éditoriaux
Jouvence de La Fontaine
Le premier recueil des Fables de La Fontaine parut le 31 mars 1668. En attendant les nombreuses manifestations promises par la Société des Amis du fabuliste, le coup d'envoi de ce 350e anniversaire est donné depuis la Belgique par un numéro de la revue Crin initié par Paul Pelckmans (Brill-Rodopi) qui nous invite à mettre La Fontaine en séries. Les articles s'attachent aux échos savamment ménagés d'une fable à une ou plusieurs autres, mais aussi bien entre les fables et les contes. C'est prendre acte du fait que les douze livres regroupent des textes qui avaient déjà circulé séparément et dont la mise en série, même si elle ne débouche sur aucune structure globale du recueil, crée quelquefois des irisations assez paradoxales.
Le tour du monde d'Acta fabula
Le sommaire de mars de notre revue des parutions Acta fabula vous invite à quelques escales inattendues : dans les Caraïbes, pour découvrir avec É. Baudet le théâtre dialectique post-colonial d'A. Césaire ou D. Walcott. Ou sur l'île Maurice pour y prendre des nouvelles de "L'antitropicalité de la littérature mauricienne contemporaine", avec C. Cosker, qui nous entraîne aussitôt ailleurs, dans l'espace comme dans le temps : vers "L’océan Indien littéraire au XVIIIe siècle". Si l'on ne va pas vers l'Inde, c'est que c'est l'Inde qui vient à nous : avec Les Livres de l’Inde : une littérature étrangère en France au XIXe siècle de Claudine Le Blanc, arpentés pour nous par D. Coste dans un article intitulé "À une passante très étrangère". Escale en Israël pour s'interroger, avec l'ouvrage de K. Mock qu'a lu pour nous C. Rousselet, sur la formation d’un hébreu pensé comme « langue maternelle ». Une halte en Belgique, pour prendre connaissance avec C. Kègle du deuxième tome de la monumentale histoire de la littérature belge francophone de M. Quaghebeur. Et c'est le retour en France, avec La théorie littéraire vue par un américain par D. Galand (sur J. Culler, Théorie littéraire).
La faute et le geste
Les éditions du Seuil font paraître un nouveau petit traité de G. Agamben : Karman. Court traité sur l'action, la faute et le geste. Après l'achèvement de la série Homo sacer désormais réuni en un seul volume, le philosophe poursuit sa remise en cause du dispositif juridique enserrant les vies humaines, en partant de cette question aussi simple que fondamentale : que signifie être responsable de ses actes ? Il montre que ce n’est pas la liberté qui fonde la responsabilité, mais une articulation entre le droit et la punition caractéristique de l’Occident. Pour comprendre ce qu’est une « cause » et pourquoi l’homme est considéré comme la cause de ses actions, il faut en revenir à la scène inaugurale du procès. Derrière la morale, la cruauté pénale.
Le penser de la scène
Sous le titre "Le penser de la scène", un colloque de l'Université de Lausanne a réuni en 2016, à l'initiative de M. Groneberg, chercheurs et praticiens de la scène afin d’échanger réflexions et expériences. Un volume de la revue Études de lettres vient aujourd'hui donner à lire ces échanges, portant sur le théâtre, son objet, sa spatialité, sa temporalité et ses moyens (affect, jeu, poésie). Le volume se veut également un hommage à Denis Guénoun, écrivain, homme de théâtre et docteur honoris causa de l’Université de Lausanne, dont la pensée s’exprime dans deux textes inédits qui introduisent et concluent la réflexion.
Geflügelte Worte
Il est des phrases si connues et qui sont si bien en usage qu'on en a oublié l'auteur. La langue allemande aime à les appeler des "paroles ailées". On en trouvera le plus copieux florilège dans Le Bouquin des aphorismes (R. Laffont) préparé par Ph. Moret. Il en est pour toutes les occasions de la vie : "La politique est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde " (Paul Valéry) ; " La vie familiale est une intrusion dans la vie privée " (Karl Kraus)… "Un aphorisme est le dernier anneau d'une longue chaîne de pensées", écrivait Marie von Ebner-Eschenbach en tête du recueil de ses aphorismes, un classique de la langue allemande constamment réimprimé et enfin traduit en français par J.-Y. Masson sous le titre Tout un livre toute une vie - Aphorismes (La Coopérative éd.). On peut aussi lever les yeux du livre pour éplinger les aphorismes qui courent sur les murs de nos villes, à l'invitation d'Y. Pagès qui publie Tiens, ils ont repeint ! 50 ans d'aphorismes urbains de 1968 à nos jours (La Découverte). On dit des murs qu’ils ont des oreilles, mais sait-on qu’ils murmurent ? Fabula vous invite à feuilleter cette folle collecte, qui réunit plus de 4000 graffitis urbains du monde entier des cinquante dernières années, fidèlement retranscrits, datés et localisés.
Le désir de se vouloir autre
On connaît de Koltès la trajectoire fulgurante : la rencontre avec Chéreau au début des années 1980, les pièces jouées à Nanterre-Amandiers, la reconnaissance publique et critique. On sait aussi combien cette œuvre a pu donner l’image de son temps. On sait moins combien cette vie aura surtout été ailleurs, qu’elle s’est jouée dans les confins de cités perdues, entre le delta du Niger, au cœur de la jungle du Guatemala et de ruines précolombiennes, ou près d’un lac Maya, sur les docks abandonnés de New York, et dans les nuits de Salvador de Bahia. Arnaud Maïsetti fait paraître la biographie de Bernard-Marie Koltès (Minuit). "L’écriture, la pensée et la vie de Bernard-Marie Koltès (1948 – 1989) sont liées dans un pacte qu’il forgea à vingt ans devant un théâtre de Strasbourg et qui jamais ne sera rompu : être soi-même l’auteur de sa vie. Il ne possédait qu’une morale : celle de la beauté. Et qu’une loi : le désir." Fabula vous invite à lire le début de l'ouvrage. Rappelons à cette occasion la recension pour Acta fabula par J. Majorel, sous le titre "Double Koltès", de deux essais sur le dramaturge parus aux Solitaires intempestifs : Koltès dramaturge d'A.-F. Benhamou et Koltès, le sens du monde de C. Bident.
Les âges classiques du XIXe siècle
"Les controverses qui ont agité le XIXe siècle ont contribué à percer les boulevards mémoriels que nous arpentons encore aujourd’hui, et sans doute n’ont-elles pas joué un rôle moins structurant dans certains phénomènes d’amnésie dont nous ne sommes peut-être pas guéris". Cette conviction a guidé D. Antoine-Mahut et S. Zékian dans la préparation du volume Les Âges classiques du XIXe siècle, qui paraît ces jours-ci aux Éditions des Archives contemporaines et qui est aussi disponible en libre accès sur le site de l'éditeur. Une nouvelle occasion nous est ainsi donnée de comprendre que les conflits mémoriels et historiographiques du XIXe siècle ne concernent pas les seuls spécialistes du XIXe siècle : Leur analyse constitue l’indispensable étape d’une généalogie critique de nos propres façons d’écrire l’histoire de la littérature et de la philosophie.