Cette journée d’étude, portée par l’UR EDITTA, propose un temps de réflexion interdisciplinaire sur la notion de conflit dans l’Antiquité. Les approches anthropologiques et sociologiques inscrivent le conflit et la violence dans un rapport complexe mettant en jeu la reconnaissance de l'altérité. Alors que la violence procède d'une volonté de domination par l'affaiblissement ou la destruction de l'autre (Héritier 1996), le conflit « intègre dans son processus la pensée de la place de l'autre » (Ménard et al. 2012). Pour Simmel, loin d'être une anomalie, il constitue un donné au fondement de toute socialisation (Simmel 1908). Si le conflit recouvre une réalité complexe et plurielle, son essence dialectique apparaît comme son dénominateur commun, le dégageant de toute dimension axiologique : une force dynamique qui conduit au dépassement des tensions initiales par la reconfiguration des éléments qui les ont générées.
Cette perception du conflit comme force structurante et ambivalente est déjà présente chez les Anciens. Hésiode met au jour l’existence de deux Eris, l’une néfaste, haïssable, entraînant les guerres, et l’autre bénéfique, poussant au travail et à l’émulation. Héraclite voit dans la confrontation des contraires une tension créatrice, à tel point que le conflit devient principe cosmogonique. Cette perception d’une force agonistique, inhérente tant à la psyché humaine et aux relations sociales qu’à la nature et au cosmos, s’enracine dans des pratiques culturelles, cultuelles et institutionnelles(Vernant 1968). Ces cadres confèrent au conflit sa légitimité et créent les conditions d’un déploiement fécond, à travers des lieux dédiés (tribunaux, contiones, ekklésia, sénat...) et des modalités variées (éloquence délibérative et judiciaire, agôn théâtral, poétique, sportif ...). L’émulation engendre l’excellence, la confrontation des points de vue mène au compromis et conditionne le maintien de l’équilibre entre les différents rapports de force à l’oeuvre dans la cité. Parallèlement, le conflit non régulé représente un danger pour sa stabilité, suscitant chez les Anciens des réflexions à l'aune de multiples prismes (politique, philosophique, historique …) pour le prévenir.
Il s’agira d’explorer comment les productions culturelles antiques élaborent des discours sur le conflit et ce que ces conceptualisations, ainsi que leur évolution dans divers contextes historiques et sociaux, révèlent des mentalités grecques et romaines.
Programme
9h15 : Accueil
9h30 : Introduction générale
Session I : Conflits sociaux et économiques
Présidence de session : Jean-Christophe Jolivet
9h45-10h10 : Anne-Line Joubert (EDITTA)
La place du conflit dans la décomposition sémique de quelques termes exprimant la pauvreté chez Juvénal.
10h10-10h35 : Elisabeth Lefèvre (Orient et Méditerranée)
Les bons comptes font les bons amis (ou pas) : un conflit d’argent dans le désert Oriental (O. Dios Inv. 46+1268).
10h35-10h45 : Discussion
Pause
Session II : Le conflit entre opposition et médiation
Présidence de session : Marie-Pierre Noël
11h00-11h25 : Louis Granat (EDITTA)
Ἐρασταί ou Ἀντερασταί ? Conflit entre ἔρως et ἀγών dans un dialogue socratique.
11h25-11h50 : Baptiste Marque (Orient et Méditerranée)
Des discours contradictoires. Le conflit des modèles éducatifs de la parole aux Ve-IVe siècles av. J.-C.
11h50-12h15 : Julie Minas (Centre Léon Robin)
Le monde comme résultat d’un conflit éthico-cosmologique entre Osiris et Typhon chez Plutarque (De Iside et Osiride, 45-63)
12h15-12h30 : Discussion
Session III : Rhétorique du conflit politique et judiciaire
Présidence de session : Charles Guérin
14h30-14h55 : Juliette Mérit (EDITTA)
In contionibus esse inuidiae locum, in iudiciis ueritati : la construction de la figure de l’adversaire dans le Pro Cluentio de Cicéron.
14h55-15h20 : Maxime Woehrle (Ausonius et EDITTA)
L’injonction à « ne pas être rancunier » (μὴ μνησικακεῖν) et la lecture émotionnelle des relations géopolitiques dans le discours Sur la Couronne de Démosthène.
15h20-15h45 : Victor Carrera (EDITTA et HISOMA),
Le discrimen cicéronien : quand la parole publique abdique devant le fer
15h45-16h : Discussion
Pause
Session IV : Conflit et rapports de pouvoir
Présidence de session : Marie-Anne Sabiani
16h15-16h40 : Alain Joliclerc (EDITTA)
Conflit verbal et hiérarchie des genres : les injures féminines dans le théâtre d’Euripide.
16h40-17h05 : Caroline Richard (EDITTA)
Duels oratoires et rapports de pouvoir dans les Argonautiques de Valerius Flaccus.
17h05-17h15 : Discussion
Conclusion