Ressources naturelles, ressources culturelles : écopoétiques des littératures françaises et francophones contemporaines
Ces dernières années, l’écologie et la durabilité ont fait leur entrée remarquée dans les études littéraires et culturelles françaises, sous les appellations d’« écocritique » ou d’« écopoétique ». Ce champ de recherche dynamique s’est particulièrement intéressé aux ressources naturelles, à leur mise en danger et à leur protection (cf. Schoentjes 2015, Posthumus 2017, Barontini et al. 2022, Buekens 2022a). Pourtant, les littératures et cultures francophones situées au-delà de l’Hexagone demeurent encore peu explorées dans cette perspective – une lacune d’autant plus surprenante que leur ancrage dans d’anciennes colonies françaises, souvent riches en ressources, rend cette approche particulièrement pertinente (cf. Boizette et al. 2021).
À y regarder de plus près, les littératures francophones contemporaines issues notamment de l’Afrique subsaharienne et du Québec se révèlent très attentives aux enjeux écologiques actuels. Inscrites dans les esthétiques et les théories postcoloniales et décoloniales, elles interrogent en profondeur les problématiques de l’Anthropocène (cf. Lassi 2023, Buekens 2025). Ces textes abordent de manière récurrente les questions liées aux ressources – leur exploitation, leur surexploitation ou leur sauvegarde – tant dans le cadre d’une réflexion sur la domination coloniale que dans celui des cosmologies autochtones, où la terre, les minéraux, l’air, l’eau, la faune et la flore occupent une place centrale.
Certains motifs – comme les arbres ou la forêt (vierge) – jouent un rôle symbolique et narratif majeur dans nombre d’œuvres littéraires, jusqu’à acquérir parfois une agentivité propre. Citons, à titre d’exemples, La saison des ombres (2013) de Léonora Miano, Congo Inc. Le testament de Bismarck (2014) d’Inkoli Jean Bofane, Ulmus Americana (2021) d’Antoine Desjardins ou encore Bois de fer (2022) de Mireille Gagné. D’autres textes, tels que Petroleum de Bessora (2004), mettent l’accent sur l’exploitation des ressources naturelles et ses conséquences dans les sociétés postcoloniales.
Nous proposons d’aborder les littératures francophones contemporaines à travers une double acception de la notion de ressource. Outre les ressources dites « naturelles », nous souhaitons interroger les ressources « culturelles » : traditions orales et écrites, langues autochtones ou allochtones, récits fondateurs, cosmogonies. Dans une perspective écocritique, ces ressources culturelles apparaissent indissociables des ressources naturelles. Elles constituent non seulement leur complément ou leur contrepoint, mais sont tout aussi vulnérables.
Cette vulnérabilité est particulièrement sensible dans la représentation de la nourriture, souvent investie d’une forte charge sémiotique : marqueur d’ethnicité (parfois stéréotypé), d’hybridité ou de transculturalité, elle sert également à figurer les rapports d’exploitation – qu’ils soient interpersonnels, sociaux ou mondiaux.
Dans cette section, nous nous attacherons à analyser les interdépendances entre ressources naturelles et culturelles, en particulier dans des contextes interculturels ou à la lumière des théories postcoloniales. Il ne s’agira pas uniquement d’examiner les occurrences thématiques des ressources dans les textes, mais de valoriser l’élaboration esthétique de ces représentations, en recourant à une terminologie littéraire appropriée.
Quelques axes de réflexion possibles :
Quelles ressources naturelles et culturelles sont mobilisées dans les textes ? Dans quels contextes sociopolitiques ou écologiques (constructifs/destructeurs) sont-elles inscrites ?
Quel rôle jouent, dans cette perspective, les récits coloniaux, postcoloniaux ou décoloniaux ?
Y a-t-il des références explicites ou implicites à des discours écocritiques ou écopoétiques, à la notion d’Anthropocène, ou à d’autres discours contemporains similaires ?
Quels procédés littéraires permettent de figurer ces ressources ? La narration elle-même peut-elle être pensée comme une ressource, voire comme un mode de production ou de transformation des ressources ? Et si oui, à quelles finalités – esthétiques, sociales, politiques – répond-elle ?
Dans quelle mesure la littérature cherche-t-elle à déconstruire, par des moyens spécifiques, l’idée anthropocentrique de la « nature » en tant que ressource ?
Peut-on repérer des tentatives de mise en récit d’une perspective non-humaine, voire d’attribution d’une agentivité propre à la « nature » (cf. Buekens 2022b) ?
Comment certains motifs, tels que celui de la nourriture, jouent-ils un rôle d’interface entre « culture » et « nature » ? En quoi permettent-ils de figurer des tensions autour de l’exploitation ou de la raréfaction des ressources ?
Modalités
Nous demandons des propositions de contribution en allemand ou en français, les résumés n’excédant pas 500 mots (bibliographie exclue). La soumission des résumés se fait à l’aide du formulaire ci-joint. Veuillez envoyer votre proposition jusqu’au 26 février 2026 (date limite) aux adresses suivantes : c.ott@em.uni-frankfurt.de; christina.schaefer@romanistik.uni-kiel.de
Les notifications d’acceptation seront envoyées avant le 28 février 2026.