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Les Rhétoriqueurs à la rencontre de l'Italie (Turin, 21-23 janvier 2027)

Les Rhétoriqueurs à la rencontre de l'Italie (Turin, 21-23 janvier 2027)

Publié le par Université de Lausanne (Source : Ellen Delvallée)

Les Rhétoriqueurs à la rencontre de l’Italie

Turin, 21-23 janvier 2027  

Alors que l’« École des Rhétoriqueurs » était, au début du XXe siècle, enfoncée dans les derniers feux d’un Moyen Âge finissant, la réhabilitation d’un auteur comme Jean Lemaire de Belges est passée, avec Georges Doutrepont et Pierre Jodogne, par la recherche des sources italiennes de ses œuvres, représentant ainsi l’auteur en « Janus bifrons », regardant à la fois vers Moyen Âge et la Renaissance (Doutrepont 1934 ; Jodogne 1972). Si, depuis les travaux pionniers de Paul Zumthor (1978), la perspective n’est plus aujourd’hui de réhabiliter les Rhétoriqueurs et encore moins de les intégrer dans le récit téléologique de l’avènement d’une Renaissance parachevée par les poètes de la Pléiade, l’étude du rapport que ce groupe de poètes et historiographes de la fin du XVe et du début du XVIe siècle entretient avec les hommes de lettres italiens (poètes, historiens, humanistes, auteurs ou passeurs de textes) reste largement à effectuer.

C’est l’objet du présent colloque : au-delà de la représentation d’une culture italienne fantasmée (valorisée dans le positionnement d’un Robertet face à Chastelain ou questionnée dans la Concorde des deux langages de Lemaire), il s’agit de mettre au jour les contacts réels des Rhétoriqueurs avec la culture italienne, en vernaculaire ou en latin. Pétrarque ou Boccace semblent être convoqués par pratiquement tous les Rhétoriqueurs, de George Chastelain à Jean Bouchet, mais quel était leur accès réel aux textes des grands auteurs italiens et à ceux de leurs pairs et disciples en Italie ? Quels contextes, quelles figures italiennes ou italianophiles ont favorisé leur rencontre avec les écrits d’Italie, y compris les textes en latins des écrivains et historiens humanistes ? D’une certaine façon, le présent colloque entend reprendre le projet initial de Pierre Jodogne à propos de Lemaire, en l’étendant à l’ensemble des Rhétoriqueurs, tout en demeurant sensible à des particularités selon les auteurs, les générations ou les milieux d’origine (ville ou cour, de France, de Bourgogne ou d’autres régions). En prenant acte des conclusions de Pierre Jodogne selon lesquelles cette recherche ne saurait caractériser pleinement et à elle seule l’esthétique d’un ou des Rhétoriqueurs, il s’agit néanmoins de poser les fondements historiques et matériels d’une telle étude, qui apparaît comme inédite et nécessaire.

De fait, si les rapports entre la culture française et la renaissance italienne aux XVe-XVIe siècles ont déjà fait l’objet d’études, rares sont celles qui portent sur les Rhétoriqueurs (Balsamo 1998). Seul Lemaire a déjà été richement étudié dans cette perspective (Doutrepont 1934 ; Frappier 1963 (a et b) ; Jodogne 1972 ; Britnell 1998 ; Cornilliat 2009 ; Delvallée 2014 ; Desbois 2019 ; Schoysman 1992 et 2006, outre ses éditions). Les Bourguignons Chastelain et Molinet, lecteurs des auteurs et humanistes italiens, ont notamment été étudiés par Ludmilla Evdokimova (2019). Des traductions de Pétrarque par les Rhétoriqueurs Jean Picart et Jean Marot sont enfin signalées dans des articles (Mayer et Bentley-Cranch 1965 ; White 1968). Côté français, les études sur la dette de la littérature française à l’égard de la Renaissance italienne portent essentiellement sur la deuxième moitié du XVIe siècle (Balsamo 1992) ou bien sur des genres narratifs (Montorsi 2015 ; Sozzi 2022). Côté italien, le projet pourra s’appuyer sur les études retraçant la fortune des poètes du Quattrocento en France (Hauvette 1909 ; Simone 1961 et 1968 ; Françon 1974 ; Balsamo 2004). Les plus récents travaux sur la réception de Pétrarque en France autour de 1500, menés par A. Turbil, se situent dans une perspective linguistique (Turbil 2020 a et b). Enfin, de nombreuses pages sur les Rhétoriqueurs et l’Italie se trouvent du côté des historiens, notamment dans des études consacrées aux expéditions militaires de Charles VIII, Louis XII et François Ier (Nardone 2002 et 2006 ; Hochner 2006 ; Dumont 2013 et 2015).

D’une manière plus globale, les contacts entre France et Italie au cours de la période du moyen français sont encore largement à explorer : ils feront bientôt l’objet d’un programme de recherches concernant les circulations des Italiens en Europe à la fin du Moyen Âge (XIIIe-XVe siècles), mené par Cécile Caby, Xavier Hélary et Gabriella Parussa (dans le cadre de l’initiative Circulations médiévales portée par Sorbonne-Université), que viendra couronner le prochain colloque de l’AIEMF à l’été 2027, avec lequel le présent colloque entend entrer en résonnance.

Les études sur les accès concrets que les Rhétoriqueurs avaient aux textes italiens pourront s’appuyer sur les questionnements suivants, qui ne prétendent pas à l’exhaustivité :

  • Quels étaient les textes – manuscrits ou éditions françaises et italiennes, voire chansons ou autres sources orales – qui pouvaient circuler dans les différentes cours et milieux fréquentés par les Rhétoriqueurs ? Avaient-ils accès à des sources de première ou de seconde main, en version originale (latin ou vernaculaire), traduite voire commentée, comme pour l’Enéide de Saint-Gelais (Dugaz 2016) ?
  • Quelle est la part de l’entremise d’hommes de lettres français ou italiens – tel le poète Fausto Andrelini auteur d’héroïdes que traduisent ou imitent Jean d’Auton, Macé de Villebresme ou Guillaume Cretin (Provini 2012) –, que ce soit à la cour ou dans les centres urbains ? La formation universitaire de certains Rhétoriqueurs (Evdokimova 2019) ou la fréquentation de cercles humanistes (à Lyon en particulier) a-t-elle favorisé certains contacts avec les textes des lettrés italiens ? Des mécènes ont-ils pu jouer un rôle particulier dans les contacts entre les Rhétoriqueurs et la culture italienne, comme Georges d’Amboise (Fagnart et Dumont 2013) ?
  • En quoi les séjours italiens effectués par certains Rhétoriqueurs ont-ils pu jouer un rôle dans leurs choix esthétiques (Provini 2009) ? D’éventuelles évolutions ou révolutions poétiques ou historiographiques peuvent-être être liées à la nature culturelle, diplomatique ou guerrière de ces séjours (formation à « l’aorné parler » suggérée par Jean Robertet dans les Douze Dames de Rhétorique, ambassades de Macé de Villebresme ou accompagnement des expéditions militaires de Charles VII et Louis XII par La Vigne et Marot) ?

Le colloque, co-organisé par Paola Cifarelli (Università di Torino), Ellen Delvallée (Litt&Arts, CNRS/Univ. Grenoble Alpes, ANR RhéF-R) et Anne Schoysman (Università di Siena), se déroulera du 21 au 23 janvier 2027, à Turin, où nombre de Rhétoriqueurs, de La Vigne à Lemaire ou à Marot, ont séjourné.

Les propositions de communication, comprenant un titre et un résumé d’environ 200 mots, sont à envoyer à Ellen Delvallée (ellen.delvallee@univ-grenoble-alpes.fr) d’ici le 31 mai 2026.

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Comité scientifique 

Stefania Cerrito (Università degli Studi Internazionali di Roma)

Paola Cifarelli (Università di Torino)

Nathalie Dauvois (Sorbonne Nouvelle)

Ellen Delvallée (CNRS)

Adeline Desbois-Ientile (Sorbonne Université)

Estelle Doudet (Université de Lausanne)

Sandra Provini (Université de Rouen)

Anne Schoysman (Università di Siena)

Suggestions bibliographiques

Balsamo, Jean (dir.), Les Poètes français de la Renaissance et Pétrarque, Genève, Droz, 2004.

Balsamo, Jean (dir.), Passer les monts, Français en Italie - l’Italie en France, 1494-1495, Paris, Champion, 1998.

Balsamo, Jean, Les rencontres des Muses. Italianisme et anti-italianisme dans les Lettres françaises de la fin du XVIe siècle, Genève, Slatkine, 1992.

Britnell, Jennifer, « L’histoire des papes : Jean Lemaire de Belges lecteur de Platina », L’analisi linguistica e letteraria, VI/1, 1998, p. 85-96.

Cornilliat, François, Sujet caduc, noble sujet : la poésie de la Renaissance et le choix de ses « arguments », Genève, Droz, 2009.

Delvallée, Ellen, « Lemaire de Belges traducteur de l’Iliade : les discours du chant III dans les Illustrations », Exercices de rhétorique, vol. 3, 2014. URL: https://journals.openedition.org/rhetorique/210.

Desbois-Ientile, Adeline, Lemaire de Belges. Homère Belgeois. Le mythe troyen à la Renaissance, Paris, Classiques Garnier, 2019. 

Doudet, Estelle, Poétique de George Chastelain (1415-1475). Un cristal mucié en un coffre, Paris, Champion, 2005.

Doutrepont, Georges, Jean Lemaire de Belges et la Renaissance, Bruxelles, M. Lamertin, 1934.

Dugaz, Lucien, « Pour en finir avec la Renaissance ? L’exemple d’Octovien de Saint-Gelais et de sa traduction de l’Énéide de Virgile (1500) », Questes, 33, 2016. URL : http://journals.openedition.org/questes/4301.

Dumont, Jonathan, « Expressions verbales de la présence française en Italie entre XVe et XVIe siècles », Les Paysages sonores du Moyen Âge à la Renaissance, éd. L. Hablot et L. Vissière, P. U. de Rennes, 2015, p. 143-156.

Dumont, Jonathan, Lilia florent. L’imaginaire politique et social à la cour de France durant les Premières Guerres d’Italie (1494-1525), Paris, Champion, 2013.

Evdokimova, Ludmilla, L’échelle des styles. Le haut et le bas dans la poésie française à la fin du Moyen Âge, Paris, Classiques Garnier, 2019.

Fagnart, Laure et Dumont, Jonathan (éd.), Georges Ier d’Amboise, Presses universitaires de Rennes, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pur.112782

Françon, « Sur l’influence de Pétrarque aux XVe et XVIe siècles », Übersetzung und Nachahmung im europäischen Petrarkismus, Stuttgart, Keller, 1974, p. 12-18

Frappier (a), Jean, « L’humanisme de Jean Lemaire de Belges », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, 25-2, 1963, p. 289-306.

Frappier (b), Jean, « L’humanisme dans la poésie de Jean Lemaire de Belges », Romance Philology, 17-2, 1963, p. 272-284.

Hauvette, Henri, Les plus anciennes traductions françaises de Boccace (XIVe-XVIIe siècles), Paris, Feret, 1909.

Hochner, Nicole, Louis XII: les dérèglements de l’image royale, 1498-1515, Paris, Champ Vallon, 2006.

Jodogne, Pierre, Jean Lemaire de Belges, écrivain franco-bourguignon, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 1972.

Mann, Nicholas, « Humanisme et patriotisme en France au XVe siècle », Cahiers de l’AIEF, 23, 1971, p. 51-66.

Mayer, Claude-Albert, et Bentley-Cranch, Dana, « Le premier pétrarquiste français, Jean Marot », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, 27, 1965, p. 183-185.

Montorsi, Francesco, L’Apport des traductions de l’italien dans la dynamique du récit de chevalerie (1490-1550), Paris, Classiques Garnier, 2015.

Nardone, Jean-Luc, « Le Voyage de Venise de Jean Marot. Analyse structurelle et définition du texte », De Florence à Venise. Hommage à Christian Bec, dir. François Livi et Carlo Ossola, Paris, PUPS, 2006, p. 347-359.

Nardone, Jean-Luc, « Le Voyage de Gênes de Jean Marot : définition du texte », Les guerres d’Italie (1494-1559) : histoire, pratiques et représentations. Actes du colloque international (Paris, 9-10-11 déc. 1999), dir. D. Boillet et M.-F. Piéjus, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2002, p. 49-71.

Provini, Sandra, « Les entrées de Charles VIII à Chieri et à Florence en 1494 vues par André de La Vigne », Actes du colloque international Vérité et fiction dans les entrées solennelles à la Renaissance et à l’Âge classique, 11-13 mai 2006, C.E.S.R. de Tours, Les Collections de la République des Lettres, 2009, p. 63-86.

Provini, Sandra, « Les étapes de la translatio d’un genre. L’héroïde politique sous Louis XII, de la première Epistola Annae reginae de Fausto Andrelini (1509) aux ‘‘epistres royalles’’ françaises », Langue de l’autre, langue de l’auteur. Affirmation d’une identité linguistique et littéraire aux XIIe et XVIe siècles, éd. M.-S. Masse et A.-P. Pouey-Mounou, Genève, Droz, 2012, p. 327-345.

Provini, Sandra, Les guerres d’Italie entre chronique et épopée : le renouveau de l’écriture héroïque française et néo-latine en France au début de la Renaissance, thèse de doctorat, sous la direction de Jean Vignes (Université Paris-Diderot) et de Perrine Galand (École pratique des hautes études), 2009.

Schoysman, Anne, « Jean Lemaire de Belges et Josse Bade », Le Moyen Âge, 112(3-4), 2006, p. 575-584.

Schoysman, Anne, « Une traduction italienne annotée de la Légende des Vénitiens de Jean Lemaire de Belges », Atti e memorie dell’accademia toscana di scienze e lettere la colombaria, LVII, n.s. XLIII, 1992, p. 107-129.

Sozzi, Lionello, Rome n’est plus Rome. La polémique anti-italienne et autres essais sur la Renaissance suivis de La dignité de l’homme, Paris, Classiques Garnier, 2022 [2002].

Simone, Franco, Umanesimo, Rinascimento, Barocco in Francia, Milan, Mursia, 1968.

Simone, Franco, Il Rinascimento francese. Studi e ricerche, Turin, SEI, 1961.

Turbil, Alessandro (a), « Petrarch and the French reception of the Triumphi : an age of transition », Translating Petrarch’s Poetry : L’Aura del Petrarca from the Quattrocento to the 21st Century, dir. C. Birkan-Berz, G. Coatalen et T. Vuong, Cambridge, Legenda, 2020, p. 48-62.

Turbil, Alessandro (b), « L’aucteur voyant Laura ne consentir à ses plaisirs, de cruaulté l’accuse. Qualche nuovo elemento sulla fortuna del Petrarca lirico in Francia prima del Petrarchismo », Arzanà, 21, 2020, p. 50-68.

Turbil, Alessandro (c), Les Tre Corone dans la bibliothèque des Bourbons et l’affaire Pétrarque au tournant du XVIe siècle : Moulins-Montbrison l’espace d’un réseau d’italianisants ? », Poco a poco. L’apport de l’édition italienne dans la culture francophone, dir. C. Lastraioli et M. Scandola, Turnhout, Brepols, 2020, p. 265-281.

White, Margarita, « Petrarchism in French rondeau before 1527 », French Studies, XXII, 1968, p. 287-295.

Zumthor, Paul, Le Masque et la Lumière. La poétique des grands rhétoriqueurs, Paris, Seuil, 1978.