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Faillites protocolaires : configurations de l’échec dans les œuvres à activer

Faillites protocolaires : configurations de l’échec dans les œuvres à activer

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Franck Apertet)

Faillites protocolaires : configurations de l’échec dans les œuvres à activer

Journée d’études organisée par

Franck Apertet, Clélia Barbut et Matthieu Saladin, 

dans le cadre du programme de recherche Awaiting Scores (Eur ArTeC / Institut ACTE),

le 18 avril 2026 / 9h30-18h30 / Amphithéâtre Bachelard, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Réservation indispensable via l'adresse matthieu.saladin@univ-paris1.fr

L’échec a partie liée à l’activation d’un protocole artistique, a minima comme fin possible d’une action, déléguée ou non, qui manquerait un but initialement visé. Que l’activation d’une œuvre protocolaire déroge aux règles que celle-ci consigne, ou de manière plus banale déçoive les attentes de l’expérience proposée, qu’elle soit motivée par une interprétation relevant d’un éventuel contresens, ou qu’elle rencontre un désaveu public, voire soit l’objet d’une censure qui l’empêche, elle ouvre sur une situation qui se caractérise par un écart avec ce qui était au préalable ambitionné. D’autres protocoles d’artistes cherchent de leur côté spécifiquement à problématiser la notion d’échec et son attachement à une perspective téléologique. La réalisation proposée ou son impossibilité circonstancielle vise alors la mise en échec d’une situation, d’un fonctionnement, d’une norme, la mise au jour des contradictions pouvant traverser, sinon structurer, une culture, une institution ou les membres présent·es d’un public. Mais elle peut tout autant interroger à sa racine même le principe de l’action, son assignation à une fin et la responsabilité supposée de son agent·e. Au-delà de ces rapports, l’échec peut également être convoqué dans les œuvres protocolaires pour sa charge critique à l’égard du succès qui gouverne le storytelling du capitalisme, où la réussite personnelle, et à travers lui, la conformité aux normes sociales, prévaut comme standard hégémonique. Il devient dès lors « style » ou « mode de vie », qui invite à embrasser des territoires affectifs négatifs comme le vide, la perte, la futilité, le ratage, l’empêchement, l’insuccès (Halberstam) et autres « ugly feelings » (Ngai) comme l’ennui, la déception, l’amertume, l’irritation. Il permet également, dans le « refus de parvenir » qu’il incarne (Charbonnier), de se délester de l’injonction à rejoindre et reproduire les processus de subjectivation dominants. 

Cette journée d’études entend interroger les relations que les œuvres à activer (performances, actions, protocoles, scripts, recettes, partitions…) entretiennent avec la notion d’échec, ses modalités opératoires et les diverses significations qu’elles lui prêtent, mais aussi les multiples configurations de la faillite artistique qu’elles façonnent en l’actualisant. Que nous enseignent les accomplissements protocolaires non advenus et comment qualifier les territoires latents qu’ils dessinent ? Comment définir l’échec d’un protocole lorsque celui-ci nourrit sa proposition même ? Sur quelles situations et quels devenirs peuvent ouvrir les faillites protocolaires ? Quels en seraient les enjeux esthétiques et politiques ? L’échec d’une œuvre protocolaire fait-il évènement ? Bien qu’indissociable d’un rapport à la finalité, l’échec peut-il être envisagé dans les pratiques du protocole comme une critique de la téléologie qui structure les rapports de domination et leurs discours de légitimation ? L’échec peut-il être une puissance destituante ?

Associant propositions théoriques et artistiques, cette journée d’études tentera d’articuler les questionnements que nous partagerons aux modalités de leur propre énonciation.