Shakespeare en devenir, n°20
(https://shakespeare.edel.univ-poitiers.fr/index.php)
« L’émancipation » / « Emancipation »
À la pliure du siècle, Lyly, Shakespeare et leurs contemporains s’inscrivent dans cet âge maniériste volontiers sceptique et subversif à l’égard des modèles classiques et des idées reçues des XVe et XVIe siècles. Les peintres et les poètes de ce temps font leurs délices de l’émancipation à l’égard de toutes les créations antérieures, de tous les modèles du passé, désormais en passe de devenir platitudes esthétiques.
Le pétrarquisme poétique devient ainsi homoérotisme, le beau se veut laid, le clair se fait obscur. La voluptas dolendi, autrement dit le plaisir du déplaisir instauré par Pétrarque, devient objet de dérision. Le masque de l’amant pétrarquiste sert à démasquer le ridicule de tous les poncifs encore en vigueur dans cette poétique de l’amour impossible. Ces jeux d’esprits facétieux donnent ainsi libre cours à la plus irrévérencieuse des satires de l’idéalisation pétrarquiste.
Ainsi, dans sa comédie maniériste Love’s Labour’s Lost, Shakespeare, sous couvert de devoir représenter le Masque des Neuf Preux, semble vouloir se mettre lui-même en scène derrière le masque de la Princesse de France pour exhiber sa propre manière de faire du théâtre, donnant ainsi à voir un art qui consiste à ironiser sur les conventions esthétiques du temps pour mieux les subvertir : « Their form confounded makes most form in mirth » (V.2.517). Cette leçon d’esthétique théâtrale dévoile ainsi son discours de la méthode, pour ne pas dire son art poétique de l’émancipation écrit à même le texte.
Cette irrévérencieuse manière de décentrer les héritages culturels et poétiques du temps mérite d’être pensée comme l’avènement d’un âge de l’émancipation, indissociable des crises profondes – cosmiques, culturelles, économiques, langagières, idéologiques et politico-religieuses – qui sévissent à travers toute l’Europe. Ces crises débouchent à leur tour sur une émancipation protéiforme. Tout devient mouvant, instable et matière à déstabilisation, sinon à réinvention.
Ce nouveau numéro accueillera toutes propositions sur la question de l’émancipation, en particulier littéraire, esthétique, idéologique, politique, religieuse ou sociale. Ces propositions pourront aborder, sans s’y limiter, les questions suivantes :
- l’émancipation politico-religieuse et idéologique, comme la résistance du protestantisme contre le papisme ; la montée de l’athéisme.
- l’émancipation des modèles sociaux et économiques ; l’effondrement de l’ère féodale.
- l’émancipation à l’égard des normes genrées et sexuelles ; la poétique anti-pétrarquiste ; l’homoérotisme ; les jeux sur le double et l’androgynie.
- l’émancipation de l’épistémè ; le passage du géocentrisme à l’héliocentrisme ; les nouvelles représentations du monde.
- l’émancipation esthétique, plus particulièrement l’irrévérence maniériste et le décentrement des modèles du passé.
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Date limite d’envoi
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