias dans la solitude des mourants

Norbert Elias dans la solitude des mourants

Alors que les tabous liés à la sexualité s’effacent peu à peu, la mort, elle, tend à disparaître de l’imaginaire collectif. Autrefois vécue comme un événement social, l’agonie apparaît aujourd’hui comme une expérience solitaire. Entre progrès de médecine et recul du sentiment religieux, c’est cette contradiction entre une existence à la fois mieux maîtrisée dans son déroulement et de plus en plus insaisissable dans son issue que Norbert Elias explore ici. En croisant approches historiques, psychologiques et philosophiques, il nous confronte à ces angoisses fondamentales. Flammarion réédite dans la collection "Champs" et avec une postface signée par Didier Éribon ce titre Indisponible en français depuis 10 ans.

Vénus tout entière

Vénus tout entière

La toile retournée

La toile retournée

Après le philosophe Michel Foucault, l'historien de l'art Daniel Arasse et quelques autres bons esprits, Jérémie Koering mène l'Enquête sur Les Ménimes dans un essai qui paraît aux éditions Actes Sud avec une préface de Tanguy Viel et ce sous-titre : Velázquez et le regard du roi. Il lève le voile sur les mystères attachés à cette toile qui occupe une place particulière dans notre imaginaire artistique : mystère objectif, lié à notre méconnaissance du fonctionnement de la peinture du XVIIe siècle ; mystère subjectif, puisque Velázquez a tout fait pour que le regardeur se sente concerné par ce qui se donne à voir ; et mystère réflexif, celui d’une toile retournée, qui garde obstinément le secret de son sujet. L’enquête historique menée par Jérémie Koering révèle les ressorts par lesquels le peintre transforme la représentation en véritable intrigue picturale.

Paraît dans le même temps un essai de Javier Portús, Scénographie d’un chef-d’œuvre : Velázquez et la salle des Ménines au musée du Prado (Éditions 1:1) qui livre les résultats d'une tout autre enquête, menée parmi les per­sonnes ayant connu le musée du Prado avant 1978, pour recueillir les souvenirs associés à leurs visites et quels espaces ont marqué leur mémoire. Une façon de cerner le lieu où le tableau de Velázquez était alors exposé de façon in­dépendante : la "Salle des Ménimes" qui isolait la toile du reste de la collection ; le concept de « chef-d’œuvre » était, pour ainsi dire, « mis en scène » par le musée.

La philosophie selon Jean-Baptiste Brenet

La philosophie selon Jean-Baptiste Brenet

Ne négligeons rien

Ne négligeons rien

On a tort de négliger la négligence, car elle est partout. Elle est devenue un phénomène économique majeur avec le développement des plateformes numériques par lesquelles nous accédons à toutes sortes de biens et de services. Ainsi laissons-nous courir notre abonnement à tel service de diffusion de séries que nous ne regardons plus  ; nous oublions de résilier l’assurance de cet appareil ménager qui a cessé de fonctionner  ; nous délaissons, après quelques semaines, la salle de sport à laquelle nous nous sommes abonnés pour l’année. Avec Négligences (Calmann-Lévy), Maya Bacache-Beauvallet et Françoise Benhamou décryptent le fonctionnement de cette économie de l’inattention. Elles montrent comment chaque individu, au lieu d’évaluer rationnellement les coûts et les avantages de ses décisions, privilégie ses intérêts à court terme au détriment de son bien-être futur. Les auteures pointent les menaces que fait peser la négligence sur notre environnement, voire sur notre vie démocratique. Mais la négligence n’est pas toujours un poison lent. Elle peut être aussi ce degré de liberté, de folie parfois, qui  permet, par un pas de côté, de découvrir des voies nouvelles, des  chemins de traverse. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

L'expressivité des formes

L'expressivité des formes