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Jean Paulhan et l’idée de littérature

La place cruciale que Jean Paulhan occupe dans l’histoire de la littérature au XXe siècle tient autant à son travail d’éditeur qu’à une réflexion constante sur la littérature qu’il mena conjointement dans son activité critique, dans sa réflexion théorique et dans ses correspondances avec les écrivains. Cette réflexion prit la forme d’un questionnement « appliqué », sans cesse recommencé, sur ce qu’est la littérature et sur les moyens de la comprendre, questionnement méthodique à travers lequel, au sein duquel se dessina une idée de la littérature qui ne cessa de chercher sa propre définition. Les articles réunis ici se penchent sur cette idée de la littérature qui aura inspiré auteurs et poètes, critiques et philosophes, de Breton et Aragon à Blanchot et à Merleau-Ponty.

La conception que Paulhan se faisait de la littérature résiste à la catégorisation, et est indissociable de la rhétorique qu’il met en œuvre. Elle s’est construite sur une lecture critique de l’histoire de la critique depuis le Romantisme et de la rupture des Lettres avec le régime rhétorique classique. Elle s’est enrichie d’un questionnement continuel sur la nature du langage littéraire et sa pragmatique, d’une pratique réflexive de la lecture. A l’abstraction des théories esthétiques et linguistiques, qui selon Paulhan manquent systématiquement une partie de ce dont elles parlent, l’unité des mots et des idées étant par nature insaisissable, à leur inadéquation à l’expérience littéraire, Paulhan préfère la pratique de la critique, une « critique en connaissance de cause » (Clef de la poésie, 1944), et, comme il le confie à Marcel Arland en 1930, qu’il est urgent d’« inventer ». L’idée de la littérature de Paulhan est ainsi inséparable d’une réflexion sur la critique, les deux se rejoignant dans la consolidation et l’acceptation d’une littérature « plus littéraire », pour reprendre la tautologie qui conclut Les Fleurs de Tarbes, indissociable d’une conscience claire des lois de l’expression et de leur incontournable « défaut ».

 

Quelles sont ces lois du langage qui permettent de saisir la littérature dans ce qu’elle a de spécifique, et la relation qui nous attache à elle ? Quel profit critique peut-on tirer de notre expérience de lecteur ? Comment la pratique de la littérature, tant poétique que critique, de Paulhan, indique-t-elle une idée de la littérature en mouvement, à l’œuvre dans une rhétorique de la réversibilité et du paradoxe ? Les recherches de Paulhan peuvent-elles prétendre à la théorisation ? La résistance de Paulhan à toute forme de système lui laisse-t-il une place dans l’histoire de la critique et de la théorie littéraires ? Ce sont autant de questions auxquelles répondent ces communications, issues d’un colloque qui s’est tenu à l’IMEC du 18 au 20 mai 2011, dans le cadre du programme « Histoire des idées de littérature » de l’Agence nationale de la recherche et du centre de recherche Littératures françaises des XXe-XXIe siècles de l’université Paris-Sorbonne (Paris IV).

Clarisse Barthélémy