Certaines œuvres de fiction sont "guidées par l’histoire" (story-driven) quand d’autres sont plutôt "guidées par le monde" (world-driven). La prédominance de l’histoire nous est très familière, car elle caractérise l’essentiel des œuvres classiques, qu’il s’agisse de contes, de romans, de pièces de théâtre, de bandes dessinées ou de films. Mais depuis plusieurs décennies, ce sont souvent les mondes, davantage que les récits ou les personnages, qui structurent l’activité des industries de loisirs, dessinent le périmètre de la propriété intellectuelle et créent des liens au sein des communautés de fans. Si ce phénomène n’est guère nouveau , la prolifération récente de ces mondes s’explique en partie par les logiques économiques et médiatiques qui se sont développées dans le contexte du capitalisme globalisé, où leur mise en place est le fruit de lourdes opérations commerciales et juridiques. Sous le titre "Raconter, et construire des mondes" et à l'initiative d'Olivier Caïra et Anaïs Goudmand, la nouvelle livraison de la revue Communications s'attache à la question de la constitution des mondes de fiction.