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Congrès International de la Samuel Beckett Society :

Congrès International de la Samuel Beckett Society : "« Pénétrer dans l’arène sexuelle » : Sexe et genre dans l’œuvre de Samuel Beckett"

Publié le par Aurelien Maignant (Source : Jean-Michel Gouvard)

« Pénétrer dans l’arène sexuelle » : Sexe et genre dans l’œuvre de Samuel Becket

Sixième Congrès International de la Samuel Beckett Society

 

organisé par l’université de Bordeaux Montaigne et la Samuel Beckett Society

28-29 mai 2020

Université Bordeaux Montaigne (France)

 

PRÉSENTATION

Les titres des deux romans de jeunesse de Samuel Beckett témoignent d’un goût pour le scabreux et la provocation qui ne se démentira pas au fil de l’œuvre, et qui vaudra à leur auteur d’être expulsé de la maison familiale et d’être censuré en Irlande. Si, par la suite, l’obscénité s’y fait plus feutrée, et que la sexualité tend à disparaître d’un univers diégétique de plus en plus abstrait, le sexe, souvent cru, est une caractéristique récurrente des textes. Quant à la sexualité, dans sa version normative, elle y est systématiquement contrariée par l’impuissance et l’horreur de la procréation affichée par ses personnages masculins, au comportement sexuel « déviant » du paradigme hétérosexuel (analité, onanisme).

Le sexe interroge le rapport à l’autre, comme partenaire sexuel et dans sa dimension genrée. Or ce rapport ne va pas de soi chez Beckett. Jusqu’à la trilogie, la femme est essentiellement déréalisée (dans l’idéalisation ou le rabaissement, voir Mercier, Bryden, Ben-Zvi, McMullan), et l’homme dévirilisé (Bjørnerud). Par ailleurs, la question du lien et de l’autonomie, centrales dans la fiction et plus encore au théâtre, s’éprouve dans la sexualité avec une acuité toute particulière. La promesse d’une union, voire d’une fusion avec l’autre, achoppe sur un impossible qui nourrit la mélancolie de nombreux personnages. En ce que l’acte sexuel relève du ratage autant matériel que spirituel, il peut être traumatique mais aussi producteur d’humour et source de comédie.

Enfin, nombreux sont les passages où l’écriture beckettienne joue sur le déni de la différence sexuelle. De fait, les frontières entre hommes et femmes, homosexualité et hétérosexualité s’avèrent souvent poreuses (Roof) et remettent en cause toute notion d’identité bâtie sur l’orientation sexuelle (Stewart). Les formes inédites que prennent les relations sociales et interpersonnelles des personnages beckettiens, des années 40 jusqu’aux fictions rotondulaires des années 60-70 avec ces flux de désir qui les parcourent (Fraser), trouvent ainsi un écho certain dans nombre de théories queer, mais aussi trans (Crawford). L’écriture beckettienne résisterait « au régime du normal » quand la « queeritude » ébranlerait les liens sociaux (Bersani) tout comme la logique narrative et identitaire (Calvin).

Nous proposons avec ce congrès de faire le point sur les apports des gender, queer, trans et sexuality studies dans le champ des études beckettiennes. Que révèlent-ils de l’esthétique et de l’éthique beckettiennes ? Quelles politiques des textes sont ainsi mises au jour ? Comment le genre et la sexualité chez Beckett sont-ils problématisés aujourd’hui sur les scènes mondiales ?

Ces questions pourront être abordées selon les grands axes suivants :

-Représentations et politique des identités sexuelles

-Censure, répression, pornographie, obscénité, voyeurisme, sadomasochisme…

-Sexe, genre et rire/trauma

-Imaginaires queer et trans

-Beckett et le féminisme / masculinisme

 

CONTRIBUTIONS

Merci d’envoyer votre résumé de 300 mots environ avec un titre et une courte biographie à psardin@u-bordeaux-montaigne.fr d’ici le 30 octobre 2019. Les communications seront de 20 minutes.

Les deux langues du colloque seront l’anglais et le français.

Les organisateurs en sont : Jean-Michel Gouvard (Lettres, Univ. Bordeaux Montaigne), Pierre Katuszewski (Théâtre, Univ. Bordeaux Montaigne), Stéphanie Ravez et Pascale Sardin (Anglais, Univ. Bordeaux Montaigne).

 

Références

Bjørnerud, Andreas. “Beckett’s Model of Masculinity: Male Hysteria in Not I”. In: Lois Oppenheim & Marius Buning (eds.). Beckett On and On. Madison & Teaneck: Farleigh Dickinson University Press/ London: Associated Press, 1996, pp. 27-35.

Ben-Zvi, Linda, (ed.). Women in Beckett, Performance and Critical Perspectives. Urbana and Chicago Ill.: University of Chicago Press, (1990) 1992.

Bersani, Leo. Homos, Cambridge, Mass.: Harvard University Press, 1995.

Boxall, Peter. “Beckett and Homoeroticism”. In: Oppenheim, Lois (ed.). Palgrave Advances in Beckett studies. Basingstoke & New York: Palgrave, pp. 110-132, 2004.

Bryden, Mary. Women in Samuel Beckett’s Prose and Drama: Her Own Other. Houndsmill: Macmillan, 1993.

Calvin, Thomas. “Cultural Droppings: Bersani's Beckett”, Twentieth Century Literature, Vol. 47, No. 2, Summer, 2001, pp. 169-196.

Crawford, Lucas. “‘I’ll Call Him Mahood Instead, I Prefer That, I’m Queer’: Samuel Beckett’s Spatial Aesthetic of Name Change.” In: Miguel, Yolanda Martínez-San, and Sarah Tobias, (eds.). Trans Studies: The Challenge to Hetero/Homo Normativities. Rutgers University Press, 2016, pp. 47-64.

Fraser, Graham. “The Pornographic Imagination in All Strange Away”. MFS Modern Fiction Studies, 41 (3), 1995, pp. 515-530.

Mercier, Vivian. Beckett/Beckett, Oxford: Oxford University Press, 1977.

Roof, Judith. “Is There Sex after Gender? Ungendering/The Unnameable”. The Journal of the Midwest Modern Language Association. Vol. 35, No. 1 (Spring, 2002), p. 50-67.

Stewart, Paul, Sex and Aesthetics in Samuel Beckett’s Work, New York: Palgrave Macmillan, 2011.