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Penser le baroque dans la littérature postcoloniale (en ligne)

Penser le baroque dans la littérature postcoloniale (en ligne)

Publié le par Marc Escola (Source : Lakaaz Malak)

Le baroque, souvent réduit dans les analyses traditionnelles à un simple style décoratif ou à une période historique circonscrite à l’Europe du XVIe et XVIIe siècle, se révèle, lorsqu’on l’aborde à travers le prisme de la pensée postcoloniale, comme une catégorie transhistorique et transculturelle qui, dotée d’une puissance heuristique remarquable, s’avère capable de traverser non seulement les époques et les continents, mais également les formes et les langages. Il constitue une esthétique de l’excès, de la tension, de la prolifération et de l’instabilité, où le multiple et l’inachevé coexistent avec le désir de totalité, et où l’ordre et le chaos s’entrelacent pour produire des formes d’une intensité critique et expressive inouïe. Dans ce sens, le baroque peut être envisagé comme une poétique de l’instabilité et du débordement, qui engage simultanément la réflexion sur le monde, la perception de l’histoire et la construction des identités, particulièrement dans les contextes marqués par la colonialité, ses héritages et ses fractures.

Transposé dans les littératures postcoloniales, le baroque ne se limite plus à une question de style ou de décor : il devient une stratégie de résistance, de réinvention et d’hybridation, une modalité d’écriture qui permet de représenter la pluralité des temporalités, la complexité des identités et la dialectique incessante entre mémoire et invention. Les écrivains africains, caribéens et diasporiques mobilisent ces formes baroques pour créer des récits où la langue, qu’elle soit héritée des colonisateurs ou issue des idiomes autochtones, devient un instrument de résistance et de transformation, un moyen de subvertir les hiérarchies symboliques et de réécrire l’histoire des colonisés selon leurs propres termes. Ainsi, le baroque postcolonial se manifeste dans des pratiques polyphoniques, dans des temporalités éclatées, dans des narrations fragmentées, dans des hybridations linguistiques et dans des expérimentations esthétiques qui font dialoguer l’oralité et l’écrit, le local et le global, le visible et le fantomatique, produisant. un espace où la création et la critique se confondent et s’alimentent mutuellement.

Mais le baroque ne se limite pas à la littérature. Il traverse également tous les arts, de la musique au cinéma, des arts plastiques à la mode, révélant une capacité prodigieuse à métamorphoser les formes et à rendre sensible l’invisible, les tensions historiques, les identités en mutation et les contradictions du monde contemporain. La musique baroque, avec ses polyphonies et ses excès rythmiques, trouve un écho dans les compositions contemporaines des Suds ; le cinéma et les arts visuels postcoloniaux mettent en scène la discontinuité et l’hétérogénéité, tandis que la performance et la mode explorent la corporealité et la théâtralité comme vecteurs de réinvention esthétique et politique. Dans toutes ces formes, le baroque illimité apparaît comme un instrument épistémique, une manière de penser et de ressentir la complexité du monde, où le désordre devient révélateur et la profusion, critique.

Penser le baroque dans ce cadre implique également de considérer ses fonctions épistémologiques et conceptuelles : il offre une manière de questionner les catégories mêmes de la connaissance et de la perception, en invitant à embrasser les contradictions, à accepter l’instabilité comme mode de compréhension, à reconnaître la multiplicité des points de vue et la porosité des frontières culturelles et historiques. Dans la postcolonie, cette approche est particulièrement féconde, car elle permet de mettre en évidence les stratégies par lesquelles les sociétés anciennement colonisées réécrivent leur histoire, redéfinissent leurs langues et leurs récits, et inventent des formes narratives et artistiques qui échappent aux canons hérités de l’Europe coloniale.

Enfin, la réflexion sur le baroque illimité et postcolonial ne saurait être réduite à une simple lecture comparative ou historique. Elle engage une expérience intellectuelle et sensible, où le lecteur ou le spectateur est invité à percevoir simultanément la fragilité et la force des formes, la tension entre identité et altérité, la densité des temporalités et l’exubérance des imaginaires.

Le baroque devient ainsi non seulement un objet d’analyse, mais une méthode pour penser le monde, un cadre conceptuel qui révèle l’interconnexion entre esthétique, politique, mémoire et création, et qui ouvre des perspectives inédites pour la critique, l’histoire culturelle et la théorie littéraire.

Axes de recherche proposés (non exhaustifs) :

Postcolonialisme et esthétiques contemporaines
La représentation de soi et de l’Autre dans la littérature postcoloniale
Le baroque dans les arts et à travers le temps
Baroque et postcolonialisme : transferts et réinventions
Langue, identité et création littéraire en Afrique
Le baroque comme pensée du monde instable
Baroque africain : oralité et hybridations narratives

Modalités de soumission :

Les propositions de communication (300 à 500 mots), accompagnées du nom et prénom de l’auteur(e), d’une courte biographie et d’une notice bibliographique succincte, sont à envoyer à l’adresse suivante: baroquejourneedetude@gmail.com

Calendrier:

Date limite de soumission des propositions de communication : 15 Mars 2026

Retour aux participants : 25 mars 2026

Date limite de confirmation de participation : 28 mars 2026

Tenue de la journée d’étude : 16 avril 2026