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Que peut la lecture littéraire face aux expériences complexes de la douleur et de la souffrance dans le soin ? (CHU Bordeaux)

Que peut la lecture littéraire face aux expériences complexes de la douleur et de la souffrance dans le soin ? (CHU Bordeaux)

Publié le par Marc Escola (Source : Isabelle Galichon)

Que peut la lecture littéraire face aux expériences complexes de la douleur et de la souffrance dans le soin ?

En décembre 2024, l’Académie Nationale de Médecine soulignait l’importance de la lecture dans la formation des futurs soignant.e.s :

 « La déshumanisation de la médecine de soins, amplement démontrée, a partie liée avec le déclin de la culture générale et un enseignement trop centré sur les matières scientifiques à caractère universel. Les objectifs visant à développer le sentiment empathique chez les médecins en formation, doivent être fondés sur la stimulation de l’intérêt pour la culture générale et, notamment, sur l’incitation à la lecture et l’interprétation d’œuvres d’art pictural. »

Si la France a négligé, par choix politique, d’associer les études littéraires à l’enseignement des Humanités en santé, dans les formations en sciences de la santé, d’autres pays ont suivi d’autres voies où les arts ont toute leur place, tant dans l’interprétation esthétique d’œuvres que dans la mise en place de pratiques artistiques

De nombreux travaux soulignent l’importance de la lecture dans la compréhension d'expériences complexes du soin, en particulier la douleur et la souffrance. Ces expériences, à la fois universelles et radicalement singulières, résistent souvent au langage biomédical et aux outils de mesure standardisés. La lecture littéraire se révèle alors un outil épistémologique et éthique essentiel : elle donne accès à la dimension phénoménologique de la douleur – cette expérience subjective incarnée, souvent ineffable – là où les échelles d'évaluation échouent à saisir le vécu du patient.

Que ce soit dans le domaine de la théorie littéraire, de la philosophie, des sciences cognitives ou des neurosciences, il a été souligné que la pratique de la lecture favorise des compétences essentielles, ce qui s’avère d’autant plus important lorsqu’on est confronté à la souffrance : une attention clinique affinée aux métaphores et aux silences par lesquels la douleur se donne à entendre ; une capacité de « mise en miroir » (mirroring) où s'expérimente l’altérité du sujet souffrant ; une imagination morale nécessaire au jugement éthique en situation d'incertitude. La lecture constitue également un espace de mise en retrait où se met en place un prendre soin de soi pour le soignant confronté à la souffrance répétée.

 Face à ces enjeux, ce colloque a pour visée de réunir différentes disciplines afin de croiser les perspectives sur la place et les fonctions de la lecture dans la compréhension et l’accompagnement de la douleur et de la souffrance, tant dans les formations que dans les pratiques soignantes. Les humanités en santé invitent à ce croisement disciplinaire : il s’agit ici d’aborder cette question essentielle à plusieurs voix dans un contexte médical où la reconnaissance de la dimension existentielle de la souffrance et le besoin de ressources émotionnelles et éthiques pour les soignant.e.s appellent de nouvelles approches pédagogiques et cliniques.

Découvrir sur Fabula le programme de la journée…

Ce colloque s’inscrit dans le cadre des travaux de la Chaire Médecine narrative – Hospitalité en santé (CHU de Bordeaux-Université de Bordeaux) qui est une antenne de la chaire de Philosophie à l’Hôpital du GHU Paris Neurosciences (Cynthia Fleury) et accompagnée par la Fondation Bordeaux Université

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Références :

Billington, Josie (2025). Reading Literature and Chronic Pain. Londres: Bloomsbury Academic. 

Charon, Rita (2006). Narrative Medicine: Honoring the Stories of Illness. New York: Oxford University Press.

Dowrick, C., Billington, J., Robinson, J., Hamer, A., & Williams, C. (2012). “Get into Reading as an Intervention for Common Mental Health Problems: Exploring Catalysts for Change”, in Medical Humanities, vol. 38, n°1, 15–20.

Frank, Arthur W. (1995). The Wounded Storyteller: Body, Illness, and Ethics. Chicago, University of Chicago Press.

Hovey, Richard, Khayat, Valerie Curro et Feig, Eugene (2018). “Listening to and Letting Pain Speak: Poetic Reflections”, in British Journal of Pain, vol. 12, n° 2, 95–103.

Koopman, Emy M. (2015). “How Texts about Suffering Trigger Reflection: Genre, Personal Factors, and Affective Responses”, Psychology of Aesthetics, Creativity, and the Arts, vol. 9, n° 4, 430–441.

Le Breton, David (1995). Anthropologie de la douleur. Paris: Métailié.

Miall, David S. (2009). “Neuroaesthetics of Literary Reading” in Skov, M. & Vartanian, O. (eds), Neuroaesthetics. New York: Baywood, 233–247.

Ricœur, Paul (1992). « La souffrance n'est pas la douleur », dans Revue de psychiatrie française, n° 23, 9–18.

Scarry, Elaine (1985). The Body in Pain: The Making and Unmaking of the World. New York: Oxford University Press.

Vickers, Neil, Bolton, Derek (2024). Beeing Ill. On Sickness, Care and Abandonment. London: Reaktion Books.

Wolf, Maryanne (2023). Lecteur, reste avec nous !. Genève : Rosie & Wolfe.