Épistémologie du processus créateur : pour des outils théoriques en recherche-création théâtrale et littéraire. Séminaire doctoral transartistique et transdisciplinaire de l'Ecole Doctorale ALLPH@ (Toulouse)
Séminaire doctoral transartistique et transdisciplinaire de l'Ecole Doctorale ALLPH@
UNIVERSITE DE TOULOUSE 2 JEAN JAURES
"Epistémologie du processus créateur : pour des outils théoriques en recherche-création théâtrale et littéraire"
Responsables scientifiques :
Lydie Parisse, Maîtresse de conférences HDR en Littérature française et arts du spectacle
Tomasz Swoboda, Professeur de littérature à l’université de Gdansk.
Chercheur-e-s associé-e-s UT2J : Flore Garcin-Marrou (LLA Creatis), Aline Wiame (erraphis), Samuel Lhuillery (CAS),
Ce séminaire en recherche-création, pour sa 4e année, vise à proposer des outils de réflexion transartistiques et transdisciplinaires pour comprendre à quel point créer n’est pas seulement un art de faire, mais un art de défaire – et de se défaire. Si ces « méthodes » et manières de procéder ont été décrites par certains créateurs eux-mêmes, elles ont aussi alimenté des discours critiques qui, à partir de notions philosophiques, nous permettent de comprendre a postériori des courants esthétiques, pour resituer l’acte de créer dans une perspective anthropologique : que veut dire créer ? Créer, n’est-ce pas aussi se créer ? En quoi l’expérience de création est-elle une manière de produire du savoir, mais aussi de questionner les savoirs ? Le séminaire s’intéressera à l’écriture, au théâtre, à la danse et à la performance, au cinéma.
Déroulement des séances
12 mars, 19 mars et 2 avril 2026.
3 jeudis de 14h à18h.
Maison de la Recherche.
Salle F220 pour les 12 mars et 2 avril.
Salle E 309 le 19 mars.
Séances en présentiel et en mode hybride.
Pour participer en distanciel, il est nécessaire de s'inscrire sur ce contact : swobodato@gmail.com
Séance 1. Jeudi 12 mars 2026.
Salle F220.
Maison de la Recherche. 2eétage.
14h. Lydie Parisse (PLH, UT2J) et Tomasz Swoboda (Université de Gdansk). Introduction au séminaire.
Lydie Parisse est Maîtresse de conférences habilitée à diriger les recherches en Littérature française et en Arts du spectacle à l’Université de Toulouse 2 Jean Jaurès, et également écrivaine et metteuse en scène, co-directrice de la compagnie Via negativa. Sa pratique artistique et sa recherche sont étroitement liées. Membre du réseau international de chercheurs Theorias, elle a publié aux Classiques Garnier six ouvrages critiques (dont 3 collectifs) sur les liens entre littérature et discours mystique, et sur le théâtre de Novarina, de Beckett, ainsi qu’une monographie sur Lagarce. Son dernier ouvrage, Les Voies négatives de l’écriture dans le théâtre moderne et contemporain, paru en 2019, a été suivi de deux co-directions d’ouvrages collectifs avec Tomasz Swoboda : Voie négative (Cahiers ERTA, 2023), et Processus créateurs et voie négatives (Classiques Garnier, 2024) suite au colloque international qui s’est tenu à Toulouse en 2022. Elle a récemment fondé le prix littéraire Prémices : un prix d’écriture dramatique destiné aux étudiants, dont 5 volumes sont parus ainsi que Ecrire pour le théâtre aujourd’hui (Domens 2025). Lien vers le site de l'artiste-chercheuse : https://www.lydieparisse.com
Tomasz Swoboda est essayiste, traducteur, et Professeur à l’Université de Gdansk. Ses travaux portent sur l’art et la littérature (Histoires de l’œil, 2013). Il a traduit en polonais, les œuvres de Baudelaire, Nerval, Proust, Barthes, Bataille, Caillois, Leiris, Ricœur, Didi-Huberman, Mouawad, Le Corbusier ainsi que la série BD Ariol. Il sera Professeur Visiteur à Toulouse du 6 mars au 3 avril.
14h15. Florent Libral (Il Laboratorio, UT2J). « René Daumal mystique ? D’une voie nocturne et souterraine vers l’unité. »
Dans l’œuvre de Daumal se construit une voie négative d’une grande radicalité, tellement radicale qu’elle tend à déconstruire son objet ou à renoncer à le représenter, tout autant que le langage qui l’exprime. Après le romantique Alexandre Soumet, qui tente de conjuguer mystique et surhumanité, ou encore Jean Mambrino, poète du XXe s. marqué par Eckhart et les baroques, l'oeuvre de René Daumal conjugue la quête de l'Unité perdue et une démarche résolument ancrée dans la voie négative, en un écho aux plus audacieux des mystiques médiévaux et modernes. Mais ses textes radicaux, traversée de ténèbres stygiennes et d'un rire pataphysique, sont-ils encore des textes mystiques ? Ce sont l'une des questions auxquelles tentera de répondre sa communication.
Florent Libral est enseignant-chercheur à l’université de Toulouse 2, spécialiste de la mystique de l’âge classique. Ses travaux analysent les rapports qui unissent les lettres, la spiritualité les arts et les sciences au XVIIe siècle. Il a notamment étudié le rôle que jouaient les références à l'optique et à la perspective, deux sciences de pointe dont les apports sont utilisées par les auteurs pour analyser trois invisibles majeurs : l'invisible des choses matérielles des choses dans les récits de voyage céleste de Cyrano et de Kircher, l'invisible du pouvoir machiavélique dans le théâtre tragique, l'invisible du Dieu caché dans le discours religieux. Ses recherches l’ont amené à étudier le discours mystique chez des poètes comme Claude Hopil ou François Malaval, des mystiques féminines comme Marie Guyard de l'Incarnation, et des théoriciens de la mystique comme François de Sales ou Claude Martin. Désormais, il tente de tracer des liens entre le crépuscule des mystiques qui caractérise la fin du XVIIe siècle et la résurgence d'un discours mystique nouveau, notamment aux XIXe et XXe siècles.
14h50. Emmanuel Reymond (Mondes germaniques et Nord-Européens, Université de Strasbourg). « De deux choses l’une : espaces du double dans l’œuvre tardive de Jon Fosse ».
Cette communication se propose de faire sens de l’œuvre récente de Jon Fosse. La focalisation sur la question du double permet d’aborder le roman-monstre Septologie (2019-2021), tout entier structuré sur un dispositif multiple de Doppelgänger. Si tout personnage, et toute réalité, a son double, ce point de départ permet également de penser une des composantes essentielles du théâtre de Jon Fosse – d’autant plus appuyée dans le poème scénique Vent fort (2021) – à savoir sa capacité à faire dialoguer dans l’espace scénique des niveaux de réalité mutuellement exclusifs, dont le rapprochement met en crise toute lecture mimétique et ouvre l’interprétation à une prise en compte d’un décalage irréconciliable au cœur de toute structure identitaire et représentationnelle. Mais la question du double se joue également au niveau de la langue, par le biais des répétitions qui scandent cette œuvre sous toutes ses formes, cette poétique de la ritournelle générant également les conditions d’une écoute autre que seulement référentielle. De dédoublements en redoublements, on verra combien cette écriture, constamment tendue entre le Même et l’Autre, peut être relue comme une manière de faire jouer l’impossibilité de la totalité et de la coïncidence avec soi-même, de façon à ouvrir un espace entre deux versions possibles d’un même personnage, deux répétitions d’une même période, pour ce qui ne peut être dit positivement, mais peut se donner à percevoir, dans le creux du langage et de la représentation.
Emmanuel Reymond est docteur en Littérature comparée de l'Université Paris 8 et chercheur post-doctoral à l'Université de Strasbourg, membre du projet collectif « Aesthetics of Protestantism in Scandinavia from the 19th to the 21st century » (Université de Strasbourg/Albert-Ludwigs-Universität Freiburg). Il est aussi le traducteur en français du poète norvégien Jørn H. Sværen. Ses recherches portent sur l’héritage du protestantisme dans la poésie scandinave contemporaine. Il est également traducteur et éditeur, spécialisé dans la poésie scandinave contemporaine. Ses dernières publications sont : « Déjouer la métaphore par le geste : la poésie en ligne de fuite dans le "roman-point" Anne de Paal-Helge Haugen», Formes Poétiques Contemporaines, n° 17, Ce que la poésie fait au roman, Presses Universitaires de Liège, 2025, p. 107-121 ; « Marqué d’une croix : l’espace de la figure dans la poésie de Jørn H. Sværen », Rubriques 1|2024, [en ligne]: https://utpictura18.univ-amu.fr/rubriques/numeros/figures-images-figura-antique-aux-theories- contemporaines/marque-dune-croix ; « Dieu est dans les détails. La "prose lente" dans La Septologie de Jon Fosse », in Lydie Parisse et Tomasz Swoboda (dir.), Processus créateur et voies négatives, Paris, Classiques Garnier, 2024, p. 275-290.
15h30-16h. Discussion.
16h-16h15. Pause.
16h15. Samuel Lhuillery (CAS, UT2J) : « Le body weather dans la pratique de la danseuse et pédagogue Ephia Gburek ».
Le body weather est une pratique dansée héritière du buto, qui marque la pratique pédagogique de la danseuse, chorégraphe et pédagogue Ephia Gburek. Cette artiste cherche à revenir à l'élémentaire du mouvement, à l'immobilité, au minéral, à la sédimentation. Lien vers son site : https://djalma.com/fr/demarche.html
Samuel Lhuillery est docteur en études théâtrales à l’Université Paris 3 – Sorbonne nouvelle. Sa thèse, sous la direction de Marco Consolini, s’intitule Grotowski et la « Tribu » du théâtre rituel : liminalité, performance, interculturalité et interconnexions dans la pratique et la pensée théâtrales de Jerzy Grotowski, Eugenio Barba, Richard Schechner et Victor Turner. Il est depuis 2024 post-doctorant à l’UT2J, au sein du projet American Theatre in France, dirigé par Emeline Jouve.
16h50. Lou-Andrea Depaule (PLH, UT2J) : « Processus de création et voie négative au cinéma : entre transgression et incarnation, l'expérience spirituelle chez Pasolini et Tarkovski ».
Cette communication se propose d’étudier les processus de création et leur traitement formel chez Pasolini dans son film Théorème et chez Tarkovski dans son film Nostalghia afin d’éclairer le lien entre transgression et incarnation. Nous tenterons de montrer que la voie négative, au service de cette tension, chez ces cinéastes, se manifeste à travers plusieurs motifs : celui du détour, celui de la répétition, celui de la traversée. Les références spirituelles et mystiques (de l’Exode à la Passion) conduisent les choix de mise en scène. Pasolini s’appuie sur « l’Exode » : « Dieu fit alors faire un détour au peuple par le chemin du désert ». Tarkovski fait traverser un bassin vide (bain thermal de Bagno Vignoni dédié à sainte Catherine de Sienne), au personnage de Gortchakov comme dernier rite salvateur. Nous mettrons en évidence que chaque mise en scène dans ces processus de création est au service d’une expérience spirituelle singulière.
Lou-Andrea Depaule est Docteure en Littérature et cinéma à l’université de Toulouse 2 (Laboratoire PLH) où elle a soutenu en 2023 une thèse intitulée Grâce et matière : la figuration du rapport au divin dans la littérature et le cinéma : Simone Weil/ Roberto Rosellini, Georges Bernanos/ Robert Bresson-Maurice Pialat, Julien Green/Léonard Keigel, Léon Tolstoï/ Andrei Tarkovski, Charles Péguy/ Bruno Dumont, Peter Handke/Wim Wenders.
17h30-18h. Discussion.
Séance 2. Jeudi 19 mars 2026.
Salle E 309
Maison de la Recherche. 3e étage.
14h. Lydie Parisse (PLH, UT2J) et Tomasz Swoboda (Université de Gdansk). Introduction à la séance.
14h15. Flore Garcin-Marrou (LLA Creatis, UT2J) : dialogue avec Rachel Brahy sur L’”agir organique” développé par Jerzy Grotowski pour éclairer le processus de création du spectacle Le geste d’Antigone de Luca Giacomoni.
Flore Garcin-Marrou conduira d’abord un échange en présentiel avec l’enseignante-chercheuse Rachel Brahy, où il sera question du travail du metteur en scène Luca Giacomoni, qui déploie des collaborations avec des personnes réfugiées, demandeuses d’asile ou en parcours migratoire afin de créer une communauté de participants en situation d’exil ou ayant vécu un parcours de migration ; communauté depuis laquelle un chœur est composé pour agir sur scène/depuis la scène.
Flore Garcin-Marrou est maître de conférences en Arts de la scène à l’Université Toulouse Jean Jaurès. Elle est l’auteure d’une thèse intitulée Gilles Deleuze, Félix Guattari : entre théâtre et philosophie. Pour un théâtre de l’à venir sous la direction de Denis Guénoun (Université Paris-Sorbonne, 2011). La relation entre le théâtre et les sciences humaines est le centre de gravité de ses recherches. Depuis 2020, ses enseignements et sa recherche se concentrent sur le théâtre à vocation sociale et son impact politique et transformateur, à l’aune de l’urgence socio-écologique.
Rachel Brahy est enseignante-chercheuse à l’Université de Liège, docteure en Sciences politiques et sociales dont la thèse a été publiée en 2019 sous le titre : S’engager dans un atelier-théâtre. A la recherche du sens de l'expérience (Mons, Belgium: Cerisier) https://orbi.uliege.be/profile?uid=p004977 Elle sera Visiting Professor à l’Université de Toulouse 2 en mars 2026.
14h50. Flore Garcin-Marrou (LLA Creatis, UT2J) : dialogue (sur zoom) avec l’artiste-chercheuse Miléna Kartowski-Aïach sur la notion de « tikkoun olam » dans des processus de création de théâtre appliqués.
Cet échange portera sur la notion de tikkun olam (en hébreu, « réparation du monde », issue de la kabbale) en lien avec les processus de création. Comment pouvons-nous créer en accomplissant des actions concrètes de tikkun (réparation), tant spirituelles que sociales ? Quelle éthique, quel type de justice sociale et écologique l’artiste mobilise-t-il.elle pour proposer un ensemble d’actes visant à réparer, mais aussi soigner, restaurer, recréer ?
Miléna Kartowski-Aïach est une artiste-chercheuse, chanteuse-musicienne et auteure, diplômée en philosophie, socio-anthropologie des religions, de l’école des Arts Politiques de Sciences Po Paris. Elle poursuit actuellement un doctorat de recherche-création à l’Université de Concordia à Montréal. En 2011, elle fonde la compagnie de théâtre Les Haïm, dédiée aux cultures minoritaires et aux communautés sans-voix, avec laquelle elle crée plus d’une quinzaine de projets artistiques à travers le monde. Elle travaille notamment en Grèce avec des réfugiés Yezidis rescapés du génocide de 2014 à Sinjar, à New York avec de jeunes excommuniés du monde Hassidique, en 2019 à Clichy-sous-Bois avec l’Opéra des possibles… Elle est l’autrice en 2020 de Leros. Un Exil insulaire chez les Damnés. Oratorio en dix chants (Sicania).
15h30-15h45. Discussion et pause.
15h45. Tomasz Swoboda (Université de Gdansk) : « Les glossolalies d'Artaud : le traducteur entre la logorrhée et le silence ».
Les sons qui composent le langage ont une double réalité physique : acoustique et physiologique. Artaud est conscient de cette dualité physique − il a parlé de cela dans Héliogabale et dans Le Théâtre et son double −, et en même temps maintient ces mécanismes au niveau de l’inconscient. Comme l’affirme Évelyne Grossman, « la langue du dernier Artaud entremêle […] discours glossolalique et bribes de syntagmes normés. De l’un à l’autre les mots entrent en fermentation, créant les vers, la substance et le rythme même des signes animés qui constituent sa poésie théâtrale et chorégraphique ». Roman Jakobson et Linda Waugh parlent de la glossolalie comme de l’art superconscient du langage, et immédiatement après, comme des stimuli subconscients. Les glossolalies d’Artaud sont situées sur cette frontière entre l’intérieur et l’extérieur, la conscience et l’inconscient, tandis que lui-même est aussi un sujet parlant profane : le plus naïf de tous les possibles, primitif, sauvage, étranger. Notre communication portera sur ce phénomène du point de vue de la traduction, suspendue elle aussi entre le propre et l’étranger, entre la logorrhée et le silence.
16h25. Adrien Chapel (Doctorant, CY Cergy Paris-Université) : « Entre Japon et Occident. Pascal Quignard mystique».
Il s'agira de proposer une réflexion sur la fécondité singulière, chez Pascal Quignard, du croisement de ses influences occidentales majeures (les lettrés latins, le xvii siècle français et la musique baroque) avec l'univers japonais : le lieu de cette rencontre - tantôt manifeste, tantôt presque invisible - n'est autre qu'une profonde disposition mystique, cardinale dans la pensée du "littéraire" et du faire littéraire que déploie l'ensemble de l'œuvre.
Adrien Chapel est Doctorant et travaille à une thèse de pratique et théorie de la création littéraire à CY- Paris Cergy, sous la direction de Chantal Lapeyre. Il est membre du programme de recherche "Écritures Créatives en Formation", initié par AMarie Petitjean. Dans sa thèse, il interroge la possibilité et les enjeux d’un recours au Zen dans la création poétique. Sa recherche s’intéresse également aux enjeux méthodologiques de la recherche-création.
17h-18h. Discussion.
Séance 3. Jeudi 2 avril 2026.
Salle F220.
Maison de la Recherche. 2eétage.
14h. Lydie Parisse (PLH, UT2J) et Tomasz Swoboda (Université de Gdansk). « Entretien autour d’un processus de création : De L’Encercleur à SX Ultima 22. »
Entretien mené par Tomasz Swoboda sur les processus à l’œuvre dans l’écriture plurielle de Lydie Parisse en lien avec la voie négative et la notion d’engagement de l’artiste. Ces échanges porteront sur les liens entre l’écriture, le travail plastique et la création scénique en revenant sur le parcours de ses mises en scène en tant qu'autrice, depuis L’Encercleur (2007), déambulation théâtrale en hommage à Samuel Beckett, jusqu’à la pièce d’anticipation SX Ultima 22 (2026, création en cours). Ces échanges prolongent des séminaires et master class qui ont eu lieu dans plusieurs universités en France et à l’étranger (Gdansk, Potsdam, Montpellier, Toulouse, Paris-Sarclay, etc), ainsi que lors du festival d’Avignon.
14h50. Aline Wiame (ERRAPHIS, UT2J ). « William James et la transformation de soi par l’écriture de la crise et de la mystique. Ouverture vers des écritures féminines de la mystique ».
Les Variétés de l’expérience religieuse. Essai de psychologie descriptive, ouvrage publié par le psychologue et philosophe américain William James en 1902, est un OVNI à plus d’un titre. Tout d’abord, il est d’une certaine manière inaccessible en français, tant sa traduction (que Bergson refusa de préfacer malgré son admiration du texte original) a vidé le texte jamesien de toutes les propositions vitales et « ésotériques » qui l’animaient. Ensuite, il se propose d’examiner l’expérience religieuse, pour la première fois, depuis un point de vue pragmatique et non théologique : il ne s’agit pas de déterminer l’existence ou la non-existence d’un dieu, mais de plonger dans diverses expériences personnelles pour examiner ce que la croyance (ou son absence) fait faire et créer. Enfin, le texte est composé presque comme un collage – il est constitué pour plus d’un tiers des témoignages littéraires, psychiatriques et intimes sans lesquels le livre ne tiendrait pas en tant qu’œuvre autonome. Dans cette communication, nous nous pencherons particulièrement sur les chapitres du livre consacrés à la crise existentielle et à la mystique, en tant qu’expériences-limites qui nécessitent la création pour élargir le champ des expériences possibles. Nous ferons également l’hypothèse que traiter de telles expériences-limites appelle nécessairement un travail réflexif sur l’écriture (comme celle du « collage ») comme vecteur singulier à même de transformer des études de cas en sites d’expérimentation et de transformation de soi. De la sorte, l’étrange composition des Variétés de l’expérience religieuse peut être considérée comme une boîte à outils pour interroger la manière dont la philosophie peut se faire recherche et création en vue d’une redéfinition des savoirs et de leur circulation – redéfinition qui se veut à la fois, indéfectiblement, épistémologique et existentialiste. La communication proposera une ouverture vers l’écriture féminine de la mystique chez des écrivaines telles Alice Rivaz et Marguerite Duras.
Aline Wiame est Maîtresse de conférences en arts et philosophie à l’université de Toulouse 2 Jean Jaurès, et membre de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de l’œuvre de Deleuze et de la philosophie du théâtre, sur lesquels elle a soutenu une thèse à l’Université Libre de Bruxelles en 2012, elle travaille sur les arts de la scène, sur les humanités écologiques et sur la recherche-création artistique envisagée comme un mode de la recherche universitaire. Elle a publié deux monographies : Scènes de la défiguration : Quatre propositions entre théâtre et philosophie (Paris, Les Presses du Réel, 2016) et Revenir d’entre les morts : Deleuze et la croyance en ce monde au cinéma et dans les séries (Les Presses du réel, 2024). Elle a également co-dirigé six ouvrages collectifs portant sur Deleuze, Etienne Souriau, et les relations entre l’art et la philosophie, et mène actuellement un travail de recherche visant à élaborer une esthétique de résistance à la sidération face aux catastrophes écologiques en cours et à venir.
15h30-16h. Discussion.
16h-16h15. Pause.
16h15. Lydie Parisse (PLH, UT2J). « Quelques mots sur l’apport de Michel de Certeau ».
Les études de référence, pour creuser la notion de voie négative en recherche-création, restent les travaux de Michel de Certeau (1925-1986), spécialiste de l’Âge classique, dont surtout les deux volumes de La Fable mystique. Il examine les textes des écrivain.e.s mystiques comme des productions d’écrivain.e. s qui, outre leur parcours spirituel, vivent une expérience de l’écriture et de la poésie et une aventure dans la langue. Les écrivain.e.s mystiques donnent naissance à un nouveau langage, qui est selon lui un langage moderne. Cette langue expérimentale s’élabore dans un espace de résistance aux dogmatismes, et met en place une pragmatique de la parole et de la voix, et la fabrique d’une écriture consacrée au négatif.
16h50.Tomasz Szymanski (Université de Wroclaw). "Approches de la post-sécularité: société, philosophie, littérature".
Il s’agira de tenter de fournir certains points de repère pour une réflexion post-séculière sur la culture contemporaine, en partant des aspects sociaux et philosophiques, et en aboutissant à la littérature (Houellebecq, Carrère…), et peut-être au cinéma. Cette intervention s’inscrit dans la continuité des études de Tomasz Szymanski sur l’hypothèse d’un tournant post-séculier en France et en Europe au tournant du XIXe et du XXe siècles, d’après les écrits de Pierre-Simon Ballanche, Edgard Quinet, Ernest Renan et Pierre Leroux. Cette notion de post-sécularité correspond à l’idée d’une « théologie faible », liée à la rémanence d’un Dieu absent dans les sociétés laïques et démocratiques.
Tomasz Szymański est enseignant-chercheur à l’Institut d’Études Romanes de l’Université de Wroclaw. Ses centres d’intérêt embrassent la littérature française du XIXe siècle, la problématique philosophico-religieuse, l’histoire des idées et la pensée post-séculière, notamment dans leurs rapports avec la littérature. Il est l’auteur des ouvrages La morale des choses. Sur la théorie des correspondances dans l’œuvre de Charles Baudelaire (Berlin 2019), W poszukiwaniu religii uniwersalnej. Zarys historii pewnej idei i jej wybrane postacie w dziewiętnastowiecznej literaturze [En quête de la religion universelle. Étude sur l’histoire d’une idée et certaines de ses variantes dans la littérature française du XIXe siècle] (Wrocław 2024), ainsi que de nombreux articles (liste complète : https://ifr.uwr.edu.pl/instytut/pracownicy-doktoranci-i-wspolpracownicy/dr-tomasz-szymanski/). En 2022, il a co-organisé à Wrolaw un colloque sur la mystique, dont les actes sont parus.
17h30-18h. Discussion et conclusion du séminaire.
Image. Photo d’une représentation, au Théâtre d’Aurillac, de La Matrice 1. Le temps des musons, spectacle et texte de Lydie Parisse, mise en scène Lydie Parisse et Yves Gourmelon, Compagnie Via Negativa.
Lien vers la session de l’an dernier (2025)
Lien vers le séminaire des années précédentes (2023 et 2024)
Lien vers l’ouvrage collectif « Processus créateur et voies négatives »
Contact scientifique : lydie.parisse@gmail.com, swobodato@gmail.com
Contact scientifique et technique (pour le distanciel) : swobodato@gmail.com
Contact administratif Ecole doctorale : myriam.guiraud@univ-tlse2.fr