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Europäische Kommunikationskulturen Summer School. Des lettres manuscrites de la première modernité aux réseaux sociaux de l’ère numérique : self-fashioning et communication culturelle à travers les siècles (Augsburg, Allemagne)

Europäische Kommunikationskulturen Summer School. Des lettres manuscrites de la première modernité aux réseaux sociaux de l’ère numérique : self-fashioning et communication culturelle à travers les siècles (Augsburg, Allemagne)

Publié le par Marc Escola (Source : Erica Vianello)

Résumé

La première Europäische Kommunikationskulturen Summer School offre aux étudiants en master et aux doctorants l’opportunité de découvrir et d’explorer l’évolution des pratiques épistolaires et communicatives de la Première Modernité à l’époque contemporaine.

À travers une approche comparative et interdisciplinaire, des intervenants spécialistes de cette thématique dans le domaine des sciences humaines retraceront le parcours qui conduit de l’écriture épistolaire de l’Ancien Régime aux formes actuelles de communication numérique. Cette perspective permettra d’interroger l’évolution des pratiques communicatives au fil des siècles, en mettant en lumière analogies et différences dans les stratégies narratives de self-fashioning et de diffusion culturelle.

Le programme combine séminaires, tables rondes, laboratoires et workshop au cours desquels les participants, accompagnés d’enseignants internationaux, seront initiés aux outils et aux méthodologies de recherche issus de différents champs disciplinaires : de la paléographie à l’historiographie littéraire, des sciences de la communication à la sociologie des médias, de l’édition aux humanités numériques.

Professeur.e.s invité.e.s

Prof. Fabio Forner (Università degli Studi di Verona)
Prof. Valentina Gallo (Università degli Studi di Padova)
Prof. Dr. Rotraud von Kulessa (Universität Augsburg)
Prof. Dr. Daniela Pietrini (Universität Augsburg)
Prof. Catriona Seth (All Souls College, Oxford University)
Prof. Dr. Joachim Steffen (Universität Augsburg)

Modalités de participation

Les Universités d’Augsburg et de Vérone, avec la participation du Deutscher Romanistik Verband, mettent à disposition un financement pour 20 participants comprenant l’hébergement, les pauses café et un cocktail de bienvenue.

Les personnes ne bénéficiant pas de la bourse pourront néanmoins participer en prenant en charge leurs frais de séjour et d’hébergement.

Pour participer à la sélection, les étudiants et doctorants intéressés devront envoyer à l’adresse ekk.summerschool@philhist.uni-augsburg.de, avant le vendredi 29 mai 2026 :

  •   un CV académique ;
  •   une lettre de motivation (en italien, français, espagnol ou allemand) de 5000 caractères maximum, espaces compris.

Les résultats de la sélection seront communiqués aux candidats le vendredi 12 juin 2026.

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Présentation détaillée de l'Europäische Kommunikationskulturen Summer School 

Des correspondances de la Première Modernité aux plateformes numériques du XXIᵉ siècle, la communication est un acte de performance (Butler, 1990, 2004 ; Mackenzie, 2012), un exercice de positionnement dans le champ discursif et social (Foucault, 1969), un geste de visibilité et d’influence. Si à partir du XVIIIᵉ siècle et tout au long de la Première Modernité, la lettre se conçoit comme un instrument de self-fashioning, de communication et de médiation culturelle, à l’ère numérique une fonction analogue est remplie par les e-mails, les messages instantanés et les social network, tous considérés comme de nouveaux espaces pour la représentation de soi, pour la création de réseaux sociaux et pour la circulation culturelle. Les supports et les formes discursives changent et évoluent, mais les besoins, les objectifs et les stratégies communicatives restent substantiellement les mêmes : de la gestion de l’image à la négociation de la réputation, de la (re)définition identitaire au renforcement du capital symbolique (Bourdieu, 1994), de la constitution de réseaux sociaux à la modulation des contenus en fonction du destinataire, jusqu’à la diffusion d’informations, les dynamiques propres à l’écriture épistolaire des siècles passés trouvent un équivalent naturel dans les pratiques communicationnelles contemporaines.

À partir du XVIIIᵉ siècle, la lettre se définit de plus en plus comme une typologie textuelle autonome (Shwarze, 2011) – s’affirmant en même temps comme genre narratif – et comme moyen privilégié de communication publique et privée (Marchi, 2011). Préfigurant les formes actuelles de networking, la pratique épistolaire favorise la construction de réseaux sociaux, culturels et diplomatiques, tous régis par des conventions stylistiques et des normes de comportement partagées. L’écriture épistolaire répond ainsi à un besoin social : consolider les relations et, surtout, tisser de nouveaux liens afin d’élargir sa propre sphère d’influence publique. Les échanges épistolaires peuvent ainsi être interprétés comme un acte stratégique de médiation, où l’expéditeur, s’appuyant sur les attentes possibles du destinataire, façonne son image afin d’étendre et de consolider son réseau relationnel.

De l’espace intime de la correspondance privée (lettres d’amour, familiales, amicales…) aux formes d’écriture destinées à la diffusion publique (récits de voyage, dépêches diplomatiques, lettres politiques), la pratique épistolaire codifie, à partir du Siècle des Lumières, des stratégies communicatives précises (Forner, 2022). Les outils rhétoriques toujours plus raffinés, parfois associés aux talents d’écriture de l’expéditeur, font de l’épître le moyen le plus courant pour la narration de soi et pour la définition de son image dans la sphère publique (Habermas, 1978). Espace par excellence de réflexion privée, la lettre se révèle en même temps comme un puissant dispositif de publicité, de négociation identitaire et de consolidation du prestige personnel de l’expéditeur. À cet égard, les correspondances des grands épistoliers du XVIIIᵉ siècle sont particulièrement significatives : pensons notamment aux échanges épistolaires de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau, de Françoise de Graffigny, de Goethe et de Gaspar Melchor de Jovellanos ainsi que de Pietro et Alessandro Verri, pour n’en citer que quelques-uns.

Outre les dynamiques de consolidation du réseau social, de construction identitaire et de self-fashioning, l’écriture épistolaire remplit, dans la Première Modernité, une autre fonction fondamentale : celle de médiation culturelle, à l’échelle européenne et extra-européenne. Il convient de préciser que la diffusion des connaissances ne répond pas uniquement à un objectif informatif, mais elle constitue également une stratégie d’affirmation publique et de reconnaissance sociale, permettant de consolider prestige, influence et capital symbolique : la circulation des informations permet en effet d’établir des contacts, de renforcer les relations interpersonnelles et de s’insérer dans des réseaux sélectionnés d’interlocuteurs, transformant le savoir et sa diffusion en une forme privilégiée d’empowerment personnel et collectif.

Ainsi, à partir du XVIIIᵉ siècle, la lettre s’impose comme un instrument indispensable pour la communication intra et extra moenia : avec quelques variations formelles minimales, la pratique épistolaire codifiée pendant le Siècle des Lumières reste de fait quasiment figée tout au long du XIXᵉ siècle, jusqu’à la première moitié du XXᵉ siècle. Ce sont l’avènement des nouvelles technologies, issues du développement industriel de la seconde moitié du XXᵉ siècle, qui modifient profondément les formes, modes et processus communicationnels.

Aujourd’hui, les plateformes numériques (de X à Instagram, de LinkedIn à TikTok) répondent à certaines des exigences fondamentales de l’épistolographie de l’Ancien Régime : construire (ou consolider) des réseaux sociaux, contrôler son image publique et diffuser des connaissances à grande échelle. Comme dans le passé, à l’ère numérique également, la communication permet d’exercer son influence sur la sphère publique et se conçoit comme une pratique relationnelle, où la représentation de soi constitue un instrument de légitimation identitaire et de connexion sociale. Les influenceurs et professionnels de la communication soignent contenus, timing et modes de diffusion avec la même attention avec laquelle, jadis, Voltaire, Francesco Algarotti ou la marquise de Sévigné calibraient le ton et le registre de leurs lettres. Threads, posts et newsletters sont aujourd’hui des instruments de personal branding et de networking, et les profils sociaux incarnent ce que Danah Boyd (2010) définit comme networked self : des formes d’auto-représentation interactive qui reprennent, en clé technologique, les stratégies de construction identitaire des lettres publiques et privées des siècles passés. Les plateformes numériques ne sont donc pas de simples moyens de partage de contenus, mais des espaces de self-fashioning et de négociation du prestige personnel, où l’usage stratégique de l’espace informatique (post, story…) devient une ressource de repositionnement symbolique et relationnel, visant à accroître sa visibilité, élargir son réseau de contacts et renforcer sa crédibilité et autorité publiques.

Comme la lettre dans la Première Modernité jouait un rôle fondamental de médiation culturelle à l’intérieur et à l’extérieur des frontières européennes, les réseaux sociaux et outils numériques (newsletters, threads, posts, blogs et forums) permettent aujourd’hui de diffuser idées, informations et réflexions, créant de vastes réseaux de discussion, de confrontation et d’échange international.

 

La première Europäische Kommunikationskulturen Summer School offre aux étudiant.e.s de master et doctorant.e.s l’opportunité d’explorer l’évolution des pratiques communicationnelles de la Première Modernité à l’époque contemporaine, à travers une approche comparative et interdisciplinaire. La confrontation entre l’écriture épistolaire de l’Ancien Régime et les formes actuelles de communication numérique permettra de s’interroger sur l’évolution des pratiques communicatives à travers les siècles, en identifiant une continuité en termes d’objectifs et de stratégie.

Le programme combine séminaires, panels, ateliers et workshops dans lesquels les participants pourront enrichir leurs connaissances et acquérir des outils et des méthodologies de recherche dans différentes disciplines, suivant un parcours théorique et pratique : de la paléographie à l’histoire littéraire, des sciences de la communication à la sociologie des médias, de l’édition aux humanités numériques. Avec la participation de professeurs universitaires et chercheurs internationaux, les participants auront l’opportunité de :

  • explorer les stratégies communicationnelles de l’époque moderne et contemporaine, avec une attention particulière à l’épistolographie du XVIIIᵉ siècle ;
  • connaître et analyser les matériaux d’archives (manuscrits, catalogues de bibliothèques…) et les textes imprimés des principales littératures européennes de la Première Modernité ;
  • réfléchir sur l’usage des espaces de communication numérique (réseaux sociaux, newsletters, blogs spécialisés), en observant continuités et transformations par rapport aux modèles historiques de self-fashioning et de médiation culturelle ;
  • expérimenter le champ des humanités numériques et de l’édition digitale, à travers des ateliers de numérisation, gestion de métadonnées et conception d’archives numériques à l’ère de l’IA.