Alfred Jarry n'est pas mort

Alors que le centenaire de la mort de Jarry s'éloigne, l'actualité autour du père d'Ubu ne fléchit pas. À l'occasion de l'entrée au répertoire d'
Ubu Roi, les
Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française explorent la figure complexe de ce Surmâle de Lettres, touche-à-tout qui s'identifia tant à son personnage que l'on a tendance à oublier ses autres masques : poète symboliste, romancier, dessinateur, chroniqueur de l'actualité… Loin des théâtres officiels,
Ubu Roi fonctionna parfois comme une arme politique redoutable : la dimension internationale de cette oeuvre, qui fut dans bien des pays un moyen de porter sur la scène les contradictions et la violence des régimes totalitaires, transparaît dans les actes du colloque
Jarry et la culture tchèque. Enfin, l'
Almanach illustré du Père Ubu de 1899, parodie des almanachs populaires qui faisaient la joie de tous, fait l'objet d'une réédition en fac-similé ; mais pour que les lecteurs puissent savourer tout l'humour de Jarry, qui se gausse des travers de ses contemporains, le volume est accompagné de commentaires érudits qui tâchent d'en extraire tout le suc.
Imaginer Sartre heureux

Chez Sartre, a-t-on l'habitude de lire, pas de détente – pas de repos, de dégagement ni même de gaîté... Aucun bonheur, alors, dans la philosophie et l'expérience sartriennes ? La pensée de Sartre a pourtant fait place à une véritable théorie de la « joie » ; sa littérature à la figuration de « moments parfaits » ou d'instants mélodiques ; et sa vie à des régions d'euphorie, de plaisir au piano, de coïncidence avec soi. Après une journée consacrée à "Sartre et les sciences sociales", la session littéraire du
colloque annuel du Groupe d'études sartriennes, les 19 et 20 juin prochains, à l'ENS (au 29 rue d'Ulm) se penche sur ces bonheurs de Sartre, et accueille en particulier une table ronde autour du livre de François Noudelmann,
Le Toucher des philosophes. Sartre, Nietzsche et Barthes au piano.
Émotions & puissance de la littérature

Pourquoi pouvons-nous avoir peur en lisant un roman ? Pourquoi nous arrive-t-il de rire ou de pleurer au théâtre ? Qu'est-ce qu'une émotion esthétique ? Notre intérêt pour les effets, la puissance (ou l'impuissance) des oeuvres littéraires, comme l'étude des émotions autorisées ou provoquées par la littérature, a été récemment relancée par la pragmatique, la philosophie contemporaine de l'action ou encore les sciences cognitives, les théories psychologiques ou sociologiques de la réception et de la lecture. Le groupe Phi, l'équipe Telem, le Lila et Fabula
vous attendent nombreux vendredi 12 juin à l'ENS (45 rue d'Ulm) à partir de 9h45 pour discuter de ces questions avec Sophie Marchand, Frédérique Leichter-Flack, Michel Collot, Béatrice Bloch, Marilyn Heck, Frédérique Toudoire-Surlapierre, Timothée Picard et Régis Jauffret.
Fabula-LHT n° 6 : "Tombeaux pour la littérature"

« ÉPOQUE (LA NÔTRE). Tonner contre elle. Se plaindre de ce qu'elle n'est pas poétique. L'appeler époque de transition, de décadence », notait Flaubert en 1880 dans son
Dictionnaire des idées reçues. Plus que jamais ce conseil semble avoir été suivi à notre époque où les tombeaux de la littérature sont en passe de devenir un véritable genre critique, où Richard Millet stigmatise le
Désenchantement de la littérature, où Enrique Vila-Matas fait des figures de Bartleby ou de Lord Chandos des modèles, où William Marx rend compte d'un long
Adieu à la littérature… Le sixième numéro de Fabula-LHT, coordonné par Alexandre Gefen, évoque les multiples formes que prend cette posture théorique, réinscrite à son tour dans une perspective historique. Trois documents, de Jacques Rivière, de Raymond Dumay et de Jacques Etienne Ehrmann, esquissent une généalogie du discours déclinologique. Un article de Kôjin Karatani, traduit par Misako Nemoto, offre une échappée géographique et culturelle. Enfin, un entretien avec Dominique Viart montre que le cadavre de la littérature bouge encore... pour un moment du moins. La prochaine livraison de
Fabula-LHT se demandera si
"les femmes ont une histoire littéraire" propre.
L'événement poétique

Cela nous arrive-t-il encore de réfléchir à partir des poèmes à ce que pourrait être pour nous, pour la langue et pour l'histoire
la poésie ? Une journée consacrée à
La Poésie comme événement, le 11 juin prochain à l'ENS, ouvrira cette réflexion sur la poésie
comme forme d'action particulière que les poèmes contiennent quand ils affectent des sujets, lecteurs ou écrivains. La notion d'événement est au centre de la pensée du lyrisme et de la
performance poétique de Johathan Culler, dont l'Atelier propose une présentation, et qui interviendra lors de cette journée ; dans sa version narrative, elle a récemment fait l'objet d'un ouvrage dirigé par P. Glaudes et H. Meter,
Le Sens de l'événement, et d'un colloque de l'Université du Québec,
Poétique et imaginaires de l'événement.
Figures du style

Un an après la parution du
livre d'É. Bordas qui en inventoriait les divers emplois dans les domaines les plus variés, la réflexion sur l'extension du mot "
style" se poursuit. La problématique proprement littéraire est reprise dans un essai de D. Gollut qui s'interroge sur
le sens du style, tandis que la question générale des manières d'être individuelles est posée par G. Bolens à partir d'
une stylistique du corps dans le récit. On retrouvera également, à propos de Barthes, la question du
style de vie, lié à un souci éthique où le goût de la nuance et de la délicatesse travaille aussi bien l'existence que l'écriture. La récente réédition d'
un ouvrage de 1990 de L. Jenny, qui plaidait résolument pour une conception du style comme singularité discursive, et anticipait
les débats à venir avec les tentatives de rhétorisation de la notion, aidera à approfondir ce questionnement sur les multiples figures du style.
La librairie Fabula ferme ses pages

Depuis plus d'un an, l'équipe Fabula vous proposait régulièrement, avec une sélection d'essais, les services d'une librairie en ligne dédiée aux études littéraires. La fréquentation de cette Librairie Fabula n'a jamais été à la hauteur de nos espérances, et le semestre de grève qui vient de s'écouler n'est pas resté sans incidences sur les chiffres de vente… Nous mettons fin à regret à une activité qui visait aussi à pallier la quasi-absence de subsides publics pour un site associatif (rappelons à cette occasion que pour soutenir Fabula vous pouvez inviter votre équipe de recherches à adhérer à l'association). Nous réfléchirons dans les mois qui viennent à la possibilité d'affilier nos pages parutions à une librairie en ligne généraliste, pour que l'ensemble des titres déjà répertoriés et non plus une simple sélection puissent être proposés à la vente.