Questions de société

éditos

En famille

En famille

Outre des travaux sur Rousseau, dont un essai consacré aux rapports entre Anthropologie, morale et politique dans l'œuvre du philosophe sous le titre L'Histoire de la raison (Champion) et une toute récente réédition de la Profession de foi du vicaire savoyard issue livre IV de l'Émile (GF-Flammarion), on doit à Gabrielle Radica d'avoir initié une réflexion philosophique sur la famille, notamment avec un volume collectif paru chez Vrin : Philosophie de la famille. Communauté, normes et pouvoirsElle fait aujourd'hui paraître La famille des classiques. Parenté, mariage et propriété dans la philosophie des XVIIe et XVIIIe sicèles dans la collection "La croisée des chemins" des éditions de l'ENS dont les titres sont progressivement mis en ligne sur OpenEdition. La famille moderne n'est plus, mais son histoire reste indispensable pour qui veut comprendre qu'elle a constitué à la fois un repoussoir et un laboratoire de la famille contemporaine. "Nous héritons d’une institution complexe dans laquelle la hiérarchie, la division du travail, la différence sexuelle et générationnelle, la subsistance, le soin, les sentiments et les modalités de l’affiliation ont été bouleversés. Faire l’histoire de la famille moderne, c’est aussi la restituer dans les doctrines philosophiques classiques qui lui consacrèrent une vive attention. Grotius, Hobbes, Locke, Pufendorf, Montesquieu, Rousseau et Diderot : tous ces auteurs ont été des philosophes de la famille, tous ont affiné leurs notions afin d’intégrer la famille dans leur théorie politique et leur ontologie sociale"

(Illustr. : Le Gâteau des rois (1774) de Jean-Baptiste Greuze, Musée Fabre, Montpellier)

Peste noire

Peste noire

On appelle traditionnellement "peste noire" le moment paroxystique de la deuxième pandémie de peste, qui se diffuse en Europe à partir de 1347. Elle constitue à ce jour la plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité. Dans Peste noire (Seuil), Patrick Boucheron prend appui sur les progrès conjoints de l’archéologie funéraire et de l’anthropologie, mais aussi de la microbiologie et des sciences de l’environnement, qui en ont révolutionné l’approche. L'ouvrage propose une histoire globale et sociale d’un événement de longue durée, qui déborde les frontières chronologique,s géographiques et disciplinaires. Car la peste met à l’épreuve ce que peut l’histoire dès lors qu'elle se montre accueillante à l’apport de toutes les sciences du passé, y compris lorsqu’elles fouillent les archives du vivant et celles de la Terre. Elle fut, historiquement, une mise à l’épreuve de la capacité des pouvoirs et des sociétés humaines à faire face à la mort de masse. Proposant aussi une histoire d’après la peste, Patrick Boucheron répond à des questions plus récentes, relatives notamment aux paysages et à l’habitat, à l’environnement d’une manière générale, à l’histoire non seulement démographique mais sanitaire des populations survivantes.

(Illustr. : Italie - XVI siècle - Manuscrit du texte vernaculaire La Franceschina - Victimes de la peste à Pérouse)

T'es sérieuse, là ?

T'es sérieuse, là ?

On doit à Laélia Véron une thèse sur le trait d'esprit chez Balzac, récemment publiée sous le titre Le Mot fatal (Classiques Garnier), mais aussi des essais incisifs sur les liens entre langage et pouvoir :  Le français est à nous ! co-signé avec Maria Candea (La Découverte) et, avec Karine Abiven, Trahir et venger (La Découverte encore), dont Jérôme Meizoz avait rendu compte pour Acta fabula. Elle publie aujourd'hui avec Guillaume Fondu (à La Découverte toujours) sous le titre assez parlant de "T'es sérieuse ?"  un nouvel essai sur les Problèmes politiques de l'ironie. Réputée critique par essence, en ce qu'elle permet par exemple de reconsidérer de manière critique les discours dominants en jouant des effets de mention et d'écho, l'ironie est-elle bien le ressort d'une parole politique ? Permet-elle vraiment de souder une communauté politique ou plutôt d'entretenir certains préjugés dans le confort de l'entresoi ? Est-elle un instrument d'émancipation susceptible de renverser les hiérarchies ou bien l'expression d'un privilège (genré, lettré, etc.) ? Loin des distinctions faciles entre la "bonne" et la "mauvaise" ironie (ce qui revient, en réalité, à distinguer l'ironie qui nous plait et celle qui ne nous plait pas), le livre mène l'enquête sur les ambigüités politiques de l'ironie dans le monde contemporain. Fabula vous invite à découvrir un extrait de l'ouvrage…

Leçons de la Commune

Leçons de la Commune

Le 18 mars 1871 sonne comme une date ineffaçable, glorieuse pour les uns, maudite pour les autres. Ce jour-là Paris s’insurge. Après avoir subi le siège des Prussiens, la ville refuse d’être désarmée par le gouvernement de M. Thiers. S’ensuit l’instauration de la Commune, qui se maintiendra soixante-douze jours avant d’être écrasée par l’armée versaillaise au terme d’une "Semaine sanglante". Dans La Commune. La guerre civile des Français (18 mars 1871) qui paraît dans la série "Les journées qui ont fait la France" des éditions Gallimard, Michel Winock retrace cette journée dramatique. Il met au jour les déchirements de la nation, la genèse de la révolution qui prendra le caractère d’une guerre civile dont il s’efforce de sonder les ressorts. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage… Signalons au passage la réédition dans la collection Folio de Jours anciens de l'historien, paru en 2020.

Les mêmes presses rééditent avec une préface de Michelle Perrot la célèbre biographie de Louise Michel par Édith Thomas, paru à titre posthume en 1971, l’année du centenaire de la Commune. Fabula vous propose de feuilleter l'ouvrage…

Rappelons au passage la livraison de la revue COnTEXTES consacré aux "discours et maginaires de la commune", à l'initiative de Justine Huppe et Denis Saint-Amand.

(Illustr. : Vue générale du parc d'artillerie de la Butte Montmartre, 18 mars 1871 ©AFP)

Sombres Lumières

Sombres Lumières

Au cours des années 2010 et 2020, aux États-Unis, une nouvelle contre-culture de droite radicale s’est développée sur internet. Ses figures centrales, comme Curtis Yarvin ou Nick Land, écrivent le plus souvent sous pseudonymes, sur des blogs et sur les réseaux sociaux. Ils ont donné à ce mouvement son nom, la "néoréaction", ou encore les "Lumières sombres" (Dark Enlightenment). Les idées qu’ils défendent sont à la fois anciennes et hypermodernes : détruire la démocratie, établir une monarchie, diriger l’État comme une entreprise, rétablir les inégalités entre hommes et femmes, affirmer les différences entre patrimoines génétiques… D’abord marginaux, ils ont peu à peu obtenu le soutien de certains milliardaires de la Silicon Valley, et leur audience n’a cessé de s’élargir depuis. Avec la victoire de Donald Trump en novembre 2024, ils estiment avoir désormais les mains libres pour faire de l’Amérique le laboratoire de leurs vœux les plus fous. Dans Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire (Gallimard/Le Grand Continent), Arnaud Miranda en livre une première analyse qui met en lumière l’originalité des néoréactionnaires tout en les inscrivant dans l’histoire longue des idées. Elle donne à lire leurs textes et permet de prendre la mesure de ce qui pourrait bien devenir notre futur. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Signalons au passage les la série de podcasts "Lumières, anatomie d'un idéal" créée par Antoine Lilti pour France Inter, dont le sixième et dernier épisode est consacré au "Dark Enlightenment", qui irrigue le cœur de la pensée trumpiste.

(Illustr. Thomas Trutschel ©Getty, source : Radio France)

Prendre la parole

Prendre la parole

Sous le titre Prendre la parole. L'histoire orale entre récits, imaginaires et dialogues, les éditions marseillaises Agone offrent à la fois une somme polyphonique du travail d’Alessandro Portelli et une introduction à son œuvre, inédite en français. Le livre repose sur deux lignes directrices. La première d’ordre social et politique : elle aborde l’histoire de la ville ouvrière et de l’usine en Italie, en lien avec l’histoire des conflits sociaux et politiques à l’époque contemporaine ; elle se déploie également vers l’analyse de l’histoire syndicale et des luttes pour les droit civiques aux États-Unis. La seconde ligne est celle du rôle de l’histoire orale comme moteur du récit historique et comme révélateur des pratiques de la langue. La richesse des terrains s’étend à l’étude des musiques populaires américaines et italiennes ; à l’histoire de la résistance ouvrière italienne pendant la Seconde Guerre mondiale face aux répressions fascistes ; à l’histoire de conflits plus récents et des mouvements étudiants contemporains. Le recueil est notamment constitué des matériaux inédits issus des deux terrains majeurs de Portelli : la mémoire ouvrière des mines de la région des Appalaches à Harlan County (Kentucky, États-Unis) et celle de la ville sidérurgique de Terni (Ombrie, Italie). Ces deux terrains ont fait l’objet de publications de référence qui paraîtront aux mêmes éditions dans les mois qui viennent. Fabula vous invite à feuilleter l'ouvrage…

Sur la question de l'histoire orale, rappelons le récent numéro de Gradhiva, supervisé par Irene Albers et Éléonore Devevey et déjà salué par Fabula : "Paroles spoliées. Itinéraires de la littérature orale".

Sur les traces du temps

Sur les traces du temps