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Appels à contributions
Subalternes (revue HYBRIDA # 13)

Subalternes (revue HYBRIDA # 13)

Publié le par Marc Escola (Source : Domingo Pujante González)

HYBRIDA # 13 / SUBALTERNES 

APPEL À CONTRIBUTIONS

Dossier coordonné par

Ane Fernández & Estibaliz Ania Valle / Université du Pays Basque (Espagne)

avec la collaboration de Chandra Feupeussi (U. de Yaoundé I - Cameroun / U. Côte d’Azur - France)

Date limite des soumissions pour le DOSSIER : 31 mars 2026

Les autres sections reçoivent des propositions à tout moment de l’année

https://ojs.uv.es/index.php/Hybrida/about/submissions

Pour toute correspondance : hybrida@uv.es

Directeur en chef : Domingo Pujante / Université de Valence (Espagne)

Le treizième numéro de la revue HYBRIDA sera consacré à la notion de subalternité, sous le titre « SUBALTERNES », envisagée depuis une perspective intersectionnelle. Les travaux fondateurs de Kimberlé Crenshaw (« Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory, and Antiracist Politics », 1989) sur l'intersectionnalité, les réflexions des Subaltern Studies de Ranajit Guha (Elementary Aspects of Peasant Insurgency in Colonial India, 1982), ainsi que l'interrogation inaugurale de Gayatri Chakravorty Spivak (« Can the Subaltern Speak? » Marxism and the Interpretation of Culture, 1988) sur la possibilité même d'une voix subalterne, constituent les repères essentiels de ce dossier.

Dans cette perspective, les processus d'assujettissement, de visibilisation et de désidentification représentent des enjeux théoriques majeurs. Les apports de Judith Butler (Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity, 1990), Stuart Hall (« Cultural Identity and Diaspora ». Contemporary Postcolonial Theory: A Reader, 1996) et José Estaban Muñoz (Disidentifications: Queers of Color and the Performance of Politics, 1999) permettent d'appréhender les modalités selon lesquelles les corps et les voix minorisées se configurent, se dissimulent ou se subvertissent. À la suite de James C. Scott (Domination and the Arts of Resistance: Hidden Transcripts, 1990) et Jacques Rancière (Le partage du sensible. Esthétique et politique, 2000), l'art apparaît comme un lieu d'hybridité identitaire et de déconstruction des catégorisations normatives. La scène, envisagée comme dispositif esthétique et politique, devient l'espace où se rejouent les rapports de pouvoir et où s'affirme la possibilité de reconfigurer les identités subalternisées.

Les représentations non hégémoniques ouvrent des espaces créatifs où les récits dominants se trouvent mis en tension. Les manifestations issues de la périphérie, qu'elles soient littéraires, performatives ou visuelles, mobilisent des esthétiques du fragment, de la dissonance ou de l'hétérogénéité, susceptibles de perturber les normes des épicentres culturels. Ces pratiques invitent à considérer la capacité du sujet subalterne à devenir acteur ou actrice de sa propre représentation, en inventant des modes de présence et des imaginaires qui échappent aux cadres hégémoniques.

La place du corps subalterne se révèle également déterminante. Les analyses d'Elsa Dorlin (Sexe, genre et sexualités : introduction à la théorie féministe, 2008) mettent en lumière la manière dont le corps subalterne, lieu d'inscription de la violence structurelle, devient simultanément vecteur de résistance. Dans le champ des arts vivants et de la performance, cette corporéité s'inscrit souvent dans des formes de transmission non archivales, où le geste, la voix et la présence incarnée participent à la circulation de mémoires et de savoirs minorisés (Diana Taylor, The Archive and the Repertoire: Performing Cultural Memory in the Americas, 2003).

Nous proposons d'explorer ces expressions artistiques, littéraires et scéniques subalternes en tant qu'espaces de création, de résistance et de reconfiguration des subjectivités minorisées. Il s'agira d'appréhender un large éventail de pratiques, allant du théâtre contemporain aux performances dissidentes, en passant par la poésie périphérique, le rap, le slam ou d'autres formes hybrides issues des marges sociales, territoriales ou symboliques. Ces pratiques participent à une redistribution des régimes de visibilité et d'énonciation.

Les productions artistiques et performatives issues des marges constituent aujourd'hui un champ de recherche essentiel pour comprendre la manière dont les tensions sociales contemporaines se cristallisent dans les pratiques créatives. Nées de la contestation ou de mouvements sociaux minoritaires, ces manifestations se situent à l'intersection des luttes politiques et des expérimentations esthétiques. Elles visibilisent des collectifs et des subjectivités dont les revendications (qu'il s'agisse de justice pour les populations racisées, de luttes féministes, de dénonciation des violences systémiques ou de reconnaissance d'identités minoritaires) trouvent dans l'art un espace d'expression et de résonance.

Ces réflexions s'inscrivent dans un cadre plus large comprenant les créations artistiques liées aux minorités, aux espaces migratoires, aux diasporas et à l'axe Sud. Les identités plurielles qui émergent dans ces contextes invitent à repenser les catégories traditionnelles d'appartenance et de production esthétique. Elles mettent en lumière des circulations transnationales, des héritages dissonants et des mémoires fracturées, contribuant à la déstabilisation des paradigmes eurocentrés.

L’objectif du DOSSIER est donc de réunir des contributions issues de disciplines transversales (arts du spectacle, études littéraires, musicologie, sociologie, anthropologie, études culturelles et post/décoloniales, etc.) afin d’articuler un espace d’analyse où l’intersectionnalité artistique constituerait un principe heuristique central. Les propositions pourront examiner les modalités selon lesquelles ces expressions artistiques œuvrent depuis la dissidence, contestent l’hégémonie culturelle, ou donnent forme à des récits alternatifs et à des imaginaires subversifs, reprenant les arguments de John Beverley (Subalternity and Representation: Arguments in Cultural Theory, 2020). À travers cet appel à contribution, nous souhaitons envelopper la diversité des manifestations subalternes et ouvrir un espace de réflexion sur les manières dont les arts, dans leur dimension politique, performative et esthétique, participent à reconfigurer les rapports de pouvoir, à déplacer les frontières du dicible et à faire émerger des subjectivités invisibilisées.

La section MOSAÏQUE inclut des articles ne répondant pas à la thématique centrale du DOSSIER mais qui respectent les perspectives proposées par la revue sur les hybridations culturelles et les identités migrantes. Une section de création appelée TRACES accueille des œuvres littéraires et artistiques inédites d’auteur·e·s de tout horizon (textes, images, témoignages, entretiens…). La section ÉVENTAIL est consacrée aux comptes rendus critiques, littéraires ou artistiques d’œuvres ou publications récentes.

La revue HYBRIDA s’intéresse tout particulièrement aux contextes culturels d’expression française ou en comparaison avec ceux-ci. HYBRIDA est une revue semestrielle en accès libre avec un comité scientifique international et un comité d’évaluation par les pairs publiant des recherches originales dans les domaines des études culturelles qui prennent en considération les perspectives postcoloniales, de genre et queer. Nous acceptons des articles dans tous les domaines des sciences humaines et sociales. Nous privilégions le français comme langue d’expression mais les textes pourront être écrits également en anglais ou en espagnol. Les travaux seront soumis au système de révision en double aveugle. Pour soumettre un texte à évaluation, il est nécessaire de s’inscrire sur la plateforme OJS de la revue HYBRIDA et de respecter scrupuleusement les normes d’édition.

Date limite des soumissions pour le Dossier SUBALTERNES : 31 mars 2026.

Les autres sections reçoivent des propositions à tout moment de l’année.