AAC L'expression et ses phénomènes / CfP Expression and Its Phenomena - 03-04/07/2026 (ENS, Paris)
Colloque « L'expression et ses phénomènes »
Appel à communications
(English below)
Comité d'organisation
Tristan Barberousse (École Normale Supérieure - PSL)
Luz Ascarate (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université de Poitiers)
Camille Bultez (École des hautes études en sciences sociales)
Résumé de la présentation
La difficulté à penser l'expression tient à sa structure médiatrice : elle renvoie, par correspondance analogique, à un autre que soi, autrement inaccessible. L'expression rend phénomène ce qui était en amont indicible ou invisible. À ce caractère dual – l'apparition (Erscheinung) médiatrice qui montre ce qui ne se montre pas « directement » – s'ajoute un site critique, que l'expression connote : le langage. L'expression apparaît donc comme une question décisive pour la phénoménologie, de Husserl à ses héritiers et à ses hérétiques. Toutefois, l'expression de la phénoménologie a elle-même fait l'objet de critiques majeures, et ce, aussi bien au sens du génitif objectif (la phénoménologie comme théorie de l'expression) que du génitif subjectif (la phénoménologie comme mode d'expression). C'est pourquoi, nous souhaiterions examiner non seulement la source conceptuelle du problème mais encore ses possibles « dépassements », soit par l'approfondissement de la phénoménologie (notamment à travers ses développements génératifs), soit par l'exploration de voies qui en signifieraient la sortie ou la transformation.
Modalités d'envoi des propositions et calendrier
Les propositions de communication, en français ou en anglais, de 500 mots minimum et de 800 mots maximum, accompagnées d'un titre et d'une brève biographie de l'intervenant.e, sont à envoyer avant le 15 avril 2026. Les propositions doivent être soumises au format Word ou PDF et présentées de manière anonymisée. La notice biographique de l’intervenant.e doit figurer dans le corps du mail.
Les interventions, en français ou en anglais, seront d'une durée de 30 minutes, suivies de 20 minutes de questions.
Les réponses seront communiquées le 30 avril 2026.
Le colloque se tiendra les vendredi 03 et samedi 04 juillet à l'ENS (45 rue d'Ulm, Paris). Il aura lieu exclusivement en présentiel.
Pour l'envoi des propositions ou toute question complémentaire, vous pouvez écrire à expression.phenomenologie@gmail.com
En cas d’acceptation de votre proposition, nous vous enverrons immédiatement une lettre d'invitation au colloque pour soutenir votre demande de financement auprès de votre institution.
Axes
Nous serions ravi.e.s de recevoir des propositions qui traitent, sans que cette liste soit exclusive, les thèmes suivants :
- métaphore, image, mythe, symbole ;
- l’imagination poétique ;
- le corps et les signes ;
- l'œuvre d'art ;
- parole et langage ;
- inclusion et exclusion.
Nous souhaitons faire dialoguer des propositions avec des perspectives disciplinaires et méthodologiques variées, notamment – sans que ce soit exclusif :
- la phénoménologie et ses « hérésies » ;
- l'herméneutique et le structuralisme ;
- les critiques de l'expression phénoménologique ;
- les études littéraires ;
- les études théologiques ;
- la philosophie analytique ;
- la sémiologie et perspectives interdisciplinaires ;
- la philosophie sociale et politique.
Présentation
L'expression relève d'une action difficile à saisir. Sa difficulté tient à sa structure médiatrice : elle renvoie, par correspondance analogique, à un autre que soi, autrement inaccessible. Elle constitue l'espace d'ouverture d'une chose vers quelque chose d'autre qu'elle-même. Elle rejoint, en ce sens, l'autre signification de l'action homonyme : faire ressortir ce qui était intérieur. Elle manifeste ainsi ce qui demeurait latent en le transposant dans une forme langagière, corporelle ou symbolique. Elle rend phénomène ce qui était en amont indicible ou invisible. L'expression est enfin dynamisme affectif, esthétique, ainsi que moral, puisqu'elle est capable de convoquer la transcendance. Parmi ces différents sens de l'expression, un aspect peut être remarqué plus que les autres : son caractère dual, l'apparition (Erscheinung) médiatrice, qui montre ce qui ne se montre justement pas « directement » – à laquelle s'ajoute un site « critique », que l'expression connote : le langage.
L’expression fait alors apparaître ce qui demeurait inapparent, caché, non dit : le sens, l’idée, le désir, les configurations sociales, les affections qui touchent notre corporéité intérieure. Mais l’expression est, surtout, ce qui fait apparaître à partir de ce qui n’est pas ce qui apparaît : le signe, le symbole, la métaphore, le mythe, le poème, l’œuvre d’art, le corps extérieur. Elle est, de ce point de vue, un mouvement centrifuge, productif et créateur, qui engendre dans et par le mouvement même. Le langage expressif est ainsi un langage authentiquement créatif. Dans le langage, l'expression semble écartelée entre deux pôles : le logos et la lexis. Soit elle est rabattue du côté du logos, et donc rapprochée du genre dernier du langage, sa « forme » profonde, ou sa « structure générale » ; soit elle est rabattue du côté de la lexis, et donc rapprochée d'une simple espèce du langage, sa « manière » superficielle, le « style ».
Mais l’expression est plus que le langage : elle commence dans la dynamique de l’apparaître lui-même et se déploie selon des formes multiples. En ce sens, les phénomènes de l’expression ne peuvent être saisis qu’au sein de la diversité maintenue – et toujours fragile – entre ce qui est et ce qui est montré, ou entre ce qui est et ce qui peut être dit. Pour ces raisons, l’expression requiert d’abord une phénoméno-logie. Soit comme un dire des phénomènes (legein ta phainomena), au sens de montrer ce qui se donne à être montré (Heidegger, 1927, § 7, [p. 27-39] p. 42-50), soit comme la possibilité du dire inscrite dans le « vouloir-dire » du vécu (Ricœur, 1986a, p. 69), la phénoménologie a été comprise comme la méthode qui exprime, montre et dit ce qui apparaît.
En un certain sens, c’est Husserl qui a posé ces problèmes d’une manière dont la radicalité n'a cessé de s’approfondir, de la structure signifiante des Recherches logiques (Hua XVIII, XIX/1-2) à l’archéologie sémantique de L’Origine de la géométrie (Hua VI). Dans les Recherches logiques (Hua XVIII, XIX/1-2), ainsi que dans les approches de la méthode statique de la phénoménologie, l’expression, semble relever d’une couche du dire (logos et lexis) superposée à celle de l’expérience. Dans la perspective de la méthode génétique et notamment dans L'Origine de la géométrie (Hua VI), l'expression apparaît, du point de vue de la genèse, comme incarnée dans l’expérience elle-même. Ses « hérésies » ont su, sinon renverser, du moins radicaliser davantage cette perspective.
Derrida, par exemple, n'aura eu de cesse de contredire la prétention de la phénoménologie à surmonter l'expression, en franchissant l'écart de la médiation qu'elle instaure pour atteindre le non-manifeste de l'apparition. Ainsi, dans La voix et le phénomène, Derrida (1967) s'attaque à Husserl qui, dès les Recherches logiques (Hua XVIII, XIX/1-2), non seulement distingue l'expression (Ausdruck) de son arrière-garde, la signification (Bedeutung), mais surtout suppose une expression pure, celle du monologue intérieur, qui autoriserait la pleine présence, immédiate, « à soi », de la signification. Or, cette possibilité de l'expression pure est la sauve-garde de la signification (Bedeutung), c'est-à-dire de l'« objectivité dans la présence », qui ne serait rien d'autre que « le projet phénoménologique en son essence » (Derrida, 1967, p. 25).
Dans une série de conférences prononcées au Collège philosophique de Jean Wahl, Levinas (2011) s’inscrit en faux contre l’idée que le monologue intérieur présenterait la signification dans sa forme la plus pure. En effet, l’expression vient rompre l’isolement du sujet, troubler l’ordre de son solipsisme en rappelant que le sens s’élabore d’abord dans l’espace créé par l’interlocution. Si le langage se fait volontiers « expression », c’est parce qu’il est avant tout adresse ; le sens se constituant et s’inscrivant dans l’entre-deux des paroles échangées. Il est à noter que si Levinas met en scène son désaccord avec le Husserl des Recherches Logiques (Hua XVIII, XIX/1-2), en affirmant que « le parallélisme noèse-noème est troublé dans l’expression » (Levinas, 2009, p. 271), son refus de la dualité pensée/langage et sa réhabilitation de l’expression sont motivées par une intention polémique : il entend ainsi discuter la thèse développée par Heidegger dans un texte intitulé « die Sprache » (Heidegger, 1959). Considérer le langage comme ex-pression revient à l’assujettir à ce qui lui est étranger, pressé, suscité par autre chose que lui-même.
Pour sa part, Merleau-Ponty infléchit progressivement l’orientation de sa phénoménologie vers une phénoménologie de l'expression. Celle-ci s’était d’abord élaborée comme une méthode centrée sur les a priori corporels de la perception (Merleau-Ponty, 1945). À partir des années 1950, toutefois, son projet se déplace vers l’horizon conceptuel de l’expression, déplacement dont témoignent notamment les textes réunis dans Signes (1960). Ce tournant ne consiste pas en un simple élargissement thématique, mais en une transformation de la compréhension même du phénomène. Si la question du langage s’impose d’emblée comme fil conducteur, elle conduit Merleau-Ponty à penser l’unité intrinsèque de la phénoménologie et de l’expressivité : l’expression n’est plus envisagée comme un moment secondaire venant s’ajouter à une expérience déjà constituée, mais comme la dimension au sein de laquelle l’expérience se forme, se déploie et accède à sa visibilité. Dans cette perspective, la parole littéraire est privilégiée parce qu’elle manifeste de manière exemplaire la puissance instituante du langage. C’est pourquoi la radicalité langagière de la parole littéraire ouvre, chez le dernier Merleau-Ponty, vers une véritable phénoménologie de la vie (Merleau-Ponty, 2020).
Ricœur radicalise la place et le rôle de l’expression dans la phénoménologie. Ainsi, dans « Phénoménologie et herméneutique : en venant de Husserl... », il affirme qu’il est nécessaire à la phénoménologie de concevoir sa méthode comme une explicitation (Auslegung), dans la mesure où, depuis Husserl, elle se fonde sur la coïncidence de l’évidence et de l’explicitation (Ricœur, 1986b, p. 72). Le principe herméneutique qui oriente sa phénoménologie le conduit à confronter celle-ci à d'autres courants de pensée. S'agissant de l'expression, il convient de souligner le dialogue qu'il a établi avec la philosophie analytique dans sa réflexion sur la métaphore (Ricœur, 1975). La fonction poétique de l'expression y est ainsi abordée, à l'aide des outils de la philosophie analytique, à partir de sa structure linguistique, laquelle laisse entrevoir des implications ontologiques. C'est toutefois dans dans Soi-même comme un autre (Ricœur, 1990) que Ricœur explicite la structure langagière de l’existence humaine et de la vie en communauté, donnant ainsi à l'expression toute son importance philosophique. Dans son cas, s'exprimer n'est plus pensé comme la simple transposition extérieure d'un idem préexistant, mais bien plutôt comme la manière, toujours nouvelle, pour le soi de constituer son ipséïté dans et par le travail de l'altérité.
Au-delà du thème de l’expression pris en vue par la phénoménologie, nous sommes aussi intéressés par la critique qui a été faite de l'expression de la phénoménologie elle-même. Carnap, par exemple, reproche aux métaphysiciens tels que Heidegger de ne proposer que des simili-énoncés. Selon Carnap, la phénoménologie n’est pas capable d’énoncer des propositions vraies portant sur des états de choses existants, mais seulement de décrire ce qui est concrètement vécu. On pourrait ainsi dire des phénoménologues ce qu’il affirme des métaphysiciens : ils ne seraient que des « musiciens sans talent musical » (Carnap, 1931, p. 177).
Cette critique atteste qu'au-delà de l'expression de (et dans) la phénoménologie, au sens des génitifs subjectif et objectif, l'expression reste un sujet ouvert et crucial dans de nombreux courants de pensée ainsi que dans d'autres domaines. Toute perspective qui s'intéresse à l'expression au-delà de la tradition phénoménologique sera accueillie ici avec enthousiasme. Par exemple, du point de vue de la philosophie sociale, pouvoir s'exprimer est le signe d’un pouvoir symbolique dont la privation est produite par toutes les formes d’exclusion. Plus généralement, l’expression nous oblige soit à quitter la phénoménologie, soit à en explorer les dépassements génératifs vers la philosophie en général. En effet, la métaphore, l’image et le mythe sont, depuis les origines grecques de la philosophie, des moyens d'expression philosophique par excellence.
Références
Carnap, Rudolf (1931). « Le dépassement de la métaphysique par l’analyse logique du langage » (1931), dans Soulez Antonia (dir.), Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, 1985, Paris, PUF.
Derrida, Jacques (1967). La voix et le phénomène, Paris, PUF, 2025.
Heidegger, Martin (1927). Être et temps, trad. Emmanuel Martineau, édition numérique hors-commerce, 1985.
Heidegger, Martin (1959). Acheminement vers la parole, trad. Jean Beaufret, Wolfgang Brokmeier, François Fédier, Paris, Gallimard, 1976.
Husserl, Edmund (1954). Hua VI : Die Krisis der europäischen Wissenschaften und die transzendentale Phänomenologie, éd. Walter Biemel, La Haye, Martinus Nijhoff.
Husserl, Edmund (1975). Hua XVIII : Logische Untersuchungen. Erster Band: Prolegomena zur reinen Logik. Text der 1. und 2. Auflage, éd. Elmar Holenstein, La Haye, Martinus Nijhoff.
Husserl, Edmund (1984). Hua XIX/1-2 : Logische Untersuchungen. Zweiter Band: Untersuchungen zur Phänomenologie und Theorie der Erkenntnis, éd. Ursula Panzer, La Haye, Martinus Nijhoff.
Levinas, Emmanuel (2009), Œuvres, tome 1. Carnets de captivité, éd. Rodolphe Calin et Catherine Chalier, Paris, Grasset.
Levinas, Emmanuel (2011), Œuvres, tome 2. Parole et Silence et autres conférences inédites au Collège philosophique, éd. Rodolphe Calin et Catherine Chalier, Paris, Grasset.
Merleau-Ponty, Maurice (1945). Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard.
Merleau-Ponty, Maurice (1960). Signes, Paris, Gallimard.
Merleau-Ponty, Maurice (2020), Le problème de la parole. Cours au Collège de France. Notes 1953-1954, éd. Emmanuel de Saint Aubert et Stefan Kristensen, Paris, Gallimard.
Ricœur, Paul (1986a). « Méthode et tâches d'une phénoménologie de la volonté », À l’école de la phénoménologie, Paris, Vrin, 2004.
Ricœur, Paul (1986b). Du texte à l'action. Essais d'herméneutique II, Paris, Seuil.
Ricœur, Paul (1975). La Métaphore vive, Paris, Seuil.
Ricœur, Paul (1990). Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
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(This English version of the call for papers was produced from the French original with the assistance of AI and subsequently revised by the organizers.)
Conference “Expression and Its Phenomena”
Call for Papers
Organizing committee
Tristan Barberousse (École Normale Supérieure – PSL)
Luz Ascarate (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne / Université de Poitiers)
Camille Bultez (École des hautes études en sciences sociales)
Abstract of the conference
The difficulty of thinking expression lies in its mediating structure: through analogical correspondence, it refers to an other than itself that would otherwise remain inaccessible. Expression renders phenomenon what was previously unsayable or invisible. To this dual character – the mediating appearance (Erscheinung) that shows what does not show itself “directly” – is added a critical site connoted by expression: language. Expression therefore appears as a decisive question for phenomenology, from Husserl to his heirs and heretics. Yet the expression of phenomenology has itself been the object of major critiques, both in the objective genitive (phenomenology as a theory of expression) and in the subjective genitive (phenomenology as a mode of expression). We therefore seek to examine not only the conceptual source of the problem but also its possible “overcomings,” either through a deepening of phenomenology (notably through its generative developments) or through the exploration of paths that would signify its transformation or departure.
Submission guidelines and timeline
Proposals, in French or English, of a minimum of 500 words and a maximum of 800 words, accompanied by a title and a brief biographical note of the speaker, must be submitted before April 15, 2026. Proposals must be submitted in Word or PDF format and must be anonymized. The speaker’s biographical note must be included in the body of the email.
Presentations, in French or English, will last 30 minutes and will be followed by 20 minutes of questions.
Decisions will be communicated on April 30, 2026.
The conference will take place on Friday July 3 and Saturday July 4 at the ENS (45 rue d’Ulm, Paris). It will be held exclusively in person.
For the submission of proposals or any further questions, you may write to expression.phenomenologie@gmail.com
If your proposal is accepted, we will immediately send you a letter of invitation to the conference to support your application for funding from your institution.
Topics
We would be delighted to receive proposals that address, without this list being exhaustive, the following themes:
- Metaphor, image, myth, symbol
- Poetic imagination
- Body and signs
- The work of art
- Speech and language
- Inclusion and exclusion
We seek to bring into dialogue proposals from diverse disciplinary and methodological perspectives, including but not limited to:
- Phenomenology and its “heresies”
- Hermeneutics and structuralism
- Critics of phenomenological expression
- Literary studies
- Theological studies
- Analytic philosophy
- Semiotics and interdisciplinary perspectives
- Social and political philosophy
Presentation
Expression belongs to an action that is difficult to grasp. Its difficulty lies in its mediating structure: through analogical correspondence, it refers to an other than itself that would otherwise remain inaccessible. It constitutes the space of opening of a thing toward something other than itself. In this sense, it also resonates with the other meaning of the homonymous action: bringing forth what was interior. It thus manifests what remained latent by transposing it into a linguistic, bodily, or symbolic form. It renders phenomenon what was previously unsayable or invisible. Expression is finally an affective, aesthetic, as well as moral dynamism, insofar as it is capable of summoning transcendence. Among these different meanings of expression, one aspect may be noted more than the others: its dual character, the mediating appearance (Erscheinung), which shows what does not show itself “directly” –to which is added a “critical” site connoted by expression: language.
Expression thus brings to appearance what remained unapparent, hidden, unsaid: meaning, the idea, desire, social configurations, the affections that touch our inner corporality. Yet expression is, above all, that which makes appear from what is not what appears: the sign, the symbol, the metaphor, the myth, the poem, the work of art, the external body. From this perspective, it is a centrifugal, productive, and creative movement that generates in and through the movement itself. Expressive language is therefore genuinely creative language. Within language, expression seems torn between two poles: logos and lexis. Either it is reduced to the side of logos, and thus brought closer to the ultimate genus of language, its “deep form” or its “general structure”; or it is reduced to the side of lexis, and thus brought closer to a mere species of language, its superficial “manner,” its “style.”
Yet expression is more than language: it begins in the very dynamics of appearing itself and unfolds according to multiple forms. In this sense, the phenomena of expression can be grasped only within the maintained – and always fragile – diversity between what is and what is shown, or between what is and what can be said. For these reasons, expression first requires a phenomeno-logy. Either as a saying of phenomena (legein ta phainomena), in the sense of showing what gives itself to be shown (Heidegger, 1927, § 7, [pp. 27–39] pp. 42–50), or as the possibility of saying inscribed in the “intention-to-mean” of lived experience (Ricœur, 1986a, p. 69), phenomenology has been understood as the method that expresses, shows, and says what appears.
In a certain sense, it was Husserl who posed these problems in a manner whose radicality has continued to deepen, from the signifying structure of the Logical Investigations (Hua XVIII, XIX/1–2) to the semantic archaeology of The Origin of Geometry (Hua VI). In the Logical Investigations (Hua XVIII, XIX/1–2), as well as in the approaches of the static method of phenomenology, expression seems to belong to a layer of saying (logos and lexis) superposed upon that of experience. From the standpoint of the genetic method, and notably in The Origin of Geometry (Hua VI), expression appears, from the point of view of genesis, as incarnated in experience itself. Its “heresies,” if not overturning this perspective, have at least further radicalized it.
Derrida, for example, persistently contested phenomenology’s claim to overcome expression by crossing the gap of mediation it institutes in order to reach the non-manifest of appearing. Thus, in Speech and Phenomena (Derrida, 1967), Derrida takes aim at Husserl who, already in the Logical Investigations (Hua XVIII, XIX/1–2), not only distinguishes expression (Ausdruck) from its arrière-garde, meaning (Bedeutung), but above all presupposes a pure expression –that of inner monologue – which would authorize the full, immediate self-presence of meaning. Yet this possibility of pure expression is the safeguard of meaning (Bedeutung), that is, of “objectivity in presence,” which would be nothing other than “the phenomenological project in its essence” (Derrida, 1967, p. 25).
In a series of lectures delivered at Jean Wahl’s Collège philosophique, Levinas (2011) opposes the idea that inner monologue would present meaning in its purest form. Expression, in effect, breaks the subject’s isolation and disturbs the order of its solipsism by recalling that meaning is first elaborated within the space created by interlocution. If language readily becomes “expression,” it is because it is first and foremost address; meaning is constituted and inscribed in the in-between of exchanged speech. It should be noted that, while Levinas stages his disagreement with the Husserl of the Logical Investigations (Hua XVIII, XIX/1–2), affirming that “the noesis–noema parallelism is troubled in expression,” (Levinas, 2009, p. 271) his rejection of the thought/language duality and his rehabilitation of expression are motivated by a polemical intention: he thereby seeks to discuss the thesis developed by Heidegger in a text entitled “die Sprache” (Heidegger, 1959). To consider language as ex-pression amounts to subordinating it to what is foreign to it, pressed and prompted by something other than itself.
For his part, Merleau-Ponty gradually redirected the orientation of his phenomenology toward a phenomenology of expression. This had first been elaborated as a method centered on the bodily a priori of perception (Merleau-Ponty, 1945). From the 1950s onward, however, his project shifted toward the conceptual horizon of expression, a shift attested notably by the texts collected in Signs (1960). This turn does not consist in a simple thematic enlargement, but in a transformation of the very understanding of the phenomenon. If the question of language immediately imposes itself as a guiding thread, it leads Merleau-Ponty to think the intrinsic unity of phenomenology and expressivity: expression is no longer conceived as a secondary moment added to an already constituted experience, but as the dimension within which experience is formed, unfolds, and attains its visibility. In this perspective, literary speech is privileged because it exemplarily manifests the instituting power of language. For this reason, the linguistic radicality of literary speech opens, in the later Merleau-Ponty, toward a genuine phenomenology of life (Merleau-Ponty, 2020).
Ricœur radicalizes the place and role of expression in phenomenology. Thus, in “Phenomenology and Hermeneutics: Starting from Husserl…,” he affirms that it is necessary for phenomenology to conceive its method as an explication (Auslegung), insofar as, since Husserl, it is founded on the coincidence of evidence and explication (Ricœur, 1986b, p. 72). The hermeneutic principle guiding his phenomenology leads him to confront it with other currents of thought. With regard to expression, it is important to emphasize the dialogue he established with analytic philosophy in his reflection on metaphor (Ricœur, 1975). The poetic function of expression is thus addressed, with the tools of analytic philosophy, on the basis of its linguistic structure, which allows ontological implications to come into view. It is, however, in Oneself as Another (Ricœur, 1990) that Ricœur explicates the linguistic structure of human existence and communal life, thereby restoring the full philosophical importance of expression. In his case, expressing oneself is no longer conceived as the mere external transposition of a preexisting idem, but rather as the ever-renewed manner in which the self constitutes its ipseity in and through the work of alterity.
Beyond the theme of expression as addressed by phenomenology, we are also interested in the critique that has been directed at the expression of phenomenology itself. Carnap, for example, reproaches metaphysicians such as Heidegger for proposing only pseudo-statements. According to Carnap, phenomenology is not capable of formulating true propositions concerning existing states of affairs, but only of describing what is concretely lived. One might thus say of phenomenologists what he says of metaphysicians: they would be nothing but musicians without musical talent (Carnap, 1931, p. 177).
This critique attests that, beyond the expression of (and within) phenomenology, in the sense of the subjective and objective genitives, expression remains an open and crucial topic in many currents of thought as well as in other fields. Any perspective interested in expression beyond the phenomenological tradition will be welcomed here with enthusiasm. From the standpoint of social philosophy, for example, the ability to express oneself is the sign of a symbolic power whose deprivation is produced by all forms of exclusion. More generally, expression obliges us either to leave phenomenology or to explore its generative exceedings toward philosophy in general. Indeed, metaphor, image, and myth have been, since the Greek origins of philosophy, philosophical means of expression par excellence.
References
Carnap, Rudolf (1931). « Le dépassement de la métaphysique par l’analyse logique du langage » (1931), dans Soulez Antonia (dir.), Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, 1985, Paris, PUF.
Derrida, Jacques (1967). La voix et le phénomène, Paris, PUF, 2025.
Heidegger, Martin (1927). Être et temps, trad. Emmanuel Martineau, édition numérique hors-commerce, 1985.
Heidegger, Martin (1959). Acheminement vers la parole, trad. Jean Beaufret, Wolfgang Brokmeier, François Fédier, Paris, Gallimard, 1976.
Husserl, Edmund (1954). Hua VI : Die Krisis der europäischen Wissenschaften und die transzendentale Phänomenologie, éd. Walter Biemel, La Haye, Martinus Nijhoff.
Husserl, Edmund (1975). Hua XVIII : Logische Untersuchungen. Erster Band: Prolegomena zur reinen Logik. Text der 1. und 2. Auflage, éd. Elmar Holenstein, La Haye, Martinus Nijhoff.
Husserl, Edmund (1984). Hua XIX/1-2 : Logische Untersuchungen. Zweiter Band: Untersuchungen zur Phänomenologie und Theorie der Erkenntnis, éd. Ursula Panzer, La Haye, Martinus Nijhoff.
Levinas, Emmanuel (2009), Œuvres, tome 1. Carnets de captivité, éd. Rodolphe Calin et Catherine Chalier, Paris, Grasset.
Levinas, Emmanuel (2011), Œuvres, tome 2. Parole et Silence et autres conférences inédites au Collège philosophique, éd. Rodolphe Calin et Catherine Chalier, Paris, Grasset.
Merleau-Ponty, Maurice (1945). Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard.
Merleau-Ponty, Maurice (1960). Signes, Paris, Gallimard.
Merleau-Ponty, Maurice (2020), Le problème de la parole. Cours au Collège de France. Notes 1953-1954, éd. Emmanuel de Saint Aubert et Stefan Kristensen, Paris, Gallimard.
Ricœur, Paul (1986a). « Méthode et tâches d'une phénoménologie de la volonté », À l’école de la phénoménologie, Paris, Vrin, 2004.
Ricœur, Paul (1986b). Du texte à l'action. Essais d'herméneutique II, Paris, Seuil.
Ricœur, Paul (1975). La Métaphore vive, Paris, Seuil.
Ricœur, Paul (1990). Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.