En 1803, dans le Bade, on confia à un modeste professeur de lycée, comme par inadvertance, la rédaction de petites histoires pour un vieil almanach périclitant. Le petit professeur produisit les historiettes requises, les plus simples qui soient : destinées au petit peuple à demi lettré des campagnes et des villes alentour. Or ces historiettes, de prose admirable, devinrent des bijoux de la littérature allemande. Au XXesiècle, elles sont admirées de Kafka, Benjamin, Bloch, Brecht, Heidegger, Wittgenstein, Canetti, Sebald… L’historiette "Kannitverstan" figura longtemps dans tout manuel scolaire en Allemagne, comme nous avons "Le corbeau et le renard" ; "Retrouvailles inespérées" est dite par Bloch "la plus belle histoire du monde". En France, ces histoires si belles et si simples restaient totalement inconnues, jusqu'à la création en 2016 du Hebel-Kolportage destiné à les faire entrer dans le pays en traduction et en contrebande. Ce kolportage recourut aux formes les plus diverses : tracts, affichages publics sauvages sur murs, radio-diffusion, blogs, lectures ambulantes, contrebande libraire, etc. Dix ans plus tard, les éditions rennaises Pontcerq rassemblent enfin les Historiettes de Hebel.
Frédéric Metz accompagne cette édition de Trois études sur J. P. Hebel, qui offrent aussi une traduction du discours sur "Hebel et Kafka"prononcé par Elias Canetti à Hausen en 1980. La seconde étude s'attache à la manière dont la réception de Hebel changea en Allemagne dans les années 1920-1930 – sur fond de montée du nazisme, ou d’exil et de "repli". Y est présentée l'hypothèse que c’est autour de Hebel que Walter Benjamin eut l’intuition d’une alliance nécessaire entre théologie et matérialisme historique (où s’annonce la célèbre partie d’échecs de la Thèse n° 1 sur l’histoire).
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