L'équipe Marge et le Département d'Etudes slaves de la Faculté des langues vous donnent rendez-vous le vendredi 6 mars pour la troisième séance du séminaire
L'espace littéraire de Berlin à Vladivostok - 9e édition
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SÉANCE 3 : SUR LES PAS DES TRADUCTEURS
Organisée par Anna Foscolo, Marge, Université Jean Moulin Lyon 3
Vendredi 6 mars 2026 | 14h-17h
Université Jean Moulin Lyon 3
Manufacture des Tabacs, salle 323
1 Av. des Frères Lumière, 69008 Lyon
Au format bimodal, avec la possibilité de suivre le séminaire en ligne: https://univlyon3.webex.com/wbxmjs/joinservice/sites/univlyon3/meeting/download/5000c6fc054d4d42b6b26cd9b2bed9ef?MTID=m5682181c8c490b636aebb4108579aa75
Avec la participation de :
Natalia Gamalova, « Lyonnais européen », « autodidacte impénitent », « né traducteur » : Jean Chuzeville
Jean Chuzeville (1885-1974) est connu en priorité comme traducteur des écrivains italiens, de 1918 à 1969, plus particulièrement, de Giuseppe Ungaretti et Emilio Cecchi. Relativement aux études russes, le nom de Chuzeville est familier aux chercheurs ou aux lecteurs qui s’intéressent à Merejkovski, Hippius et Remizov. Les russisants attachent aussi de l’importance à Chuzeville premier traducteur des symbolistes russes. Les vers des poètes du début du vingtième siècle ne constituent qu’une partie des œuvres transposées par Chuzeville du russe au français. En dehors des poètes symbolistes, de Merejkovski, de Remizov, il traduisit Pouchkine, Gogol, Aksakov, Brioussov, Prichvine, Tolstoï, Dostoïevski, les contes de Leskov, Garchine, Korolenko, Sologoub.
Chuzeville fit partie de ceux qui façonnèrent un certain modèle de la littérature russe en France avant la seconde guerre mondiale. Beaucoup d’entre eux furent traducteurs à temps partiel, avec leur formation, leur métier, leurs préférences littéraires. Teodor Wyzewa était écrivain et critique, Adrien Souberbielle avocat, Jean Fontenoy journaliste. Lydia Stahl (Louisa Tchekalova) fut jugée à Paris pour espionnage au compte de Moscou et de Berlin. Ely Halpérine-Kaminsky étudia les sciences à la Sorbonne et à l’université de Moscou ; Henriette Pernot-Feldmann fut diplômée de la faculté des lettres, Norbert Guterman de la faculté de philosophie.
Jean Chuzeville apprit seul une dizaine de langues. Il traduisait principalement de l’italien, de l’allemand, du russe, parfois de l’espagnol ; occasionnellement du portugais ou du grec moderne; et pour son propre plaisir, du grec ancien, de l’arabe et du persan. En 1966 il dressa ce bilan : « Plus de 150 volumes publiés chez une soixantaine d’éditeurs — sans doute un record — français, belges, suisses, italiens ». Chuzeville intégra seulement trois réflexions (sur 564) sur le traduire et le traducteur dans son recueil de « pensées ». En voici un exemple : « Parmi les “marges” où peut opérer le talent du traducteur, il y a celle qui consiste en ce que dit l’auteur et ce qu’il croit ou veut dire. L’écrivain n’est maître qu’en partie de sa pensée : tantôt celle-ci l’emporte sur l’expression, tantôt l’expression la dépasse. Dans cette zone de demi-jour et de tons faux prospère l’art du traducteur. Il a charge de réveiller Homère quand Homère somnole ». Praticien de la traduction, il se trouva appelé à expliquer ou à défendre ses choix, et sa correspondance contient des allusions aux joies, plus souvent aux déceptions de celui qui vit de la plume de traducteur.
Leonid Livak, "Ludmila Savitzky dans la culture moderniste transnationale"
Le rapprochement des études sur l’émigration russe avec l’historiographie du modernisme crée des conditions propices à un examen de la figure du passeur, ce que je me propose de faire en étudiant la carrière de l'écrivaine et traductrice franco-russe Ludmila Savitzky pour éclairer sa place dans la culture moderniste et le rôle de médiatrice qu’elle y a joué au carrefour des modernismes russe, français et anglo-américain. La singulière carrière de Savitzky permet à l’historien d’étudier, au plus près, les mécanismes de métissage et de migration qui unissent les cultures modernistes nationales dans un tout transnational.
Patrick Hersant, "Manuscrits, carnets, correspondances : dans l’intimité professionnelle de Ludmila Savitzky"
Patrick Hersant présentera Portrait d’une traductrice : Ludmila Savitzky à la lumière de l’archive (co-écrit avec Leonid Livak, Sorbonne Université Presses, 2025), en concentrant son analyse sur des documents inédits, puisés dans une archive exceptionnelle, qui viennent éclairer la carrière et la vie de Savitzky – réflexions éparses sur la traduction, entrées de journal, correspondance avec James Joyce, Ezra Pound, T.S. Eliot, Sylvia Beach et Valery Larbaud. La séance portera aussi sur sa pratique quotidienne de la traduction telle que la révèlent ses brouillons et autres manuscrits.