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Objets sensibles et objets éclairés. La culture matérielle au XVIIIe siècle (revue Le Monde français du dix-huitième siècle)

Objets sensibles et objets éclairés. La culture matérielle au XVIIIe siècle (revue Le Monde français du dix-huitième siècle)

Publié le par Marc Escola (Source : Reginald Bradley)

En 2016, Le Monde français du dix-huitième siècle a proposé comme premier dossier un numéro dédié à l’étude des objets sous la direction de Jessy Neau (Université de Poitiers).  Une décennie plus tard, on revisite ces questions pour qu’une nouvelle génération de chercheurs et chercheuses puisse les aborder, ainsi que donner les dix-huitiémistes établis la chance de nous offrir leurs nouvelles réflexions.

On départ avec la suite : dans le Nouveau dictionnaire de l’Académie françoise dédié au Roy (1718), l’objet était défini comme (1) « [t]out ce qui s’offre à la veuë », (2) « aussi généralement de tout ce qui touche, de tout ce qui affecte les sens : Et dans cette acception, on dit dans le style dogmatique », (3) « [d]e tout ce qui esmeut les puissances, les facultez de l’ame », (4) « [d]e tout ce qui sert de matiere à une science, à un art », (5) « de tout ce qui est consideré, comme la cause, le sujet, le motif d’un sentiment, d’une passion, d’une action », et (6) « [l]e but, la fin qu’on se propose » (149).  Ces définitions restent stables à la fin du siècle, seulement ayant subi quelques changements d’orthographie (1740 : 207 ; 1762 : 231 ; 1798 : 174).

L’Académie Française n’est pas le seul organisme en France qui offre ses égards sur nos définitions.  Tandis que le XIXe siècle est celui de la « culture de masse », la manière par laquelle on définit l’objet s’est déjà étendue au fil du XVIIIe par des philosophes et des écrivains.  Louis de Jaucourt, dans L’Encyclopédie, définit l’objet comme « la matiere d’un art, d’une science, ou sujet sur lequel on s’exerce » dans le contexte de la logique, mais plus curieusement selon la peinture comme :

… ce qui attire nos regards.  Il vaut mieux dans un tableau laisser quelque chose à désirer, que de fatiguer les yeux du spectateur par une trop grande multiplicité d’objets.  On reconnoît le goût sûr & délicat d’un artiste, au choix des incidens qu’il fait entrer dans un sujet, à son attention de n’employer rien que de piquant, à rejeter ce qui est fade & puéril, enfin à composer un tout auquel chaque objet en particulier soit comme nécessairement lié … (1765 : 302).

Dans l’art visuel, l’objet nécessite l’intention et le soin de son artiste.  La définition de Jaucourt ajoute à la conception de l’objet de l’autrui.  L’objet dans un tableau sera vu par un public.  L’objet dans un roman sera lu par un lecteur.  Pour Diderot, cet autrui évoque les questions autour de l’aveugle.  Dans son article sur l’ « Invisible » de l’Encyclopédie, il se pose par la suite : « Une question difficile à résoudre, c’est si les aveugles ont des idées représentatives, & où ils les ont, & comment ils les ont.  Il semble que l’idée représentative d’un objet entraîne l’idée de limite ; & celle de limite, l’idée de couleur.  L’aveugle voit-il les objets dans sa tête ou au bout de ses doigts ? » (1765 : 865).

Pour les écrivains du XVIIIe siècle, comment faire percevoir l’objet ?  Quels mots et formes linguistiques faut-il employer pour réussir à communiquer l’idée d’un objet à un lecteur absent ?

Le XVIIIe siècle était également un siècle de rencontres et redéfinitions entre la France et l’autrui.  Divers écrivains, tels que Montesquieu, Boyer d’Argens, et de Graffigny ont pris la plume des voix étrangères dans leurs Lettres… variés pour critiquer leur patrie.  Certains dramaturges, notamment d’origine italienne telle que la famille Ricabonni et Carlo Goldoni, ainsi que des écrivains tels que Jan Potocky et Isabelle de Charrière, ont choisi d’écrire dans une langue qui n’était pas la leur.  Avec la défaite dans la guerre de Sept Ans, la France a perdu ses territoires américains et indiens au profit de l'Angleterre.  Cependant, les populations francophones restaient dans les anciennes colonies.  La question doit se poser, avec toutes ces échanges culturels, ces clivages, et ces prises de perspectives, comment ont-ils traité et contribué à la connaissance des objets ?  Comment communiquer dans une langue qui n’est pas forcément parfaite ou qui ne représente pas les changements politiques de vos milieux ?  Comment communiquer l’objet qui n’existe pas dans votre langue ni dans votre contrée ?

Ce numéro cherche les contributions qui répondent à une des propositions suivantes :

* Le statut de l’objet ; la valeur des objets.
* Le livre comme objet.
* L’objet construit/détruit/consumé/en se privé ; le bon usage et le mésusage.
* L’objet (in)aperçu ; la rareté et l’ordinaire.
* Les objets et les temporalités.
* L’objet dans les (post)colonies françaises au XVIIIe siècle.
* L’objet sous les plumes exophones (français langue seconde/étrangère) au XVIIIe siècle.
* L’objet étranger et l’idolâtrie.
* La route, l’échange, et le partage des objets dans la littérature du XVIIIe siècle.
* Les objets sur scène – les masques, les costumes, les déguisements.
* L’espace, la décoration, et la conservation.

Nous accepterons aussi des articles varia.

Date limite des soumissions : le 1 mai 2026.

Envoyer votre article directement, en format Word (en anglais ou en français) format MLA préféré, à Reginald Bradley, rbradl@uwo.ca

 Le Monde français du dix-huitième siècle (MFDS) (ISSN 2371-722X)