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Forgier choses jolies, à mon commencement plus legieres. La lyrique de Christine de Pizan (Sorbonne)

Forgier choses jolies, à mon commencement plus legieres. La lyrique de Christine de Pizan (Sorbonne)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Claire Le Ninan)

Cadres et objectifs de la journée :

« Cinq ou six strophes […] qui méritent de vivre », voilà ce qu’a retenu Lanson de la production poétique de Christine de Pizan. De peu de poids, mineur dans l’histoire de la littérature, le corpus lyrique de l’écrivaine l’est aussi au regard de la tradition médiévale où il est d’une part, disjoint de celui des trobairitz et des troverresses, d’autre part, occulté par ceux des poètes reconnus comme majeurs, pour ne citer que Guillaume de Machaut, Eustache Deschamps, Charles d’Orléans et François Villon. S’il subit en cela le sort réservé aux écrits de femmes, le corpus lyrique de Christine de Pizan se trouve paradoxalement minoré sous la plume même de l’écrivaine qui le présente volontiers comme une production légère, une œuvre de débutante, destinée à son propre passe-temps, ainsi qu’au divertissement des princes. Sur les pas de Boèce, elle délaisse les « Musetes des pouetes » pour se consacrer à une « plus haulte matiere », plus « pesans », qui lui inspire l’essentiel de son œuvre en prose. C’est cette œuvre « sérieuse », historique et politique, allégorique et philosophique, didactique, en guerre contre le Roman de la Rose et pour la défense des femmes, qui tend aujourd’hui à écraser de son poids la portée du corpus lyrique de l’écrivaine.

Au sein de ce dernier, seules semblent avoir mérité de vivre, les cinq ou six strophes de la onzième des Cent ballades. Seulettes elles-mêmes, elles campent la silhouette de la veuve dont elles constituent aujourd’hui la signature lyrique, condensant en « beaux élans d’affection émue » (Lanson), l’ensemble de son œuvre poétique. Or, cette œuvre est non seulement conséquente et régulière dans la production de Christine de Pizan, mais les remaniements successifs apportés par l’autrice prouvent le soin particulier qu’elle lui a accordé. En témoignent ses trois recueils. Si le public bénéficie tout récemment de deux éditions bilingues, les Cent ballades d’Amant et de Dame par Jacqueline Cerquiglini-Toulet, et l’anthologie publiée par Sarah Delale et Lucien Dugaz, l’œuvre poétique de Christine n’est toujours pas éditée dans son ensemble, si ce n’est dans l’ancienne édition de Maurice Roy,encore moins traduite, peu exploitée par la critique, et peu connue du public.

L’objectif de cette journée est d’inviter à relire la lyrique de Christine de Pizan afin de réévaluer son poids, sa dimension et sa place, en la reliant à l’ensemble de son œuvre, ainsi qu’à l’ensemble de la tradition lyrique antérieure et postérieure. Relier ce corpus au reste de l’œuvre de l’écrivaine implique de s’intéresser à ses différents modes d’inscription et d’intégration dans une œuvre majoritairement en prose, et aux fonctions affectées au choix du vers. Les pièces insérées, les recueils, ne font-ils que reformuler sur le mode lyrique, compris comme second, les idées énoncées sur un mode majeur par la prose ? Leur revient-il de dire non seulement, autrement, mais autre chose ? Relier cette œuvre lyrique à la tradition médiévale permettra d’y répondre, en évaluant sa dette et son apport à la poésie qui la précède, entre esthétique de l’imitation, de la réplique, et réappropriation.

L’étude de la traduction manuscrite, de la langue, du style de Christine de Pizan (sa « forte forge ») ; la perspective du genre et l’appropriation de la lyrique courtoise pensée par et pour les hommes ; la spécificité des différentes formes lyriques insérées ou mises en recueil ; les stratégies d’écriture et de publication, sont autant d’axes qui pourront être envisagés.

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