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Fortune du caractère, 1750-1850 (Sorbonne Nouvelle)

Fortune du caractère, 1750-1850 (Sorbonne Nouvelle)

Publié le par Perrine Coudurier (Source : Marion Bianconi)

Fortune du caractère (1750-1850)

Journées d’étude

Sorbonne Nouvelle (FIRL) – 14 et 15 janvier 2027

Org. Albert Machuel et Marion Bianconi

L’histoire du terme caractère, en littérature, est fortement marquée par la tradition des moralistes français, qui trouve son âge d’or dans le second XVIIe siècle où elle est alors dominée par la figure de La Bruyère. Défini à la fois comme un genre littéraire et comme un trait constitutif de l’homme, le caractère questionne les rapports de l’écriture au regard anthropologique, interroge les formes écrites de la connaissance de l’homme et l’impact des formes littéraires sur les savoirs de soi et de la société. Si La Bruyère a fait du caractère le moyen de proposer une grille de lecture herméneutique du monde, quelle a été, à sa suite, la fortune du caractère en littérature ? Nous interrogerons les usages de cette notion entre 1750 et 1850, non seulement chez les moralistes tardifs des XVIIIe et XIXe siècles tels que Vauvenargues, Chamfort, Rivarol ou Joubert, mais encore dans des textes n’appartenant pas à cette tradition. Nous souhaitons comprendre la façon dont l’idée de caractère a pu être déplacée, resémantisée et remotivée, dans le cadre d’un réagencement des rapports de la littérature au monde et à son public, à la période charnière du XVIIIe au XIXe siècle.

Les journées d’étude que nous proposons s’inscrivent dans le prolongement de deux événements scientifiques importants, tenus en mars 2026 et consacrés à la postérité des moralistes classiques : le colloque « Les Caractères de La Bruyère au XVIIIe siècle », coordonné par Sorbonne Université, l’Université Gustave Eiffel et l’Université de Lille, et le colloque « Les Nouveaux Moralistes au XIXe siècle », organisé par la Sorbonne Nouvelle. Dans la continuité de ces travaux, nos journées d’étude entendent étudier le caractère dans sa dimension multifactorielle, afin d’en observer la trajectoire historique. Marqué par un héritage théophrastien faisant du caractère un moyen de déchiffrer l’individu à travers son masque social, il se manifeste également au XVIIIe siècle dans des questionnements politiques, sous la forme collective du caractère national ou à travers des interrogations sur la fonction historique des grands caractères (Chamfort). Les traditions disciplinaires ont malgré cela tendance à séparer l’étude du caractère des questions politiques et sociales, de même qu’à l’écarter de l’analyse des textes littéraires du XIXe siècle, au profit d’autres notions, comme le type dans le roman, ou le tempérament, alors qu’elle y reste déterminante à nombre d’égards. C’est pourtant en s’opposant à l’évidence du caractère que Zola instaure son naturalisme littéraire : « J’ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères » (Thérèse Raquin). Les occurrences du terme sont également nombreuses chez Balzac et dans la littérature panoramique (Benjamin), mais aussi dans la critique biographique, qui fait du caractère un outil d’analyse des textes littéraires. Hippolyte Taine ou encore Sainte-Beuve, qui a joué un rôle fondamental dans la dénomination du genre moraliste, utilisent volontiers la notion pour dégager les causes du génie propre d’un écrivain. Le caractère apparaît dès lors comme une notion polysémique dont la trajectoire historique s’inscrit dans les grands changements littéraires se déroulant à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles.

Nous invitons les participants à étudier les variations sémantiques du caractère, en fonction des genres et des époques, variations qui mettent en jeu des tensions entre singulier et collectif, propre et commun, inné et acquis et font du caractère une notion déterminante dans les modifications de l’espace littéraire autour de 1800. Comment les tensions qui ont nourri la fortune du caractère ont-elles participé aux redéfinitions de l’espace littéraire à l’aube de l’époque moderne ?

Pistes indicatives :

- Le caractère et ses enjeux de périodisation ;

- Le rôle du caractère dans la définition des genres littéraires ;

- Le caractères dans les questionnements métalittéraires et son rôle dans les pratiques d’écriture ;

- Les enjeux politiques du caractère et la fonction dans l’histoire des grands caractères ;

- Le caractère comme réponse anthropologique aux questionnements sur le propre et le commun, l’inné et l’acquis ;

- Le caractère, sa constitution genrée et l’évolution de ses représentations.

 

Modalités de soumission :

Les propositions de communication (entre 300 et 500 mots), accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, sont à envoyer au plus tard le lundi 22 juin 2026 aux adresses suivantes : albert.machuel@sorbonne-nouvelle.fr, marion.bianconi@sorbonne-nouvelle.fr

 

Bibliographie indicative :

Bénichou, Paul, Le Sacre de l’écrivain, Paris, Gallimard, 1973, 492 p.

Bourdin, Jean-Claude, Les Matérialistes au XVIIIe siècle. Textes choisis et présentés par Jean-Claude Bourdin, Paris, Payot et Rivages, « Petite Bibliothèque Payot/Classiques », 1996, 353 p.

Bove, Laurent (dir.), Vauvenargues, philosophe de la force active. Critique et anthropologie, Paris, Honoré Champion, 2000, 336 p.

Bréban, Laurie, Denieul, Séverine, Sultan-Villet, Élise (dir.), La Science des mœurs au siècle des Lumières. Conception et expérimentations, Paris, Classiques Garnier, « Rencontres », n° 518, 2021, 367 p.

Caron, Maxence (éd.), Rivarol, Chamfort, Vauvenargues. L’art de l’insolence, Paris, Robert Laffont, « Bouquins », 2016, 1517 p.

Chamfort, Sébastien-Roch Nicolas de, Maximes et pensées, caractères et anecdotes, éd. par Jean Dagen, Paris, Garnier-Flammarion, 1968, 439 p.

Coulet, Henri, « Qu’est-ce qu’un "petit moraliste" ? » [in] DAGEN, Jean (dir.), La Morale des moralistes, Paris, Honoré Champion, 1999, p. 221-234.

Dagen, Jean, Roger, Philippe, Un Siècle de deux cents ans ? Les XVIIe et XVIIIe siècles : continuités et discontinuités, Paris, Desjonquères, 2004, 344 p.

Delon, Michel, L’Idée d’énergie au tournant des Lumières (1770-1820), Paris, Classiques Garnier, « L’Europe des Lumières », rééd. 2023, 448 p.

Duclos, Charles, Considérations sur les mœurs de ce siècle, éd. Carole Dornier, Paris, Honoré Champion, « Champion Classiques Littératures », 2005, 272 p.

Joubert, Joseph, Carnets, t. 1 et 2, Paris, Gallimard, « Collection Blanche », 1994.

Helvétius, Claude-Adrien, Œuvres complètes. De l’esprit, éd. Jonas Steffen, Paris, Honoré Champion, t. 1, 2021, 598 p.

Helvétius, Claude-Adrien, Œuvres complètes. De l’homme, de ses facultés intellectuelles et de son éducation, éd. Gerhardt Stenger, Paris, Honoré Champion, t. 2, 2025, 664 p.

La Bruyère, Jean de, Les Caractères, éd. Emmanuel Bury, Paris, Librairie générale française, « Le Livre de Poche », 1995, 644 p.

Lacoue-Labarthe, Philippe, Nancy, Jean-Luc, L’Absolu littéraire. Théorie de la littérature du romantisme allemand, Paris, Seuil, 1978, 448 p.

Le Meur, Cyril, Les moralistes français et la politique à la fin du XVIIIe siècle. Le prince de Ligne, Sénac de Meilhan, Chamfort, Rivarol, Joubert, Hérault-Séchelles devant la mort d'un genre et la naissance d'un monde, Paris, Champion, 2002, 616 p.

Le Meur, Cyril, Trésor des moralistes du XVIIIe siècle, Pantin, Le Temps des Cerises, 2005, 235 p.

Ligne, Charles-Joseph, prince de, Lettres et pensées, éd. Raymond Trousson, Paris, Tallandier, 1989, 387 p.

Ligne, Charles-Joseph, prince de, Mes Écarts, Paris, Belles Lettres, 2016, 368 p.

Parmentier, Bérangère, Le Siècle des moralistes, Paris, Points, « Essais », 2000, 352 p.

Roukhomovski, Bernard (dir.), L’Optique des moralistes de Montaigne à Chamfort, actes du colloque (Grenoble, 27-29 mars 2003), Paris, H. Champion, 2005, 478 p.

Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 16 vol., Paris, Garnier, 1926.

Taine, Hippolyte, Essais de critique et d’histoire, 2 vol., Paris, Classiques Garnier, 2020.

Stienon, Valérie (dir.), La Littérature des Physiologies. Sociopoétique d’un genre panoramique (1830-1845), Paris, Garnier, 2012, 354 p.

Tortonese, Paolo, La Faute au roman : littérature et morale, Paris, Vrin, 2023, 264 p.

Vaillant, Alain, La Crise de la littérature. Romantisme et modernité, Grenoble, ELLUG, 2005, 395 p.

Van Delft, Louis, Littérature et anthropologie. Nature humaine et caractère à l’âge classique, P.U.F., 1993, 283 p.

Van Delft, Louis, Le Moraliste classique. Essai de définition et de typologie, Genève, Droz, 1982, 405 p.

Van Delft, Louis (dir.), « Les Moralistes. Nouvelles tendances de la recherche », [in] XVIIe siècle, n° 202, janvier-mars 1999, 221 p.

Van Delft, Louis, Les Moralistes. Une apologie, Paris, Gallimard, « Essais », 2008, 463 p.

Vauvenargues, marquis de, Introduction à la connaissance de l’esprit humain, éd. Jean Dagen, Paris, Garnier-Flammarion, 1981, 460 p.