Journée d'étude
9h30 : Accueil des participants
10h : David Charlton, Martin Wåhlberg, Maxime Margollé : Introduction à Enlightenment opéra-comique
Session 1 – Modération Maxime Margollé
10h45 : Raphaëlle Legrand : Explorer la base Enlightenment opera-comique sur les traces d’une interprète : l’exemple de Thérèse Laruette
11h15 : Thomas Soury : L’opéra-comique à la cour sous Louis XVI : un goût en marge de Paris ?
11h45 : Marie Demeilliez : Le Journal de clavecin composé sur les ariettes des comédies, intermèdes, et opéra comiques, qui ont eu le plus de succès de Charles-François Clément (1762-1773)
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Session 2 : Modération Martin Wåhlberg
13h30 : Joann Elart : Le répertoire de l’Opéra-Comique dans la base de données Dezède
14h : Patrick Taïeb : L’opéra-comique, un genre éminemment national
14h30 : Julien Garde : Les Rêveries renouvelées des Grecs ou parodier Gluck
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Session 3 – Modération Emmanuel Reibel
15h15 : Matthieu Cailliez : L’inégale fortune dans le monde germanique des opéras-comiques créés entre Le Déserteur (1769) de Monsigny et La Dame blanche (1825) de Boieldieu.
15h45 : Cassandre Barré, Zoé Becker, Nicolas Dufour, Emma Fonfrède, Olivia Lafond, Sophie Mercier (élèves de master de l’ENS de Lyon) : Éditer Le Maréchal ferrant de Philidor : enjeux et méthodes.
16h30 : Conclusion de la journée
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L’opéra-comique naissant à la Comédie-Italienne sous la forme de la comédie mêlée d’ariettes est un foyer constant d’expérimentations esthétiques au milieu du siècle des Lumières. L’institution accueille des compositeurs parmi les plus importants de leur temps et qui formeront d’ailleurs, en grande partie, le noyau des professeurs du Conservatoire lors de sa création en 1795. Les innovations et les mutations qui s’y opèrent marqueront pour longtemps l’histoire de la musique que ce soit en France ou à l’étranger. Pourtant, l’immense répertoire de l’Opéra-Comique de cette période reste encore mal connu et relativement peu étudié. La programmation elle-même, si essentielle pour un genre intimement lié à une institution et fondamentale pour tout projet de recherche autour de ces œuvres, est restée mal répertoriée. En dehors du catalogue imprimé, compilé par le chercheur Américain Clarence D. Brenner après la Seconde Guerre Mondiale, peu d’outils bibliographiques ou analytiques permettent de recenser l’envergure et l’étendue de l’activité musicale de l’Opéra-Comique pendant cette phase fondatrice pour la musique française des xviiie et xixe siècles. Un grand projet de base de données, initié dans les années 1980 par le musicologue David Charlton et maintenant mené à terme, change la donne : Enlightenment opera-comique récence l’immense répertoire de cette période, c’est-à-dire des centaines d’œuvres au travers de dizaines de milliers de représentations. Grâce à une série d’outils analytiques, cette base de données ouvre la voie à une multitude d’approches pour ce genre clé et l’évolution de la musique française.
Cette journée d’études propose de découvrir et d’examiner les enjeux et les possibilités qu’offrent ce nouvel outil de recherche numérique, en accès libre sur le site d’Enlightenment opera-comique (https://e-opera-comique.org). La base de données regroupe des informations statistiques, historiques et bibliographiques sur l’activité, le répertoire et les « agents » (auteurs, compositeurs, arrangeurs, traducteur etc.) d’une des principales institutions parisiennes appelée, selon les époques, Comédie-Italienne, Théâtre-Italien, Théâtre Favart ou Opéra-Comique.
La période étudiée par Enlightenment opera-comique s’étend de la réunion de la Comédie-Italienne avec l’Opéra-Comique de la Foire en 1762, qui marque la véritable institutionnalisation du genre, à la fin du Premier Empire en 1815 et révèle une transformation décisive dans l’histoire du théâtre musical en France. La Comédie-Italienne passe d’une institution secondaire à un véritable théâtre musical national, pour ne pas dire international. La réunion des deux institutions en 1762 et l’évolution des répertoires qui la suit redéfinit non seulement l’identité du théâtre musical, mais également sa mission artistique et sa place dans le champ culturel français et européen. Cette mutation, étroitement liée à l’évolution des goûts du public et aux bouleversements sociaux de la période, transforme progressivement le répertoire du théâtre. Enlightenment opera-comique permet de suivre de près et de manière inédite ces transformations de manière esthétique, statistique… et quantitative.
Enlightenment opera-comique offre ainsi un outil de recherche pour l’étude d’une institution incontournable mais aussi pour l’analyse d’un répertoire pluriel où une bonne partie des principaux dramaturges et compositeurs, français, italiens, ou de la sphère germanique ont excellé. Alors qu’en 1762, le répertoire est partagé entre une troupe italienne et une nouvelle troupe française, le répertoire italien est supprimé à la fin des années 1770 au profit d’un retour des œuvres en vaudeville, des comédies françaises parlées, mais surtout des opéras-comiques produits par une génération de librettistes (comme Sedaine, Marmontel, Durozoy, Marsollier ou Hoffman) et compositeurs (comme Philidor, Grétry, Dalayrac, Méhul ou encore Cherubini) qui vont faire évoluer l’opéra-comique à la fois d’un point de vue dramatique et musical. Pendant la Révolution, l’Opéra-Comique devient un des principaux lieux de rassemblement public de la capitale et une institution incontournable pour la création musicale française. Enlightenment Opéra-Comique permet de mieux percevoir la variété de ces mouvances, tout en mesurant précisément l’impact profond de l’effervescence musicale de la période révolutionnaire sur la génération des compositeurs romantiques.
Le projet ouvre donc un vaste chantier pour la recherche historique dans des disciplines variées, que ce soit en musicologie, littérature française ou étrangère, histoire du théâtre, histoire de l’art, philosophie, sociologie ou en l’histoire des idées… sans oublier l’histoire tout court. Enlightenment opéra-comique est également un outil à vocation pédagogique, permettant la visualisation de l’évolution d’un répertoire dont la circulation dépasse les frontières géographiques et les catégories sociales.