Journée d’étude - Représenter Rome : imaginaires, savoirs et formes de la Ville (Ier-XVe siècle).
Ville par excellence, Rome occupe une place singulière dans l’histoire culturelle de l’Occident. Capitale politique et religieuse, centre symbolique de l’Empire puis de la chrétienté, elle n’a cessé d’être représentée, décrite, reconstruite et interprétée à travers des discours, des images et des pratiques savantes ou poétiques. Entre continuité et rupture, l’image de Rome se transforme au fil des siècles, oscillant entre fidélité au modèle antique, idéalisation symbolique et confrontation aux vestiges matériels.
Cette journée d’étude se propose d’explorer les représentations de Rome du Ier au XVe siècle, en croisant les approches littéraires, linguistiques, artistiques et archéologiques. Il s’agira d’interroger les modalités de construction, de transmission et de réinterprétation de l’image de Rome, en tenant compte à la fois des intentions des auteurs et des contextes culturels, politiques et idéologiques.
Les communications pourront s’inscrire dans l’un des deux axes suivants :
Axe 1 – Dire, mesurer et reconstruire Rome : entre imagination, savoir et poursuite de l’exactitude.
Depuis l’Antiquité, Rome fait l’objet d’un effort constant de description et de restitution, qui oscille entre imagination, mémoire savante et observation du réel. Décrire Rome, c’est tenter de saisir une ville dont la matérialité change, se fragmente ou disparaît, tout en demeurant un modèle culturel et politique. Cet axe interroge les discours et les pratiques qui aspirent à représenter Rome de manière "fidèle", qu’il s’agisse de descriptions topographiques, de traités antiquaires, de récits savants ou de dispositifs visuels et cartographiques.
L'héritage des Envois de Rome entre le XVIIIe et le XXe siècle en sont un exemple : les dessins, les aquarelles ou encore la maquette de Paul Bigot en plâtre évoquent la diversité des moyens de représentation ; les cartes, plans, études, détails ou encore vues d'ensemble de la Ville sont quant à eux autant d'angles employés par les pensionnaires pour transmettre leur études ; et que dire enfin de la variété des sujets mêmes de la représentation, qu'ils s'agisse de temples, basiliques, théâtres, thermes, etc.1. Outre cet exemple, les évolutions techniques plus récentes permettent de développer une autre forme de représentation grâce à la 3D : la ville représentée devient alors malléable, interactive, et offre une vision renouvelée des méthodologies et réflexions scientifiques engagées2.
Il s’agira ainsi d’analyser comment se construit un savoir sur Rome, à partir de quelles sources, avec quels outils et selon quelles intentions. Entre transmission de l’héritage antique et réinterprétation médiévale, les tentatives de reconstruction de la Ville révèlent des tensions entre précision scientifique et recomposition symbolique, entre regard empirique et autorité des textes. Rome apparaît ainsi comme un objet à la fois concret et insaisissable, que l’on mesure, nomme et ordonne pour mieux en préserver la mémoire et l’autorité.
La première session sollicite notamment des propositions de communication portant sur :
- L’évolution des techniques de représentation (numismatique, peintures, cartes, maquettes, 3D, etc.) dans une perspective descriptive de la Ville antique.
- L'impact du contexte de production de la connaissance sur la représentation.
Axe 2 – Incarner Rome : figures, corps et voix d’une ville idéalisée et fragmentée.
Au-delà de sa réalité topographique, Rome est avant tout une construction symbolique, qui prend forme dans des figures, des images et des récits. Personnifiée, allégorisée ou mise en scène comme un corps, une femme ou une mère, la Ville devient un sujet de discours, chargé d’affects, de valeurs et de mémoire. Cet axe propose d’explorer les modalités par lesquelles Rome est incarnée, tantôt idéalisée, tantôt déchue, entre grandeur éternelle et ruine visible.
Les textes littéraires et les productions iconographiques donnent à voir une Rome plurielle : déesse triomphante, mère nourricière, veuve endeuillée, esclave humiliée ou corps mutilé par le temps. La confrontation avec les vestiges matériels suscite des discours de reconstruction (recognitio), de lamentation ou de méditation morale, comme chez Pétrarque, où la promenade parmi les ruines devient un acte de lecture et de réappropriation du passé3. Rome n’est plus seulement un lieu, mais une présence qui interpelle, parle ou se tait, et dont les ruines fonctionnent comme les signes d’un corps fragmenté4.
En art par exemple, elle est restituée sous la forme de caprices sous les pinceaux de Giovanni Paolo Panini, ou Marco Ricci. Elle devient ambivalente comme le suggèrent les œuvres de Francisco de Holanda : il figure ainsi l'écho d'un âge d'or passé sous la forme de Roma Victrix comme celui de la Rome vaincue en ruine qui décrivent les écrivains du Trecento tels que Fazio degli Uberti dans son œuvre Il Dittamondo5.
Cet axe s’intéresse également aux constructions linguistiques et discursives de Rome : métaphores corporelles, jeux de temporalité, discours directs à la Ville, superposition de plusieurs « Rome » (païenne, chrétienne, terrestre, céleste). À travers ces représentations, Rome devient un espace de projection idéologique, où s’articulent mémoire antique, réécriture chrétienne et réflexion sur le temps, la perte et la continuité.
Pour cette seconde session, sont sollicitées des propositions de communication portant notamment sur :
- Les enjeux culturels et politiques des représentations de la ville,
- Les impacts de ces représentations sur la perception contemporaine de Rome,
- L’influence des arts, de l’architecture et de l’urbanisme dans la construction de l’image de la ville.
Cette journée d'étude permettra de comprendre comment l’image de Rome, à la fois monumentale et fragmentée, a évolué au fil des siècles et comment ces représentations physiques ont influencé notre perception contemporaine de la ville éternelle.
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La journée d’étude est ouverte aux doctorant·e·s, post-doctorant·e·s et jeunes chercheur·e·s. Les participant·e·s sont invité·e·s à soumettre une proposition de contribution d'environ une page (Times New Roman, 12 pt), dans une langue à choix entre français, italien ou anglais.
Les propositions doivent être envoyées avant le 3 avril 2026 à l’adresse suivante : priscilla.benke@unicaen.fr.
Comité organisationnel : Priscilla Benke, Orline Poulat, Sofia Vagnuzzi.
Comité scientifique : Juan Carlos D’Amico, Philippe Fleury, Sophie Madeleine, Priscilla Benke, Orline Poulat, Sofia Vagnuzzi.
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1 Pinon Pierre, Amprimoz François-Xavier. Les envois de Rome (1778-1968). Architecture et archéologie. Préface de Georges Vallet et Charles Pietri. Rome : École Française de Rome, 1988. 500 p. (Publications de l'École française de Rome, 110-1). Disponible en ligne sur : https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1988_mon_110_1
2 Fleury Philippe, Madeleine Sophie. « Le « Plan de Rome » de Paul Bigot à l’Université de Caen et son double virtuel : de l’objet patrimonial à l’outil scientifique. » In Situ : Revue des patrimoines, 2011, Les patrimoines de l'enseignement supérieur, 17, [11 p.].
3 Petrarca Francesco, Lettere delle cose familiari, Giuseppe Fracassetti (éd.), Florence, Le Monnier, 1864, p.112-119 (Fam. VI, 2).
4 D'Amico Juan Carlos, « La personnification de Rome au XVIe siècle » in Le mythe de Rome en Europe : modèles et contre-modèles. Études réunies et présentées par J.C. D’Amico, A. Testino, P. Fleury et S. Madeleine, Caen, PUC, 2012, p. 107-128.
5 Degli Uberti Fazio, Il Dittamondo e le Rime, Giuseppe Corsi (éd.), vol. I, Bari, Laterza, 1952, p.34 (Livre I, chap. XI, vers 31-48).