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Sciences humaines et sociales à l’épreuve de la rigueur scientifique

Sciences humaines et sociales à l’épreuve de la rigueur scientifique

Publié le par Mihai Duma (Source : Ahlam Belarbi )

Langue, Discours et Interculturalité

Laboratoire LECLLCH

(Etudes comparatives en Langues, Littératures, Cultures et Histoire)

 

Journée d’Étude

Sciences humaines et sociales à l’épreuve de la rigueur scientifique

 

23 mai 2026

 

Argumentaire

Les interrogations relatives à la scientificité des sciences humaines et sociales [dorénavant SHS] s’inscrivent dans une problématique épistémologique ancienne : celle de la pluralité des ordres de connaissance scientifique. Depuis le XIXᵉ siècle, la réflexion sur les sciences s’est structurée autour d’une distinction entre sciences de la nature et sciences de la culture. Les premières (physique, chimie, biologie) étudient des phénomènes relativement stables, observables et modélisables, et se sont constituées autour de l’explication causale, de la recherche de régularités et de la formalisation mathématique. Les secondes (histoire, sociologie, psychologie, linguistique, sciences de l’éducation, études littéraires) prennent pour objet des réalités humaines et sociales porteuses de sens, de valeurs et d’historicité. Elles concernent des pratiques et des représentations inscrites dans des contextes culturels, marquées par une forte variabilité selon les époques et les espaces.

Cette différence d’objets implique des modalités distinctes de construction du savoir. Là où les sciences de la nature visent prioritairement l’établissement de lois générales et la prédiction, les sciences de la culture sont confrontées à des phénomènes singuliers, contextualisés et signifiants, qui requièrent des démarches de compréhension et d’interprétation méthodiquement contrôlées. La rigueur scientifique n’y réside pas d’abord dans la seule quantification ou la modélisation mathématique, mais dans la cohérence conceptuelle, l’explicitation des procédures d’enquête, la justification des catégories d’analyse et la réflexivité du chercheur. La rationalité scientifique ne se réduit donc pas à un modèle unique : elle s’ajuste à la nature des objets étudiés.

En ce sens, la scientificité d’un discours ne se définit pas indépendamment de l’objet qu’il prend pour cible : elle puise sa légitimité dans l’adéquation entre ses procédures d’analyse et la nature des phénomènes étudiés. L’objectivité ne résulte donc pas d’un effacement illusoire du sujet connaissant, mais de la capacité du discours scientifique à construire un rapport réglé, explicite et méthodiquement contrôlé à son objet. Autrement dit, c’est parce que le savoir se règle sur les propriétés de ce qu’il étudie qu’il peut prétendre à l’objectivité. Celle-ci n’est pas un attribut uniforme des méthodes, mais l’effet d’une correspondance rigoureuse entre régime d’intelligibilité et nature de l’objet.

La distinction courante entre sciences « dures » et sciences « molles », diffusée au XXᵉ siècle, reflète surtout des différences de formalisation et de recours aux mathématiques. Elle relève davantage d’une catégorisation socio-discursive que d’une typologie épistémologique rigoureuse, et tend à suggérer une hiérarchie implicite des disciplines en assimilant la scientificité à la seule mathématisation.

Dans ce contexte, les SHS se trouvent soumises à des exigences croissantes de scientifisation. Se pose alors une question centrale : peut-on appliquer aux phénomènes humains les critères de vérifiabilité, de quantification et de généralisation élaborés à partir des sciences de la nature ? Entre la standardisation méthodologique et le risque de réduire l’intelligibilité du social à des opérations comptables, un débat fondamental s’ouvre sur les conditions de production et de validation du savoir.

Il convient dès lors d’expliciter une hypothèse : la logique scientifique ne saurait être réduite à l’application de modèles mathématiques, ni confondue avec la seule capacité à mesurer ou formaliser. La scientificité repose plus largement sur des exigences telles que la cohérence conceptuelle, l’explicitation des procédures, le contrôle des inférences, la discussion critique et la réfutabilité, dont les modalités varient selon les objets.

Dans ce cadre méthodologique, toujours en dynamique, l’intelligence artificielle constitue désormais un facteur majeur de renouvellement. Elle intervient d’abord comme outil d’assistance, facilitant la gestion de corpus étendus, l’exploration de données complexes et l’identification de régularités difficilement perceptibles par l’analyse humaine seule. Elle modifie également les pratiques méthodologiques, en introduisant de nouvelles formes de traitement, de modélisation et de visualisation des données, qui redéfinissent les échelles d’observation et les modes de comparaison. Enfin, ses apports ne sont pas uniquement techniques : ils engagent des questions théoriques relatives à la formalisation du sens, à la représentation des connaissances et aux conditions mêmes de production du savoir, invitant à repenser la place de l’interprétation humaine face aux dispositifs algorithmiques. L’intelligence artificielle ne remplace donc pas l’activité scientifique, mais reconfigure les rapports entre données, méthodes et théories. 

La recherche en SHS engage en effet un sujet connaissant situé : le chercheur, doté d’imagination, d’émotions et de réflexivité, participe à la production du savoir. Les phénomènes humains — comportements, représentations, interactions, cognitions — ne se laissent pas traiter comme des objets physiques sans perte de sens. Chaque situation est singulière, produite en contexte et en historicité déterminée ; les résultats ne peuvent donc être ni reproduits à l’identique, ni généralisés de manière univoque.

Dès lors, une interrogation s’impose : existe-t-il d’autres manières de produire un savoir rigoureux adapté à ce champ où les observations sont irréductiblement singulières ? Produire un discours savant à partir d’une expérience vécue conduit à interroger la portée de la méthode expérimentale et son horizon nomothétique (orienté vers l’établissement de lois générales). Dans cette perspective, le « paradigme intérieur du chercheur », façonné par son histoire intellectuelle, intervient dans la structuration des procédures d’analyse et d’interprétation.

Reste enfin une question décisive : dans quelle mesure la scientifisation des SHS répond-elle à une exigence institutionnelle de rigueur, et comment concilier cette aspiration avec la complexité interprétative des phénomènes humains et sociaux ?

Tel est l’objectif de cette journée d’étude : examiner ces interrogations à partir des pratiques effectives des chercheurs, de leurs postures épistémologiques et de leurs choix méthodologiques, afin de réfléchir aux transformations contemporaines du modèle de production du savoir et aux formes de rigueur adaptées aux SHS.

Axe 1 : Analyser le discours pour produire des schèmes scientifiques

Les sciences du langage montrent comment l’étude du discours, des interactions et des usages linguistiques peut devenir une démarche scientifique fondée sur des méthodes rigoureuses : constitution de corpus, catégorisation, contextualisation, analyse énonciative et interprétation contrôlée. La scientificité en sciences humaines repose moins sur la reproduction mécanique que sur la cohérence méthodologique, l’explicitation du protocole et la réflexivité du chercheur, qui articule le singulier et le collectif dans la construction du sens.

Axe 2 : L’interprétation comme modèle de scientificité

L’analyse littéraire mobilise des approches structurées (herméneutique, narratologie, stylistique, analyse symbolique …) permettant de construire des interprétations argumentées, situées et vérifiables dans un cadre théorique explicite. Elle illustre une forme de scientificité propre aux sciences humaines, fondée sur la logique interprétative, la validité argumentative et la cohérence critique, montrant que le savoir peut être produit même à partir de corpus singuliers.

Axe 3 : Comprendre les pratiques pédagogiques et didactiques par des méthodes situées

Les sciences de l’éducation développent des méthodologies d’enquête ancrées dans le terrain (observation, entretiens, analyse de l’activité, recherche-action…) permettant d’étudier scientifiquement les pratiques humaines sans les réduire à des variables mécaniques. Leur scientificité repose sur la triangulation des données, la transparence du protocole, la réflexivité du chercheur et la construction de modèles interprétatifs.

Axe 4 : Le chercheur face à l'éthique de subjectivité : réflexivité et responsabilité scientifique 

Cet axe interroge la posture du chercheur face aux enjeux éthiques liés à la subjectivité inhérente à toute démarche scientifique. Il met l’accent sur la réflexivité comme outil critique permettant au chercheur de prendre conscience de ses positionnements, de ses présupposés et de leurs effets sur l’appréhension des savoirs. En interrogeant la subjectivité du chercheur, sous l’angle de la réflexivité et de la responsabilité scientifique, il devient possible d’examiner les questions méthodologiques, épistémologiques et éthiques communes à différentes disciplines. 

Axe 5 : Hybridation méthodologique, apports du numérique, IA, nouveaux corpus…

A l’ère du numérique, il est devenu indispensable de concilier les approches classiques des études en sciences humaines et sociales avec les apports de l’intelligence artificielle et son degré de légitimation ainsi que l’exploitation des nouveaux corpus. Il s’agit de réfléchir sur les conditions de scientifisation lorsque les outils computationnels transforment à la fois les objets d’étude, les modes de collecte de données et les procédures d’analyse. 

 Format :  Hybride

Calendrier : 

·       Lancement de l’appel : 16 février 2026

·       Date limite de réception des propositions : 30 Mars 2026

·       Notification d’acceptation : 10 Avril 2026 

·       Tenue de la journée d’étude : 23 mai 2026

Les propositions de communication n’excédant pas 300 mots sont à envoyer à l’adresse : jdescientificite@gmail.com 

Elles doivent inclure :

·       Nom et prénom du participant 

·       Affiliation

·       E-mail, Tél

·       Intitulé de la communication 

·       Cinq mots clés

Coordination : Pr Abdelhamid Ibn El Farouk, Kheira Kembouche

Comité d’organisation 

  Ahlam Belarbi – Université Hassan II de Casablanca

  Faïza Aït Aissa – Université Hassan II de Casablanca

  Houda Wahbi – Université Hassan II de Casablanca

  Ibtissam El Hadki – Université Hassan II de Casablanca

  Meriem Elhymer – Université Hassan II de Casablanca

  Mohamed Skikra – Université Hassan II de Casablanca

  Sanae Kawthar – Université Hassan II de Casablanca

  Sanae Ouled Chama – Université Hassan II de Casablanca

  Yassine ELAbdellaoui – Université Hassan II de Casablanca

 

Comité scientifique

  Abdelhamid Ibnelfarouk - Université Hassan II de Casablanca  

  Abderrazak El Asri – Université Hassan II de Casablanca

  Adil Yaacoub – Université Hassan II de Casablanca

  Ahmed Touba – Université Hassan II de Casablanca

  Habib Ayad – Université Hassan II de Casablanca

  Hassan Akioud – Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) Rabat

  Hassania Belmekki – Université Hassan II de Casablanca

  Kheira Kembouche – Université Hassan II de Casablanca

  Leïla Benhassou – Université Hassan I de Settat

  Mounaïm Bouamalat – Université Hassan II de Casablanca

  Mounir Serhani – Université Hassan II de Casablanca

  Souhail Bouibhirine – Université Hassan II de Casablanca

  Zohra Saki – Université Hassan II de Casablanca