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Journée d’étude sur les langues imaginaires « L'étrangeté en partage » (Besançon, France)

Journée d’étude sur les langues imaginaires « L'étrangeté en partage » (Besançon, France)

Publié le par Mihai Duma (Source : Aurélie Nomblot)

L'étrangeté en partage
Journée d’étude sur les langues imaginaires
Premier appel à communication


Nous sollicitons des propositions pour une journée d’étude consacrée aux langues imaginaires, ou artlangs (artistic languages), qui se tiendra à Besançon le 12 juin 2026.

On entend par langue imaginaire une langue inventée à des fins artistiques et intégrée à une œuvre de fiction (roman, film, série, bande dessinée, œuvre poétique, jeu vidéo etc.). À ce titre, elle se distingue des langues construites à vocation principalement communicationnelle (telles que l’espéranto ou le volapük), conçues prioritairement pour faciliter les échanges entre locuteurs humains (Albani & Buonarroti, 2010). 

Les langues imaginaires se manifestent de manière très variable dans les œuvres : elles peuvent apparaître ponctuellement, sous la forme de quelques mots ou expressions, ou faire l’objet d’un développement systématique, donnant lieu à un déploiement linguistique étendu au sein de l’univers fictionnel (Cheyne, 2008). Elles participent alors pleinement à la construction du monde fictionnel, à la caractérisation des personnages et à la dynamique narrative (Landragin, 2018).
Si les travaux sur certains aspects de langues imaginaires existent déjà (Cheyne 2008 ; Landragin 2018 ; Beinhoff 2015), le champ reste encore émergent et largement ouvert. Cette journée d’étude vise à examiner les langues imaginaires dans la diversité de leurs usages, de leurs fonctions et de leurs modalités d’existence, sans se limiter à une seule approche théorique ou méthodologique. Seront bienvenues aussi bien des contributions d’analyse (analyse du discours, sémiotique, sociolinguistique, traductologique, etc.) que des propositions relevant de la création (retours d'expérience, méthodologies de conception, contraintes de production), ou de la réception (communautés, apprentissages, circulations, réappropriations). Les propositions centrées sur des aspects purement linguistiques sont les bienvenues, dès lors qu’elles s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la place, le rôle ou les effets de la langue imaginaire dans l’œuvre, sur les intentions de ses créateurs ou sur ses conditions de réception par les publics.


Axes de réflexion (indicatifs)

1. Langue imaginaire et altérité
Quel rôle la langue imaginaire occupe-t-elle au sein de l’œuvre, qu’elle soit littéraire, filmique ou vidéoludique ? Comment contribue-t-elle à la construction d’un sentiment d’altérité, d’étrangeté ou de distance culturelle ? Quels liens entretient-elle avec les représentations de peuples, de communautés ou de personnages fictionnels, et avec les imaginaires de la différence ?

2. Coexistence entre langue naturelle et langue imaginaire
Dans les œuvres mêlant langue imaginaire et langue naturelle, quels usages respectifs sont attribués à chacune ? La langue imaginaire est-elle mobilisée pour marquer certains passages, personnages, registres discursifs ou situations d'énonciation ? Comment s’organisent les transitions entre langue imaginaire et langue naturelle, à l’oral comme à l’écrit ? Quelles stratégies de justification diégétique ou narrative accompagnent cette coexistence ?

3. Médiations, intelligibilité et discours métalinguistiques
Comment les œuvres maintiennent-elles l’intelligibilité pour le public sans compromettre la vraisemblance de la situation d’énonciation ? Quelles formes de traduction, de reformulation ou d’explicitation sont mises en œuvre (sous-titres, doublage, paraphrases, commentaires intradiégétiques, glossaires, annexes etc.) ? Qui prend en charge ces médiations (personnages, instance narrative, dispositifs éditoriaux ou paratextuels) et quelle expertise linguistique supposent-elles ? Quels équilibres se dessinent entre opacité linguistique, accessibilité narrative et réflexion sur le langage (comme, par exemple, dans les dispositifs métalinguistiques présents chez Jonathan Swift ou Lewis Carroll) ? On pourra également interroger les frontières : à partir de quel seuil (lexique isolé, jeux sur une langue naturelle, système partiellement stabilisé, langue pleinement développée) peut-on parler de langue imaginaire ? Des objets hybrides comme le Jabberwocky de Lewis Carroll relèvent-ils d’une langue distincte, d’une manipulation radicale d’une langue naturelle (ou d’un entre-deux) et que nous dit cette hésitation sur nos critères d’intelligibilité, de reconnaissance et de vraisemblance ?

4. Langues imaginaire et médium artistique
Les contraintes propres aux différents médias (roman, cinéma, série, jeu vidéo, bande dessinée) influencent-elles les formes prises par la langue imaginaire ? On pourra par exemple comparer le traitement linguistique dans le roman La Guerre du feu de J.-H. Rosny aîné, où les échanges sont rendus en français, et dans son adaptation cinématographique par Jean-Jacques Annaud, qui recourt à une langue imaginaire.

5. Création : esthétique, narration, symbolique, éthique
Comment une langue imaginaire est-elle pensée comme forme artistique à part entière, et non comme un simple marqueur d'altérité exotisante ? Avec quels objectifs esthétiques, narratifs et symboliques est-elle élaborée (effets de réel, mise à distance, sacralisation, comique, violence, prestige, archaïsme, “technicité”, etc.) ? Quelles décisions formelles (phonétique/phonologie, prosodie, morphologie, lexique, graphies, contraintes de prononciation et d’incarnation par les interprètes, dispositifs de dévoilement progressif) orientent la manière dont la langue fait récit et fabrique du sens ? On pourra également interroger la dimension éthique de ces choix : assignations culturelles, stéréotypes, exotisation, emprunts et appropriations, ainsi que les effets de hiérarchisation entre langues et locuteurs dans l’univers fictionnel.

6. Réception, appropriation et circulations des langues imaginaires
Comment les langues imaginaires sont-elles perçues, interprétées et investies par les publics ? Quelles pratiques de réception et d’appropriation se développent autour d’elles (communautés et fandoms, apprentissage amateur, performances, jeux de rôle, usages en ligne, créations dérivées, documentation collaborative) ? Comment ces usages prolongent-ils l’œuvre, en déplacent-ils les enjeux, ou transforment-ils le statut de la langue (de simple matériau fictionnel à ressource partagée, voire à pratique collective) ? On pourra enfin s’intéresser aux conditions sociales et médiatiques de cette “vie” des langues imaginaires : plateformes, normes communautaires, circulation transnationale, légitimations et controverses.

7. Langues imaginaires et Traitement Automatique des Langue (TAL)
Dans quelle mesure les méthodes issues du Traitement Automatique des Langues (TAL) peuvent-elles éclairer l’étude, la conception ou la diffusion des langues imaginaires ? Comment les modèles computationnels participent-ils à la création de systèmes linguistiques cohérents, ou questionnent-ils les limites de la plausibilité linguistique ? On pourra également s’intéresser aux enjeux spécifiques liés à l’utilisation d’outils automatisés dans la fabrication de langues, ainsi qu’aux circulations entre pratiques créatives, communautés numériques et technologies du langage.


Bibliographie indicative

Albani, P., Buonarroti, B. (2010). Dictionnaire des langues imaginaires. Paris, Les Belles Lettres.

Beinhoff, B. (2015). Why are Alien Languages Inherently Human? Foundation: The International Review of Science Fiction, 122, 5-19.

Cheyne, R. (2008). Created languages in science fiction. Science Fiction Studies, 35(3), 386-403.

Comandini, Gloria, & Francesco Dedè (2025). Quenya is Practically a Main Character Elvish-English Multilingualism in Tolkien-inspired Fan-Fictions. In: Enguehard, Planchon & Ray, 2025: 123-137.

Enguehard, G., P. Planchon, A. Ray (dirs)  (2025). “La créativité linguistique au prisme des langues construites / Linguistic Creativity Through the Lens of Constructed Languages”. Numéro spécial de RiCOGNIZIONI. Rivista di lingue e letterature straniere e culture moderne, Vol. 12 No. 23.

Landragin, F. (2018). Comment parler à un alien ? Langage et linguistique dans la science-fiction. Paris, Le Bélial’, coll. Parallaxe.

Nomblot, A., & Thomas, I. (2025). Technologie et créativité dans l'invention des langues : Étude sur l'utilisation des outils automatisés par les idéolinguistes. In: Enguehard, Planchon & Ray, 2025: 33–48. https://doi.org/10.13135/2384-8987/11506

Okrand, Marc (19851; 19922). The Klingon Dictionary. Pocket Books.

Pires, M. (2019). Representations of linguistic simplicity in prehistoric fiction. In Ch. Laplantine, J. E. Joseph & É. Aussant (dirs), Simplicité et complexité des langues dans l’histoire des théories linguistiques. Paris, SHESL (Collection HEL Livres), 153-169.

Pires, M. (2025) Sur l’intelligibilité d’une « langue créée » : l’alternance de langues dans l’oeuvre de paléofiction Sous le vent du monde de Pierre Pelot. In: Enguehard, Planchon & Ray, 2025: 33–48: 151-164.

Peterson, D. J. (2015). The art of language invention. New York, Penguin Books.

 

Modalités de soumission

Les propositions de communication sous la forme de résumés (1 page) rédigées en français ou en anglais, sont à  envoyer  avant le 13 mars 2026 à aurelie.nomblot@univ-fcomte.fr.

Langues de la journée : français / anglais

Format : communication de 20 min suivis de 10 min de discussion

Modalité : présentiel

Lieu : UFR sciences du langage, de l'homme et de la société, 30/32 rue Mégevand, 25030 Besançon, France.

Notification des réponses  : 10 avril 2026

Date de la journée d'étude : ven. 12 juin 2026


Comité d’organisation

NOMBLOT Aurélie (Université de Franche-Comté)
PIRES Matthew (Université de Franche-Comté)
THOMAS Izabella (Université de Franche-Comté)

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Sharing Strangeness
Study Day on Imaginary Languages
First Call for Papers

We invite proposals for a study day devoted to imaginary languages, or artlangs (artistic languages), to be held in Besançon on 12 June 2026.

An imaginary language is understood here as a language created for artistic purposes and integrated into a fictional work (novel, film, TV series, comic book, poetic work, video game, etc.). As such, it differs from constructed languages primarily designed for communication (such as Esperanto or Volapük), whose main purpose is to facilitate exchanges between human speakers (Albani & Buonarroti 2010).
Imaginary languages appear in very diverse ways across works: they may surface sporadically in the form of a few words or expressions, or be developed systematically, giving rise to extensive linguistic elaboration within the fictional universe (Cheyne, 2008). In this case, they contribute fully to world-building, to characterisation and to narrative dynamics (Landragin, 2018).

Although studies on certain aspects of imaginary languages already exist (Cheyne 2008; Landragin 2018; Beinhoff 2015), the field remains emergent and widely open. This study day aims to examine imaginary languages in the diversity of their uses, functions and modes of existence, without restricting itself to a single theoretical or methodological perspective. We welcome analytical contributions (discourse analysis, semiotics, sociolinguistics, translation studies, etc.), proposals relating to creation (practical feedback, design methodologies, production constraints), or reception (communities, learning practices, circulation, reappropriations). Proposals focusing on strictly linguistic aspects are equally welcome, provided they form part of a broader reflection on the place, role or effects of the imaginary language within the work, on the intentions of its creators, or on its conditions of reception by audiences.

 

Suggested areas of inquiry

1. Imaginary language and alterity
What role does the imaginary language play within the work, literary, cinematic or videogame? How does it contribute to constructing a sense of otherness, strangeness or cultural distance? What relationships does it establish with representations of fictional peoples, communities or characters, and with imaginaries of difference?

2. Coexistence between natural language and imaginary language
In works combining imaginary and natural languages, what functions are assigned to each? Is the imaginary language mobilised to mark certain passages, characters, discourse registers or enunciative situations? How are transitions organised between imaginary and natural language, in spoken or written form? What forms of narrative or diegetic justification support this coexistence?

3. Mediations, intelligibility and metalinguistic discourse
How do works maintain intelligibility for audiences without compromising the plausibility of the enunciation situation? What forms of translation, reformulation or explication are implemented (subtitles, dubbing, paraphrase, intradiegetic commentary, glossaries, appendices, etc.)? Who undertakes these mediations, characters, narratorial instance, editorial or paratextual apparatus, and what level of linguistic expertise do they presume? What balance is drawn between linguistic opacity, narrative accessibility and reflexivity on language (as in the metalinguistic devices found in Jonathan Swift or Lewis Carroll)?
Border zones may also be examined: at what threshold (isolated lexicon, playful manipulation of a natural language, partially stabilised system, fully developed language) can we speak of an imaginary language? Do hybrid objects such as Lewis Carroll’s Jabberwocky constitute a distinct language, a radical manipulation of a natural language, or an in-between, and what does this ambiguity tell us about our criteria for intelligibility, recognition and plausibility?

4. Imaginary languages and artistic media
Do the constraints specific to different media (novel, cinema, TV series, video game, comic book) shape the forms taken by imaginary languages? One might, for example, compare linguistic treatment in J.-H. Rosny aîné’s novel La Guerre du feu, where exchanges appear in French, with Jean-Jacques Annaud’s film adaptation, which employs an imaginary language.

5. Creation: aesthetics, narrative, symbolism, ethics
How is an imaginary language conceived as an artistic form in its own right rather than as a mere marker of exoticised alterity? With what aesthetic, narrative and symbolic purposes is it developed (effects of reality, distancing, sacralisation, humour, violence, prestige, archaism, “technicality”, etc.)? What formal decisions (phonetics/phonology, prosody, morphology, lexicon, scripts, pronunciation constraints and performability by actors, modes of progressive disclosure) guide the way language produces narrative and meaning?
Ethical dimensions may also be considered: cultural assignment, stereotyping, exoticisation, borrowing and appropriation, as well as hierarchies between languages and speakers within the fictional universe.

6. Reception, appropriation and circulation of imaginary languages
How are imaginary languages perceived, interpreted and engaged with by audiences? What practices emerge around them (communities and fandoms, amateur learning, performances, role-playing, online usage, derivative creations, collaborative documentation)? How do such practices extend the fictional work, shift its stakes or transform the status of the language (from simple fictional material to shared resource, or even to collective practice)? Finally, what social and media conditions shape this “life” of imaginary languages, platforms, community norms, transnational circulation, legitimisation and controversy?

7. Imaginary Languages and Natural Language Processing (NLP)

To what extent can methods from Natural Language Processing (NLP) contribute to the study, design, or dissemination of imaginary languages? How do computational models help to create coherent linguistic systems, or challenge the boundaries of linguistic plausibility? Attention may also be given to issues specific to the use of automated tools in language creation, as well as to the flows between creative practices, digital communities, and language technologies.

Submission guidelines
Proposals for 20-minute papers, in the form of one-page abstracts written in French or English, should be sent by 13 March 2026 to aurelie.nomblot@univ-fcomte.fr.
Languages of the event: French / English
Format: 20-minute papers followed by 10 minutes of discussion
Mode: in-person
Venue: UFR Sciences du Langage, de l’Homme et de la Société, 30/32 rue Mégevand, 25030 Besançon, France.

Notification of acceptance: 10 April 2026
Study day: Fri. 12 June 2026

Organising committee
NOMBLOT Aurélie (Université de Franche-Comté)
PIRES Matthew (Université de Franche-Comté)
THOMAS Izabella (Université de Franche-Comté)