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Diderot et l’esthétique matérielle (Nanterre)

Diderot et l’esthétique matérielle (Nanterre)

Publié le par Marc Escola (Source : Fabrice Moulin)

Les liens entre la philosophie matérialiste de Diderot et les formes prises par sa pensée esthétique ont retenu depuis longtemps l’attention. L’ouvrage collectif Aux limites de l’imitation: l’ut pictura poesis » à l’épreuve de la matière, XVIe-XVIIIe siècles[1] avait remarquablement montré comment l’irruption de la matière (matière de l’œuvre, technique et faire de l’artiste…) dans la pensée esthétique, en particulier chez Diderot, avait ébranlé l’équilibre classique de la poétique des beaux-arts. Tout récemment, un collectif consacré à l’archéologie chez Diderot[2], soulignait  l’importance tout à fait remarquable et originale que Diderot accordait à la culture matérielle de l’antiquité, par rapport à sa connaissance textuelle. A l’exemple de ces travaux, et dans le sillage de plusieurs autres, on se propose de réfléchir à la façon dont les Salons constituent non seulement, comme espace libre de l’écriture, un laboratoire de la pensée matérialiste, mais aussi, concrètement, par la confrontation avec la matière des œuvres, un terrain d’expérience. Entre vision et imagination, couleur et dessin, idée et technique, mimesis et présence brute des œuvres, image sensible et modèle idéal, singularité et généralité, etc… comment Diderot réinvestit-il, en écho avec ses textes philosophiques et scientifiques, certains postulats de la pensée matérialiste (monisme, continuité entre matière morte et matière vivante, dynamique de la nature…)? Dans quelle mesure peut-on mettre au jour une approche matérialiste de l'œuvre d’art?  On pourra réfléchir aux différentes inscriptions de la matière dans l’expérience du Salon. 

       - La pensée ou théorie matérialiste d’abord: quels discours philosophiques matérialistes s’élaborent-ils à l’occasion des Salons? Quels concepts, dans quelles dynamiques d’écriture? En prise avec quelles expériences de visiteur? En écho avec quels intertextes diderotiens ou philosophiques? 

       - la matière physique de l’art. Couleurs, matériaux, travail de l’artiste: dans quelle mesure cette épaisseur de l'œuvre d’art informe-t-elle la pensée esthétique de Diderot? Selon quelles évolutions? Quelles innovations, quelles contradictions (on pense au couple idéal / faire, ou encore au paradigme, fragile et omniprésent, de l’ut pictura poesis… )?

       - la matière sensible de l’expérience esthétique. Que devient, dans l’expérience de visiteur du salon mais aussi d’écrivain-poète, la réflexion sensualiste du Diderot philosophe? Quels liens entre les sens et la matière?  (On pense en particulier à la mise en scène des sens « bas » comme le goût, l’odorat, ou encore le toucher… ). Quelles relations entre matière de l’art et matière de la langue et des mots?

       - Enfin, ce qu’on pourrait appeler la matérialité de l'œuvre. On pense ici à l’inscription concrète des tableaux dans le triple contexte spatial, social et économique du salon. On pourra s’intéresser à l’attention du salonnier Diderot pour les questions de tapissage, d’éclairage, d’exposition, de position du spectateur, qui participent, peut-être, d’une sorte d’esthétique située, qui tient compte des conditions concrètes de la réception? De même l’intérêt de Diderot pour la circulation des œuvres, leur inscription dans un circuit social et marchand, fait de commande, d’achat, de propriété… contribue aussi à cette pensée matérielle de l’art.

Programme 

Université Paris Nanterre

Salle des conférences – bâtiment Ricoeur, 4e étage

200 av. de la République, 92000 Nanterre – RER A Nanterre université

Matin 
10h-12h30 

●          10h-10h30:        François Pépin (Ihrim) : « Les opérations de l’art »

 ●          10h45-11H15 : Aurora Librizzi (université de Pise - université Paris Nanterre) : « La couleur fait de la chair : matérialité et vie dans les Salons et le Rêve de d'Alembert »

 ●          11h30-12h15:   Matteo Marcheschi (université de Pise) : « La matière et le sensible : le goût et l’odorat dans les Salons de Diderot ».

 12h30 – Pause déjeuner

Après midi
14h-16h30 

●          14h-14h30:        Keiko Kawano (université d’Okayama): « L’idée issue de la matière - Le modèle idéal chez Diderot » 

 ●          14h45-15h15: Elise Pavy: (université Bordeaux Montaigne, UR 24142 Plurielles (Langues Littératures Civilisations), membre honoraire de l’IUF junior): « Diderot, l’art et la matière des mots ».

 ●          15h30-16h:        Fabrice Moulin (université Paris Nanterre): « De la série de tableaux à la promenade incarnée: l’espace concret du Salon dans l’écriture de la critique d’art d’Ancien Régime (1760-1780) »

16h30 –  fin de la journée

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[1] Dekoninck, Ralph, Agnès Guiderdoni-Bruslé, et Nathalie Kremer (dir.), Aux limites de l’imitation: l’« ut pictura poesis » à l’épreuve de la matière, XVIe-XVIIIe siècles, Amsterdam, 2009.
[2] Lorenz E. Baumer, Fayçal Falak, et Zeina Hakim (dir.), Diderot et l’archéologie, Paris, Classiques Garnier, 2024.