Journée de lancement du programme IntrigAnt ("Suspense, curiosité et surprise dans les narrations antiques")
La journée de lancement du programme IntrigAnt "Suspense, curiosité et surprise dans les narrations antiques" (Sorbonne Université/Lyon-3) se tiendra le vendredi 20 mars (9h30-18h) à Sorbonne Université.
Cette première journée du programme (coordonné par Louis Autin, Rémi Bénière et Romain Loriol) sera consacrée aux théories anciennes du suspense et permettra de présenter les enjeux du projet ainsi que son déroulement dans les trois prochaines années.
Important : pour les extérieur-e-s, l'inscription (condition de l'accès à la Sorbonne) est obligatoire avant le 18/03/2026 auprès de louis.autin@sorbonne-universite.fr
Programme :
9h30-10h : accueil
Matin (salle des Actes, Sorbonne Université)
10h-10h30 : Louis Autin (Sorbonne Université, IUF), Rémi Bénière (Université Lyon 3) & Romain Loriol (Université Lyon 3) - présentation du projet et introduction de la journée
10h30-11h : Pierre Chiron (Université Paris-Est Créteil) - Évidence et suspense dans le “style maigre” du Ps.-Démétrios de Phalère : terminologie et théorie
11h-11h30 : Rémi Bénière (Université Lyon 3) - Dire la tension narrative dans l'Antiquité : sur quelques occurrences du verbe (ἀνα)κρεμάννυμι dans la rhétorique grecque
11h30-12h : discussion/atelier
Après-midi (salle de la Fresque D306, Sorbonne Université)
14h-14h30 : Charles Guérin (Sorbonne Université) - Le récit, l'argument et l'attention des juges : une approche rhétorique du suspense est-elle possible ?
14h30-14h45 : discussion/atelier
14h45-15h15 : Pascale Brillet-Dubois (Université Lyon 2) : La surprise tragique
15h15-15h45 : Charles Delattre (Université de Lille) : Des intrigues intrigantes ? Savoir partagé et effets de surprise dans les récits mythographiques grecs d'époque impériale
15h45-16h15 : discussion/atelier
16h45-17h30 : atelier et discussion finale
Présentation du projet :
Selon la narratologie générale (Sternberg 1990 et 1992, Baroni 2007), suspense, curiosité et surprise sont les trois émotions principales que l'auteur d'un texte cherche à susciter chez le récepteur et qui constituent la tension narrative. Depuis plusieurs années, les spécialistes de la littérature antique ont cherché à appliquer ces outils aux textes anciens, composés et reçus dans des conditions très différentes des œuvres étudiées par les narratologues d'aujourd'hui. Ces travaux collectifs ont surtout porté sur la littérature grecque (Liotsakis 2019, Konstantakos & Liotsakis 2021) avec un intérêt particulier pour le corpus homérique (déjà Duckworth 1936), ou dans une perspective diachronique longue dans laquelle l'Antiquité occupe une place marginale (Grund, Kirstein & Wagner 2024).
Il faut cependant remarquer que les spécificités du contexte antique invitent à s'interroger sur l'usage des outils narratologiques contemporains. Plusieurs pistes seront suivies. L'une touche à la réflexion sur les catégories émiques (comment les Anciens, en particulier dans la rhétorique, nomment le suspense). Une autre concerne la plus grande représentation dans la littérature antique des récits factuels (narrations historiographiques et rhétoriques) par rapport aux récits fictionnels (narrations romanesques), ce qui marginalise de fait le suspense simple (le récepteur du texte anticipe le dénouement de l'intrigue, qu'il ne connaît pas) au profit du suspense par anticipation (le dénouement de l'intrigue est évoqué mais reste ambigu) ou du suspense moyen (le dénouement de l'intrigue est connu mais les circonstances de celui-ci restent à déterminer). D'autre part, la rareté de la lecture individuelle et silencieuse par rapport à la performance orale et collective couplée à la distribution sociale de ces activités impliquent une diversité de compétences encyclopédiques qui doit absolument être prise en considération. En effet, la tension narrative ne peut s'envisager sans déterminer ce que le récepteur connaît de l'intrigue. Or de la narration rhétorique adressée aux juges, mais aussi au public des coronae du forum, à la narration historiographique conçue pour un public aristocratique mais également objet de performance orale dans les recitationes en passant par la narration épique qui servait de support à l'enseignement de la langue, la variété des publics implique des horizons d'attente et des compétences de décodage diverses. Le rôle prégnant des intertextes et la plasticité de certaines intrigues (ainsi dans la mythographie) complexifient encore l'enquête.
Financements et partenaires :
Sorbonne Université, Université Lyon-3 Jean-Moulin, Institut Universitaire de France, Institut des Sciences de l'Antiquité, UR Rome et ses Renaissances & UMR HiSoMA.