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Recréer l’Orient : circulations et imaginaires transnationaux (Sorbonne nouvelle & Grenoble)

Recréer l’Orient : circulations et imaginaires transnationaux (Sorbonne nouvelle & Grenoble)

Publié le par Marc Escola (Source : Kateryna Lobodenko)

L’idée de ce colloque conjoint, qui se déroulera en deux temps, le 5 mai 2026 à la Sorbonne Nouvelle et les 5-6 novembre 2026 à l’Université Grenoble Alpes, est d’examiner un double déplacement: 1) celui d’un imaginaire de l’Orient construit par des circulations artistiques anciennes (orientalisme, picturalité, poétiques de l’ailleurs) et 2) celui des œuvres et des créateurs façonnés par la mobilité des artistes, les collaborations transfrontalières et les circuits internationaux de production et de diffusion. L’ambition est de délimiter ce que le transnational fait aux formes (esthétiques) et aux parcours (biographies, exils, diasporas, circulations) dans les arts de la scène et de l’image.

L’objectif du colloque sera d’analyser ce que les dynamiques transnationales font aux formes esthétiques et aux trajectoires artistiques (biographies, exils, diasporas, circulations) dans les arts de la scène et de l’image. Les deux volets du colloque entendent interroger l’art en mouvement : mouvement des imaginaires d’une part, mouvement des artistes et des œuvres de l’autre. Il ne s’agit pas de redéfinir « l’Orient » comme un bloc homogène, mais de comprendre comment traditions visuelles et trajectoires géoculturelles se rencontrent, se déplacent et se transforment, jusqu’à produire des objets artistiques échappant aux frontières d’une seule nation ou d’une seule langue.

L’« Orient » sera ainsi envisagé comme une construction plurielle, issue de l’accumulation de récits, d’images et de représentations. Historiquement associé, dans les cultures européennes, aux espaces situés à l’Est de l’Europe, il a constitué un motif central de l’orientalisme littéraire et artistique du XVIIIᵉ au XXᵉ siècle. Cet imaginaire du lointain – fait de ruines antiques, de palais, de voiles, de déserts ou de villes mythifiées – n’a jamais été uniforme : il s’est élaboré à partir de multiples « Orient(s) », réels ou rêvés, savants ou populaires, historiques ou intimes. Ces caractéristiques – pluralité des référents, circulation des motifs, hybridation des sources culturelles et sensorielles – invitent à mettre cet héritage en relation avec des phénomènes plus récents, notamment le développement de formes artistiques transnationales.

À partir de la fin du XXᵉ siècle, le cinéma, mais aussi les arts de la scène, se déploie de plus en plus dans des réseaux internationaux de financement, de production et de diffusion. Le transnational ne désigne pas seulement une échelle globale opposée au national, mais une interdépendance de formes, de pratiques et de trajectoires: coproductions multi-pays, circulations de récits, collaborations artistiques, mobilités d’acteurs et de réalisateurs, transferts de styles et d’imaginaires. Les œuvres se conçoivent désormais dans des configurations multi-situées, à la croisée de plusieurs espaces culturels et linguistiques.

Confronter l’Orient au transnational revient ainsi à observer comment un imaginaire ancien,souvent associé à l’exotisme ou à l’ailleurs, devient un matériau esthétique remobilisable dans des contextes de création hybrides et non strictement nationaux. Là où l’orientalisme inventait l’ailleurs par l’image et le récit, les pratiques transnationales contemporaines inventent un « entre-les-ailleurs » fondé sur la coopération, la circulation et l’hybridation des dispositifs artistiques.

Ce dialogue entre un Orient longtemps rêvé dans les cultures européennes et des pratiques contemporaines de création sans frontières fixes permet de poser une question centrale : qu’adviennentles formes et des récits artistiques lorsque « l’ailleurs » n’a plus une seule origine maisse construite trajectoires multiples, de lieux de production divers et de circulations transnationales ? Dans ce contexte, le transnationalisme se distingue à la fois de la mondialisation et du seul cadre postcolonial : il renvoie à des configurations artistiques et économiques combinant plusieurs cadres nationaux, linguistiques et culturels, sans s’y réduire.

En France, les notions de cinéma, de théâtre ou de littérature transnationaux ne font pas l’objet de définitions stabilisées. Les œuvres contemporaines, souvent conçues pour circuler entre plusieurs espaces, dialoguent avec différents publics et brouillent les frontières entre identités artistiques nationales. Les trajectoires d’artistes en migration ou en exil, soutenues par des réseaux internationaux de production, de diffusion ou de collaboration, participent à cette recomposition. Étudier le transnational aujourd’hui revient ainsi à observer concrètement les circulations des formes, des langues et des imaginaires, et à comprendre comment l’« ailleurs » devient un principe de création partagé.

Ce colloque accueillera des contributions issues principalement des études cinématographiques et des arts de la scène, portant sur des œuvres, des corpus ou des trajectoires d’artistes. Il s’agira d’examiner comment les imaginaires de l’Orient circulent, se transforment et se réactivent dans des contextes de création transnationaux : coproductions, mobilités d’artistes, exils, collaborations internationales, dispositifs de diffusion ou transferts esthétiques. Les propositions pourront ainsi analyser des films, des mises en scène, des parcours d’artistes, des réseaux de production ou des motifs visuels et narratifs permettant de penser la relation entre héritages orientalistes et pratiques transnationales contemporaines.

Les propositions pourront porter, à titre indicatif et sans exclusive, sur des cinéastes ou des trajectoires d’artistes travaillant dans des contextes transnationaux et intermédiatiques (par exemple, Pier Paolo Pasolini, Youssef Chahine, Elia Suleiman, Nadine Labaki, Amjad Abu Alala, Asghar Farhadi, Mohammad Rasoulof, Wajdi Mouawad, Tony Gatlif…), ainsi que sur d’autres corpus permettant d’interroger la circulation et la transformation des imaginaires de l’Orient.

Les propositions pourront notamment s’inscrire dans les axes suivants (liste non limitative) :

– héritages et réinventions des imaginaires de l’Orient ;

– circulations transnationales des formes et des esthétiques ;

– trajectoires d’artistes et collaborations internationales ;

– reconfigurations contemporaines de l’« ailleurs »,

et pourront porter sur des aires et des productions artistiques diverses, en lien avec les circulations entre Europe, Méditerranée, Moyen-Orient, Afrique ou Asie, ainsi que leurs diasporas.

Les intervenants sont invités à indiquer dans leur proposition s’ils ont une préférence pour l’une des deux sessions ou s’ils sont disponibles pour les deux. La répartition finale sera établie par le comité d’organisation en fonction de la cohérence scientifique du programme.

Les propositions sont à envoyer aux adresses suivantes :

lisa.el-ghaoui@univ-grenoble-alpes.fr, kateryna.lobodenko@sorbonne-nouvelle.fr, danilo.sannelli@sorbonne-nouvelle.fr 

Date limite de réception des propositions : 15/03/2026

Format des propositions :

Un résumé d’une page maximum, avec le titre de la communication, le corpus et la période étudiés, le type d’approche choisi, les thématiques principales abordées et précisant votre nom, votre appartenance institutionnelle et vos coordonnées.

Langues acceptées : français, anglais

La publication des communications issues du colloque est prévue, après relecture et validation des contributions par les pairs.