Le nouveau lecteur

L'achat en est souvent onéreux, mais la parution récente de manuscrits d'écrivains en fac-similé offre une entrée dans le texte et dans l'oeuvre, aussi différente que renouvelée. La publiation récente du manuscrit de L'Écume des jours permet de suivre la rédaction d'un roman, avec ses repentances mais surtout au gré d'une énergie compulsive, qui entraîne le lecteur dans son envoûtante poésie. La publication du Cahier 53 des brouillons de la Recherche du temps perdu offre une expérience comparable: le lecteur y suit ligne à ligne le processus d'écriture. Autant de parutions qui frayent la voie à de nouvelles pratiques de lectures, certes plus intuitives mais aussi plus solidaires du geste de l'écrivain. Ce retour au texte s'accompagne d'un retour de l'auteur. Signalons, enfin, que Gallica met gratuitement à disposition une quantité considérable de documents manuscrits, et que les Éditions de la BnF lancent, avec Candide, des éditions numériques, proposant l’affichage synchronisé du texte et d'une copie manuscrite annotée par Voltaire. Se tient d'ailleurs le 27 juin à l'ENS une réflexion sur l'usage des manuscrits classiques, sous la férule de N. Ferrand. Peut-être commence-t-on à voir à quoi ressemble le lecteur du XXIe siècle.
Iconographies de l’écrivain

L’écrivain est certes quelqu’un qui écrit. Mais en tant que figure publique, il s’agit également d’un individu que l’on représente par l’image. Et plus que jamais au cours de la modernité récente. Si l’iconographie des écrivains a pendant longtemps été délaissée en tant qu’objet d’études, depuis quelques années, notamment depuis la parution d’Iconographies de l’auteur de Jean-Luc Nancy et Federico Ferrari, plusieurs publications se sont intéressées à cette problématique. Ce fut en particulier le cas de deux numéros de revue : Interférences littéraires en 2009 et, tout récemment, Image and Narrative. Dans le prolongement de ces recherches, le groupe MDRN (www.mdrn.be) de l’Université de Louvain et le projet Phlit (www.phlit.org) de l’Université de Rennes collaborent à l’organisation d’un colloque consacré aux photographies des écrivains. Cette rencontre sera organisée en juin 2014 au Centre culturel international de Cerisy. L’appel à contributions de ce colloque est disponible ici.
V. Descombes, une philosophie de l'esprit

« Il est regrettable que les philosophes ne lisent pas plus souvent des romans » (Proust. Philosophie du roman, 1987) : une telle déclaration aurait dû en retour inviter davantage de littéraires à fréquenter l’œuvre philosophique de Vincent Descombes, qui se plait à penser avec la littérature, de Proust à La Fontaine en passant par Chateaubriand ou Baudelaire, et à examiner ces « embarras de langage » dont Jean Paulhan faisait autrefois son miel. Sa philosophie de l'esprit, opposée à tous les paradigmes qui isolent l'individu de son inscription sociale, conduit à une interrogation politique sur les conditions d'une identité collective au sein des sociétés démocratiques contemporaines. On lira le compte rendu dans Acta Fabula de son dernier essai Les Embarras de l’identité, avant de découvrir des entretiens tout juste parus, où le philosophe retrace son parcours intellectuel, et de se rendre du 23 au 25 mai à l’EHESS pour un grand colloque sur son oeuvre, qui s’achèvera par un dialogue entre Vincent Descombes, Charles Taylor et Étienne Balibar.
Menacée de fermeture, La Quinzaine littéraire lance un appel à soutiens

La Quinzaine littéraire, née en 1966, de l’impulsion, de la volonté et de la passion d’un homme : Maurice Nadeau dont on a fêté les 100 ans en 2011, connait un mois de mai décisif, suite à de graves difficultés de financement, et sa publication pourrait être suspendue dès la fin du mois. Dans les colonnes du numéro à paraître le 16 mai prochain, M. Nadeau signe un appel intitulé "Non, vous ne laisserez pas mourir La Quinzaine!": il y annonce la création d'une société participative des lecteurs et collaborateurs. On peut déjà en prendre connaissance sur un blog des lecteurs créé pour l'occasion, en même temps que des différents moyens de venir en aide au journal.
Dossier critique Acta Fabula : Beckett, début de partie

Beckett est‑il encore devant nous ? Son audience ne cesse en tous cas de s'élargir, si l'on en juge par le nombre des pièces visibles à la scène, aussi bien que par les travaux et colloques portant sur son œuvre tant romanesque que théâtrale. Du point de vue éditorial, outre la publication chez Minuit de poèmes inédits fin 2012 et celle, en cours depuis 2009 (Cambridge U.P.), des quatre volumes de sa correspondance, la littérature critique sur Beckett connaît un second souffle depuis quelques années, lié notamment à l’ouverture des archives beckettiennes. Un dossier Acta fabula, dont l'intitulé cultive l'antiphrase, offre un tour d'horizon des parutions récentes les plus marquantes.
Cendrars, le plus vrai

L'ami Blaise entre dans la Pléiade avec deux volumes supervisés par C. Leroy et intitulés tout uniment (non sans audace): Œuvres autobiographiques. Une publication qu'accompagne un Album Cendrars, dû à L. Campa. Les éditions Zoé (Lausanne) entreprennent de leur côté la publication de l'immense correspondance, dont les deux premiers volumes paraissent ces jours-ci: la correspondance avec R. Guiette, et surtout les lettres échangées avec H. Miller, sous la direction de C. Le Quellec Cottier, qui a également réuni les actes d'un récent colloque Aujourd'hui Cendrars (Champion). Les mêmes éditions Zoé offrent encore au public deux CDs d'entretiens avec Cendrars: Sous le signe du départ.
Considérations intempestives

En partenariat avec l'Atelier de théorie littéraire de Fabula, deux séminaires organisés conjointement proposent de réfléchir aux rapports que peuvent entretenir des études de corpus caractérisés par leur ancienneté et des propositions théoriques perçues comme modernes ou contemporaines. Le 16 mai prochain, dans le cadre du séminaire Théorie littéraire et littérature antique (Paris 3), une table ronde (La théorie littéraire est-elle contemporaine?) reviendra à nouveaux frais sur la notion problématique d'appartenance: une théorie est-elle jamais totalement avec son temps? Un texte n'échappe-t-il pas à son temps – voire au temps – lorsqu'il entre en théorie? Et le vendredi 24 mai, Pierre Bayard sera l'invité du séminaire Anachronies (ENS), pour une séance consacrée au devenir des textes de l’Antiquité dans la théorie littéraire et les sciences humaines [ATTENTION: SÉANCE ANNULÉE].
Morales de résistance

Revenant s'attabler au bar de l'hôtel Lutétia, J. Semprun se confronte à nouveau à son passé, et revient sur son expérience de la torture dans un texte inédit: Exercices de survie (Gallimard). Paraissent aussi aux éd. Libella-Maren Sell, sous le titre Le langage est ma patrie, des entretiens de l'auteur de L'écriture ou la vie avec F. Appréderis, et aux éd. Flammarion/Climats trois portraits de grandes figures intellectuelles européennes, trois théoriciens de la démocratie comme "morale de résistance": Le métier d'homme - Husserl, Bloch, Orwell : morales de résistance.
Le monde d'Orwell

Plusieurs portraits de G. Orwell paraissent simultanément: J. Conant, Orwell ou le pouvoir de la vérité de J. Conant (Agone) et George Orwell, de la guerre civile espagnole à 1984 de L. Gill (Lux), ou encore L'Autre vie d'Orwell de J.-P. Martin, (Gallimard, "L'un et l'autre"), pendant qu'une livraison de la revue Agone s'attache à George Orwell, entre littérature et politique. De G. Orwell, il est aussi question dans les Suites anglaises de Ph. Arnaud: De Swift à Joyce, Stevenson, Orwell, et quelques autres; Ph. Arnaud y exerce son "droit de suite", conçu comme exercice de prérogatives sur la bibliothèque: "grâce aux classiques de la littérature de langue anglaise, que s’agit-il de recouvrer si ce n'est la jouissance ?", en faisant la démonstration que "les voies du roman européen passent par l’Angleterre."