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Diderot Studies 2027 : Diderot et l’histoire. Écriture et formes du temps entre philosophie, sciences et politique / Diderot and History. Writing and Forms of Time between Philosophy, Science, and Politics

Diderot Studies 2027 : Diderot et l’histoire. Écriture et formes du temps entre philosophie, sciences et politique / Diderot and History. Writing and Forms of Time between Philosophy, Science, and Politics

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Matteo Marcheschi)

Appel à contributions

Face à la crise des modèles classiques et religieux d’interprétation du sens global du temps et de l’histoire, le XVIIIe siècle apparaît comme une époque de réorganisation et d’expérimentation de l’historicité et de ses catégories. Rousseau et Voltaire, Boulanger et Hume, Montesquieu et Smith comptent parmi les protagonistes de ce moment. Et Diderot ? Existe-t-il une pensée de Diderot sur l’histoire ? Que fait Diderot, dans le concret de son activité philosophique, lorsqu’il parle de l’histoire des philosophies, des techniques ou de la Terre ? Quelles catégories temporelles mobilise-t-il ?

C’est au rapport entre Diderot et l’histoire que ce dossier de Diderot Studies est consacré. Il ne s’agira pas de faire de Diderot un « historien », mais de reconstruire les multiples manières dont le philosophe interprète, à partir de cas concrets, les sens historiques du devenir du temps, en en explorant les modèles de durée, d’interruption et de continuité.  Du reste, si l’histoire apparaît comme une préoccupation constante de la philosophie de Diderot, sans pour autant donner lieu à un quelconque traité systématique, c’est que le problème de la durée se trouve au centre même du matérialisme diderotien. Le monisme substantiel produit une pluralité de fonctions et de configurations en stratifiant la mémoire du temps dans la forme : c’est parce que l’histoire est une dimension constitutive de la matière que cette matière unique devient capable de faire beaucoup de choses. C’est à partir de là que se ramifie la constellation d’histoires – politiques, coloniales, naturelles, artistiques, intellectuelles, scientifiques – qui traverse l’œuvre diderotienne. 

Dans ce cadre, le présent dossier thématique de Diderot Studies se propose d’étudier, à partir de perspectives disciplinaires et d’approches variées diverses, la réflexion de Diderot sur l’histoire selon quatre axes entrelacés et non exclusifs :

1. Écrire l’histoire. Que signifie, pour Diderot, écrire l’histoire – des idées, des arts et des techniques, de la nature, de l’être humain ? Comment ces différentes formes d’historicité, appliquées à des objets et à des savoirs distincts, interagissent-elles entre elles ? Dans l’Encyclopédie, Diderot construit une histoire des philosophes et des philosophies : selon quels critères de sélection et quelles scansions temporelles ? Dans le cas des techniques et des arts, comment raconte-t-il les rythmes de l’invention, de la transmission et des pratiques du faire ? Existe-t-il, dans ce domaine, une historicité spécifique (les Salons) ? Dans la réflexion sur la nature et sur la matière (De l’interprétation de la nature ; Le Rêve de D’Alembert ; Éléments de physiologie), quels modèles de transformation, de durée et de discontinuité sont mis en œuvre ? Et dans l’histoire des grands et des nations (Essai sur les règnes de Claude et de Néron ; Observations sur le Nakaz), quelle fonction politique assume le récit historique ? Plus généralement, quel est le rapport entre les temps internes des savoirs – découvertes, errements, accumulations, stabilisations – et les durées externes – modes, salons, institutions, économies de l’attention – qui sélectionnent ce qui compte comme nouveau, utile, vrai (De l’interprétation de la nature) ?

 2. Catégories et modèles de la durée. Quelles catégories permettent à Diderot d’interroger le sens historique et d’articuler les durées ? Comment se forment-elles et se transforment-elles au fil de ses œuvres ? Catastrophes, révolutions, progrès, stases, irréversibilité, parallélismes, retours, permanences et récurrences ne sont pas de simples étiquettes descriptives : de quelle manière deviennent-elles des instruments conceptuels opératoires, capables d’orienter la lecture du passé et la critique du présent ? Quels modèles de durée, de transformation et de crise présupposent-elles ? Et comment Diderot se confronte-t-il, sur ce terrain, à la temporalité classique et aux modèles alternatifs, concurrents ou convergents élaborés par ses contemporains ?

3. Temps non homogènes et critique de l’eurocentrisme. Que devient l’usage des catégories historiques lorsqu’elles entrent en contact avec des temporalités non homogènes ? De quelle manière l’expérience coloniale et commerciale oblige-t-elle à penser des rythmes différents et à se mesurer à des critères de comparaison instables ? Quels dispositifs narratifs et conceptuels rendent pensables, dans l’Histoire des deux Indes et dans le Supplément au voyage de Bougainville, la pluralité des temps et, plus généralement, la critique de l’eurocentrisme dans l’histoire ?

4. Formes d’écriture du temps et de l’histoire. De quelle manière l’écriture participe-t-elle à la construction de l’intelligibilité historique ? Quelles stratégies narratives et argumentatives Diderot mobilise-t-il pour penser l’histoire, et que rendent-elles possible (ou impossible) du point de vue des régimes de temporalité ? Quelle fonction assument dialogue, montage, conjecture, exemplum, expérience de pensée dans la définition des rapports entre description du passé, critique du présent et anticipation du futur ? Et comment le choix de la forme influe-t-il sur la possibilité même d’établir continuités, seuils, césures, accélérations et retours ?

Dates limites et modes d’envoi

Responsable du dossier : Matteo Marcheschi (Università di Pisa)

Les propositions devront nous parvenir au plus tard le 30 avril 2026, sous la forme d’un résumé (300 mots), adressé par courriel à matteo.marcheschi@cfs.unipi.it 

Le texte des propositions retenues devra nous parvenir avant le 31 décembre 2026 (30.000 à 40.000 signes, espaces et notes compris) et les contributions seront publiées dans les Diderot Studies en 2027.

Les contributions peuvent être rédigées en français ou en anglais.

Call for papers

 In the face of the crisis of classical and religious models for interpreting the overall meaning of time and history, the eighteenth century appears as an era of reorganization and experimentation in historicity and its categories. Rousseau and Voltaire, Boulanger and Hume, Montesquieu and Smith are among the protagonists of this conjuncture.
And Diderot? Is there a Diderotian thought of history? What does Diderot do, in the concrete practice of his philosophical activity, when he speaks of the history of philosophies, of techniques, or of the Earth? What temporal categories does he mobilize?

This dossier of Diderot Studies is devoted to the relationship between Diderot and history. The aim will not be to turn Diderot into a “historian”, but to reconstruct the multiple ways in which the philosopher interprets, on the basis of concrete cases, the historical meanings of time’s becoming, by exploring his models of duration, interruption, and continuity.
Moreover, if history appears as a constant preoccupation of Diderot’s philosophy, without ever giving rise to any systematic treatise, it is because the problem of duration lies at the very heart of Diderotian materialism. Substantial monism produces a plurality of functions and configurations by stratifying the memory of time in form: it is because history is a constitutive dimension of matter that this one matter becomes capable of doing many things. From this perspective ramifies the constellation of histories – political, colonial, natural, artistic, intellectual, scientific – that runs through Diderot’s work.

Within this framework, the present thematic dossier of Diderot Studies proposes to examine, from a range of disciplinary perspectives and approaches, Diderot’s reflection on history along four interlaced and non-exclusive axes:

1. Writing history. What does it mean, for Diderot, to write history – of ideas, of the arts and techniques, of nature, of the human being? How do these different forms of historicity, applied to distinct objects and bodies of knowledge, interact with one another?
In the Encyclopédie, Diderot constructs a history of philosophers and philosophies: according to what criteria of selection and what temporal segmentations? In the case of techniques and the arts, how does he narrate the rhythms of invention, transmission, and practices of making? Is there, in this domain, a specific historicity (the Salons)? In his reflection on nature and matter (De l’interprétation de la nature; Le Rêve de D’Alembert; Éléments de physiologie), what models of transformation, duration, and discontinuity are deployed? And in the history of the great and of nations (Essai sur les règnes de Claude et de Néron; Observations sur le Nakaz), what political function does historical narrative assume? More generally, what is the relationship between the internal times of knowledges – discoveries, errors, accumulations, stabilizations – and external durations – fashions, salons, institutions, economies of attention – that select what counts as new, useful, true (De l’interprétation de la nature)?

2. Categories and models of duration. Which categories enable Diderot to interrogate historical meaning and to articulate durations? How are they formed and how do they transform over the course of his works? Catastrophes, revolutions, progress, stases, irreversibility, parallelisms, returns, permanences, and recurrences are not mere descriptive labels: how do they become operative conceptual instruments, capable of guiding the reading of the past and the critique of the present? What models of duration, transformation, and crisis do they presuppose? And how does Diderot confront, on this terrain, classical temporality and the alternative models, competing or convergent, elaborated by his contemporaries?

3. Non-homogeneous times and the critique of Eurocentrism. What becomes of the use of historical categories when they come into contact with non-homogeneous temporalities? How does colonial and commercial experience compel one to think different rhythms and to measure oneself against unstable criteria of comparison? What narrative and conceptual devices make thinkable, in the Histoire des deux Indes and in the Supplément au voyage de Bougainville, the plurality of times and, more generally, the critique of Eurocentrism in history?

4. Forms of writing time and history. How does writing contribute to the construction of historical intelligibility? What narrative and argumentative strategies does Diderot mobilize in order to think history, and what do they make possible (or impossible) from the standpoint of regimes of temporality? What function do dialogue, montage, conjecture, exemplum, and thought experiment assume in defining the relations between description of the past, critique of the present, and anticipation of the future? And how does the choice of form affect the very possibility of establishing continuities, thresholds, caesuras, accelerations, and returns?

Deadlines and submission procedures

Dossier editor: Matteo Marcheschi

Proposals must reach us by 30 April 2026, in the form of an abstract (300 words), sent by email to matteo.marcheschi@cfs.unipi.it 

The full text of the selected proposals must reach us on 31 December 2026 (30,000 to 40,000 characters, including spaces and notes), and contributions will be published in Diderot Studies in 2027.

Contributions may be written in French or English.