Prendre soin de la "littérature mondiale"

Dans Spectres de Goethe. Les métamorphoses de la «littérature mondiale» - dont on peut lire un extrait dans l'Atelier (New York (et Paris), 1999) et un compte rendu (En attendant Charlotte) dans Acta fabula -, Jérôme David propose une approche qui, jusqu'alors, demeurait inédite. En entourant dès son sous-titre la littérature mondiale de guillemets, il la conçoit comme une notion et plus précisément comme une notion historique dont on peut retracer la (les) généalogie(s), de Weimar en 1827 à Francfort en 2011. Jérôme David revient pour l'Atelier sur cet essai dans un entretien avec Lionel Ruffel intitulé Prendre soin de la «littérature mondiale».
Catharsis

Le deuxième paragraphe du sixième chapitre de La Poétique d'Aristote, où apparaît le terme catharsis, est sans doute l'un des passages de ce traité les plus cités. Il y est notamment question de la «pitié» («eleos») et de la «terreur» (ou «crainte», ou «frayeur», «phobos»), d'une part, et, d'autre part, de la «katharsis» de «telles» ou de «pareilles émotions» («tèn tôn toioutôn pathèmatôn katharsin»). D'Aristote à Freud, ces quelques lignes sont à l'origine de commentaires innombrables, de traductions variées et contradictoires et de réflexions sur le paradoxe d'une possible transmutation de sentiments pénibles en émotions agréables. Dans un article paru dans le numéro 166 de la revue Poétique, William Marx réhabilite la lecture physiologique du passage. Claudio William Veloso propose, lui, de supprimer de la définition de la tragédie dans la Poétique catharsis, pitié et crainte, y voyant une glose tardive. On pourra lire dans l'Atelier la réponse de W. Marx à C. W. Veloso.
Où allons-nous?

En octobre 2012, le colloque «Littérature»: où allons-nous? posait d'abord la question du rapport entre la chose et le mot. Quelle est la pertinence du mot littérature pour désigner les différents textes sur lesquels travaillent les "littéraires"? Produit-il une illusion de continuité entre les périodes antérieures à la révolution française et les siècles suivants, où la littérature se serait institutionnalisée? Au-delà de la recherche d'éventuels traits propres à la littérature, c'est la question de l'identité de l'approche littéraire qui a finalement surgi. "Transmettre littérairement des textes, littéraires ou non, c'est (...) transmettre non seulement une disposition cognitive spécifique devant eux et devant le monde, (...) mais encore une attitude éthico-passionnelle" conclut Hélène Merlin-Kajman dans une synthèse (suivie de la transcription d'un débat) publiée conjointement dans l'Atelier et sur le site de l'équipe Transitions.
Les séminaires de l'Atelier

L'humour: tentative de définition et La théorie des mondes possibles: un outil pour l'analyse littéraire? en 2005-2006 ; De la figure à la fiction en 2006-2007 ; Sortir du temps: la littérature au risque du hors-temps, la même année ; Proust dans la recherche comparatiste, bilan et nouvelles perspectives, trois journées organisées en 2007-2008 (Proust et l'incertitude, Visages étrangers de Proust, Proust et les mondes lointains) ; Modernités antiques. La littérature occidentale (1910-1950) et les mythes gréco-romains, en 2007-2009 ; Lire contre l'auteur en 2009... L'Atelier de Fabula est depuis plusieurs années le partenaire de différents séminaires soulevant des questions de théorie littéraire et/ou s'inscrivant dans le champ des études de littérature générale et comparée. Depuis 2011, les actes du séminaire Anachronies - Textes anciens et théories modernes paraissent progressivement dans l'Atelier.
S.-Y. Kuroda et la théorie du récit

Pionnier de l'application de la grammaire générative à la langue japonaise, Sige-Yuki Kuroda (1934-2009) est aussi l'auteur de travaux concernant le récit de fiction qui interrogent les fondements linguistiques de certaines théories de la narration. Selon Nicolas Ruwet, "c'est à Kuroda que revient le mérite d'avoir fourni une preuve décisive, basée sur une argumentation serrée, linguistique et philosophique, que le langage ne peut pas se ramener à la fonction de communication". L'Atelier publie un extrait de l'introduction de Sylvie Patron à Pour une théorie poétique de la narration, qui rassemble six essais de S.-Y. Kuroda. Lire un autre extrait (S.-Y. Kuroda, «Etude du "marqueur de topique" wa») sur le site Vox-Poetica.
Comme au cinéma

Peut-on analyser les productions littéraires et artistiques antérieures à l’invention du cinéma en termes cinématographiques? C’est la question que soulève la théorie du cinématisme inspirée des écrits d’Eisenstein. L'entrée Cinéma de l'Atelier s'enrichit d'une rubrique consacrée aux cinématismes (et au pré-cinéma). On y trouvera notamment un article de Sophie Rabau, Victor Bérard ou la préparation du film, extrait du collectif Cinématismes. La littérature au prisme du cinéma paru aux éditions Peter Lang, qui proposent également l'introduction de Jacqueline Nacache: Le cinéma imaginaire (pdf). Ces travaux ont par ailleurs été présentés lors de la septième séance (04 mai 2012) du séminaire Anachronies, à laquelle a également participé Jean-Louis Jeannelle: lire Homo cinematographicus: sur l'hypothèse d'une préhistoire du cinéma.
Le copiste comme auteur

L'Atelier de Fabula publie la préface de Laurent Calvié à la traduction de l'essai de L. Canfora: Le Copiste comme auteur, voué à méditer ce paradoxe qui veut que le copiste soit à la fois celui par qui le texte nous est venu et celui dont il faut résolument nier le rôle pour atteindre au texte même. Au lieu de postuler l'existence d'un archétype de l'oeuvre qu'il s'agirait de reconstituer en niant tout l'intervalle qui nous sépare de lui, L. Canfora invite à "pénétrer l’épaisseur du temps de l’existence d’un ouvrage, dans ses rayonnement divers, pour en restituer les aléas depuis les origines, depuis la composition dynamique – jamais close pour ainsi dire – par l’auteur lui-même, et, souvent, ses collaborateurs."
Actualiser, ou pas

L'Atelier de théorie littéraire réunit désormais plusieurs textes autour de la question de l'actualisation: après l'introduction du livre Lire interpréter actualiser dans lequel Yves Citton avait promu, en 2007, une lecture actualisante des textes du passé, il accueille les textes des interventions de la sixième séance du séminaire Anachronies. On pourra ainsi y lire la présentation d'Arnaud Welfringer, Actualiser ou inactualiser? La méthode d'Yves Citton et l'histoire littéraire, les réflexions d'Yves Citton qui revient sur son ouvrage de 2007 et propose de Détourner l'actualisation, ou encore méditer sur les deux raisons et les cinq propositions pour Ne plus actualiser de Sophie Rabau. François-Ronan Dubois, enfin, répond aux propositions avancées au cours de cette séance: Ne pas ne plus actualiser — retour sur les lectures actualisantes, du côté du monde.
Pour la théorie des textes possibles

La critique littéraire est-elle vouée par nature et fonction à rester un discours "second" entièrement subordonné à un texte premier qui peut seul prétendre à la dignité d’un discours créateur? Peut-on concevoir une forme de critique authentiquement créatrice qui s’émanciperait du respect attaché à la lettre du texte pour entrer dans l’élan dont l’oeuvre est le produit, en tentant par exemple de lui offrir quelque supplément, voire en l’imaginant tout à fait autrement? Renouant parfois avec des convictions très anciennes – celles de la tradition rhétorique ou de la philologie – un récent collectif jette les bases d’une Théorie des textes possibles pour laquelle Fabula milite également avec ardeur, comme en témoigne l'entrée textes possibles de l'Atelier.