Ariane Charton et Jean-Marc Quaranta rééditent chez Gallimard Florence, le roman laissé inachevé par Jacques Rivière et édité à titre posthume par son épouse en 1935, accompagné des lettres inédites de l’écrivain à Antoinette Morin-Pons, l’une de ses inspiratrices, en plaçant ainsi côte à côte le romancier méconnu et l’épistolier intime. C’est rendre hommage, cent ans après sa disparition, à la complexité de sa personnalité et de son entreprise littéraire ; et, comme sous l’effet d’un révélateur, assister à la tentative de conversion d’un esprit hautement analytique — et perçu comme tel — à l’ardente pression du désir sensuel et de la pleine vie. Car s’il trace le portrait d’une épouse infidèle, Florenceest surtout le récit très réflexif, et pour partie autobiographique, d’un homme que sa timidité, sa foi et surtout sa cérébralité tiennent éloigné des femmes, qu’il convoite pourtant intensément ; une figure sans mensonge, soumise au vertige d’une inaltérable soif d’authenticité qui, faute de contentement et de réciprocité, ajourne l’épanouissement du sentiment amoureux. Une tension jamais résolue, laissée ouverte et vibrante par la mort soudaine de son auteur et l’inachèvement du roman, ici établi d’après son manuscrit.
Rappelons que Jacques Rivière fait aussi son entrée dans la collection "Bouquins" avec un volume qui met en lumière son œuvre d'écrivain, de critique et d'essayiste, dans des textes établis sous la direction de Robert Kopp et préfacés par Jean-Yves Tadié, réunis sous un titre qu'on croit reconnaître : Critique et création. Pour ses aînés, comme pour ceux de sa génération, il a été "ce lecteur idéal auquel pense involontairement tout auteur quand il écrit", selon le mot de Claudel.
On trouvera dans Acta fabula des comptes rendus de La Théodicée de Fénelon. Ses éléments quiétistes, suivi de François Trémolières, Fénelon 1908. Jacques Rivière philosophe par Patricia Touboul ("Rivière, Fénelon. Histoires croisées"), et de l'essai de Juliette Carré, Correspondances d’Alain-Fournier, Jacques Rivière et André Lhote. Une École des Lettres à la Belle Époque, par Philippe Richard ("Parce que c’était lui & parce que c’était en ce temps‑là").
(Photo : Jacques Rivière, Négatif gélatino-argentique sur support plaque de verre de Man Ray)