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"Style oral, style populaire" Quatrième séance du séminaire "Le style en (icono)texte : littérature et bande dessinée" avec Karine Abiven et Laurent Gerbier (Sorbonne)

Publié le par Marc Escola (Source : Arianna Bocca-Pignoni)

"Style oral, style populaire" - Quatrième séance du séminaire de recherche "Le style en (icono)texte : littérature et bande dessinée"

L'argumentaire général du séminaire est disponible ici.

13 mars 2026 - 16h-18h

Maison de la Recherche, 28 rue Serpente (Paris), salle D421 : 

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Karine Abiven (Université de Rouen Normandie) - "« La rime n’est pas riche, et le style en est vieux » : style et communautés discursives" 

« La rime n’est pas riche, et le style en est vieux » : on reconnaitra peut-être la réplique par laquelle Alceste, dans Le Misanthrope, oppose les amateurs cherchant à se distinguer par la pratique de la poésie galante, à ceux qui se contentent du style supposé naïf des « vieilles chansons ». Les chansons, stylées à leur manière, permettraient ainsi de lier la question des communautés discursives à celle du style. À partir d’un corpus de chansons du milieu du 17e siècle, je montrerai qu’on ne peut ni les associer tout uniment à des groupes « populaires », ni à des pratiques d’élite (où elles côtoient de fait l’air de cour). Matériau discursif qui traverse l’espace social, la chanson présente des caractéristiques formelles (lexico-syntaxiques, orthotypographiques) et pragmatiques, qui permettent d’inférer ses modes de consommation, sinon de performance. Genre par définition destiné à l’oralisation, c’est une des rares manières d’accéder à une langue poétique largement partagée, y compris par des moins lettrés. 

Karine Abiven est professeure en langue française à l’Université de Rouen Normandie. Elle a travaillé sur les cultures narratives anciennes et contemporaines, en questionnant les ambigüités du dire vrai (dans L’Anecdote ou la fabrique du petit fait vrai, Classiques Garnier, 2015) ou en cherchant à expliciter les impensés de certaines formes de récit de soi (avec Laélia Véron, dans Trahir et Venger. Paradoxes des récits de transfuges de classe, La Découverte, 2024, rééd. 2026). Elle est aussi spécialiste du discours d’actualité pendant la première modernité, en particulier autour des mazarinades, qu’elle contribue à faire connaitre par le site Antonomaz, et par le livre Sur l’air de la Fronde : chansons d’actualité et guerre civile (1648-1661) (Champ Vallon, 2026). 

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 Laurent Gerbier (Université de Tours) - "« Faire parlé » ou « faire parler » ? Styles et pratiques de l’oralité autour des récits dessinés"

La bande dessinée est un objet culturel silencieux, mais pas muet. Elle contient du langage, et plus précisément du langage oral : on a même parfois voulu faire coïncider l’invention des techniques visuelles propres à la restitution de la parole (la bulle, l’onomatopée) avec l’invention de la « vraie » bande dessinée. Cela implique que tout texte conjoint à de l’image ne constitue pas à lui seul une présence de la parole dans cette image : il n’y a véritablement « parole » dans le récit en image que sous certaines modalités spécifiques de présentation du texte, modalités qui s’emploient à restituer un « style oral » dans l’image. Au premier chef, bien sûr, on pense à la bulle ou au phylactère, dont la mise au point hésitante ou tâtonnante manifeste les clivages entre ce qui dans le récit dessiné relève d’une textualité simplement juxtaposée à l’image (objet possible d’une étude stylistique spécifique) et ce qui relève proprement d’une tentative de restitution de l’oralité (ce qui « fait parlé »).

En examinant cette capacité de la bande dessinée à « faire parlé » et en explorant certaines de ses modalités (du point de vue des variations du lettrage, du point de vue du degré de transparence des codages visuels de la parole, du point de vue des restitutions du « style oral » et des communautés que ce dernier noue, atteste ou entraîne), on voudrait mettre en évidence la manière dont le récit dessiné s’efforce de faire place à la parole et de la faire exister dans le medium bande dessinée. Or, pour comprendre la puissance de cet effort, il faut peut-être sortir de la bande dessinée elle-même pour prendre en charge un univers de paroles qui cette fois l’environne de l’extérieur, et dont elle constitue le déclencheur, le support, ou le prétexte : il s’agit alors de saisir la bande dessinée comme un cas particulier de ces dispositifs plus anciens et plus vastes par lesquels l’image narrative s’emploie à produire, structurer ou accompagner des modes déterminés de la performance orale – c’est-à-dire à « faire parler » plutôt qu’à « faire parlé ».

C’est dans la tension entre ces deux pôles, les restitutions de la parole dans la bande dessinée et les circulations de la parole autour de l’image narrative, que l’on essaiera d’esquisser les contours d’un « style oral » du récit dessiné.

Laurent Gerbier est maître de conférences en philosophie à l'université de Tours, directeur du laboratoire InTRu, président du comité éditorial des Presses Universitaires François-Rabelais, ses recherches se partagent entre la philosophie morale et politique de la Renaissance (en particulier autour des œuvres de Machiavel et de La Boétie) et les études culturelles et visuelles contemporaines (en particulier autour de l’histoire et de la théorie de la bande dessinée).

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Inscription obligatoire aux adresses suivantes :

arianna.bocca[a]etu.sorbonne-universite.fr

clara.cini[a]sorbonne-universite.fr

norbert.danysz[a]univ-lyon2.fr