Pour leur 10e numéro, qui paraîtra en septembre 2027, les Cahiers Tristan Corbière, revue internationale à comité de lecture (éditions Classiques Garnier, Paris), publieront un dossier consacré au rapport de l’œuvre du « ? pittore-poëta etc » à la bohème.
La codirection et le comité de lecture de la revue en appellent à des contributions qui permettront de repenser les dynamiques intertextuelles, interpicturales, sociologiques, esthétiques et poétiques entre l’œuvre de Corbière les mouvements bohèmes du XIXe siècle. Les liens de Corbière aux bohèmes littéraires et artistiques du XIXe siècle ont été souligné depuis Laforgue, qui qualifie Corbière, dans ses notes fondatrices, de « bohème de l’océan ».
Pour autant, beaucoup reste autant à établir qu’à penser en la matière. Nous proposons aux chercheurs plusieurs axes de réflexion :
1/ Tout d’abord, l’immense massif de la création bohème reste en partie méconnu et constitue un gisement référentiel important pour les réflexions actuelles sur la poétique de l’intertextualité et de l’interpicturalité de l’œuvre corbiérienne. Sans chercher à tout prix à établir tel ou telle « source », lire ensemble l’œuvre de Tristan et le corpus des bohèmes est susceptible d’enrichir et d’affiner les lectures, en valorisant en regard différents textes, œuvres et parcours de création.
2/ Sur le plan de la sociologie littéraire et artistique, c’est bien au sein de ce que Larousse appelle, en 1872, la « seconde » et la « troisième » bohème que Corbière a développé l’essentiel de ses relations. Dans le sillage de l’importante journée parisienne du colloque "Corbière et Cie" (dir. Michela Landi, Henri Scepi et Francesco Vignoli), qui a exploré les « milieux » de Corbière, autrices et auteurs sont donc également appelés à réfléchir sur la structuration des milieux bohèmes à Paris lorsque Corbière y vit – soit entre 1871 environ et 1874 –, sur l’essaimage de la culture et des pratiques bohèmes en « province » à la fin du Second Empire et au début de la IIIe République (le premier contact avec les formes de vies bohèmes remontant probablement, pour Corbière, à ses séjours à Roscoff, à partir du milieu des années 1860) ou encore sur les logiques bohèmes des socialisations et des projets de création corbiériens.
3/ Comment l’attention à la situation bohème de Corbière permet-elle de penser plus profondément ou à nouveaux frais ses propositions et son parcours artistique et poétique ? Les liens de Corbière à la bohème ont jusqu’ici plutôt été convoqués pour rendre compte de l’aspect « secondaire » des Amours jaunes dans l’histoire littéraire, voire de la « conduite d’échec » de son créateur, frère de tous les artistes et poètes délaissés par la gloire. Un terreau de création mineur pour une œuvre mineure. Sans chercher à faire pompeusement porter à l’œuvre de Corbière et aux création bohème dans leur ensemble le costume mal taillé d’un art « majeur », il y a lieu de penser une « puissance bohème », hors de Corbière et chez Corbière. Une pensée politique, esthétique et linguistique s’exprime par exemple chez des lexicologues comme Delvau ou Loredan Larchey, avec les travaux desquels l’écriture de Corbière entre en écho. Chez Tzara, chez Breton ou chez Butor, l’œuvre de Corbière semble apparaître comme un élément important du maillage parfois oublié entre le monde bohème et l’approche avant-gardiste.
4/ Des études de contextualisation, qui ne porteraient pas directement sur l’œuvre de Corbière mais aideraient à penser son historicité littéraire et artistique et la trajectoire sociale qu’elle incarne pourraient tout à fait entrer dans le cadre de ce dossier.
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Bibliographie indicative
Sur les bohèmes artistiques et littéraires :
Jerrold Seigel, Paris bohème. Culture et politique aux marges de la vie bourgeoise, 1830-1930, Gallimard, Paris, 1991 ;
Pascal Brissette et Anthony Glinoer (dir.), Bohème sans frontière, PUR, Rennes, 2010.
Les Bohèmes, 1840-1870, écrivains-journalistes-artistes, sous la dir. de Jean-Didier Wagneur et Françoise Cestor, Champ vallon, Ceyzérieu, 2012
Marc Partouche, La Ligne oubliée. Bohème, avant-gardes et art contemporain, de 1830 à nos jours, Hermann, Paris, 2016
Sur les liens de Tristan Corbières aux bohèmes artistiques et littéraires :
Pierre Labracherie, La Vie quotidienne de la bohème littéraire au XIXe siècle, Paris, Hachette, 1967, 249 p., p. 153-154.
Jean-Luc Steinmetz, « Tristan Corbière et ses bohèmes », dans P. Brissette et A. Glinoer (dir.), op. cit., p. 173-171
Benoît Houzé, « Le Poème de la Bohême », dans Benoît Houzé et Armelle Hérisson, Tristan Corbière. Les Amours jaunes, Neuilly-Sur-Seine, Atlande, 2019, p. 65-69.
Olivier Kachler, « Les rhapsodies bohémiennes de Corbière », Cahiers Tristan Corbière, n° 6, « Poète en représentations », 2023 [année réelle de publication : 2025], p. 129-152.
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Le numéro 10 des Cahiers Tristan Corbière accueillera également des « varia » qui poursuivront les axes de réflexions de la revue :
- Comment recevoir ensemble, dans cette œuvre, les pratiques scripturales et picturales ?
- Comment cette œuvre interroge-t-elle l’histoire et la théorie de la poésie moderne ?
- Avec quelles autres œuvres et pratiques poétiques et artistiques peut-elle être mise en regard ?
- Que peut-on apprendre et entendre de neuf aujourd'hui sur la vie et l'œuvre de l'artiste ?
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Les comités de direction et de lecture examineront avec soin toutes les propositions d'articles : approches textuelles ou contextuelles, théoriques ou biographiques, philologiques ou poétiques, bibliographiques ou comparatistes. Une attention particulière sera portée aux propositions prenant appui sur les récentes découvertes caricaturales. Des œuvres et documents inconnus pourront être présentés. La revue peut publier quelques contributions en langue anglaise, ainsi que des articles portant sur l’œuvre du romancier maritime Édouard Corbière, père du poète.
Enfin, en sus de sa partie "Approches critiques", dédiée aux articles académiques, la revue est constituée de plusieurs sections regroupant elles aussi des textes de contributeurs divers :
« Notes de recherche » publie de courtes mises au point historiques, biographiques ou lexicographiques ;
« D'après Tristan » accueille un ou des textes littéraires témoignant d’une relation à l’œuvre de Tristan Corbière ;
« Mémoire critique » republie des textes critiques inconnus ou difficilement accessibles portant sur l'œuvre de Tristan Corbière ;
« Gaillards d'avant » présente des textes intrigants et oubliés faisant partie du terreau de la "fleur de bohême" corbiérienne.
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Les projets d’articles, d’une demi-page environ, sont à transmettre aux codirecteurs de la revue (cahierscorbiere@gmail.com) avant le 15 septembre 2026.
La direction de la revue communiquera à l'auteur, dans sa réponse à la proposition, les documents nécessaires à la bonne rédaction et à la mise en forme de son texte.
Les articles complets devront être remis pour le 15 février 2027.
Le numéro paraîtra au 2e semestre de l'année 2027.
Illustration : autoportraits de Marcellin Desboutin (Musée d'Orsay) et Tristan Corbière (coll. particulière), respectivement vers 1875 et 1871