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Hydroféminismes dans les arts et littératures (Clermont-Ferrand)

Hydroféminismes dans les arts et littératures (Clermont-Ferrand)

Publié le par Marc Escola (Source : Catherine Songoulashvili)

Journée d’études « Hydroféminismes dans les arts et littératures », organisée par le Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique (CELIS, UR 4280) de l’Université Clermont Auvergne dans le cadre du projet de recherches « Aquapoétique : les visages de l'eau dans les lettres et les sciences humaines », le vendredi 25 septembre 2026. 

Dans un contexte marqué par l’intensification des crises écologiques, climatiques et sociales, l’eau s’impose comme un objet critique central, à la fois matériel, politique, symbolique et esthétique, comme source d’inquiétude (inondations, disparition de la banquise, contaminations de l’eau douce) et élément vital, plus que jamais précieux, elle est tantôt stable (le permafrost, qui couvre encore 1/4 de l’hémisphère nord), tantôt fluide et éternellement mouvante. Océans, mers, fleuves, nappes phréatiques, glaces ou pluies ne se conçoivent pas seulement comme des décors ou des ressources, mais constituent aussi des milieux relationnels, traversés par des enjeux de pouvoir, de mémoire, de genre, de colonialité et de justice environnementale (par exemple « Como quien oye llover » de la mexicaine Andrea Chapela, ou Juste après la vague de Sandrine Colette, qui mettent en scène les stratégies humaines face aux catastrophes naturelles en lien avec l’eau).

Depuis les années 1970, les écoféminismes ont mis en évidence les liens structurels entre domination patriarcale, exploitation du vivant et destruction des milieux naturels, en critiquant les dualismes fondateurs de la modernité occidentale (nature/culture, homme/femme, humain/non-humain). Ces approches ont profondément renouvelé la critique littéraire, les pratiques artistiques et les humanités environnementales, en particulier à travers des récits et des formes esthétiques proposant des relations alternatives au vivant (D’Eaubonne, Gaard, Barad). 

Plus récemment, le développement des humanités bleues (Blue Humanities, Mentz, 2018) a contribué à déplacer le regard vers les espaces aquatiques, en interrogeant les océans et les eaux comme espaces culturels, politiques et narratifs (Jue, Dobrin, Oppermann). Ce tournant « bleu » invite à repenser les cadres épistémologiques des humanités à partir de logiques fluides, immersives et relationnelles. L’élément liquide permet en effet également de penser (ou repenser) le féminin (allaitement, gestation, menstruation, etc.), de l’étendre au-delà des essentialismes biologiques et de fluidifier les genres (Winkiel, 2019, Moraña, 2022, Bauhardt, 2019) : Wittig définit par exemple le corps lesbien à travers ses fluidités politiques comme sexuelles  : « la bave la salive la morve la sueur les larmes (...) l’urine (...) l’eau (...) les sécrétions (...) les sucs les acides les fluides les jus les coulées l’écume » (Wittig 1973). L’écoféminisme bleu permet ainsi de revaloriser les femmes et les personnes minorisées comme sujets politiques selon une conception horizontale et interspécifique des formes d’habiter le monde. 

C’est dans ce croisement que s’inscrit l’hydroféminisme, notion émergente, introduite par Astrida Neimanis qui prolonge et reconfigure les écoféminismes en prenant l’eau comme figure conceptuelle et réalité matérielle centrale. Selon la philosophe, la « transcorporalité aquatique [...] reme[t] en cause la vision du corps que nous avons héritée de la tradition métaphysique occidentale dominante. Liquide, notre expérience de nous-mêmes est moins solitaire, plus tourbillonnante, océanique. » Nourri par les matérialismes féministes, les pensées posthumaines et les écologies queers, l’écoféminisme bleu qui se veut interspécifique et transcorporel (c’est-à-dire, rhizomatique) propose de penser les littératures et les pratiques artistiques comme des « corps d’eau » (Neimanis), traversées par des circulations, des interdépendances et des temporalités non linéaires. 

Cette journée d’études souhaite explorer de manière critique et interdisciplinaire les potentialités théoriques, esthétiques et politiques de l’hydroféminisme, en interrogeant sa pertinence et ses formes dans les arts et les littératures de toutes les aires géoculturelles. Les propositions pourront envisager cette notion comme cadre théorique émergent, comme pratique esthétique ou comme outil critique pour l’analyse littéraire et artistique, selon les perspectives suivantes :

–      L’hydroféminisme, écoféminismes et humanités bleues : filiations, déplacements et tensions théoriques ; apports des matérialismes féministes, des écologies queers et des pensées posthumaines pour penser l’eau comme milieu relationnel et politique.

–      L’eau comme espace de mémoire, d’affects et de conflictualité sociale (féministe, postcoloniale, queer). 

–      Les enjeux éthiques et politiques : justice environnementale, éthique du care, vulnérabilités différenciées face aux crises hydriques ; rôle des arts et des littératures dans la mise en récit et la critique des rapports de pouvoir liés à l’eau.

–      Corps, eau et corporéités : le rapport à l’eau des corps féminins et/ou minorisés (à travers la chorégraphie par exemple) : fluidité, liens interspécifiques, immersion et porosité...

–      La notion de danger, de prise de risque ou de catastrophe climatique liés à l’eau (exemple : représentations iconographiques de la « ama », plongeuses en apnée, au Japon ou des « hanyeo » en Corée)

–      Les récits et imaginaires de l’eau : écopoétiques bleues, mythes, utopies et fictions spéculatives ; la dystopie ou la science-fiction

–      Les pratiques artistiques et esthétiques hydroféministes : arts visuels, sonores, performatifs ou immersifs ; dispositifs narratifs et formels fondés sur des logiques fluides, relationnelles et non linéaires.

Les propositions de communication de 300 mots environ, accompagnées d’une notice bio-bibliographique, sont à envoyer d’ici le 18 mai 2026 conjointement aux adresses suivantes : priscilla.wind@uca.fr ; lucie.lavergne@uca.fr ; rama.zid@doctorant.uca.fr ;  oriane.chevalier@doctorant.uca.fr 

Bibliographie

Andrieu, Bernard, “Révolution et Hybridité : Le transcorps”, Le Portique [Online], 20 | 2007, Online since 06 November 2009, connection on 09 February 2026. URL: http://journals.openedition.org/leportique/1360; DOI: https://doi.org/10.4000/leportique.1360

Bauhardt, Christine, „Queer Ecologies“ (S.427-432); Katrin Singer, „Emotionen und Affekte“ (S.511-518), 2019.      

Bauman, Zygmunt (2000). Liquid Modernity. Cambridge : Polity Press. 

Bigé, Emma, Maillet, Clovis, Ecotransféminismes, Paris, Les liens qui libèrent, 2025.

Bigé, Emma, Petitcolas, Ambre, « Hydroféminisme. Devenir un corps d’eau ». 2021, pp.47-56.

Bossi, Larelle (2020). “Blue Ecofeminism: Rethinking Our Oceans and Remembering the Goddess” in Language, Culture, Environment, vol. 1, Cambridge Cambridge University Press, 2020, pp.26-41. 

Brien Sylvain, Introduction aux Humanités bleues, Lire et penser la littérature avec la mer. Nordic Journal of Francophone Studies/ Revue nordique des études francophones, 8(1), pp. 89–101. En ligne :https://franorfon.org/articles/157/files/6863e48c25898.pdf

Chen, Cecilia, MacLeod, Janine, Neimanis, Astrida (dir.), Thinking with Water, McGill-Queen’s University Press, 2013.

Cixous, Hélène, Le rire de la méduse : manifeste de 1975, Paris, Gallimard, 2024.

Dobrin, Sidney I., Blue Ecocriticism and the Oceanic Imperative, London, Routledge, 2021.

Ensor, Sarah. Queer Lasting: Ecologies of Care for a Dying World. New York: New York University Press, 2025 

Gottschlich, Daniela, Sarah Hackfort, Tobias Schmitt et Uta von Winterfeld. Handbuch Politische Ökologie: Theorien, Konflikte, Begriffe, Methoden. Bielefeld: transcript Verlag, 2022. 

Haraway Donna, Staying with the Trouble: Making Kin in the Chthulucene, Duke University Press, Durham, 2016. 

Haude, Ann-Kristin. Aquatische Erkenntnisräume im poetischen Realismus. Metzler, 2019.  

Jacobs, Joela. “‘These Lusting, Incestuous, Perverse Creatures.’ A Phytopoetic History of Plants and Sexuality.” Environmental Humanities, vol. 14, no. 3, 2022, pp. 602–17, https://doi.org/10.1215/22011919-9962926.   

Jue, Melody, Wild Blue Media: Thinking through Seawater, Durham, Duke University Press, 2020.

Martinez Ariel, « La ontología acuosa de Luce Irigaray: aportes para un nuevo materialismo hidrofeminista », Zona franca, n°19, 2021, p. 16-45.

Mentz Steve, An Introduction to the Blue Humanities, Nueva York: Routledge, 2018.

Montecinos Oliva Paula, « Hidrofeminismo y la práctica como investigación », A Dnz, (3), p. 144-149. En ligne :  https://adnz.uchile.cl/index.php/ADNZ/article/view/52756

Moraña, Mabel, Hydrocriticism and colonialism in Latin America: water marks. Cham:  Palgrave Macmillan, 2022.

Mortimer-Sandilands, Catriona, and Bruce Erickson. “Introduction: A Genealogy of Queer Ecologies.” Queer Ecologies: Sex, Nature, Politics, Desire, edited by Catriona Mortimer-Sandilands and Bruce Erickson, Indiana University Press, 2010, pp. 1–47. 

Neimanis, Astrida. Bodies of Water: Posthuman Feminist Phenomenology. Bloomsbury, 2017. 

Oppermann, Serpil, Blue Humanities: Storied Waterscapes in the Anthropocene, Cambridge University Press, 2023.

Rifkin, Jeremy, Planet Aqua: Rethinking Our Home in the Universe, Cambridge, Polity Press, 2024.

Sandilands, Catriona. “Fear of a Queer Plant?” GLQ: A Journal of Lesbian and Gay Studies, vol. 23, no. 3, 2017, pp. 419–29. 

Seymour N., Strange Natures: Futurity, Empathy, and the Queer Ecological Imagination, Chicago, University of Illinois Press, 2013. 

Shewry, Teresa, Hope at Sea: Possible Ecologies in Oceanic Literature, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2015.

Williamson Sophie J., Undead Matter #4 Hidrofeminismo del permahielo, Podcast de RWM, en ligne, 2022 : https://rwm.macba.cat/es/podcasts/undead-matter-4-hidrofeminismo-del-permahielo/ 

Winkiel, L.A., Hydro-criticism. Boulder: University of Colorado Press, 2019.

Wittig, Monique. Le Corps Lesbien, Éditions de Minuit, 1973.