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Séminaire : "La réception de la pensée française contemporaine au-delà du monde anglophone" (Paris) [FR / EN]

Publié le par Université de Lausanne (Source : Bruno Poncharal)

Séminaire : "La réception de la pensée française contemporaine au-delà du monde anglophone" [FR / EN]

 

Lieu : Paris-3, Institut du Monde Anglophone, salle 16, 5 rue de l'École de Médecine, 75006.

Horaires : 17h30 à 19h

Dates : Jeudi 15 novembre 2018, Jeudi 12 décembre 2018, Jeudi 24 janvier 2019, Jeudi 23 février 2019, Jeudi 21 mars 2019, Jeudi 18 avril 2019, Jeudi 16 mai 2019, (jeudi 13 juin 2019), (des changements de date ou de lieu sont toutefois possibles selon la disponibilité des intervenants).

 

PRESENTATION

Cette année, nous poursuivons avec La réception de la pensée française contemporaine au prisme de la traduction, mais en l’élargissant à d’autres langues que l’anglais et à d’autres aires culturelles que le monde anglophone. 

Dans le sillage de notre cycle de séminaires 2017-2018, le TRACT poursuit son projet de cartographie de la réception de la pensée française contemporaine au prisme de la traduction en l’élargissant à d’autres langues que  l’anglais. Il s’agira de comparer les modalités de la réception et de la traduction de la pensée française selon les aires linguistiques, géographiques et culturelles, notamment au regard de « l’hypercentralité » de la langue anglaise, langue « pivot » dans le système hiérarchisé des langues du monde à l’heure de la globalisation[1]. En effet, comme le note Thomas Brisson[2] : « Ce que l’on peut dire de la philosophie française aux États-Unis ne vaut pas nécessairement pour la réception de la littérature dans ce même pays ; ni, non plus, pour la réception de la pensée française en Chine, en Argentine ou en Tunisie. » (nous soulignons). Cependant, en raison même de la centralité de l’anglais dans le système des échanges linguistiques globalisés, il conviendrait d’examiner dans quelle mesure un détour par l’anglais précède parfois une diffusion de la pensée française contemporaine dans d’autres langues[3].

On pourra également mettre au jour des disparités dans la réception de la pensée française en fonction des auteur.e.s et des disciplines, selon les langues et les régions du monde où s’opère cette réception. On peut citer à titre d’exemples : la réception et la traduction de Lacan et des psychanalystes lacaniens en Amérique latine et tout particulièrement en Argentine, ou encore l’intérêt du Japon pour la pensée « poststructuraliste » française[4] ; on pourra aussi relever les décalages temporels dans la publication des textes de sciences humaines et sociales selon ces mêmes critères linguistiques et géographiques.

La réception de la pensée française dans l’espace européen en recomposition après la chute du mur de Berlin et notamment dans les ex-pays de l’Est et en Russie depuis les années 1990 constituera une autre piste de recherche[5].

 

AXES DE RECHERCHE

  • Quelle réception pour la pensée française contemporaine dans les pays non-anglophones ?
  • Y a t-il des concepts de la pensée française « intraduisibles » dans certaines langues, et selon certains domaines ou champs scientifiques, comme la psychanalyse par exemple ?
  • Dans quelle mesure peut-on parler de « temporalité » de la traduction, voire d’ « actualité » de la traduction, puisqu’une part non négligeable d’ouvrages de sciences humaines et sociales  sont traduits pour répondre à une réflexion propre à l’actualité politique, économique ou écologique de certains pays, comme le Japon avec le nucléaire ?
  • Qu’en est-il du support de la traduction d’ouvrages français de sciences humaines et sociales à l’étranger ? Traduit-on plus d’articles que d’ouvrages complets, dans la mesure où les articles sont plus accessibles via les portails de revues ou d’articles en ligne, comme Cairn International ?
  • Quelle est la répartition entre traducteurs professionnels et traducteurs universitaires selon les différents pays ? Quelles sont les stratégies éditoriales mises en place pour former les traducteurs selon les langues et les domaines de spécialité ?
  • Quelle visibilité pour les traducteurs de sciences humaines et sociales ? Au travers des notes du traducteurs, des préfaces etc.
  • Quid des auteurs français qui écrivent parfois directement en anglais et s’autotraduisent ?

 

ENGLISH

Next year — in the wake of the 2017-2018 seminar cycle — TRACT will continue with its exploration of the reception of contemporary French thought through the prism of translation, while extending its remit to languages other than English and to cultural areas other than the Anglosphere.

We plan to study the variations in the reception and translation of French thought in relation to linguistic, geographical and cultural areas, and we will pay particular attention to the "hypercentrality" of the English language in the hierarchical and globalized system of world languages​. As Thomas Brisson states: “What can be said about French philosophy in the United States may not necessarily be applied to the reception of literature in the same country; nor, may it be valid for the reception of French thought in China, Argentina or Tunisia.” However, because English occupies a “pivotal” position in the global system of linguistic exchanges, it is worth considering how a detour via English may sometimes precede the diffusion of contemporary French thought in other languages.


It may also be interesting to shed light on the disparities in the reception of French thought depending on the authors and the scientific fields involved, and on  the languages and the regions of the world where this reception takes place. Examples may include: the reception and translation of Lacan and Lacanian psychoanalysts in Latin America (especially in Argentina), or Japanese interest in French "poststructuralist" thought.

Time lags in the translation/publication of social science texts according to these same linguistic and geographical criteria may also be worth examining.
Another possible avenue of research is the reception of French thought in the reorganized European space post 1990 as a result of the fall of the Berlin Wall, in particular in Eastern European countries and in Russia.

In this context, the following questions may be addressed (open-ended list):

  • What is the reception of contemporary French thought in non-English speaking countries?
  • Are some concepts of French thought "untranslatable" in certain languages? Are some scientific fields more untranslatable than others?
  • Can we speak of  a “time factor” for translation, or even of the "topicality" of translation, since a significant proportion of texts in the social sciences are translated in response to the current political, economic or ecological situations in some countries, such as  Japan in the aftermath of the nuclear catastrophe in Fukushima?
  • What of the “medium” employed in the translation of the French social sciences abroad? Are scientific articles, for instance, more readily translated than complete books, as articles are more accessible via online journal portals such as Cairn International?
  • What is the breakdown of the number of translations carried out by professional and academic translators per country? What are the editorial strategies put in place to train translators according to the languages and specialty areas?
  • What visibility is there for social science translators? Via the translator’s preface or footnotes, etc.
  • What of French authors who sometimes write directly in English and resort to self-translation?

 

BIBLIOGRAPHIE

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Barbara Cassin (dir.), Philosopher en langues – les intraduisibles en traduction, Éditions Rue d’Ulm, Paris, 2014.

Barbara Cassin (éd.), Après Babel, traduire, Arles/Marseille, Actes Sud/Mucem, 2016. 

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[1] Voir à ce sujet Jean-Louis Calvet, « La mondialisation au filtre des traductions », in Traduction et mondialisation, Hermès 49, CNRS éditions, 2007 et Traduction : les échanges littéraires internationaux, Actes de la recherche en sciences sociales n° 144, (coord. J. Helbron et G. Sapiro), Seuil, Paris, septembre 2002.

[2] Thomas Brisson, « Le rayonnement déclinant de la pensée française ? » in La vie intellectuelle en France

ii. De 1914 à nos jours, sous la direction de Christophe Charle et Laurent Jeanpierre, Seuil, Paris, 2016, p. 779-780.

 

[3] Voir à ce sujet la remarque de Thomas Brisson : « Les ressorts de cette réception américaine de la French Theory permettent aussi de comprendre comment ils contribuèrent ensuite à la diffracter au niveau mondial. On touche ici au paradoxe d’une pensée française globale parce qu’américanisée, ce dont témoigneraient la traduction allemande, sans équivalent français, des conférences (publiées en anglais) qu’a données Michel Foucault à Berkeley […] » in La vie intellectuelle en France, p. 790.

[4] Yoshiyuki Sato, « La pensée poststructuraliste  au Japon », in La vie intellectuelle en France ii. De 1914 à nos jours, sous la direction de Christophe Charle et Laurent Jeanpierre, Seuil, Paris, 2016, p. 815-818.

[5] Sur ce point, on pourra se référer entre autres aux deux articles de Natalia Avtonomova, intitulés « Traduction et création d’une langue conceptuelle russe », in Revue philosophique de la France et de l'étranger, vol. tome 130, no. 4 « La traduction philosophique », 2005, pp. 547-555, et « Derrida en russe », Revue philosophique de la France et de l'étranger, vol. tome 127, no. 1, 2002, pp. 85-92.