Colloques en ligne

éditos

"Un morceau flottant d’espace" : les hétérotopies maritimes

Le huis clos des navires, qui réunit pendant un temps limité des hommes — et parfois des femmes — venus d’horizons divers, constitue un espace d’exception, à la fois profondément marqué par les déterminismes sociaux qui ont conduit à ce rassemblement, et partiellement en dehors de la société, situé dans une marge mouvante. Sa représentation ouvre les œuvres littéraires à des enjeux tant sociopolitiques et anthropologiques que métanarratifs, dans la mesure où l’espace-temps du voyage maritime constitue dans les romans ou nouvelles maritimes un motif spéculaire, une mise en abyme du chronotope de la narration. C’est à travers le concept d’hétérotopie, évoqué plus que théorisé par Michel Foucault à la fin des années 1960, qu’une journée d’études tenue à Boulogne-sur-Mer le jeudi 15 juin 2023 a choisi d’étudier la représentation littéraire de l’espace étroit et souvent densément peuplé qui va de la poupe à la proue. La confrontation des différents exemples analysés invite à dresser un panorama des hétérotopies maritimes des littératures française et britannique des XIXe et XXe siècles, tout en apportant une pierre à l’édifice déjà considérable des réflexions suscitées par le concept foucaldien. Les Colloques en ligne de Fabula en accueillent aujourdh'ui les actes réunis par Julie Gay et Marie-Agathe Tilliette.

Espèces en voie d'apparition

Espèces en voie d'apparition

Après Littérature et zoomorphie satirique (XVIe-XXIe siècles) qui donnait à lire les actes du colloque tenu à Paris en novembre 2024 à l'initiative d'Anne Simon et Nicolas Corréard, les Colloques en ligne de Fabula accueillent un sommaire Espèces en voie d’apparition. Bestiaires imaginaires et encyclopédies fictives réuni par Émilie Frémond à l'issue d'un colloque coorganisé à l'INHA avec Alain Schaffner en mai de la même année. S’il n’existe qu’une façon de s’éteindre pour une espèce animale, il existe mille façons d’apparaître : dans la nomenclature du zoologiste, dans le système de l’utopiste, dans la fiction du romancier d’anticipation, dans la fable de l’auteur jeunesse ou dans la galerie du musée. Si de nouvelles espèces jusqu’alors inconnues continuent aujourd’hui d’apparaître et posent des questions qui touchent autant aux sciences du vivant qu’aux politiques d’exploitation ou de protection des écosystèmes, la littérature et les arts n’ont pourtant cessé depuis l’émergence de la science moderne de questionner les frontières entre les règnes et les espèces, les manières de classer et d’apprendre. Inventer de nouvelles espèces, de nouveaux noms et de nouvelles formes, en reprenant les genres hérités d’une tradition encyclopédique ou en élaborant le cadre fictionnel nécessaire à l’épanouissement d’une animalité alternative tient sans doute du jeu – un jeu dont on ne saurait croire qu’il puise au seul plaisir des chimères et mots-valises. 

(Illustr. Ruth Mc Enery Stuart and Albert Bigelow Paine, Gobolinks, or Shadow-Pictures for Young and Old, New York, The Century Co, 1896)

Littératures sauvages : le surréalisme hors du livre

Littératures sauvages : le surréalisme hors du livre

Récurrente au fil du temps, l’exploration des alternatives au livre s’intensifie au début du XXe siècle, en devenant une constante des mouvements modernistes et avant-gardistes. Le surréalisme n’y échappe pas, créant même en ce domaine une position originale, mais non dépourvue d’ambiguïtés : porté par le désir d’une poésie exprimée dans la vie même ou, en Belgique, par le refus de toute forme d’institutionnalisation, ce mouvement exploitera assidument les possibilités offertes par les littératures sauvages, ces productions élaborées hors du circuit traditionnel de l’édition, le plus souvent sur des supports de fortune ; mais il apparaîtra également, en France à tout le moins, comme la plus livresque des avant-gardes. La journée d’étude « Le surréalisme hors du livre », qui s’est tenue le 20 juin 2023 à l’université de Namur, déplie les tensions au cœur des usages surréalistes de la littérature hors du livre à partir des surréalismes français et belge, sans exhaustivité mais avec le souci d’interroger les points les plus représentatifs de l’histoire de ce mouvement. Les Colloques en ligne de Fabula en accueille les actes, réunis par Manon Houtart et David Vrydaghs.

Adolescences romanesques

Adolescences romanesques

Édouard Bourdet, du Boulevard à la Comédie-Française

Édouard Bourdet, du Boulevard à la Comédie-Française

Les Colloques en ligne de Fabula accueillent un sommaire consacré à Édouard Bourdet (1887-1945), issu d’une journée d’étude tenue le 26 avril 2024 dans le salon Mounet-Sully de la Comédie-Française sous la direction de Marianne Bouchardon et Françoise Simonet-Tenant. Il s’agissait de redécouvrir cette figure un peu oubliée d’auteur dramatique de l’entre-deux-guerres et de rappeler également son rôle essentiel en tant qu’administrateur de la Comédie-Française (1936-1940) dans la modernisation du théâtre. Plusieurs perspectives ont été adoptées pour rendre compte de sa personnalité, riche et complexe, et de son œuvre à plusieurs facettes : approche biographique et historique, études théâtrales et transmédiatiques. La journée s’est terminée par un entretien avec Jean-Claude Berutti, metteur en scène des Temps difficiles au Vieux-Colombier en 2006, et Émeline Bayart, actrice dans la mise en scène de Fric Frac par Michel Fau au Théâtre de Paris en 2018. L'événement a été aussi l’occasion de faire se rencontrer Nicolas Bourdet, petit-fils du dramaturge, et Louis-Gilles Pairault, conservateur-archiviste de la bibliothèque-musée de la Comédie-Française. S’en est suivi un don à la bibliothèque-musée d’archives privées. Louis-Gilles Pairault rend compte dans la fin du dossier de cet enrichissement du fonds Édouard-Bourdet.

Je(ux) d’artiste

Je(ux) d’artiste

Chambres closes

Chambres closes

Si le motif de la chambre close s’est imposé peu à peu comme le fondement d’un sous-genre à part entière du roman policier de détection, il se présente, rétrospectivement, comme consubstantiel au genre lui-même, comme une version superlative de l’énigme soumise au détective – et, au-delà, au lecteur ou à la lectrice. Pour ce colloque organisé par Maxime Decout et Caroline Julliot célébrant le premier lustre d’investigations de l’Intercripol, qui s’est tenu à l’Université Jean Moulin-Lyon 3 les 21 et 22 Novembre 2024 avec le soutien de l’Université Paris-Sorbonne et de l’IUF, les intervenantes sont parti.es du postulat que la chambre close présente en réalité bien plus d’ouvertures qu’on ne pourrait le croire et avons fait le pari, non seulement d’en explorer tous les recoins, mais aussi de l’approcher de l’extérieur, jusqu’à sortir de l’espace du roman policier pour nous aventurer du côté de l’imaginaire gothique, du conte de fées, du théâtre grec, de la science-fiction, etc… afin d’en multiplier les clés de compréhension – et d’en libérer les potentialités herméneutiques et réflexives. Car étudier la chambre close, c’est, in fine, étudier comment, dans le roman policier comme dans la recherche, l’esprit tente de sonder un mystère qui lui échappe, et dont, par la force de ses petites cellules grises, il parviendra à briser l’hermétisme. Fabula en accueille les actes, réunis par Caroline Julliot et Maxime Decout.