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La francophonie à l’épreuve du numérique (Iaşi, Roumanie)

La francophonie à l’épreuve du numérique (Iaşi, Roumanie)

Publié le par Marc Escola (Source : Cristina Petras)

Colloque La francophonie à l’épreuve du numériqueLa francophonie à l’épreuve du numérique

Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi, Roumanie

Alors que la société contemporaine vit au rythme des réseaux et des nouvelles technologies, le rapport de la francophonie au numérique se trouve traversé par un paradoxe : si le monde virtuel a bien contribué à la diffusion de la francophonie dans le monde – pour répondre affirmativement à la question centrale d’une conférence-débat tenue en 2014 à l’Assemblée nationale par les Français de l’étranger –, il peut se manifester aussi, notamment après l’irruption de l’intelligence artificielle générative, comme un facteur d’homogénéisation, de nivellement, d’effacement des spécificités. Grâce aux plateformes et aux ressources en ligne, à la communication instantanée, le numérique constitue une extraordinaire opportunité pour les formations à distance, un facteur d’essor économique (c’est le cas des entreprises francophones multipliant les centres d’appel), ainsi qu’un « instrument de promotion de l’éducation en français, de l’éducation du français et de l’accès au français sous toutes ses formes » (Sens Public, 2014). 

L’avènement du numérique rend possible une nouvelle conception de la francophonie et de l’identité francophone (Fewou Ngouloure, 2023). S’il donne lieu à une « démocratisation des connaissances », aussi bien qu’à un effacement des frontières spatiales, au dépassement de la linéarité chronologique des événements et au développement du temps numérique, fait de « ralentissements » et d’« accélérations », la francophonie numérique va au-delà des identités nationales, régionales ou autres, ne pouvant pas être envisagée selon les axes traditionnels «Nord/Sud », « centre/périphérie ». D’ailleurs, les mouvements sous-jacents à la mondialisation (migration, déplacements de tout type) ont eux aussi contribué à cette reconfiguration et décentralisation de la francophonie et à l’émergence de centres multiples. Dans un contexte numérique, l’identité francophone se définit plutôt « en termes relationnels », se rapportant à une nationalité qui pourrait être appelée «virtuelle» (Fewou Ngouloure, 2023).

L’exemple des communautés francophones nord-américaines est très parlant pour le rôle joué par le numérique comme « espace de prise de parole » (Arrighi et Berger, 2024). La baladodiffusion / podcasting en Acadie permet aux individus appartenant à des communautés minoritaires de s’exprimer dans leur vernaculaire (cas proche des radios communautaires, médias alternatifs par excellence). Un autre exemple est fourni par Glain et Goudet (2023), dont le travail porte sur l’expression identitaire d’un groupe cajun sur Facebook.

Au sein des organismes francophones et des États membres de la Francophonie, le débat a déjà été lancé sur la nécessité de protéger la diversité culturelle et linguistique (voir le rapport de 2018 ou la Stratégie de la Francophonie numérique 2022-2026 de l’OIF). Beaudoin et al. (2024 : 60) questionnent l’impact de l’IA sur la diversité culturelle et la problématique des droits d’auteur afférents aux contenus culturels nourrissant les banques de données sur lesquelles sont entraînées les IA. 

Corrélativement, la question de l’accès au contenu francophone se pose par ce que l’on appelle découvrabilité avec ses deux dimensions (la trouvabilité et la sérendipité) (cf. Hazar et Marcoux-Gendron, 2025, au sujet des « scènes culturelles francophones ») ; au niveau institutionnel, la découvrabilité est un enjeu majeur, étant au cœur de la 5econférence des ministres de la culture de la Francophonie, tenue à Québec en mai 2025 (de Petigny, 2025). Le Québec a même adopté en 2025 la loi 109, qui impose l’inclusion de plus de contenus francophones sur les plateformes (Bellerose, 2025). Dans cette même idée s’inscrit la réflexion sur la visibilité et la découvrabilité des revues scientifiques en français et de la recherche en français, plus largement (voir les débats autour de l’utilisation du français comme langue de l’expression scientifique lors du 92e Congrès de l’Acfas de 2025).  

Si l’on s’arrêtait sur les pratiques langagières, le rapport entre texte/écriture et numérique intéresse, dans un premier temps, du point de vue de l’impact que le type de support et la mobilisation des différents médias peuvent avoir sur la textualité, les genres textuels, les pratiques discursives (cf. le numéro consacré aux « Textualités numériques », 2015, dans la revue Itinéraires, ainsi que, dans ce même numéro, Paveau, 2015 ou Audet, 2015). Pour ce qui est de la littérature numérique, ce qui constitue un élément de rupture, ce n’est pas tant le côté expérimental auquel donnent lieu l’utilisation du support numérique et la mobilisation du multimodal (qui n’est sans doute pas nouveau), mais plutôt l’inscription dans l’œuvre du processus lui-même, qui se manifeste par le caractère ouvert, susceptible d’être modifié, remanié, la réticulation ou l’existence de réseaux auxquels est relié un texte. La technologie modifie à tel point les mécanismes discursifs mêmes que Paveau (2015) envisage une « technologie discursive », des « formes technodiscursives », des « matièrestechnolangagières » ou des « technogenres ». Le discours numérique natif ou numériqué suppose la délinéarisation, l’augmentation énonciative, la technogénéricité, la plurisémioticité, la relationalité (Paveau, 2015, 2017, 2019).

Si l’environnement numérique est un lieu de circulation (des créations artistiques, des textes), avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, il devient aussi un lieu de « cocréation » (Hazar et Marcoux-Gendron, 2025) ou de « sympoïèse » (Fülöp, 2024). Le premier roman en français écrit en collaboration avec l’IA, Internes de Grégory Chatonsky (2022), illustre les potentialités expérimentales de l’IA, conduisant à envisager autrement le statut de l’auteur, la question de la voix (le je de la partie rédigée par l’humain trouve son rebondissement dans le je produit par l’IA, qui n’est autre qu’une « simulation linguistique »). Cas particulier, les créations entièrement « de la main » des intelligences artificielles, nous conduisant « dans la vallée de l'étrangeté », ne semblent plus confirmer nos visions anthropocentriques (Gefen, 2023). Devant elles, que deviennent l’émotion, le jugement esthétique, l’esprit critique, le réflexe herméneutique ? Au débat pour ou contre l’introduction de l’IA dans la littérature, Stéphanie Parmentier, auteure de l’ouvrage Quand l’IA tue la littérature (2025), répond dans un entretien par le titre de l’essai, qu’elle considère comme « une question ouverte, une interrogation indirecte ».

La trente et unième édition du colloque consacré à la francophonie par l’Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi interrogera le rapport de la francophonie à l’écosystème numérique, notamment eu égard à l’avènement de l’intelligence artificielle générative, aux enjeux de la découvrabilité et à cette tension entre homogénéisation et manifestation de la diversité culturelle.

Les contributions pourront répondre aux axes de réflexion suivants, non exhaustifs :

·      Découvrabilité numérique et communication scientifique en français : pourquoi continuer à écrire en français

·      Le numérique et les francophonies minoritaires

·       Écosystème numérique de la Francophonie : enjeux (géo)géopolitiques, stratégie, gouvernance 

·      Humanités numériques : édition électronique, plateformes, corpus, dictionnaires, bases de données, textométrie 

·      Qu’est-ce qui est (vraiment) nouveau dans la littérature numérique : nouveaux supports ? Nouvelles conceptions de la littérature ? Quelle réception ? Quelle forme de validation ? 

·      Création littéraire et IA : identité, créativité, authenticité, auctorialité

·      Textualité numérique : quels dispositifs énonciatifs ?

·      Textes générés par l’IA – sources ou artéfacts ? 

·      Traductologie, terminologie, variation linguistique : traduction humaine, traduction automatique (TAO, IA)

·      Technopédagogie / technologie éducative : TICE, plateformes d'apprentissage, classe numérique, didacticiels, CLOM, intégration de l’IA

·      FLE et numérique : formation hybride, portfolio numérique, prompt pédagogique

·      Arts, médias, cultures numériques et participatives : production, diffusion, consommation

·      Revers du numérique (retombées cognitives, didactiques, comportementales, affectives) : fracture numérique, isolement social, standardisation culturelle, uniformisation linguistique, biais algorithmique, fraude scientifique

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Calendrier

Date limite de soumission des propositions : 1er avril 2026.

Notification des acceptations : 10 avril 2026.

Date limite de la confirmation de présence : 20 avril 2026.

Programme préliminaire : 28 avril 2026.

Programme définitif : 10 mai 2026.

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Soumission

Les propositions de communication (titre, résumé, bibliographie, mots-clés) seront envoyées avant le 1er avril 2026 via le formulaire disponible à l’adresse https://forms.gle/s6qRUZYrizAXKs887.

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Questions pratiques

·       Taxe de participation (en euros ou en RON) : 75 euros ; 50 euros pour les doctorants. 

·       Les frais de voyage et de séjour à Iaşi sont à la charge des participants. Les organisateurs peuvent réserver des chambres à la Résidence Internationale de l’Université (Gaudeamus ou Akademos), dans la limite des places disponibles. 

·      Une sélection des contributions présentées dans le cadre du colloque fera l’objet d’une publication en volume.

Références bibliographiques

Arrighi, Laurence, Berger, Tommy (2024), « La baladodiffusion en Acadie, un espace de prise de parole pour une minorité linguistique entre différenciation, inclusion et exclusion », Minorités linguistiques et société / Linguistic Minorities and Society, 23, DOI : 10.7202/1114152ar. 

Audet, René (2015), « Écrire numérique : du texte littéraire entendu comme processus », Itinéraires. Littérature, textes, cultures [En ligne], 2014-1, DOI : 10.4000/itineraires.2267, mis en ligne le 04 février 2015, consulté le 30 janvier 2026.

Beaudoin, Louise et al. (2024), « La souveraineté culturelle du Québec à l’ère du numérique », Rapport du comité-conseil sur la découvrabilité des contenus culturels, disponible à https://www.unescodec.chaire.ulaval.ca/sites/unescodec.chaire.ulaval.ca/files/rapport_-_la_souverainete_culturelle_du_qc_a_lere_numerique_-_31_janvier_2024.pdf.

Bellerose, Patrick (2025), « Loi sur la ‟découvrabilitéˮ adoptée par Québec : il y aura désormais plus de contenus francophones sur Netflix, Spotify, etc. », Le Journal de Québec, https://www.journaldequebec.com/2025/12/11/loi-sur-la-decouvrabilite-adoptee-par-quebec--il-y-aura-desormais-plus-de-contenus-francophones-sur-netflix-spotify-etc.

Fewou Ngouloure, Jean Pierre (2023), « La Francophonie au cœur de l’écosystème numérique : enjeux et ébauche de méthode », Nouveaux Cahiers de Marge [En ligne], 7, DOI : 10.35562/marge.711, mis en ligne le 17 juillet 2023, consulté le 30 janvier 2026.

Fülöp, Erika (2024), « Écrire-avec l’intelligence artificielle, ou esthétique de la sympoïèse. Expérimentations littéraires avec GPT-2 et GPT-3 », Nouveaux cahiers de Marge [En ligne], 8, DOI : 10.35562/marge.956, mis en ligne le 12 juillet 2024, consulté le 30 janvier 2026.

Gefen, Alexandre (dir.) (2023), Créativités artificielles : la littérature et l'art à l'heure de l'intelligence artificielle, Dijon, Les presses du réel.

Glain, Olivier, Goudet, Laura Gabrielle (2023), « Faire communauté en ligne. Le français cadien contemporain sur Facebook », Voix contemporaines. Revue de lettres, langues, arts, 5, mis en ligne le 06 mars 2024, consulté le 30 janvier 2026, DOI : 10.35562/voix-contemporaines.557. 

Itinéraires. Littérature, textes, cultures, 2014-1 (« Textualités numériques ») [En ligne], DOI : 10.4000/itineraires.2258, mis en ligne le 04 février 2015, consulté le 30 janvier 2026.

OIF (Organisation internationale de la Francophonie), 2018, « Rapport 2018 sur l’état de la Francophonie numérique », https://www.francophonie.org/sites/default/files/2019-09/rapport-2018-etat-francophonie-numerique.pdf.

OIF (Organisation internationale de la Francophonie), 2021, « Stratégie de la Francophonie numérique 2022-2026 », Conférence ministérielle de la Francophonie, https://www.francophonie.org/sites/default/files/2021-12/SFN_CMF_39_10122021.pdf.

Parmentier, Stéphanie (2025), Quand l’IA tue la littérature, Paris, Presses Universitaires de France.

Paveau, Marie-Anne (2015), « Ce qui s’écrit dans les univers numériques. Matières technolangagières et formes technodiscursives », Itinéraires. Littérature, textes, cultures [En ligne], 2014-1, DOI : 10.4000/itineraires.2267, mis en ligne le 04 février 2015, consulté le 30 janvier 2026.

Paveau, Marie-Anne (2017), L’analyse du discours numérique. Dictionnaire des formes et des pratiques, Paris, Hermann.

Paveau, Marie-Anne (2019), « Introduction. Écrire, parler, communiquer en ligne : nos vies sociolangagières connectées », Langage et société, 167, p. 9-28.

de Petigny, Bertrand (2025), « La Francophonie face au numérique : de la régulation à la stratégie », Le Petitjournal.com, https://lepetitjournal.com/francophonie/conference-ministres-culture-francophonie-413623.  

Sens Public (2014), « Le numérique, une opportunité pour diffuser la francophonie dans le monde ? », Conférence-débat tenue à l’Assemblée Nationale à l’occasion de la première session de l’Assemblée des Français à l’étranger (7 octobre 2014), DOI : 10.7202/1052436ar.

Zahar, Hela, Marcoux-Gendron, Caroline (2025), « Texte introductif. Les scènes culturelles à l’ère de la découvrabilité numérique : reconfigurations et tensions au sein de la F/francophonie », Revue internationale des francophonies [En ligne], DOI : 10.35562/rif.1678, 13, mis en ligne le 04 septembre 2025, consulté le 20 janvier 2026.

Comité scientifique

Laurence ARRIGHI (Université de Moncton)

Sonia BERBINSKI (Université de Bucarest)

Mickaëlle CEDERGREN (Université de Stockholm)

Rudy CHAULET (Université de Franche-Comté)

Maria Isabel CORBÍ SÁEZ (Université d’Alicante)

Lidia COTEA (Université de Bucarest)

Jean-Pierre CUQ (Université Côte d’Azur)

Jean-Paul DEREMBLE (Université de Lille)

Felicia DUMAS (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Vincent FERRÉ (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

Liliana FOȘALĂU (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Jean-Pierre GABILAN (Université Savoie Mont Blanc)

Ioana GALLERON (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

Diana GRADU (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Katrien LIEVOIS (Université d’Anvers)

Robert MASSART (Haute École provinciale de Hainaut-Condorcet)

Simona MODREANU (Université Alexandru Ioan Cuza de de Iaşi)

Argyro MOUSTAKI (Université d’Athènes)

Marina MUREȘANU (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Corina DIMITRIU-PANAITESCU (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Emmanuelle PRAK-DERRINGTON (École Normale Supérieure de Lyon)

Comité d’organisation

Cristina PETRAȘ (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Mihaela LUPU (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Dana NICA (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)

Brîndușa GRIGORIU (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi) 

Dana MONAH (Université Alexandru Ioan Cuza de Iaşi)