Nos Arsène Lupin
Journée d'étude, Université de Rouen, 25 septembre 2026
Depuis son apparition il y a 120 ans, en 1905, dans la revue Je sais tout, Arsène Lupin gentleman cambrioleur a fait l’objet de multiples interprétations, adaptations, encouragées par l’écriture même de son auteur, Maurice Leblanc, dont les publications en série ne manquent pas de contradictions ni d’ajouts au fil du temps : ainsi par exemple le personnage se dit anarchiste puis nationaliste ; cambrioleur, puis détective, ce solitaire se fait instigateur d’une bande organisée ayant aussi ses imitateurs ; ses liens avec la noblesse d’Empire, son rapport à l’ancien Régime ou à l’arrivisme ne manquent pas d’intérêt. Inspiré par les romans d’aventures de Jules Verne, les mystères urbains d’Eugène Sue ou de Paul Féval, par les romans historiques de Dumas (et leurs personnages, Cagliostro, le comte de Monte-Cristo…), par Balzac et l’imaginaire des sociétés secrètes ou encore par E. A. Poe, Leblanc fait de Lupin le creuset de lectures et d’imaginaires de la Belle Époque, elle-même héritière d’un xixe siècle littéraire et culturel dont elle opère le recyclage et engage la diffusion. La diversité générique (nouvelles, romans, adaptations théâtrales) est propre au projet de Leblanc, le cycle Lupin étant également un produit phare de la culture médiatique populaire, déclinant un personnage sous plusieurs formes littéraires et éditoriales.
La journée d’études souhaite rassembler des chercheurs et chercheuses en littérature générale et comparée, en études visuelles, en arts du spectacle et en histoire culturelle autour de « leurs » Lupin. Des communications sur les adaptations au cinéma, à la télévision, en bande dessinée, mais aussi sur l’usage du nom « Lupin » comme antonomase permettront de cartographier et de problématiser « les » Arsène Lupin des auteurs, réalisateurs, dessinateurs, comédiens, critiques ayant croisé sa route. On pourra, sans que cette liste ait prétention à l’exhaustivité, envisager les pistes suivantes :
- Arsène Lupin homme du monde, malfaiteur non meurtrier, tenant d’une forme de savoir-vivre et de code moral ; on pourra par exemple proposer des comparaisons motivées entre Lupin et d’autres criminels et/ou détectives dandys ; s’interroger sur les codes mobilisés à cet effet, comme la pratique sportive, les accessoires vestimentaires, les usages de la langue, de la politesse, de la sociabilité, ainsi que d’objets matériels signifiants comme l’automobile ou le téléphone, pour établir si Lupin est l’homme de la Belle Époque ou s’il est anachronique, intempestif ou atemporel, et dans quelle mesure.
- Arsène Lupin homme des mondes : les voyages, les rencontres et rivalités à l’étranger de Lupin connaissent en retour des adaptations plus ou moins portées sur son caractère « français », non sans stéréotypes, ou au contraire le présentant comme cosmopolite et apatride, doté d’ascendances contradictoires et mystérieuses. De même, Arsène Lupin solitaire ou appartenant à diverses sociétés secrètes, Arsène Lupin célibataire ou marqué par de nombreuses rencontres et trahisons féminines, Arsène Lupin père invitent à des questionnements autour de la masculinité et ses représentations.
- Arsène Lupin homme français : Que reste-t-il des caractéristiques de Lupin (intelligence, adresse cognitive et gestuelle, particulièrement sollicitées dans les escape games et jeux de société inspirés d’Arsène Lupin, art du déguisement, humour) dans les réécritures ? Quelles sont celles qui sont accentuées ou amoindries selon les cultures, langues étrangères et époques ? Quelle place y est dévolue, ou non, à l’humour, aux bons mots, à « l’esprit français » ?
- Arsène Lupin homme de scène : des études auctorales, des comparaisons entre les acteurs ayant joué Lupin à l’écran ou à la scène seront particulièrement bienvenues ; on pourra naturellement aussi penser à son art du comédien et aux théories de jeu dont il s’inspire ou qu’il contribue à faire connaître (ou à faire détester !).
- Arsène Lupin et la fiction : illusionniste et beau parleur, le personnage invente, au risque de l’incohérence et de l’invraisemblance. Comment interpréter, jouer la maîtrise du récit propre au personnage ? Dans quelle mesure les comédiens, réalisateurs et metteurs en scène choisissent-ils d’appuyer sur les failles, les incohérences, les blessures (relation au père, rôle de l’amertume sociale, du sentiment d’imposture ou du désir de vengeance) pour s’approprier ou apprivoiser le mythe Lupin ?
- Arsène Lupin « normand » : la journée d’études se tenant à l’Université de Rouen, des propositions sur Lupin et le terroir français, Lupin et sa cartographie française (la Riviera, Paris, la Normandie) sont également attendues.
- Arsène Lupin et ses doubles : le gentleman solitaire et singulier qui perd son fils a ses rivaux, ses ennemis, ses amis, ses serviteurs et compagnons d’aventures. Comment ce « je » peut-il être compris comme un « nous » incarnation d’une époque ou fondation d’une micro-société, « nous » prolongé par les communautés de fans et de lecteurs ?
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La journée d’études se tiendra en présence le vendredi 25 septembre 2026 à l’Université de Rouen-Normandie. Le déjeuner sera offert aux intervenant.e.s. La prise en charge du déplacement ne peut être envisagée que sur demande particulière émanant de chercheurs et chercheuses indépendant.e.s ne pouvant bénéficier du soutien d’un laboratoire. Une publication des actes est prévue.
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Les propositions de communications d’1/2 à 1 page, accompagnées de quelques lignes de présentation bio-bibliographique de leur auteur ou autrice sont attendues pour le lundi 8 juin 2026 aux adresses suivantes : florence.fix@univ-rouen.fr et s.pouyaud@gmail.com
Réponse sera donnée sous quinzaine après échéance de l’appel.